« Pas de marketing…»– 17° dimanche, Année B

« Alors, de nouveau, Il se retira tout seul, dans la montagne ». (Jean 6, 1-15)

Ce Jésus n’est vraiment pas doué en matière de marketing… Il vient de faire un coup d’éclat en multipliant les pains. Les foules raffolent et en redemandent. Mieux : elles veulent en faire leur roi. Et lui, au lieu de prendre la balle au bond, que fait-il ? Il se retire, seul, dans la montagne pour prier son Père. Ses disciples – qui n’attendaient que de le voir triompher – n’ont pas dû comprendre.

Et pourtant, si Jésus multiplie les pains, ce n’est pas pour annoncer la fin des famines. L’Evangile n’est pas une assurance de gagner au win-for-life, mais une invitation à prendre le dur chemin de la conversion. La multiplication des pains annonce que le Royaume du Père est source d’abondance spirituelle et de partage fraternel. Mais le cœur humain est lent à comprendre ce que son âme pressent. Quand passe un gourou qui annonce un bonheur aussi trompeur que facile – nous sommes séduits. Tandis que le Verbe de Dieu, que les foules voulaient couronner pour de mauvais motifs, finira couronné d’épines sous les regards amusés.  

« Vous allez disparaître » – La Libre p.41

Ce lundi 23 juillet est parue ma chronique mensuelle dans le quotidien La Libre en p.41.
Son titre original est « Vous allez disparaître ». Pour la lire, cliquez que le titre (plus polémique) donné par la rédaction: « Quand un responsable politique laïque et maçon, me lance: « Vous allez disparaître »
Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression.

« Saint repos »– 16° dimanche, Année B

«Reposez-vous un peu ». (Marc 6, 30-34)

De retour de mission, les apôtres sont fatigués. En bon pédagogue, Jésus les invite à se reposer. Cela n’est pas anodin. Nous vivons dans une société de l’efficacité et du travail. En soi, ce n’est pas mauvais de faire l’éloge de l’effort. A condition, cependant, que la sacro-sainte compétitivité ne devienne pas une religion. Le « toujours plus vite, plus fort et plus intense »ne peut tenir éternellement. Nous ne sommes, ni des surhommes, ni des robots. D’où le besoin de repos, de recul, de vacances. Pas uniquement pour « ne rien faire » ou pour bronzer, mais pour nous oxygéner l’esprit. Afin de faire le point, de creuser en nous-mêmes, voire pour retrouver la source de notre baptême en écoutant davantage l’Esprit.

Les vacances, ce n’est pas forcément partir loin, ou visiter beaucoup de choses. Les vacances, c’est prendre du recul par rapport au quotidien, afin de revenir plus frais, plus disponible, plus lucide, et pourquoi pas ?… plus chrétien. Car du travail nous attend à notre retour et pas uniquement pour gagner notre croute. Il s’agit aussi de notre mission de baptisé : « Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, Il se mit à les instruire longuement ».

Quand une candidate évoque Mère Teresa…

Celles et ceux qui me connaissent un petit peu, savent que j’ai des amis dans tous les partis politiques démocratiques. Celles et ceux qui connaissent la politique belge, savent cependant que – pour toute une série de raisons liées à l’histoire – plusieurs partis politiques gardent une forte tradition laïque. En privé, je partage bien des choses avec certains responsables de ces partis de culture « laïque », mais – en public – les marqueurs sociaux soulignent  que « nous ne sommes pas du même bord »…(Je n’ai jamais totalement compris ce que cela signifiait, mais en Belgique il semble encore important d’avoir un « bord »).
Contrairement à ce qui se voit chez les Français, Britanniques ou Italiens, il reste ainsi exceptionnel de rencontrer un mandataire socialiste qui s’affiche comme catholique convaincu et pratiquant. Théoriquement parfaitement possible – bien sûr – mais en pratique…
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Sans doute que cela changera un jour, mais pour le moment, c’est ainsi en Belgique francophone. Sauf… quand les mandataires PS sont de cultures musulmanes. Alors, ils me saluent en public en soulignant qu’il est important que l’Eglise catholique poursuive sa mission et parle haut et fort dans la société.
J’en ai reçu une nouvelle preuve dans les journaux du groupe ‘Sudpresse’ de ce jour, avec l’interview de Loubna Jabakh. Cette juriste de 37 ans est propulsée sixième sur la liste PS de la commune de Saint-Josse.
Voilà une jeune femme belle et intelligente, qui ne cache pas d’avoir été élève dans l’école catholique bruxelloise pour filles par excellence : la Vierge Fidèle. Et quand le journaliste lui demande: «  Avez-vous des modèles, en politique ? », elle répond tout de go : «  Pas vraiment, non. J’ai beaucoup d’admiration pour Mère Teresa, qui a su faire preuve de l’abnégation la plus totale, tout laisser pour les autres. » 

Soyons francs… A quelques exceptions près (qui font froncer des sourcils), imaginons-nous beaucoup de mandataires de souche chrétienne (de quelque «  bord » qu’ils soient, croyants ou pas, pratiquants ou non) de n’importe quel parti politique, oser déclarer pareille chose aujourd’hui dans la presse? La réponse à cette question nous invite à creuser le rapport de déni adolescent que notre société entretient par rapport à son héritage judéo-chrétien…

Avortement – dialogue de sourd entre deux humanismes.

S’il y a bien un point commun entre le Centre d’action Laïque (CAL) et l’Eglise catholique, c’est leur opposition à la future proposition de loi sur la sortie de l’avortement du code pénal… pour des raisons diamétralement opposées. Pour le CAL, cette proposition garde des balises morales et des sanctions, culpabilisantes et infantilisantes pour les femmes. Pour l’Eglise, cet acte gouvernemental transforme la dépénalisation partielle de l’avortement en un droit fondamental à un acte médical, dont les gardes-fous finiront balayés.
La différence entre CAL et Eglise, c’est que le premier milite activement pour une sortie de l’avortement du code pénal et ce, depuis des années, alors que la seconde s’est contentée de publier un seul  communiqué prudent et circonstancié à son encontre. Ceux (et il y en a encore…) qui s’offusquent d’une ingérence des évêques dans ce domaine, feraient donc bien d’aller méditer la parabole de la paille et de la poutre. (Matthieu 7, 3-5)
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Ce que je constate chaque année avec plus d’acuité, c’est qu’il ne s’agit pas tant d’un désaccord politique entre « laïques » et « croyants ». Dans le domaine de l’avortement, nous ne parlons tout simplement plus le même langage, de par une vision différente de l’humain. Cela fut illustré ce WE de façon éminente, par le dialogue de sourd entre Karine Lalieux (PS) et Catherine Fonck (CDH) dans les colonnes du quotidien bruxellois « Le Soir ». Voilà deux femmes politiques que je trouve courageuses et engagées. La première, laïque convaincue, fulmine contre la proposition de loi. La seconde, médecin et chrétienne (mais nullement inféodée à l’Eglise catholique), la soutient – à tort, selon moi, mais avec sincérité.
Ce qui me frappe, dans leurs échanges musclés, c’est que cela va bien au-delà d’un désaccord. Elles ne parlent tout simplement pas de la même chose.
Quand Catherine Fonck pose: « Nous n’avons jamais été en faveur d’une dépénalisation complète parce que pour moi, cela signifie alors que l’avortement devient un acte médical comme un autre, alors que ce n’est pas le cas car il y a un tiers en présence, le fœtus. », Karine Lalieux lui oppose :  «  Et c’est une grande farce, qui ne fera que raviver ce qu’on disait en 1990 : c’est la morale, les croyances qui ont de nouveau pris le pas sur le choix, la détermination, la responsabilité des femmes. On dit qu’elles ne sont pas assez responsables et que comme on les prend pour des imbéciles, il faut pénaliser pour qu’elles ne fassent pas n’importe quoi. » 
Quand Fonck appuie sur le clou: «  Car il s’agit du corps de la femme, mais pas uniquement. Il y a un tiers en présence. Le fœtus. Nous considérons que ce tiers en présence, c’est aussi un cœur qui bat un cerveau qui fonctionne – il suffit de voir combien les gynécologues insistent pour mettre de la musique sur le ventre. Et là, vous ne prévoyez aucune limite : cela va de 18 semaines à la fin de la grossesse. Nous ne voulons pas que l’IVG soit un acte banal ou un acte médical comme un autre. », Lalieux tempête: «  Un acte banal ? Aucune femme ne considère cela comme aller se faire arracher une dent ! Qu’on arrête de dire cela ! C’est vraiment prendre les femmes pour des femmes légères. » 
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Quel que soit votre avis sur le fond de la question, constatons l’abîme: à aucun moment ces deux femmes ne se rencontrent-elles sur un terrain commun. La question tant philosophique que juridique à trancher dans le débat sur l’avortement, est celle de savoir si, outre le choix de la femme, il convient de tenir compte « d’un tiers » (la vie humaine à naître). Si oui, pourquoi? Si non, pourquoi? A aucun moment, Karine Lalieux n’entre-t-elle dans ce débat. Tout au plus, dit-elle qu’avorter c’est autre chose qu’arracher une dent. Bien sûr. Mais encore? Qu’est-ce qui entre donc en jeu? Pourquoi ne pas répondre?
Selon moi, nous avons ici affaire à bien autre chose qu’une opposition entre « conservateurs » et « progressistes » ou encore entre « croyants » et « laïques ». Il s’agit d’une différence d’humanisme, c’est-à-dire un autre regard sur l’humain. Les pro-choice (de droite comme de gauche) défendent la primauté de l’individu et de ses droits – ici en l’occurrence la femme et son choix. Les pro-life (avec toutes leurs nuances internes), considèrent l’humain comme une « personne », soit un être en relation. Dans le douloureux débat sur l’avortement, il y a donc pour eux à tenir compte de la relation à un tiers : la vie humaine en devenir.  
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Comparaison nest pas raison et le débat sur les migrants est d’une toute autre nature – sauf qu’il touche aussi à l’humain.  A sa façon, il oppose donc aussi opinions « pro-choice » et « pro-life »   C’est pourquoi, un même dialogue de sourd se rencontre en la matière (mais avec des forces politiques souvent inversées) entre défenseurs des frontières nationales au nom du droit des peuples à «  choisir librement »  comment disposer de leur territoire et militants de la dignité et de la vie des tiers en présence.
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Oui, il est aisé et consensuel de se proclamer humaniste. Mais il s’avère laborieux d’en tirer des conclusions concrètes communes, dans un débat qui brasse émotions, postures idéologiques et intérêts contradictoires. 
 

« Sport d’équipe »– 15° dimanche, Année B

«Il les envoie deux par deux ». (Marc 6, 7-13)

Quand Jésus envoie les douze en mission, il le fait par équipe de deux. Cette façon de faire est permanente dans l’Eglise. Elle indique que – si personne ne peut être chrétien à notre place – nous ne sommes jamais chrétiens tous seuls. Un peu comme dans un sport d’équipe : que penserait-on d’un footballeur, qui laisserait les 10 autres joueurs se démener et qui se contenterait d’un effort minimum ? que penserait-on d’un coureur du tour de France, qui se contenterait de se laisser porter par le peloton sans jamais produire un effort personnel ? Pareil joueur ou coureur passerait à juste titre pour un tire-au-flanc.

Il en va de même dans l’Eglise : facile de faire reposer tout le poids de la mission d’évangéliser sur les épaules de l’évêque, du curé, des professeurs de religions, des catéchistes,… La question que chaque baptisé est invité à se poser est : et moi, quelle est ma part d’effort dans le peloton ?  Seul celui qui prend sa part du fardeau – mission différente pour chacun – réalise pleinement sa mission de baptisé.

Sans se mettre une pression inutile, cependant. L’évangélisation est pour chaque baptisé une obligation de moyen, pas une obligation de résultat. Autrement dit, nous sommes appelés à annoncer la Bonne Nouvelle, mais pas condamnés à réussir. Comme dans un sport d’équipe. « Si, dans une localité on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds ». Autrement dit : ne vous obstinez pas, mais poursuivez votre mission ailleurs.

« L’herbe est toujours plus verte… »– 14° dimanche, Année B

«Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison ». (Marc 6, 1-6)

Elle est presque comique, cette scène décrivant Jésus qui retourne prêcher à Nazareth – son village. On entend d’ici les commérages : « Non mais ! Pour qui se prend-il à nous faire la leçon ? Nous l’avons connu en culotte courte! » Devant le peu de foi de ses familiers, Jésus ne réalise que de rares signes du royaume (miracles).

Nous ressemblons à ces Nazaréens. Nous partons bien loin en vacances, mais connaissons mal notre région. Les hommes politiques du passé, étaient des hommes d’état, alors que ceux du présent sont des médiocres – sauf peut-être s’ils gouvernent un pays lointain. Nous rencontrons des gens « formidables » sur internet, mais trouvons nos proches tellement décevants. Bref – comme l’énonce le dicton – « l’herbe est toujours plus verte chez le voisin ».

Et pourtant… quand l’Evangile nous parle des autres, il décrit surtout notre « prochain » – c’est-à-dire celui qui vit près de moi, tous les jours, dans mon quotidien. C’est avec lui qu’il me faut apprendre à cheminer à l’écoute de l’Esprit. Parfois même, nous pouvons devenir « prophètes » l’un pour l’autre – c’est-à-dire parole de Vie.

Avortement – Sortie du code pénal, pour y faire entrer… l’opinion « pro-life » ?

Par mail, je reçois la « déclaration de Bruxelles », promue par le Centre d’Action Laïque et… la Fédération Wallonie-Bruxelles.  
Cette déclaration soutient la sortie de l’avortement du code pénal (jusque là, rien de bien neuf), et – je cite – « refuse toute démarche visant à donner une personnalité juridique à un fœtus »
« Refuser toute personnalité juridique au foetus » – je m’en suis déjà expliqué – est, selon moi, un signe de « déni ». Le « déni » est un mécanisme psychologique, qui consiste à refuser – par confort mental – de voir une situation en toute lucidité, avant de prendre une décision politique à son sujet.   
Ainsi, le déni se retrouve chez ceux qui refusent d’accepter que notre société de consommation abîme la planète ; comme chez ceux qui ne considèrent  pas que les migrants sont des humains ayant des droits…
Le fait que ces autres types de déni se retrouvent dans un tout autre spectre d’opinions politiques que celui qui touche à lavortement, illustre que pareil mécanisme d’auto-aveuglement touche tous les humains. Et que le fait de se déclarer ‘progressiste’ ne vous en immunise pas, comme par enchantement. 
Combattre le déni invite à ce surcroit de lucidité envers soi-même et ses actes, qui donne de comprendre qu’aucun d’entre nous n’a « totalement les mains propres ». Tous, en effet, sommes complices de décisions qui font du tort à d’autres. En prendre conscience, ne rend pas l’innocence, mais invite à essayer de minimiser le tort que nos actes causent à d’autres.
 
Ainsi, un authentique militant « pro-choice » devrait avoir comme premier objectif de diminuer, autant que possible le nombre d’avortements. Or, je ne retrouve pas cela dans la « déclaration de Bruxelles ». Pourquoi? Parce qu’un mécanisme de déni pousse à refuser de voir de voir en un foetus, autre chose qu’un paquet de cellule et donc, un simple prolongement du corps de la femme, sans statut propre. (Je ne fais que citer, les arguments qui furent alignés par mes contradicteurs)
C’est se voiler la face: le foetus est une vie humaine en devenir et donc, bien davantage qu’un simple tissu biologique. S’il n’est qu’un amas de cellule, comment expliquer qu’à un moment donné apparaît – comme par génération spontanée – un être humain? Et quand ? A partir de telle ou telle semaine, ou une fois la naissance advenue? D’ailleurs, pourquoi la naissance? Même né, l’enfant reste totalement dépendant de ses géniteurs. Dans ce cas, pourquoi ne pas décider qu’il n’y a vie humaine, qu’une fois que l’enfant a accès à la parole? Ou quand il est entré à l’âge de raison?
Accueillir humainement et d’une façon médicalement responsable, la douloureuse décision d’avorter, est une chose. Mais nier, pour la cause, qu’il y a pas en jeu une vie humaine en gestation, est et reste – quoi qu’on raconte – un acte de déni. Le premier défi que les militants « pro-choice » et « pro-life » devraient donc aborder ensemble, est la recherche de mesures capable de limiter le nombre d’avortements. Or, il n’y a apparemment pas de diminution d’avortement en Belgique, contrairement à d’autres pays européens. 
 
La «  déclaration de Bruxelles » n’en reste cependant pas au niveau du déni. Elle là va plus loin, en demandant – je cite: «  la suppression, dans les législations, de la clause de conscience spécifique à l’interruption volontaire de grossesse, celle-ci étant déjà accordée à titre individuel pour tout acte médical », ainsi que d’ « exiger que toute entrave à l’accès ainsi qu’à l’information relative à l’interruption volontaire de grossesse soit sanctionnée ».  
Ceci n’est pas banal. En effet, supprimer la clause de conscience et criminaliser ce qui semble viser insidieusement toute opposition démocratique à la banalisation de l’avortement, est une politique liberticide, qui étouffe le débat et la liberté d’opinion. 
Ce genre de mesures n’est pas du genre à m’intimider – même si je dois un jour subir une condamnation.  Une contradictrice sur twitter me lançait, avec toute la nuance d’usage dans ce genre de débat (quel que soit le camp): « tu n’as pas d’uterus, donc tu fermes ta gueule! » Je confesse, en effet, que je n’ai pas d’utérus. Et pourtant – non – je ne fermerai pas ma gueule. 
Si vous pensez, comme moi, que ce sujet mérite qu’on réagisse, signez plutôt cette pétition-ci: https://www.soignantsosverzorger.be/fr/test/