In memoriam Mgr Aloys Jousten: un évêque tout-terrain

C’est avec émotion que j’ai appris ce jour le décès inattendu de Mgr Aloys Jousten, évêque émérite de Liège. Il était en WE récréatif avec ses confrères de rhétorique. Chaque année, il vivait ce moment de retrouvailles et s’en réjouissait. Juste avant son départ, il me téléphona pour me dire d’excuser son absence à la fête de Saint-Lambert. Comment aurais-je pu savoir que c’était la dernière fois que je lui parlais?

Lui et moi étions fort différents, mais j’avais une grande confiance en son engagement pastoral. C’est pour cela que je l’avais choisi comme accompagnateur spirituel, depuis son éméritat. Il m’a fait du bien.

Quel type d’évêque était-il? La plupart des évêques ont une expérience pastorale typée: paroisse, école, université, mouvements… Mgr Jousten avait quasi tout fait dans sa vie : curé et doyen, enseignant et directeur d’école, formateur de séminaristes, vicaire épiscopal… Cette vaste expérience fit en sorte qu’il devint un évêque tout-terrain, capable de suivre des situations fort différentes avec expérience et sagesse. Aloys Jousten avait le bon-sens de ses origines rurales et le côté sérieux et bosseur de ses racines germanophones. Ceci en fit un évêque simple et aimé. 

La semaine dernière, il présidait encore notre pèlerinage belge au Congrès eucharistique de Budapest. Il participa à toutes les activités avec nous, malgré sa fatigue et le fit avec entrain et humour. Ainsi, il n’aimait pas trop les atours épiscopaux. A Budapest, les évêques portaient pourtant de grandes mitres. On le taquinait avec cela et il riait de bon coeur. Qui aurait pu se douter que ce serait son dernier pèlerinage sur cette terre? Je suis persuadé que désormais, il veille sur nous depuis l’Eternelle Lumière. 

A Dieu, cher Monseigneur. A Dieu, cher Aloys. Puisse le Bon Pasteur accueillir celui qui l’a si bien servi, en donnant l’image d’un bon berger au milieu de son peuple. 

Winston et Wolfgang: le rêve européen 75 ans après Zurich – La Libre p.51

Ce samedi 18 septembre, 75 ans après le discours de Zurich tenu un 19 septembre par Winston Churchill, est parue ma chronique dans le quotidien La Libre en p.51.

Pour la consulter, cliquez sur « Winston et Wolfgang: le rêve européen 75 ans après Zurich ». 

Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression. 

Jaloux, moi ? – 25° dimanche, Année B

 « Sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand ». (Marc 9, 30-37)

Déjà dans la cour d’école, le besoin de se démarquer nous chatouille. Qui ne s’est jamais vanté que : « Mon papa a une plus grosse bagnole que le tien » ?  Et tout au long de la vie, la tentation d’être au centre des attentions tenaille. Chacun rêve à sa manière d’être la reine du bal, le manager de l’année, la tête de liste politique, le médaillé d’or, etc. 

La recherche d’excellence n’est pas mauvaise en soi – que du contraire. A condition de se réjouir de l’excellence du voisin. Vouloir être performant – fort bien. Ne pas accepter qu’un autre le soit tout autant, voire bien davantage – cela est problématique. Saine émulation ne rime pas avec jalousie. La jalousie est un sentiment omniprésent en l’homme. Et pourtant, peu le reconnaissent. Rare est celui qui confesse : « oui, il m’arrive d’être envieux ».  

Contemplons les disciples de Jésus : « Sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand ». Alors le Christ, prenant un enfant, leur enseigne que le plus grand est celui qui accueille les plus petits ; que le premier est celui qui prend la place du serviteur. Même parmi les baptisés, pareil enseignement n’a jamais été évident. C’est ce qu’illustre l’épître de saint Jacques : « Vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre ». (Jacques 4, 2)

Et pourtant, une petite voix nous murmure à la conscience : Jaloux, moi ? Jamais de la vie. L’autre, je ne dis pas… Mais pas moi, moi, moi…   

« Effata ! » – 23° dimanche, Année B

« Il fait entendre les sourds et parler les muets ». (Marc 7, 31-37)

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus guérit un sourd-muet avec un peu de salive et une parole étonnante, citée pour cette raison en version originale: « Effata ! », c’est-à-dire « ouvre-toi ».

Jésus n’a pas guéri tous les sourds-muets de son époque. Par son geste, Il fait comprendre qu’Il vient délivrer l’homme de sa surdité et de son mutisme spirituel. Le dicton énonce avec justesse : « Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ». Et de fait, quand on me demande quel est mon pire défaut, je réponds que c’est sans doute celui dont je n’ai pas encore conscience. Tant que je le nie, mon péché me domine et me rend aveugle, sourd et muet. Je me contente d’objecter avec véhémence : « mais non, je ne suis pas comme ça ! » Par contre, le jour où je prends conscience de ce travers – je « vois » mon défaut, « j’entends » les reproches de mon entourage, « j’exprime » une demande de pardon.

Vous l’aurez compris : Jésus n’est pas là pour nous conforter dans le sentiment que nous sommes des « gens biens ». Il n’a pas, non plus, pour mission de nous reprocher que nous sommes des « vauriens ». Non, Il vient à notre rencontre par l’Esprit et dit : « Ouvre ton cœur. Afin que tes oreilles entendent ce que tu n’entendais pas et que ta langue exprime ce qu’elle n’arrivait pas à dire ». « Effata !… ouvre-toi ».

« Hygiène de l’âme » – 22° dimanche, Année B

« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qu’il le rend impur ». (Marc 7, 1-23)

En ce temps de rentrée scolaire, il est bon que nos têtes blondes reprennent de bonnes habitudes. Par exemple : bien se laver les mains avant de passer à table. Et ce, surtout en ce temps de pandémie.

Comment, dès lors, expliquer que quand des pharisiens demandent à Jésus pourquoi ses disciples prennent leur repas sans l’avoir fait, celui-ci les traite d’hypocrite ? Parce que les pharisiens pensaient qu’il suffisait de se laver les mains pour se purifier le cœur. Et Jésus d’avertir : « Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qu’il le rend impur ». 

S’il est utile d’apprendre à nos enfants l’hygiène du corps, il est encore plus vital d’aussi leur enseigner l’hygiène de l’âme. C’est bien de se laver les mains, mais encore mieux d’ouvrir ses mains pour partager. C’est important de se brosser les dents, mais tellement plus essentiel de ne pas ouvrir la bouche pour dire du mal de son voisin. C’est conseillé de prendre régulièrement un bain ou une douche, mais non moins nécessaire de régulièrement se replonger spirituellement dans l’eau de notre baptême. Bref, que ce temps de rentrée scolaire soit également – pour les petits comme pour les grands – un temps de redécouverte du Christ et de son Evangile. 

« Crise spirituelle » – 21° dimanche, Année B

« C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ». (Jean 6, 60-69)

L’Evangile de ce dimanche se situe à un moment de crise spirituelle. Beaucoup de contemporains avaient suivi Jésus, pour des raisons humaines (ce que l’Evangile appelle « la chair ») : le prophète de Nazareth parlait bien et touchait les cœurs, Israël avait besoin d’un réformateur, ses guérisons impressionnaient, etc. Mais trop – c’est trop. En se présentant comme Pain de Vie, Jésus s’attribue une qualité divine. La réaction du public est immédiate : « ce qu’Il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! » Et Jésus de répondre : « Personne ne vient à moi, si cela ne lui est pas donné par le Père ». Or ce que donne le Père à ceux qui le Lui demandent, c’est l’Esprit.

Aujourd’hui encore, nous commençons souvent à être chrétien pour des raisons bien humaines : « c’est mon éducation, il faut des valeurs, cela éduque nos gosses, etc. » Arrive cependant un moment où ces motivations terrestres ne suffisent plus. Parce qu’on est déçu par son Curé, parce qu’on n’accepte plus la morale catholique, parce qu’on est choqué par certains comportements, etc. etc. C’est la crise spirituelle. Ne reste alors que le disciple à qui l’Esprit donne de comprendre que toutes ces raisons trop humaines ne suffisent pas pour rester durablement fier de son baptême. « C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ». 

Seul l’Esprit fait entrevoir la vraie raison – celle qu’exprime saint Pierre : « Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ». 

« Pas de marketing…» – 17° dimanche, Année B

« Alors, de nouveau, Il se retira tout seul, dans la montagne ». (Jean 6, 1-15)

Ce Jésus n’est vraiment pas doué en matière de marketing… Il vient de faire un coup d’éclat en multipliant les pains. Les foules raffolent et en redemandent. Mieux : elles veulent en faire leur roi. Et lui, au lieu de prendre la balle au bond, que fait-il ? Il se retire, seul, dans la montagne pour prier son Père. Ses disciples – qui n’attendaient que de le voir triompher – n’ont pas dû comprendre. 

Et pourtant, si Jésus multiplie les pains, ce n’est pas pour annoncer la fin des famines. L’Evangile n’est pas une assurance de gagner au win-for-life, mais une invitation à prendre le dur chemin de la conversionLa multiplication des pains annonce que le Royaume du Père est source d’abondance spirituelle et de partage fraternel.

Mais le cœur humain est lent à comprendre ce que son âme pressent. Quand passe un gourou qui annonce un bonheur aussi trompeur que facile – nous sommes séduits. Tandis que le Verbe de Dieu, que les foules voulaient couronner pour de mauvais motifs, finira couronné d’épines sous les regards amusés.   

Ce que le voile dévoile…. – La Libre p.41

Ce lundi 19 juillet est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre en p.41

Elle fut publiée avant les dramatiques inondations à Liège. J’avoue avoir la tête bien ailleurs, pour le moment.  

Pour la consulter, cliquez sur: « Ce que le voile dévoile… » 

Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression. 

Pas morte, la solidarité…

Comme tant de Liégeois, j’ai des proches qui ont été sinistrés dans le déluge qui s’est abattu sur la province. Je suis passé par la sidération et l’impuissance, ne sachant pas comment aider, alors qu’ils étaient isolés par la furie des flots. 

Et puis, je me suis retrouvé le lendemain, les jambes dans une eau qui sent le fuel pour aider aux premiers constats et rangements. Et là, un groupe d’adolescents vient nous voir et nous demande s’ils ne doivent pas aider: « nous sommes scouts et partons demain en camp. Nous sommes venus aider la famille de l’un d’entre nous et si nous pouvons faire quelque chose pour vous… » Chapeau. 

Ce dimanche, je célèbre au sud de Verviers, en dépannage. Mais comment prendre l’autoroute E25, coupée à la sortie de Liège? Je pose la question à des pompiers qui vident une poche d’eau. Ils me répondent dans un français approximatifs, qu’ils ne sont pas d’ici. Les services de secours flamands sont venus en nombre, dépanner leur collègues liégeois surchargés. 

Après les célébrations dominicales, je suis retourné donner un coup de main dans la maison sinistrée. Une équipe d’amis, de neveux et même d’amis d’amis… s’y sont démenés la journée durant. Dans toutes les maisons du quartier, c’était les mêmes élans d’entraide. 

Comme me le glissa un des neveux, venus aider de l’autre côté de la Belgique avec son épouse: « pas morte, la solidarité. » De fait. C’est dans l’adversité que l’on reconnaît la qualité du lien social. Ce à quoi j’ai assisté ces dernier jours, m’a plutôt rassuré.