L’autre coupe du monde – M… Belgique p.9

Ci-dessous ma chronique parue en p.9 dans l’hebdo M… Belgique, de ce vendredi. Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression:

Pendant que les regards des Moldus étaient ensorcelés par le Mondial brésilien, fut disputée sur le même continent une autre coupe du monde. Au cœur du désert de Patagonie – voilé des regards non-magiques par de puissants charmes – se joua ces mois-ci, le championnat du monde de Quiddich. Le Daily Prophet – gazette londonienne des sorciers – avait dépêché sur place une envoyée spéciale.  Datée du 12 avril dernier, la première chronique de Ginny Weasley, épouse du célèbre Harry Potter, narra la cérémonie d’ouverture du championnat – quelque peu perturbée par le déchainement de mascottes terrifiantes.  Et la journaliste de rappeler que toutes les tentatives pour remplacer ces emblèmes des équipes par de plus inoffensives créatures, furent défaites par la fédération internationale de Quiddich, au nom de la tradition et du folklore. Suivirent les récits des matchs, culminant ce 11 juillet par la finale – qui vit la Bulgarie se défaire du Brésil, sur un score de 170 à 60.

Pas bien sérieux, ma chronique estivale ? Voire… Les aventures d’Harry Potter nous parlent de notre quotidien. Et le combat incessant du célèbre sorcier contre les adeptes de la magie pur-sang, nous interroge face à tous nos fondamentalismes. Le génie littéraire de JK Rowling touche au plus-que-réel. Et le fait avec humour. Ainsi, en m’inscrivant sur son site www.pottermore.com, qui ouvre l’accès auxdites chroniques, je fus enrôlé chez Serpentard, la maison du collège Poudlard réservée aux adeptes… de la magie noire.

 

« Divine patience » – 16° dimanche, Année A

 «Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson». (Matthieu 13, 24-43)

Quel point commun entre les trois paraboles de ce dimanche : le bon grain et de l’ivraie, la graine de moutarde et le levain dans la pâte ? Un même appel à la confiance et à la patience – comme dans la parabole du semeur de la semaine dernière. Face à l’impatience de ses disciples qui veulent que « cela bouge et que Dieu règle leur compte aux méchants », Jésus explique que Son Père prend patience avec les hommes. Tel ce propriétaire qui laisse le bon grain et l’ivraie pousser ensemble jusqu’à la moisson. Tel ce jardinier qui sème une minuscule graine de moutarde. Il sait qu’avec du temps et de l’entretien, elle deviendra un arbre puissant. Telle cette femme qui met un peu de levain pour faire monter toute la pâte. Dans une société qui nous habitue au « tout, tout de suite » et à l’impatience de la télécommande (dès qu’une émission TV m’embête, je « zappe » sur autre chose), l’Esprit invite à la persévérance dans nos engagements et à la patience envers nous-mêmes et les autres. Comme Dieu est patient envers chacun de nous.

En cette veille de fête nationale, prions aussi pour notre pays et ceux qui le gouvernent. Que nos hommes politiques pratiquent cette patience et persévérance en vue du bien commun.

Un nom et un visage…

Vers la fin de mon adolescence, je commençai à réfléchir à la foi de mon baptême. Une des premières choses qui me toucha dans le christianisme, est que Dieu y reçoit un nom et un visage – celui de Jésus. Face à un nom et un visage – tout est tellement différent.

Il ne va de même avec les drames. Ils restent éloignés de nos vies, tant que les victimes sont des statistiques, qui noircissent les pages de nos journaux. Tout change lorsque la personne décédée reçoit un nom et un visage. Ce matin encore, je publiais une note sur le drame de l’avion écrasé en Ukraine. Maintenant, j’apprends que Benoît était à bord. Je me souviens fort bien de lui. Un garçon sensible, qui était dans ma classe durant mes quatre premières années d’humanités chez les jésuites à Anvers. Nos relations étaient bonnes, sans être proches. On s’était perdu de vue quand, pour mes deux dernières humanités, je partis à l’étranger. Par après, j’ai appris que c’est lui qui s’était expatrié. Il habitait Bali, où il gérait un établissement accueillant des touristes. Nous étions devenus amis sur Facebook et je l’entendis un jour parler avec passion de son métier à la radio, dans l’excellente émission des « Belges du bout du monde ». J’apprends qu’il venait de se marier. Il avait interrompu son voyage de noce pour retourner à Bali pour raison d’affaires. Il était sur cet avion. Mes pensées et prières vont vers lui, son conjoint et ses proches. A-Dieu, Benoît.

Oui – décidément – tout change quand surgit un nom et un visage…

Un drame idiot, mais tellement signifiant

Un avion décolle d’Amsterdam, direction Kuala Lumpur. Et voilà 298 vies fauchées, dont les corps en lambeaux gisent dans un champ ukrainien. La plupart des drames frappent à l’aveugle. Et toutes les victimes méritent nos larmes et prières. Mais le sort qui frappe les passagers du vol MH17 et leurs familles, est particulièrement cruel. Elles sont – ce qu’on appelle de nos jours pudiquement – les « dégâts collatéraux » d’un conflit avec lequel elles n’avaient strictement – mais alors là strictement – rien à voir.

Drame idiot, mais tellement signifiant. Notre monde est devenu un village, où un conflit entre Slaves peut tuer des Néerlandais, des Malaisiens, des Australiens, cinq compatriotes, etc. D’où l’importance de renforcer les instances supranationales : l’ONU, l’Union européenne… A propos de cette dernière, qui vient de connaître un nouveau sommet raté, j’invite à relire ma récente chronique, parue dans les colonnes du quotidien « La Libre » : « L’avertissement d’un géant ». Dès 1945, Churchill avertissait, en effet, que sans Europe unie, ce serait le retour de la guerre. Je le crains, en effet : Si le projet européen fait naufrage, d’ici vingt années ce que vit l’Ukraine, deviendra le lot commun de tout le continent. Que cela plaise ou non – le fait est là : Notre monde est devenu un village.

Centre d’Action Laïque (CAL) – Plaidoyer pour un discours adulte

Un jour où je lui fis quelques remarques amicales concernant la communication des laïques, Philippe Grollet – alors président du CAL – me lança avec humour : « Si tu continues, je te nomme responsable de communication ». Je n’ai jamais postulé, d’autant plus que j’apprécie l’actuel occupant du poste. Ceci ne m’empêche pas de, une fois de plus, m’étonner de la communication proprement « adolescente » de nombre de responsables du CAL. Là où l’adulte vit une identité assumée, l’adolescent se définit par opposition à ses origines. En Belgique, où jusqu’en 1968, 95% de la population était baptisée « catholique », les origines de nombreux laïques philosophiques sont la religion dont ils se sont distanciés. Leur démarche est parfaitement respectable et compréhensible dans une société sécularisée et pluraliste. Mais en ce XXIe siècle, il serait heureux que ces laïques cessent de se définir par opposition à la leur origine – soit l’Eglise catholique. Bref, qu’ils passent de l’adolescence à l’âge adulte.

Si j’aborde le sujet, c’est en réaction à un article paru ce samedi en p. 9 du quotidien bruxellois « La Libre », intitulé « Le boom des cérémonies de mariage laïque ». L’article explique qu’entre 2013 et 2014, le nombre de cérémonies de mariage laïque a doublé. Personnellement – je suis fort heureux de ce succès pour mes amis du CAL (On parle cependant dans l’article de 25 cérémonies par an dans les grandes villes – ce qui reste modeste), d’autant plus que l’Eglise catholique ne cherche pas à faire du chiffre, mais à préparer sérieusement les fiancés désireux de recevoir le sacrement matrimonial.

Là où je sursaute, c’est en lisant le commentaire fait par une responsable régionale du CAL. Je cite : « Une cérémonie laïque de mariage est choisie par les époux qui souhaitent associer leur engagement à des valeurs choisies, et non à des valeurs “imposées” par l’Eglise », explique Alice Botquin, directrice du CAL de Namur. Peut-être que cette personne n’a pas dit que cela et qu’il s’agit d’un raccourci journalistique, mais elle a cependant dû exprimer quelque chose de similaire. Alors zut quoi ! A l’heure du réchauffement climatique, de la finance folle et des fondamentalismes en tout genre, est-ce que le CAL ne peut avoir une proposition qu’en opposition à… « l’Eglise » ? (comme s’il n’y avait qu’une seule « Eglise » en Belgique). Ce genre de rejet de principe – je ne nie pas les différents – n’est plus de mise pour une institution appelée à représenter les laïques philosophiques de Belgique francophone. Et de le faire au nom de propositions adultes pour l’avenir, plutôt que par opposition adolescente à  « l’Eglise » de leur passé.

« La confiance du Semeur » – 15° dimanche, Année A

 «Voici que le semeur est sorti pour semer…». (Matthieu 13, 1-23)

Nous connaissons tous l’explication de la parabole du semeur, telle qu’elle se trouve en l’évangile selon saint Matthieu. Elle est juste et judicieuse, mais sans doute ne date-t-elle pas de Jésus, mais bien de l’époque de la rédaction de l’évangile – quelque quarante années plus tard. Il s’agissait alors d’encourager la jeune Eglise, faisant face aux premières persécutions : « Soyez comme une bonne terre ! Ne vous découragez pas et ne laissez pas les soucis du monde, vous détourner de l’Evangile. » Voilà un message d’encouragement, qui invite à être une « bonne terre, qui accueille la semence ».

Quand Jésus raconte la parabole, le contexte est cependant différent. Il est suivi par des jeunes disciples, qui croient qu’Il est le Messie et comprennent d’autant moins que « rien ne bouge ». Ils le harcèlent donc de questions : « Quand vas-tu prendre le pouvoir ? Chasser les Romains ?  Rétablir un culte juste et la place du royaume d’Israël face aux nations ? » Face à tant d’impatience, Jésus répond : « Mon Père – lui – ne raisonne pas comme vous : Il sème Sa parole à tous vents. Pour les bons comme pour les méchants. Il sait qu’une partie de la semence ne germera pas. Mais Il garde confiance. Celle qui tombera en terre et portera du fruit, rapportera au centuple. » Ici, l’accent de la parabole est mis sur la confiance – un message qui murmure à notre âme : Tel le Père, soyons des semeurs d’amour et d’Evangile à tous vents – auprès des bons, comme des méchants.

Deux conceptions de la laïcité philosophique (suite)

J’ai récemment évoqué le conflit au sein de la Laïcité philosophique de Belgique. En-dessous de mon article furent reproduits les griefs de la « Pensée et les Hommes ». Voici la réponse du Centre d’Action Laïque (CAL). Au lecteur de se faire… une religion ;-)

Communiqué du CAL

« Construire l’avenir de la laïcité dans le respect de sa diversité »

Ces derniers jours, l’ASBL « La Pensée et les Hommes » a évoqué, par toutes voies, les enjeux de procédures qu’elle vient de diligenter principalement vis-à-vis des pouvoirs publics et du CAL.

Le CAL, fédération composée de 27 associations et de régionales dont sont issus les membres de son Conseil d’Administration, est le représentant de la laïcité, à la demande et sous le contrôle démocratique de ses associations constitutives et reconnu comme tel par les pouvoirs publics.

L’ASBL « La Pensée et les Hommes » est l’une de ces 27 associations. Son action pionnière et mémorable pour donner la parole à la pensée laïque est incontestable. Mais au fil du temps, son légitime souci d’autonomie et d’indépendance, caractéristique largement répandue dans le monde laïque, s’est transformée en attitude de repli omniscient et omnipotent, confisquant au nom d’un petit groupe, voire d’une seule personne, la communication audiovisuelle laïque.

L’étonnement et l’indignation de l’ASBL « La Pensée et les Hommes » à la suite de l’initiative du CAL de maîtriser sa propre communication au service de tous et dans l’intérêt du plus grand nombre, témoignent d’une méconnaissance de la vie, des réflexions, des attentes et des décisions de l’ensemble des acteurs investis dans le mouvement laïque.

Dans le respect des juridictions saisies et pour garantir le caractère contradictoire du débat, le CAL s’était astreint à un devoir de réserve. La virulence de la campagne menée nous oblige toutefois  à rectifier quelques contrevérités criantes.

Les arguments de « La Pensée et les Hommes » paraissent s’articuler en 5 points.  Aucun ne résiste à l’analyse :

1.       « Le CAL ne respecte pas l’autonomie et la spécificité de notre association, qui a statutairement pour objet la communication au sein de la laïcité » ; le fait que l’ASBL « La Pensée et les Hommes » ait comme objet statutaire « la communication au sein de la laïcité » ne lui confère nullement celui de la communication au nom de la laïcité.

2.       « Le CAL ne promeut pas nos activités, mais se les approprie, avec pour effet la mort prochaine de notre association, privée de sa mission essentielle, dont dépendent toutes les autres » ; le CAL a aidé l’ASBL « La Pensée et les Hommes » à développer ses activités et en a assuré la promotion, notamment en lui offrant la publicité de ses programmes dans le mensuel Espace de Libertés et en poursuivant la diffusion de son catalogue d’édition, même après qu’elle eut rompu unilatéralement la convention d’édition qu’elle avait avec le CAL. Le CAL n’a repris la gestion des émissions audiovisuelles que sur la demande insistante des autres composantes du mouvement, après des années de tentatives pour amener l’ASBL « La Pensée et les Hommes » à faire évoluer sa politique et après que cette dernière eut négligé son obligation de renouveler sa demande de reconnaissance. Aux yeux du CAL, cela n’oblitère en aucune façon les autres activités de l’ASBL « La Pensée et les Hommes » (conférences, éditions, colloques).

3.       « Le CAL ne nous a pas prêté son concours (puisque son service juridique, visiblement très bien informé, ne nous prévient pas de la nécessité de demander le renouvellement de notre reconnaissance) » ; il appartient au titulaire de la reconnaissance d’en assumer les obligations. Le service juridique du CAL est au service des associations constitutives qui le sollicitent. L’ASBL « La Pensée et les Hommes » n’a jamais fait appel à ce service et peut donc difficilement s’en plaindre.

4.       « Le CAL ne nous défend pas, mais nous attaque de manière sournoise » ; l’action du CAL s’est déroulée dans le respect des procédures statutaires et du prescrit légal, sous le contrôle du Conseil d’Administration et après en avoir informé l’ASBL plusieurs mois à l’avance. Elle ne saurait être qualifiée de « sournoise ».

5.       « Le CAL n’a répondu à aucune demande de médiation et de concertation et a agi dans le secret le plus total » ; une telle affirmation est contredite de façon indiscutable par les nombreux échanges entre les deux entités sur ces questions depuis maintenant plusieurs années.

La richesse et la diversité du mouvement laïque ne se confortent ni par la polémique judiciaire ni dans l’instrumentalisation de l’opinion.

Yves Kengen, Directeur des publications, Rédacteur en Chef Espace de Libertés, Centre d’Action Laïque ASBL

 

 

Monsieur…

Monsieur – en deux années vous avez transformé des diables rouges en plein doute, en une des dix meilleures équipes de foot du monde. Vous l’avez fait, avec talent – certainement. Mais davantage encore, en insufflant parmi un collectif de jeunes joueurs talentueux, un esprit et une âme. Vous avez su coacher l’équipe nationale, en respectant les différences communautaires et les individualités. Grâce à vous , nos compatriotes – dont ceux qui, comme moi, ne sont pas experts en foot – se sont mis à vibrer à l’unisson de leur équipe nationale. Une équipe sérieuse. Une équipe combative. Une équipe douée. Une équipe sympa. Bref, un miroir de ce que la Belgique souhaite devenir chaque jour davantage. Malgré la déception du jour, cette fierté nationale dans un pays si peu habitué à l’émotion patriotique, c’est beaucoup à vous que nous la devons. Chapeau bas, Monsieur le « Bondscoach – Entraineur national ». Et merci.