« Pas de marketing…» – 17° dimanche, Année B

« Alors, de nouveau, Il se retira tout seul, dans la montagne ». (Jean 6, 1-15)

Ce Jésus n’est vraiment pas doué en matière de marketing… Il vient de faire un coup d’éclat en multipliant les pains. Les foules raffolent et en redemandent. Mieux : elles veulent en faire leur roi. Et lui, au lieu de prendre la balle au bond, que fait-il ? Il se retire, seul, dans la montagne pour prier son Père. Ses disciples – qui n’attendaient que de le voir triompher – n’ont pas dû comprendre. 

Et pourtant, si Jésus multiplie les pains, ce n’est pas pour annoncer la fin des famines. L’Evangile n’est pas une assurance de gagner au win-for-life, mais une invitation à prendre le dur chemin de la conversionLa multiplication des pains annonce que le Royaume du Père est source d’abondance spirituelle et de partage fraternel.

Mais le cœur humain est lent à comprendre ce que son âme pressent. Quand passe un gourou qui annonce un bonheur aussi trompeur que facile – nous sommes séduits. Tandis que le Verbe de Dieu, que les foules voulaient couronner pour de mauvais motifs, finira couronné d’épines sous les regards amusés.   

Ce que le voile dévoile…. – La Libre p.41

Ce lundi 19 juillet est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre en p.41

Elle fut publiée avant les dramatiques inondations à Liège. J’avoue avoir la tête bien ailleurs, pour le moment.  

Pour la consulter, cliquez sur: « Ce que le voile dévoile… » 

Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression. 

Pas morte, la solidarité…

Comme tant de Liégeois, j’ai des proches qui ont été sinistrés dans le déluge qui s’est abattu sur la province. Je suis passé par la sidération et l’impuissance, ne sachant pas comment aider, alors qu’ils étaient isolés par la furie des flots. 

Et puis, je me suis retrouvé le lendemain, les jambes dans une eau qui sent le fuel pour aider aux premiers constats et rangements. Et là, un groupe d’adolescents vient nous voir et nous demande s’ils ne doivent pas aider: « nous sommes scouts et partons demain en camp. Nous sommes venus aider la famille de l’un d’entre nous et si nous pouvons faire quelque chose pour vous… » Chapeau. 

Ce dimanche, je célèbre au sud de Verviers, en dépannage. Mais comment prendre l’autoroute E25, coupée à la sortie de Liège? Je pose la question à des pompiers qui vident une poche d’eau. Ils me répondent dans un français approximatifs, qu’ils ne sont pas d’ici. Les services de secours flamands sont venus en nombre, dépanner leur collègues liégeois surchargés. 

Après les célébrations dominicales, je suis retourné donner un coup de main dans la maison sinistrée. Une équipe d’amis, de neveux et même d’amis d’amis… s’y sont démenés la journée durant. Dans toutes les maisons du quartier, c’était les mêmes élans d’entraide. 

Comme me le glissa un des neveux, venus aider de l’autre côté de la Belgique avec son épouse: « pas morte, la solidarité. » De fait. C’est dans l’adversité que l’on reconnaît la qualité du lien social. Ce à quoi j’ai assisté ces dernier jours, m’a plutôt rassuré. 

« Brebis sans berger » – 16° dimanche, Année B

« Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger ». (Marc 6, 30-34)

 Nous commencions à nous remettre de la COVID et même à penser aux vacances. Et puis, vinrent ces inondations terribles en province de Liège, comme ailleurs.

Ceux qui ont vu leur maison prise par les flots, sont hébétés. Les autres se sentent impuissants. 

Viens nous instruire, Seigneur… Apprends-nous à être tes disciples, même quand advient la catastrophe. 

« Sport d’équipe » – 15° dimanche, Année B

« Il les envoie deux par deux ». (Marc 6, 7-13)

Quand Jésus envoie les douze en mission, il le fait par équipe de deux. Cette façon de faire est permanente dans l’Eglise. Elle indique que – si personne ne peut être chrétien à notre place – nous ne sommes jamais chrétiens tous seuls.

Un peu comme dans un sport d’équipe : que penserait-on d’un footballeur à l’Euro, qui laisserait les 10 autres joueurs se démener et qui se contenterait d’un effort minimum ? que penserait-on d’un coureur du tour de France, qui se contenterait de se laisser porter par le peloton sans jamais produire un effort personnel ? Pareil joueur ou coureur passerait à juste titre pour un tire-au-flanc.

Il en va de même dans l’Eglise : facile de faire reposer tout le poids de la mission d’évangéliser sur les épaules de l’évêque, du curé, des professeurs de religions, des catéchistes,… La question que chaque baptisé est invité à se poser est : et moi, quelle est ma part d’effort dans le peloton ?  Seul celui qui prend sa part du fardeau – mission différente pour chacun – réalise pleinement sa mission de baptisé.

Sans se mettre une pression inutile, cependant. L’évangélisation est pour chaque baptisé une obligation de moyen, pas une obligation de résultat. Nous sommes appelés à annoncer la Bonne Nouvelle, mais pas condamnés à réussir. Comme dans un sport d’équipe. « Si, dans une localité on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds ». Autrement dit : ne vous obstinez pas, mais poursuivez votre mission ailleurs.                

« L’herbe est toujours plus verte… » – 14° dimanche, Année B

 «Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison ». (Marc 6, 1-6)

Elle est presque comique, cette scène décrivant Jésus qui retourne prêcher à Nazareth – son villageOn entend d’ici les commérages : « Non mais ! Pour qui se prend-il à nous faire la leçon ? Nous l’avons connu en culotte courte! » Devant le peu de foi de ses familiers, Jésus ne réalise que de rares signes du royaume (miracles).  

Nous ressemblons à ces Nazaréens. Nous partons bien loin en vacances, mais connaissons mal notre région. Les hommes politiques du passé, étaient des hommes d’état, alors que ceux du présent sont des médiocres –  sauf peut-être s’ils gouvernent un pays lointain. Nous rencontrons des gens « formidables » sur internet, mais trouvons nos proches tellement décevants. Bref – comme l’énonce le dicton – « l’herbe est toujours plus verte chez le voisin »

Et pourtant… quand l’Evangile nous parle des autres, il décrit surtout notre « prochain » – c’est-à-dire celui qui vit près de moi, tous les jours, dans mon quotidien. C’est avec lui qu’il me faut apprendre à cheminer à l’écoute de l’Esprit. Parfois même, nous pouvons devenir « prophètes » l’un pour l’autre – c’est-à-dire parole de Vie.              

« Dieu de vie » – 13° dimanche, Année B

 «Je te le dis, lève-toi». (Marc 5, 21-43)

C’est sans doute un des clichés les plus injustes concernant le christianisme : ce soupçon tenace chez tant de nos contemporains, qu’il s’agirait d’une religion hostile à la vieA les entendre, la foi chrétienne empêcherait d’être pleinement vivants. Même si des maladresses peuvent parfois donner cette impression, la vérité est à l’opposé.

Ainsi, l’Evangile de ce dimanche, qui nous montre un Jésus qui redresse, relève, ranime… Bref, un Christ qui rend à la vie. Le Dieu de l’Evangile nous veut vivants. Et les exigences morales de notre foi, ne sont pas là pour nous empêcher de profiter de l’existence. Il s’agit de balises destinées à nous faire goûter à la liberté spirituelle. 

La vie est une course d’endurance. Avec ses épreuves. Mais l’arrivée est promise à tous, même pour les ouvriers de la 11° heure. La seule chose à éviter, c’est de nous décourager. Le Christ est là, qui nous lance à chaque chute « Je te le dis, lève-toi ».           

« Abide with me » – 12° dimanche, Année B

«En ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples : Passons sur l’autre rive. » (Marc 4,35-41)

La vie est passage – de l’enfance à l’adolescence ; de l’âge adulte à l’automne de la vie. Nous passons d’une rive à l’autre et – parfois – de violentes tempêtes secouent le frêle esquif de nos existences. Alors, nous prenons peur et – même si nous ne sommes pas très religieux – une prière s’échappe de nos lèvres : « Seigneur, je coule – cela ne te fais rien ? »  Et pourtant, si souvent, le Seigneur semble endormi, comme s’Il nous laissait seul, avec notre frayeur. 

Le Christ n’a jamais promis qu’il n’y aurait pas de tempêtes. Il n’a pas, non plus, promis que – tel Zorro – Il nous sortirait de toute épreuve. Non – il a simplement promis qu’Il resterait avec nous dans la barque – jusqu’à ce que celle-ci ait rejoint l’autre rive. Alors, soyons dans la paix. 

S’il y a des paroles que j’aimerais entendre au jour de mes funérailles, ce sont celles du vieil hymne anglican de Henry Lyte, “Abide with me” (« Reste avec de moi »): ”I fear no foe, with Thee at hand to bless; Ills have no weight, and tears no bitterness. Where is death’s sting? Where, grave, thy victory? I triumph still, if Thou abide with me.” (« Je ne crains aucun ennemi, tant que – tout proche – Tu bénis. La maladie ne pèse pas et les larmes ne sont pas amères. Où est l’aiguillon de la mort? Où la victoire de la tombe? Je triomphe de tout cela, Seigneur, tant que Tu restes avec moi ».      

« Sans bruit, pousse la semence » – 11° dimanche, Année B

«Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit». (Marc 4, 26-34)

Il y a 25 ans naissait le mouvement punk. Un quart de siècle après l’optimisme hippie de mai ’68, des jeunes en révolte criaient de rage contre la société. Leur credo était : « no future ». La plupart sont aujourd’hui mariés et parents. Quelques-uns sont cependant morts d’overdose ou de suicide.

Aujourd’hui, le « no future » est plus diffus et généralisé. Des enquêtes nous l’enseignent : 8% des sondés belges entre 18 et 75 ans auraient déjà tenté de se suicider, 10% souffrirait d’angoisse ou de dépression, 57% sont inquiets pour l’avenir de leurs enfants et le même % aurait besoin d’un accompagnement psychologique. La pandémie et le confinement n’arrangent rien.

Face à la crise et à la précarité, la foi chrétienne n’a pas de solution magique à proposer. Le christianisme n’est pas un opium qui sert à oublier et accepter. Cependant, la vie avec Christ nous construit intérieurement dans la confiance. Si une dose de stress fait partie de toute vie, l’Esprit du Ressuscité nous rappelle que rien – même pas la mort – ne peut vaincre la puissance de l’Amour. Celle-ci est croissance sans bruit – telle la petite graine de moutarde, qui devient un géant de la forêt. Tel l’adolescent rebelle qui se découvre un beau jour « papa ».  

Alors, malgré les épreuves, abordons l’avenir avec confiance: «Nuit et jour, que le semeur dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit». Et bonnes fêtes aux pères.