Populorum communio – Lettre des évêques pour le Carême

 « Dansons-nous sur un volcan prêt à entrer en éruption ? » C’est par cette question provoquante que débute la Lettre des évêques de Belgique publiée pour le Carême 2017 et intitulée Populorum Communio. La question posée invite à ouvrir les yeux sur les déséquilibres et les injustices qui marquent notre monde. Pour y répondre, les évêques ont écrit cette lettre, « Populorum Communio – La Communion des peuples », Lettre pastorale des évêques de Belgique à l’occasion des 50 ans de l’encyclique Populorum Progressio du Pape Paul VI (Publiée dans la série Déclarations des évêques de Belgique, n° 41). Une conférence de presse a eu ce lundi 20 février  à 11H au Centre Interdiocésain. Mme Lieve Herijgers, Directrice de Broederlijk Delen,  et Mr Baudouin van Overstraeten, directeur du JRS (Jesuit Refugee Service), y ont apporté leur contribution, alors que Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, et Mgr. Luc van Looy, évêque de Gand, ont présenté le texte des évêques de Belgique.

Extraits choisis :  

Dansons-nous sur un volcan prêt à entrer en éruption ? Différentes choses peuvent le laisser croire. La terrible destruction d’Alep en décembre 2016, la situation de guerre en Syrie et en Irak, le terrorisme érigé à l’échelle d’un État, les nombreux attentats au Moyen Orient et en Europe, les guerres larvées en Afghanistan, les innombrables tentatives de traversées de la Mer Méditerranée d’Africains réduits à la précarité totale manifestent une guerre larvée, nous bouleversent et nous troublent, d’autant plus que de nombreux réfugiés arrivent de ces régions dans nos pays européens et rompent les équilibres de nos sociétés. De plus les mutations technologiques et économiques créent des situations nouvelles de mondialisation, d’enrichissement indu des uns et d’appauvrissement extrême des autres, ce que nous constatons dans notre pays aussi. Les déséquilibres écologiques, les perturbations du climat et la pollution de plus en plus forte causent aussi des perturbations menaçantes et destructrices.  Face à ces déséquilibres et ces injustices, nous devons analyser les situations et réagir comme citoyens responsables et comme chrétiens, en nous appuyant sur l’évangile et sur l’enseignement de l’Église en matière sociale.
Or, il y a cinquante ans exactement, le 26 mars 1967, jour de la fête de Pâques, le pape Paul VI adressait au monde son encyclique Populorum progressio, consacrée au développement des peuples.
(…)

Une caractéristique de notre monde moderne est l’autonomie des secteurs de l’activité humaine : on constate une autonomie de la technologie, de la science, de la politique, de l’économie et de l’éthique. Cette autonomie engendre des progrès mais aussi des exclusions. Chaque secteur possède sa logique interne, son intentionnalité propre, son auto-intentionnalité. Il n’y a pas de raison supérieure qui réglementerait le tout. Au contraire, on pourrait même dire que chaque secteur fonctionne comme une nouvelle religion : religion de la technologie, de la science, de la politique ou de l’économie.
(…)

Face aux défis du monde, on peut se demander quel est le rôle des chrétiens et quel est leur impact sur le développement du monde. L’enseignement social de l’Église nous fournit de nombreuses pistes. Mais l’action et la réflexion du pape François ajoutent des éléments décisifs, en particulier à partir de la notion de miséricorde.
(…)

Ainsi nous vous invitons à pratiquer la sobriété en Carême, à être enrichis par des changements d’attitudes et par la prière. Montrons-nous créatifs pour contribuer à la construction de la communion des peuples, que, comme chrétiens, nous pouvons relier à la communion des saints.
Éclairés par l’Évangile et par l’engagement social de l’Église, qu’ont enrichi le pape Paul VI et ses successeurs dans le prolongement du concile Vatican II, mais aussi par tout ce que font les pauvres et ceux qui luttent contre la pauvreté et les inégalités, nous voici invités, comme chrétiens, à contribuer à la poursuite de la construction d’un monde plus juste, sans inégalités et plus durable, avec les autres hommes et femmes qui y aspirent également, en dépit des injustices et des violences qui frappent notre monde.
S’engager dans cette voie revient à reconnaître et à mettre en pratique les appels du Seigneur. C’est aussi rencontrer cette affirmation du Synode des Évêques réuni à Rome fin 1971 : «  L’action pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent comme une dimension constitutive de la proclamation de l’Évangile qui est la mission de l’Église pour la rédemption de l’humanité et sa libération de toute situation oppressive ».
Cette déclaration rejoint bien les apports du pape Paul VI et du pape François prônant le développement par une communion des peuples basée sur la justice. Encore faut-il qu’ils soient mis en pratique par le plus grand nombre possible de chrétiens, aux côtés des femmes et hommes de bonne volonté !

@demotterudy et vivre-ensemble

Alors qu’il expliquait ce dimanche sur les antennes de Bel RTL le lien entre le monde politique et l’argent qu’il considère comme un tabou, Rudy Demotte a utilisé une comparaison détonante : « Je ne veux pas dire que tout est lié à l’argent. Et d’ailleurs, le lien à l’argent est devenu de plus en plus compliqué dans notre société. Les partis politiques ont un peu le lien à l’argent que l’Eglise a à la pédophilie. On sent qu’il y a quelque chose d’extrêmement tabou dans la façon d’aborder les choses. Pour des cas révélés, on pense que l’ensemble de la pensée est orienté vers l’argent. Et c’est vrai, qu’à titre personnel, je suis sensible à cet argument sous un angle qui est celui de l’égalité parce qu’effectivement, il faut que les écarts de revenus ne soient pas aussi importants. »

Pourquoi cette déclaration crée-t-elle le malaise ? En soi, le propos est compréhensible et nullement agressif : Il s’agit de dire que le rapport à l’argent est en politique aussi tabou que celui de la pédophilie dans l’Eglise. Cependant et en l’état, la formule est trop courte et donc fausse. En effet – même si tout est encore perfectible et que le risque zéro n’existe pas – la pédophilie n’est certainement plus un tabou dans l’Eglise. Elle est même devenue la « ligne rouge » qui met en route toutes les alertes. Il serait heureux qu’il en soit ainsi dans le monde politique.

Mais le malaise va plus loin… Imaginons un instant que – durant mon mandat de porte-parole des évêques et en pleine tourmente suivant la démission forcée de l’évêque de Bruges pour faits de pédophilie – j’aurais retourné la formule en déclarant :  « L’Eglise a un peu le lien à la pédophilie que les partis politiques ont à l’argent ». Je ne vous dis pas le scandale intergalactique que cela aurait provoqué. Pourquoi ? Parce que, pour détourner les regards de la crise de l’institution catholique, j’aurais pointé le doigt vers les failles du politique. Quelque chose du genre : « Y pas que nous, M’sieu… Les autres aussi ont des problèmes ».  Ceci est toujours délicat pour le vivre-ensemble.

Il y a quelques mois, j’intervenais à la demande du professeur, dans le cours de droit constitutionnel à l’Ulg sur la question de radicalisme religieux. Une étudiante voilée me demanda si je pensais que le fondamentalisme musulman avait un lien avec l’islam. J’ai répondu : « Dans une certaine mesure « oui », tout comme la pédophilie à un certain lien avec l’Eglise catholique. Il s’agit d’une réalité ultra-minoritaire déviante et condamnable, mais qui a pu se développer sur un terreau particulier ».  Si, en répondant à cette étudiante, j’ai pointé le doigt vers mon Eglise et non vers sa  religion, c’est par savoir-vivre. Il s’agissait de répondre franchement à sa question, sans stigmatiser la communauté à laquelle elle appartenait. Si un imam avait répondu la même chose – dans sa bouche, la formule aurait pris un tout autre sens : « Y pas que nous, M’sieu… Les autres aussi ont des problèmes ».  Bref, pour entretenir le vivre-ensemble, il est tellement préférable de ne pas pointer vers les autres et de plutôt se remettre en question. Le Christ ne disait-Il pas : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Matthieu 7,3)

Ceci étant dit, et contrairement à l’air du temps, je n’ai pas envie de crier au scandale et d’accabler le ministre-président de la Communauté Wallonie-Bruxelles. Dans le feu de la communication médiatique, la formule maladroite est vite sortie. Mgr Léonard avait lui aussi, parfois – et de parfaite bonne foi – osé quelques comparaisons peu heureuses. (Monsieur Demotte fut d’ailleurs parfois prompt à s’en émouvoir.) Alors… « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ». (Jean 8, 7)

« La gifle » – 7e dimanche de l’Année, Année A

«Eh bien, moi je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. (…) Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. »  (Matthieu 5, 38-48)

Dans la logique des humains, il y a ceux que nous considérons comme alliés et ceux que nous voyons comme adversaires. Les premiers nous paraissent naturellement sympathiques, au contraire des seconds – bien plus antipathiques. La parole du Christ bouleverse ces évidences, telle une gifle à notre bonne conscience. Accueillir le regard d’amour inconditionnel que Dieu pose sur chacune de nos vies, n’est possible qu’à celui qui pose un regard similaire sur son prochain. Si cela ne transforme pas la terre en un lieu où tout le monde « il est beau et gentil », cela fait en sorte que même l’ennemi est considéré comme un frère en Christ. Malgré nos désaccords et conflits, il s’agit de prier pour lui. Et s’il nous fait du mal – à nous de vouloir son bien. En recommandant cela, Jésus ne nous en demande-t-Il pas trop ? A vue humaine, sans aucun doute. Seul l’Esprit peut nous inspirer un amour à la mesure de Dieu, c’est-à-dire sans mesure. Demandons donc la force de l’Esprit.

Saint-Valentin : Amour et Evangile

Les couples durables le savent mieux que quiconque : passé le moment de la passion des débuts, l’amour invite – bien sûr, à être authentique et sincère – mais aussi à se mettre à l’écoute de l’autre pour tenter de parler le langage de son âme. Ceci – afin d’éviter tous ces malentendus qui tuent la vie à deux.

Il en va de même pour l’annonce de l’Evangile. Dire la Bonne Nouvelle du Christ à nos contemporains, implique d’en vivre soi-même – bien sûr – mais aussi d’écouter ceux à qui on s’adresse et de parler leur langage, afin de leur transmettre le trésor du Royaume intérieur. Ainsi, comment éveiller les jeunes générations à la foi, en se désintéressant du monde dans lequel la jeunesse vit ?

C’est donc un beau clin d’œil que le jour de la Saint-Valentin, soit aussi celui où l’Eglise fête les saints Cyrille et Méthode. Ces deux frères ont vécu au IXe siècle et ont évangélisé les peuples slaves en apprenant leur langue et en créant même pour eux un alphabet. Une belle preuve d’amour, qui fit germer la foi des Slaves et ce, jusqu’à nos jours.

Kiki…

Cette semaine, c’est presque par hasard que j’ai appris le décès du père Christian Gillain, des Missionnaires d’Afrique (pères blancs). Je n’avais pas vu passer la petite annoncé nécrologique dans le quotidien La Libre et ce sont mes parents qui m’ont averti.

« Kiki » Gillain – comme tous l’appelaient – était entré après ses humanités chez les pères blancs. Etant un adolescent d’un naturel fonceur et casse-cou, son accompagnateur spirituel l’avait dirigé vers une congrégation missionnaire. Il me racontait qu’avant de se décider, il avait été rendre visite aux Scheutistes, qui l’avaient fort bien accueilli, et puis chez les pères blancs, qui avaient oublié qu’il allait passer les voir et le reçurent sur le coin d’une table. Malgré cela ou grâce à cela, sa décision fut immédiate et ferme : ce seraient les pères blancs. Ceux-ci finirent par l’envoyer en Ouganda, où il connut les tyrannies d’Amin Dada et Obote. Il passa au travers de tout cela et devint même provincial.

Durant ses congés, il revint en Belgique et passa au camp de l’Unité scoute 42° de Brasschaat. C’est là que, jeune louveteau, je fis sa connaissance. Les histoires de corsaires qu’il nous racontait au coin du feu de camp, je les raconte à mon tour quand je suis avec des louveteaux. Kiki était doté d’une foi profonde et d’un tempérament frondeur. Je me rappelle qu’il déclarait au jeune louveteau ébahi que j’étais : « les évêques, c’est des emmerdeurs ». Devenu provincial, il s’est tout de même assagi. Lorsque j’étais étudiant ecclésiastique à Rome, il venait régulièrement au Vatican et rencontrait les évêques africains avec grande fraternité.

Il y a quelques années, il est rentré en Belgique, suite à une maladie qui lui faisait perdre la mémoire. La dernière fois que j’ai été lui rendre visite, il ne savait plus vraiment qui j’étais, mais n’en gardait pas moins son large sourire et optimisme. Il a eu des funérailles toutes simples dans la chapelle de sa maison de repos. Une célébration plus vaste sera organisée par sa famille. De là-haut, je suis persuadé qu’il continue à veiller sur son cher Ouganda et sur sa famille. A Dieu, cher Kiki. Je prie pour toi et me confie à ta prière, dans la communion des saints. A Dieu et merci.

 

« Accomplir la loi » – 6e dimanche de l’Année, Année A

« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » (Matthieu 5, 17-37)

L’humain est prompt à se fixer des règles de vie en société… et à juger son prochain qui les transgresse. Le Christ ne remet pas en cause la loi, issue de la tradition croyante en Israël. Mais alors – objectent ses critiques – pourquoi guérir le jour du Sabbat ou pardonner à la femme adultère ? Jésus répond qu’il existe un accomplissement de la loi. Il est de l’ordre de la Grâce, c’est-à-dire de la vie de l’Esprit. La Grâce révèle que tout humain est quelque part dans la transgression. Tel, parce qu’il a pensé mal de son prochain. Tel autre, parce qu’il a secrètement désiré la femme de son voisin. Bref – personne n’est justifié par ses œuvres, mais chacun peut être sauvé, en accueillant dans son âme un Amour plus grand. Alors – sa vie devient bienveillance et pardon.  

 

Billet d’humeur – Faits alternatifs…

La presse s’est gaussée de la réponse de Kellyanne Conway, l’ex-directrice de campagne de Donald Trump – devenue sa conseillère – quand il lui fut demandé pourquoi le porte-parole du président avait éprouvé le besoin de mentir. Elle répondit : ce n’est pas un mensonge, Sean Spicer a présenté « des faits alternatifs » Réponse assez surréaliste – il est vrai. Mais dont la nouvelle administration de Washington n’a pas le monopole. Ainsi, la presse n’en est pas immunisée. Lorsque j’étais porte-parole des évêques, je me souviens avoir un jour expliqué à un jeune journaliste, la relation qu’entretenait un prêtre avec son évêque, décrivant ce rapport comme « féodal » – dans le sens d’un rapport de confiance interpersonnelle, bien plus que strictement hiérarchique. Le lendemain, qu’elle ne fut pas ma surprise de lire l’édito du grand quotidien pour lequel ce stagiaire travaillait, où sous la plume d’un de ses confrères aînés – il était écrit que j’aurais déclaré que l’Eglise était une structure « féodale » dans le sens archaïque du terme. Comme je connaissais (et appréciais) l’auteur de ces lignes, j’ai pris mon téléphone pour lui exprimer ma colère et mon étonnement, face à ce flagrant détournement de sens. Il s’excusa en me disant qu’il avait écrit son édito bien tard et sous pression des délais de publication, sans prendre le temps de vérifier ses sources. Il me promit qu’il me laisserait un droit de réponse, dès le lendemain. Ce qui fut fait. Fin de l’incident – mais celui-ci m’éclaira sur le flux tendu des délais sous lesquels écrivent les journalistes. Ce qui donne parfois des infos, moins fidèles à la réalité qu’à des faits… alternatifs.

Ainsi, l’éditorial de la DH de ce 2 février, intitulé : « Le suicide de l’église catholique ». Je le cite : « La petite communion serait sur le point de disparaître. Une réflexion est en tout cas engagée dans ce sens dans le diocèse de Bruxelles. Le but serait de retarder l’âge d’un an ou deux. En attendant une suppression pure et simple ? L’explication de l’Église est que les enfants ne connaissent plus leur histoire sainte. Un constat qui rejoint celui de parents invités voici peu par Pascal Vrebos. Ils se plaignaient eux aussi que les enfants ne recevaient plus d’éducation religieuse même dans les écoles catholiques. Il n’y a pas de quoi s’étonner quand l’exemple vient d’en haut. Depuis son élection, le nouveau pape semble davantage préoccupé par l’accueil aux migrants que de revitaliser la pratique des fidèles. François avait d’ailleurs passablement choqué en déclarant au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo que si un ami insultait sa mère, il devait s’attendre à recevoir un coup de poing. Comme charité chrétienne, il y a mieux ! Depuis lors en Belgique, le trop fougueux monseigneur Léonard a été écarté au profit d’un cardinal si transparent que la plupart des fidèles seraient bien en peine de citer son nom. L’Église catholique de Belgique s’est également illustrée en bradant son patrimoine religieux au motif que plusieurs églises n’accueillent plus de fidèles. La voici qui s’applique à supprimer des sacrements. De quoi laisser le champ libre aux autres cultes qui, aux dernières nouvelles, n’envisagent pas de retarder l’âge de la circoncision. »

Je ne connais pas l’auteur de ces lignes, mais de quelle réalité parle-t-il ? Apparemment, pas la même que celle dans laquelle je vis et exerce mon ministère de prêtre depuis 25 ans. Il doit donc s’agir d’une « Eglise alternative ». En effet, que les responsables catholiques de Bruxelles réfléchissent à retarder l’âge de la première communion pour la remettre à 12 ans – comme ce fut le cas jusqu’au début du XXe siècle – est bien le signe qu’ils prennent cette démarche religieuse au sérieux. Libre à chacun de contester la solution proposée, mais y voir une volonté de brader l’enseignement chrétien, est faire preuve d’une crasse méconnaissance du dossier. De même, critiquer un pape qui réveille les consciences face au drame de l’immigration, plutôt que de pontifier dans sa tour d’ivoire – c’est ne rien connaître à l’Evangile de Jésus-Christ… Ensuite, dénoncer un archevêque « transparent », c’est-à-dire pas assez médiatique – c’est ne pas comprendre le rôle d’un responsable spirituel. J’appréciais Mgr Léonard, parce qu’il était lui-même. J’apprécie Mgr De Kesel, parce qu’il reste également lui-même. Si l’un voulait jouer à l’autre – c’est alors que cela sonnerait faux et serait ridicule. Enfin, reprocher à l’église de brader son patrimoine, parce qu’elle mène une réflexion sur le rôle des édifices du culte – c’est une critique aussi gratuite que facile.

C’est exactement dans le sens inverse que fut écrit, ce 8 février, un article dans les pages liégeoises du « Soir », sous le titre : «  Rationalisation des églises: un tabou » Ici aussi, je cite : « Dans le diocèse de Liège, la désacralisation des églises et surtout la rationalisation des paroisses où parfois ne subsistent que quelques fidèles sont un sujet tabou. À tout le mieux, l’Evêché accepte que l’on désacralise une église, voire qu’elle soit démolie à condition que les pouvoirs publics reconstruisent un nouveau lieu de culte pour la remplacer. Dans le cas de Sainte-Croix, une rationalisation des lieux de culte pourrait conduire à rassembler plusieurs paroisses dans un même lieu, libérant ainsi des églises plus petites (Saint-Servais, Sainte-Marguerite, etc.) qui pourraient alors être désacralisées et converties en logements ou autres fonctions. Appliquée à la région liégeoise, cela reviendrait à faire un cadastre des lieux de culte, de leur fréquentation et des synergies possibles entre paroisses. De la même manière que les économies d’échelle frappent les intercommunales. Il ne faut pas l’oublier : les pouvoirs publics interviennent largement dans les chantiers d’entretien ou de restauration des édifices religieux, que ce soit sous forme de subsides liés à leur classement ou via les aides aux fabriques d’église. Le tout dans un contexte où ces dernières ne sont guère solidaires entre elles, les riches n’aidant pas forcément les pauvres… Autre tabou à lever : la conversion d’édifices religieux classés en fonctions économiques, culturelles ou sociales. Ici aussi les avancées sont timides. S’il n’est pas question pour les promoteurs du circuit des collégiales de voir s’installer un hôtel dans une collégiale liégeoise, fût-ce sous forme de modules réversibles qui n’altèrent ni les volumes ni les décors religieux, à quand un projet de ce genre dans une des nombreuses autres églises liégeoises ? Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas aménager un lieu de repos ouvert à tous en plein centre-ville dans le cloître de la collégiale Saint-Denis ? Actuellement, l’Évêché n’est guère favorable à une rationalisation des infrastructures religieuses. Elle devient pourtant de plus en plus inévitable au vu des coûts d’entretien que les églises engendrent pour les pouvoirs publics. »

Une fois de plus, en lisant cela – je me retrouve face à la description de « faits alternatifs », bien différents de la réalité que je fréquente. Cela fait plus de 15 années que la pastorale paroissiale du diocèse de Liège est « rationalisée », sous la forme de regroupement en « Unités pastorales ». Pareille nécessaire évolution ne s’est d’ailleurs pas vécue sans douleur. Quant à la « désacralisation » des églises, elle n’est nullement un « tabou » à Liège. Nous visons à préserver les édifices du culte – bien entendu – tout en cherchant des utilisations complémentaires pour ceux qui sont moins fréquentés. Nous croyons, en effet, que les églises sont des lieux de silence, de spiritualité et de gratuité, qui ont toute leur place dans un espace urbain multiculturel. Que le jour où elles seront converties en masse en appartements, bureaux ou restaurants, quelque chose de l’âme des villes et villages aura été vendue au dieu argent. Ceci étant dit, le diocèse de Liège réfléchit sans tabou et n’exclut pas une désaffectation d’église  – là où n’existe aucune piste viable pour maintenir un édifice ouvert au culte. Dans ce cas – plutôt que de lui trouver un usage profane – la solution prioritaire est de l’affecter à un autre culte chrétien qui en aurait le besoin (ainsi, une église de Verviers va être cédée aux orthodoxes et une autre à Liège, aux protestants). Mais d’autres pistes ne sont pas rejetées a priori au nom d’un « tabou », à condition que l’utilisation des lieux reste digne et ne crée pas de scandale.

Le lecteur se sera rendu compte que les deux billets d’humeur – celui de la DH et celui du « Soir » – ont des messages diamétralement opposés. Il n’ont qu’un seul point en commun : la critique de l’Eglise sur base de faits… alternatifs. D’où mon billet d’humeur, telle une réponse du berger à la bergère.

« Le goût de Dieu » – 5e dimanche de l’Année, Année A

« Vous êtes le sel de la terre. » (Matthieu 5, 13-16)

L’Esprit-Saint nous donne le goût de Dieu. Pas un goût doucereux, qui fait de nous des béni-oui-oui.  Pas un goût amère, qui fait de nous d’éternels frustrés. Pas un goût fade, qui fait de nous des êtres apathiques. Mais bien un goût pimenté. Un goût qui réveille. Un goût qui éveille à la vie, au sens de Dieu et à l’amour des hommes. Les chrétiens sont moins nombreux aujourd’hui ? Indéniablement – mais nul besoin de mettre beaucoup de sel sur les aliments. Une petite pincée suffit. A condition que ce sel ait du goût, car « si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien ».

Blog: bilan du mois de janvier

Ce blog a été ouvert le 11 mars 2011. En janvier 2012, il reçut 3143 visites pour 4815 pages visionnées. En janvier 2013, il reçut 3891 visites pour 5419 pages vues. En janvier 2014, il reçut 2251 visites pour 3481 pages vues. En janvier 2015, il reçut 6958 visites pour 10066 pages vues. Pas de chiffres pour janvier 2016. Pour janvier 2017, 2539 visites pour 4713 pages vues

Le lectorat belge compte 1871 visites. Le Royaume-Uni suit avec 256 visites et la France avec 177 visites.

L’article le plus fréquenté fut « Witsel, Publifin et moi et moi et moi » du 5 janvier avec 529 visites. Vient ensuite « Hors-Piste » du 20 janvier avec 392 visites et « Yes, we trade » du 20 janvier avec 218 visites.

Merci aux lecteurs et suite au mois prochain.