« Casser la voix » – 2e dimanche de l’Avent, Année A

« A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur » (Matthieu 3, 1-12)

Jean-Baptiste est le compagnon des 2e et 3e dimanches de l’Avent. Habillé d’une tunique de chameau, d’une voix rauque il crie dans le désert : « Préparez le chemin du Seigneur ! »

Gare aux bienpensants qui objectent qu’un boulevard est déjà prêt : « Nous avons Abraham pour père », ou encore « Nous sommes de bons chrétiens ». Ceux-là se feront traiter « d’engeance de vipères ».  Le temps de l’Avent n’est pas celui de la bonne conscience, mais bien de l’examen de conscience : Quels fruits spirituels produisons-nous ?

Dans le désert de nos villes et de nos vies, une voix crie à s’en casser la voix.  Préparons donc les chemins du Seigneur, afin d’accueillir l’Enfant de la crèche. Lui – « baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ».

« La vie s’écoule » – 1er dimanche de l’Avent, Année A

«Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra!» (Matthieu 24, 37-44)

Avec le temps de l’Avent, s’ouvre une nouvelle année liturgique : nous quittons l’année durant laquelle l’Evangile selon saint Luc fut proposé chaque dimanche à l’église et entrons dans l’année consacrée à saint Matthieu.

Plus immédiatement, l’Avent est le temps de quatre semaines qui nous prépare à la Nativité. Alors que les devantures de magasins annoncent la fête, l’Eglise prépare les cœurs à la venue de l’Enfant-Dieu. Ce serait dommage qu’arrivé la Messe de minuit, nous nous disions soudainement – comme surpris : « déjà Noël ». Tenez-vous prêts et veillez ! Tel est le message de l’Avent.

Quand j’étais gosse, je pensais qu’à trente ans un homme était vieux. Mais la vie passe et – sans crier gare – voilà bientôt la soixantaine. Et de se dire : « Qu’ai-je fait de ces années ? » La vie s’écoule. Ne la gâchons pas. Vivons pour ce qui ne passe pas. Le Seigneur viens. C’est cela, l’esprit de l’Avent : «Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra.»

Le Roi humilié – Dimanche du Christ-Roi, 34e dimanche, Année C

 Le peuple regardait…. Les chefs ricanaient… Les soldats se moquaient… L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait… (Luc 23, 35-43)

L’évangéliste Luc – qui nous accompagna tout au long de cette année liturgique – insiste souvent sur les sentiments des protagonistes. En ce dernier dimanche de l’année liturgique – dimanche du Christ-Roi – il souligne ainsi l’humiliation du Christ en croix. Rien n’est épargné au Fils de l’homme : indifférence de la foule, railleries des chefs des prêtres, insultes des soldats. Même un des co-suppliciés se moque de lui.

Et pourtant – au plus profond de cette noire souffrance – paraît déjà une lueur de Pâques. « Jésus, souviens-toi de moi », lui lance le bon larron. Et c’est en Roi – déjà vainqueur de la mort et du péché – que le Verbe supplicié lui répond : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».

Le disciple n’est pas au-dessus de son Maître : Servir pareil Roi ne nous épargnera pas humiliation et moqueries. Mais même le plus petit geste inspiré par Son Esprit, inaugure – dès à présent – un Royaume plus durable que le péché. Que la mort même.

Crises et krachs – 33° dimanche, Année C

 « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre ». (Luc 21, 5-19)

En cette fin d’année liturgique (dimanche prochain, c’est le « Christ-Roi », dernier dimanche de l’année liturgique), les lectures parlent de fin du monde.  Mais les paroles du Christ invitent à garder la tête froide. Oui, il y aura des guerres et des catastrophes. Les choses les plus stables finiront pas s’écrouler – des empires s’écroulent et des krachs boursiers ruinent les banques. Cela ne doit pourtant pas nous presser à suivre tous les illuminés qui annoncent une fin du monde imminente : « Ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin ». Quant aux persécutions – même de la part de proches – Jésus ajoute : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.».

Oui, la vie est courte et fragile. A chaque génération ses guerres, tragédies et catastrophes. Une seule chose est durable et permanente : le Christ et Son Evangile. «C’est par votre persévérance que vous aurez la vie ».

« L’Eternité, cela dure longtemps ? » – 32° dimanche, Année C

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ». (Luc 20, 27-38)

A l’époque du Christ, les Sadducéens formaient l’aristocratie sacerdotale de Jérusalem. Ils vivaient des revenus du temple et avaient une foi formaliste et sclérosée : Contrairement aux pharisiens – les théologiens de province, qui enseignent dans les synagogues – ils n’acceptaient que les cinq premiers livres de la Bible (le Pentateuque) et refusaient de croire en la résurrection des morts – un article de la foi juive, trop récent à leurs yeux.  D’où leur question à Jésus : S’il y avait vraiment une vie après la mort, comment ferait une femme plusieurs fois mariées, en retrouvant tous ses maris au ciel ? Le Christ leur répond que dans l’éternité, rien n’est comme sur terre. Et puisqu’il s’adresse à des Sadducéens, Il leur cite le Pentateuque : Dieu se déclare dans le livre de l’Exode (3,6) « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Ils sont donc vivants, car l’Eternel n’est pas le Dieu des morts.

L’erreur des Sadducéens n’a rien d’exceptionnelle. C’est une erreur fréquente, que de penser la vie en Dieu, à partir de nos catégories spatio-temporelles. D’où des questions-impasses, comme « Où sont les ressuscités ? », ou encore : « L’Eternité, cela dure longtemps ? » En Dieu, le temps et l’espace ne sont plus de mise. Pas plus que l’enfant dans le ventre maternel ne sait à quoi ressemble le monde extérieur, ne pouvons-nous – qui vivons dans l’espace et le temps – nous faire une idée précise de la vie après la mort. Mais tout comme le fœtus perçoit le battement du cœur de sa mère – par la foi nous entendons battre le cœur de Dieu. Il « n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants».

« La communion des saints, la résurrection de la chair, la vie éternelle » – Toussaint et commémoration des défunts

«Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 1-12)

L’Eglise catholique fête ce 1er novembre tous ses saints, soit ces défunts – connus ou anonymes – qui ont été perméables à l’amour divin sur terre et qui participent désormais à la plénitude du ciel. Leur course terrestre s’est achevée, mais ils sont tout sauf spirituellement morts. En Dieu, ils sont plus-que-vivants. Voilà pourquoi à ceux qui les invoquent, ils servent de premiers de cordée sur le chemin de la conversion. La communion des saints est cette solidarité profonde qui unit spirituellement les vivants sur terre et les vivants en Dieu.

L’Eglise catholique commémore ce 2 novembre plus largement tous les défunts, soit la multitude d’hommes et de femmes qui ont vécu leur grand passage. L’Eglise invite à prier avec eux, mais aussi pour eux. En effet, tout comme l’œil qui sort de la cave doit s’habituer à la lumière éclatante du soleil, de même beaucoup ont besoin d’une transition qui dilate leur cœur – état que l’Eglise du moyen-âge appela le « purgatoire ». La prière pour les défunts est donc une expression de la solidarité spirituelle qui unit les pèlerins de la terre à ceux du ciel.

Le culte des saints et la prière pour les défunts sont bien davantage que des fioritures de notre foi de baptisé. En voyant le nombre impressionnant de nos contemporains qui – en ce début de XXIe siècle – visitent encore les cimetières, nous constatons que l’affection pour « ces chers disparus » rejoint une intuition spirituelle profonde. En priant pour un défunt, nous l’accompagnons sur le chemin de notre commune destinée en espérance – la pleine communion dans l’Amour trois fois saint. Alors, l’adieu devient « à-Dieu ».

Coup de vent intérieur – 31° dimanche, Année C

 « Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi ». (Luc 19, 1-10)

Imaginons que l’évêque rende visite à une communauté paroissiale. Les fidèles sont là pour l’accueillir – curé, membres de l’équipe pastorale et fabriciens en tête. L’évêque arrive et aperçoit – à la terrasse d’un café – un homme d’affaire notoirement véreux. A la surprise de tous, il lui lance : « Lève-toi vite : aujourd’hui il faut que je partage ton repas ». Je me demande bien la tête que tous, nous ferions.

C’est pourtant ainsi que Jésus agit. « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Son geste causera un « coup de vent intérieur » dans la tête de Zachée, dont le cœur s’ouvre à l’appel de l’Esprit.

Humilité… Vous avez dit humilité ? – 30° dimanche, Année C

 « Parce que je ne suis pas comme les autres hommes… ». (Luc 18, 9-14)

A ceux qui m’interrogent sur les effets du péché originel, je conseille d’étudier l’égo humain. Intellectuellement – chaque homme normal sait qu’il a des qualités et des défauts. Et qu’une société bien faite, permet aux talents des uns de compenser les limites des autres. Emotionnellement – nous vivons cependant souvent les choses de façon plus torturée. Notre rapport à l’égo est troublé. Les uns ont une image surévaluée d’eux-mêmes. Ils se sentent toujours un peu plus intelligent, vertueux, capable,… que le voisin. Comme ce pharisien de l’évangile qui rend grâce à Dieu « parce qu’il n’est pas comme les autres hommes… ». Les autres ont d’eux-mêmes, une noire vision. Ils ne s’aiment, ni ne s’acceptent. Ce qui n’est pas plus juste.

Le mot « humilité » vient du latin humus – qui signifie « la terre ». Est humble celui qui connaît le terreau dont il est façonné – avec ses forces et faiblesses. Cela donne de se sentir pécheur, mais aussi enfant de Dieu. Comme le publicain de l’évangile – dont le Christ approuve la prière.