La comptabilité de la Grâce – 25° dimanche, Année A

« Parce que personne ne nous a embauchés » (Mt 20, 1-16)

Vous connaissez le dicton: « Il faut bien gagner son paradis ». Comprenez : « A force de vertu, nous finirons bien par obtenir le ticket d’entrée au Ciel ». Eh bien non – dit le Christ. D’où la parabole des ouvriers de la 11° heure : ceux qui ont sué depuis l’aube, ne reçoivent pas un meilleur salaire que ceux qui n’ont travaillé qu’une heure. Message de la parabole : Il n’y a pas de paradis à gagner. Il est offert. Tout est Grâce. « C’est un peu facile » murmure le bon Belge, en ajoutant : « Dans ce cas, pourquoi faire des efforts ? ». Enviables, les ouvriers de la dernière heure ? « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » leur demande le maître de la vigne. « Parce que personne ne nous a embauchés », soupirent-ils. Ils ont perdu leur journée. Alors, oui. Heureux les artisans de la première heure. Ceux qui triment pour le Christ sous la chaleur du soleil. Ils ne le font pas pour gagner un meilleur salaire. C’est le même salaire pour tous. Si les parents aiment leur enfant – que celui-ci leur obéisse ou pas – combien plus le Père céleste nous aime-t-il inconditionnellement ? « Un peu facile » ? Non, c’est ce qu’il y a de plus exigeant : vivre – non pas en comptabilisant ses mérites – mais par pur amour.

« Jeu collectif » – 23° dimanche, Année A

« Si ton frère a commis un péché, va lui parler » (Mt 18, 15-20)

Si le christianisme était un sport, il serait un sport collectif. C’est ensemble que les baptisés vivent du Christ et non pas chacun dans son coin – jouant à qui sera le meilleur chrétien de la classe. Ainsi, la parole que Dieu adresse au prophète Ezéchiel (1° lecture) : « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur ». En ce début de XXIe siècle, les progrès de la société n’ont pas libéré l’homme de sa conscience. Les mêmes questions qu’à l’époque d’Ezéchiel résonnent dans les cœurs : « Quel est le sens de l’existence ? Comment réussir sa vie ? Quel est le secret du bonheur ? » Les disciples du Christ se doivent donc d’être des « guetteurs » – des femmes et hommes capables de saisir l’enjeu spirituel des choses, d’avertir des impasses, d’inviter à une « conversion » – c’est-à-dire à un retournement de perspective. « Si ton frère a commis un péché, va lui parler », enseigne l’Evangile. Mais attention à la caricature. Sans l’Esprit, le « guetteur » devient vite une éternelle belle-mère, un insupportable donneur de leçons,…. Vous savez, ces braves personnes qui ont à la bouche en toute circonstance, une parole assassine du genre : « Je te l’avais bien dit… » D’où l’avertissement de saint Paul dans son épitre aux Romains (2° lecture) : « L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour ». Soyons des guetteurs de l’amour. Mettons-nous à l’école de l’Esprit. En ce temps de rentrée scolaire, voilà bien une école ouverte tous les jours et à tous les âges. Une école de la réussite – où les baptisés restent élèves à vie.

Tel un château de cartes…

Me revoilà donc à la barre de mon blog, après le piratage du site qui l’accueillait, ce qui causa trois semaines d’absence.

Ce blog avait commencé en mars 2011, juste à l’époque du drame de Fukushima. Que d’articles et de réactions dans mes archives en plus de 6 années d’activité et d’échanges. Je me disais qu’un jour (après ma pension), je pourrais reprendre certains « posts » et faire une retrospective. Et puis… « pouf »: piratage et perte définitive d’une toute grosse partie de mes archives, malgré le travail acharné de celui qui gère ce blog pour récupérer ce qui peut l’être. Comment je vis cela? Curieusement – fort bien. Je suis « zen » comme disent les jeunes.

En effet, je trouve qu’il y a ici une parabole vivante de nos vies qui passent. Nous pensons bâtir des maisons, des cathédrales, des civilisations, etc… pour l’éternité. Mais non. Un jour, tout peut s’envoler, comme la mémoire de ce blog. Et encore: ce qui m’arrive est dérisoire – risible même – par rapport à ces pauvres gens au Texas ou aux Caraïbes qui ont vu toutes leurs possessions s’écrouler en un instant, tel un château de cartes.

« Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. » (Ecclésiaste 1, 2) Tout serait donc vain? Non – l’Amour qui a créé le monde et l’a sauvé par La Croix – demeure et ne passe pas. Soyons donc vigilants. Tout peut nous être enlevé en un instant et s’écrouler devant nos yeux – tel un château de cartes – sauf la part intime de notre âme, créée par Amour et pour aimer. Celle-là, nous seuls pouvons la perdre.


« Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. ». (Matthieu 7, 24-27)

 

« La communion des saints, la résurrection de la chair, la vie éternelle » – Toussaint et commémoration des défunts

«Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 1-12)

L’Eglise catholique fête ce dimanche 1er novembre tous ses saints, soit ces défunts – connus ou anonymes – qui ont été perméables à l’amour divin sur terre et qui participent désormais à la plénitude du ciel. Leur course terrestre s’est achevée, mais ils sont tout sauf spirituellement morts. En Dieu, ils sont plus-que-vivants. Voilà pourquoi à ceux qui les invoquent, ils servent de premiers de cordée sur le chemin de la conversion. La communion des saints est cette solidarité profonde qui unit spirituellement les vivants sur terre et les vivants en Dieu.

L’Eglise catholique commémore ce lundi 2 novembre plus largement tous les défunts, soit la multitude d’hommes et de femmes qui ont vécu leur grand passage. L’Eglise invite à prier avec eux, mais aussi pour eux. En effet, tout comme l’œil qui sort de la cave doit s’habituer à la lumière éclatante du soleil, de même beaucoup ont besoin d’une transition qui dilate leur cœur – état que l’Eglise du moyen-âge appela le « purgatoire ». La prière pour les défunts est donc une expression de la solidarité spirituelle qui unit les pèlerins de la terre à ceux du ciel.

Le culte des saints et la prière pour les défunts sont bien davantage que des fioritures de notre foi de baptisé. En voyant le nombre impressionnant de nos contemporains qui – en ce début de XXIe siècle – visitent encore les cimetières, nous constatons que l’affection pour « ces chers disparus » rejoint une intuition spirituelle profonde. En priant pour un défunt, nous l’accompagnons sur le chemin de notre commune destinée en espérance – la pleine communion dans l’Amour trois fois saint. Alors, l’adieu devient « à-Dieu ».

Toussaint – Présence catholique à Robermont et Sainte-Walburge

Ce dimanche – beaucoup de Liégeois iront se recueillir sur la tombe d’un cher disparu. En effet, les 1er novembre (Toussaint) et 2 novembre (journée de prière pour les défunts) sont traditionnellement consacrés à la mémoire de ceux que nous aimons par-delà la mort.

A cette occasion, la Pastorale Urbaine, qui organise diverses animations catholiques à Liège (chemin de croix dans les rues, procession Fête-Dieu, Messe du 15 août, présence catholique au salon Retrouvailles,…), reprend une initiative lancée avec succès, il y a quelques années à Bruxelles : Accueillir les visiteurs à l’entrée d’un cimetière et proposer à ceux qui le souhaitent, de prier avec eux sur la tombe de leur proche. Sous la responsabilité des doyens des deux rives de la ville (Rive-droite, doyen Jean-Pierre Pire et rive-gauche, doyen Eric de Beukelaer), des équipes seront présentes le dimanche 1er novembre entre 13h et 16h30, devant les cimetières de Sainte-Walburge et Robermont. Ces équipes commenceront l’après-midi en allant prier devant le « carré des indigents ». Puis, elles distribueront un texte de recueillement aux personnes qui le souhaitent et accompagneront celles qui le demandent, pour une courte prière sur les tombes.

Clairvoyance – 30° dimanche, Année B

 « Rabbouni, que je voie ». (Marc 10, 46-52)

Une foule opaque entoure le Maître, qui fait son entrée à Jéricho. Jésus est alors au sommet de sa popularité. Aujourd’hui, ses « fans » lui demanderaient sans doute de signer des autographes. Derrière la masse, un homme est assis dans l’anonymat. Il est aveugle. Pourquoi tous ces gens ? Il se renseigne. Apprenant que c’est le guérisseur de Nazareth qui passe, il crie sa détresse. Mais aussi un début de foi : « Fils de David » est, en effet, un titre  messianique. On essaie de le rabrouer, mais il insiste. Jésus entend et le fait venir. « Ta foi t’a sauvé », lui dit-il. Et l’homme voit.

Jésus n’avait pas pour mission de guérir tous les aveugles de Palestine. Il se laissa néanmoins toucher par la demande confiante de cet homme et, ce faisant, nous laissa un signe du Royaume : « les aveugles voient ». Tous, nous souffrons de cécité ou de myopie spirituelle. D’ailleurs, notre pire défaut est celui que nous refusons de voir en nous et qui, dès lors, nous mine de l’intérieur. Ne nous reposons donc pas trop sur notre clairvoyance. Demandons au Christ dans nos prières : « Fais que je voie ». Et Lui nous répondra : « Ta foi t’a sauvé ».

Célibataire et heureux ?

En lisant cette semaine dans l’hebdo le Vif/l’Express, la chronique d’un psychologue politique de l’UCL –  » Peut-on être prêtre et homosexuel ?  » – commentant l’affaire Charamsa au Vatican, je me suis dit que j’allais réagir. Sans esprit polémique et sans nier que l’Eglise doit continuer à affronter toute question liée à la sexualité et l’affectivité de ses consacrés. Mais afin de remettre… l’église au milieu du village.

Et puis… la semaine s’est écoulée et je n’ai trouvé, ni le temps, ni l’énergie pour ce faire.

C’est donc avec gratitude que j’ai lu la chronique d’un gynécologue et sexologue de la même université, le professeur Armand Lequeux – « J’ai rencontré des célibataires heureux » – publiée ce jour dans le quotidien La Libre. Je vous invite à la lire. Je n’aurais pas dit autre chose. Et je l’aurais fait avec moins de compétence médicale et de crédibilité sociale. Merci à lui.

 

 

Tractations pré-électorales – 29° dimanche, Année B

 « Vous ne savez pas ce que vous demandez ». (Marc 10, 35-45)

Jacques et Jean – les fils de Zébédée – veulent pousser leur avantage au sein du groupe des douze. Objectif  stratégique: le jour où Jésus aura pris le pouvoir à Jérusalem, se voir attribuer les meilleurs postes ministériels. Pour ce faire, ils prennent le Maître à part et lui demandent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire ».  On se croirait en pleine tractation pré-électorale. Et Jésus de soupirer : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » « Nous le pouvons ! », répondent en chœur les présomptueux. Ils n’ont rien compris. Le jour où le Fils de l’homme sera élevé en gloire, ce sera sur une croix. Plus personne ne se battra pour siéger à sa droite ou à sa gauche. Un douloureux privilège réservé à deux bandits. La gloire de Dieu – c’est l’amour jusque sur une croix: « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».    

Le chameau et le trou de l’aiguille – 28° dimanche, Année B

 « Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer ». (Marc 10, 17-30)

Un fils de bonne famille vient voir Jésus et lui demande : « Que faire pour être sauvé ? » Réponse du Christ : « Ne tue pas, ne vole pas, ne fais pas de faux témoignages… Bref, conduits-toi en être humain et respecte les commandements ». Mais le jeune idéaliste veut plus. Tout cela,  il l’a observé depuis sa jeunesse. Comment vivre une vie selon le cœur de Dieu ? Alors Jésus pose son regard sur lui et se met à l’aimer : « Si tu veux décrocher la lune, laisse tout derrière toi et suis-moi ». Le jeune homme s’en va bien triste, car cela – c’est trop lui demander.  Et Jésus de dire : « Qu’il est difficile pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu… Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille ». Le Christ ne condamne pas la richesse matérielle. Mais Il constate que celle-ci est souvent un obstacle pour vivre l’Evangile. Celui qui veut simplement « ne pas déplaire à Dieu », qu’il se contente de respecter le commandements. Mais celui qui cherche l’intimité avec le Christ, qu’il mette toute forme de richesse – avoir, pouvoir, valoir – au service de l’Evangile. Car les richesses alourdissent le cheminement. Comment un chameau chargé de bagages pourrait-il passer par le trou d’une aiguille ? L’exigence de Jésus est celle de l’amour. Est-ce trop demander? Aux disciples déconcertés, le Christ ajoute : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu. Tout est possible à Dieu ». Heureusement d’ailleurs, car la plupart d’entre nous restons des chameaux, lourds de vaines richesses. Mais Dieu dilate le trou de l’aiguille à la mesure de son infinie miséricorde.