Avortement – Un contre-pétition des promoteurs de la proposition de loi. Déstabilisés?

Cela fait quelques années que la proposition de loi, élargissant l’accès à l’avortement, se préparait par des partisans efficaces et déterminés. Patiemment, les partis politiques – surtout francophones – avaient été gagnés à la cause ou neutralisés. L’absence d’un gouvernement fédéral de plein exercice était l’occasion de faire passer ce programme sans trop de débats de fonds. « Les experts ont été entendus au parlement », a-t-on déclaré. La cause était donc censée entendue. Mais voilà que nombre de soignants se rebellent. Ils sont désormais 1680 à avoir signé une pétition contre la proposition de loi, rejoints en cela par 3200 citoyens.

Les partisans de la proposition de loi semblent pris de court par l’ampleur de la réaction citoyenne. Ils semblent même un peu déstabilisés. Imitant leurs contradicteurs, voilà donc qu’ils promeuvent une contre-pétition, mais… ils le font dans le secret de leurs réseaux (bravo pour le débat démocratique). D’où leur message demandant de ne pas publier cette contre-pétition sur les réseaux sociaux avant sa publication. Pas de chance, elle m’a été envoyée… 

Plus étonnant, cette pétition de la « Fédération laïque des centre de planning familiaux » est diffusée et promue par des institutions qui se veulent pluralistes, comme la « Ligue Bruxelloise Francophone pour la santé mentale ». Imaginons un seul instant qu’une ASBL pluraliste promeuve un appel d’une instance catholique… Je ne vous dis pas le scandale. Par contre, quand cela vient d’un organe laïque, chacun se tait… religieusement. Peut-on m’expliquer ce deux poids, deux mesures? La laïcité philosophique se comporte de plus en plus comme l’idéologie officielle – oserais-je dire « la religion d’Etat » ? – en Belgique francophone. 

Enfin, il y le langage. Les opposants sont présentés par la pétition laïque comme des « anti-choix ». C’est, une fois encore, éluder le débat de fond: la dignité de la vie à naître. L’embryon ne peut être réduit à un amas de cellule qui, par magie, deviendrait un futur bébé quand le législateur le décide. Evidemment… oser ce débat, c’est reconnaître que l’avortement n’est pas un acte médical comme un autre, alors que la proposition de loi tente de convaincre du contraire. 

« Casser la voix » – 2e dimanche de l’Avent, Année A

« A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur » (Matthieu 3, 1-12)

Jean-Baptiste est le compagnon des 2e et 3e dimanches de l’Avent. Habillé d’une tunique de chameau, d’une voix rauque il crie dans le désert : « Préparez le chemin du Seigneur ! » Gare aux bienpensants qui objectent qu’un boulevard est déjà prêt : « Nous avons Abraham pour père », ou encore « Nous sommes de bons chrétiens ». Ceux-là se feront traiter « d’engeance de vipères ».  Le temps de l’Avent n’est pas celui de la bonne conscience, mais bien de l’examen de conscience : Quels fruits spirituels produisons-nous ? Dans le désert de nos villes et de nos vies, une voix crie à s’en casser la voix.  Préparons donc les chemins du Seigneur, afin d’accueillir l’Enfant de la crèche. Lui – « baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ».

Une prometteuse génération de politiques…

J’ai apprécié les déclarations de deux jeunes pousses dans le sérail politique belge… 

Il y eut le nouveau président du MR,Georges-Louis Bouchez, déclarant qu’il avait beaucoup appris en côtoyant dans sa bonne ville de Mons, le bourgmestre socialiste Elio Di Rupo.

Et puis vint le nouveau président de Défi, François De Smet, parlant du même Georges-Louis Bouchez, en soulignant qu’il était « talentueux ». 

La politique n’est pas un monde de bisounours, mais c’est rafraichissant de découvrir de nouvelles têtes qui ont gardé suffisamment d’élégance mentale pour souligner les qualités d’un contradicteur. 

Pourvou qué ça doure…. 

« La vie s’écoule » – 1er dimanche de l’Avent, Année A

«Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra!» (Matthieu 24, 37-44)

Avec le temps de l’Avent, s’ouvre une nouvelle année liturgique : nous quittons l’année durant laquelle l’Evangile selon saint Luc fut proposé chaque dimanche à l’église et entrons dans l’année consacrée à saint Matthieu.

Plus immédiatement, l’Avent est le temps de quatre semaines qui nous prépare à la Nativité. Alors que les devantures de magasins annoncent la fête, l’Eglise prépare les cœurs à la venue de l’Enfant-Dieu. Ce serait dommage qu’arrivé la Messe de minuit, nous nous disions soudainement – comme surpris : « déjà Noël ». Tenez-vous prêts et veillez ! Tel est le message de l’Avent.

Quand j’étais gosse, je pensais qu’à trente ans un homme était vieux. Mais la vie passe et – sans crier gare – voilà la cinquantaine. Et de se dire : « Qu’ai-je fait de ces années ? » La vie s’écoule. Ne la gâchons pas. Vivons pour ce qui ne passe pas. Le Seigneur viens. C’est cela, l’esprit de l’Avent : «Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra.»   

Le Roi humilié – Dimanche du Christ-Roi, 34e dimanche, Année C

Le peuple regardait…. Les chefs ricanaient… Les soldats se moquaient… L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait… (Luc 23, 35-43)

L’évangéliste Luc – qui nous accompagna tout au long de cette année liturgique – insiste souvent sur les sentiments des protagonistes. En ce dernier dimanche de l’année liturgique – dimanche du Christ-Roi – il souligne ainsi l’humiliation du Christ en croix. Rien n’est épargné au Fils de l’homme : indifférence de la foule, railleries des chefs des prêtres, insultes des soldats. Même un des co-suppliciés se moque de lui. Et pourtant – au plus profond de cette noire souffrance – paraît déjà une lueur de Pâques. « Jésus, souviens-toi de moi », lui lance le bon larron. Et c’est en Roi – déjà vainqueur de la mort et du péché – que le Verbe supplicié lui répond : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».

Le disciple n’est pas au-dessus de son Maître : Servir pareil Roi ne nous épargnera pas humiliation et moqueries. Mais même le plus petit geste inspiré par Son Esprit, inaugure – dès à présent – un Royaume plus durable que le péché. Et la mort même.

Crises et krachs – 33° dimanche, Année C

« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre ». (Luc 21, 5-19)

En cette fin d’année liturgique (dimanche prochain, c’est le « Christ-Roi », dernier dimanche de l’année liturgique), les lectures parlent de fin du monde.  Mais les paroles du Christ invitent à garder la tête froide. Oui, il y aura des guerres et des catastrophes. Les choses les plus stables finiront pas s’écrouler – des empires s’écroulent et des krachs boursiers ruinent les banques. Cela ne doit pourtant pas nous presser à suivre tous les illuminés qui annoncent une fin du monde imminente : « Ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin ». Quant aux persécutions – même de la part de proches – Jésus ajoute : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.».    

Oui, la vie est courte et fragile. A chaque génération ses guerres, tragédies et catastrophes. Une seule chose est durable et permanente : le Christ et Son Evangile. «C’est par votre persévérance que vous aurez la vie ».

« L’Eternité, cela dure longtemps ? » – 32° dimanche, Année C

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ». (Luc 20, 27-38)

A l’époque du Christ, les Sadducéens formaient l’aristocratie sacerdotale de Jérusalem. Ils vivaient des revenus du temple et avaient une foi formaliste et sclérosée : Contrairement aux pharisiens – les théologiens de province, qui enseignent dans les synagogues – ils n’acceptaient que les cinq premiers livres de la Bible (le Pentateuque) et refusaient de croire en la résurrection des morts – un article de la foi juive, trop récent à leurs yeux.  D’où leur question à Jésus : S’il y avait vraiment une vie après la mort, comment ferait une femme plusieurs fois mariées, en retrouvant tous ses maris au ciel ? Le Christ leur répond que dans l’éternité, rien n’est comme sur terre. Et puisqu’il s’adresse à des Sadducéens, Il leur cite le Pentateuque : Dieu se déclare dans le livre de l’Exode (3,6) « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Ils sont donc vivants, car l’Eternel n’est pas le Dieu des morts.

L’erreur des Sadducéens n’a rien d’exceptionnelle. C’est une erreur fréquente, que de penser la vie en Dieu, à partir de nos catégories spatio-temporelles. D’où des questions-impasses, comme « Où sont les ressuscités ? », ou encore : « L’Eternité, cela dure longtemps ? » En Dieu, le temps et l’espace ne sont plus de mise. Pas plus que l’enfant dans le ventre maternel ne sait à quoi ressemble le monde extérieur, ne pouvons-nous – qui vivons dans l’espace et le temps – nous faire une idée précise de la vie après la mort. Mais tout comme le fœtus perçoit le battement du cœur de sa mère – par la foi nous entendons battre le cœur de Dieu. Il « n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants».

Un film… Hors Normes.

Allez voir « Hors Normes », le film des réalisateurs « d’Intouchables ». 

Non seulement, celui-ci traite du thème de l’autisme avec pudeur et vérité, mais en plus, il montre des croyants juifs et musulmans, collaborant à Paris. Alors que des conflits lointains pourraient les séparer, voici qu’ils font front commun pour mettre de l’humanité dans ce monde, en prenant en charge ceux dont plus personne ne veut.

Le film se base sur des faits historique. Si vous perdez foi en l’humanité (et en Dieu qui inspire tout homme de bonne volonté), allez voir ce film. Il nous rend meilleur. 

Coup de vent intérieur – 31° dimanche, Année C

« Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi ». (Luc 19, 1-10)

Imaginons que l’évêque rende visite à une communauté paroissialeLes fidèles sont là pour l’accueillir – curé, membres de l’équipe pastorale et fabriciens en tête. L’évêque arrive et aperçoit – à la terrasse d’un café – un homme d’affaire notoirement véreux. A la surprise de tous, il lui lance : « Lève-toi vite : aujourd’hui il faut que je partage ton repas ». Je me demande bien la tête que tous, nous ferions. C’est pourtant ainsi que Jésus agit. « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Son geste causera un « coup de vent intérieur » dans la tête de Zachée, dont le cœur s’ouvre à l’appel de l’Esprit.

Pareil « coup de vent intérieur » toucha au VIIe siècle, un jeune aristocrate qui aimait la vie mondaine. Il changea de vie et entra au service le l’évêque Lambert de Maastricht. Quand celui-ci fut assassiné, il lui succéda et ramena ses reliques sur les lieux de son martyr. Là, il fonda une institution religieuse, base de la future cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert. Liège devint de la sorte une métropole et, un peu plus tard, le nouveau siège du diocèse. Enterré dans la Cité Ardente et élevé à son tour sur les autels, les reliques du fondateur de notre ville furent transférée en 825 à Andage en Ardennes – lieu qui reçut dès lors son nom : « Saint-Hubert ». Il est fêté ce 3 novembre.

Euthanasie pour « fatigue de vie » – une proposition qui donne à penser…

Ce jour de prière pour les défunts est propice à une réflexion sur la dernière proposition de l’Open-VLD. Ce parti,  actuellement un des plus sécularisés de Belgique, profite de la période d’attente d’un gouvernement fédéral de plein exercice, pour lancer une proposition d’élargissement de la loi sur l’euthanasie: « Et si on l’ouvrait à des personnes qui sont fatiguées de vivre?… » Le débat vient des Pays-Bas et il agite la Flandre. « Malaise, malaise… » réagissait un éditorialiste, « car à quel âge mettre le curseur? » Sous-entendu: OK pour une personne de 95 ans, mais quid du jeune tout juste majeur, qui en a marre de vivre? La presse du Nord comme du Sud du pays est donc (pour le moment) majoritairement contre l’idée. Elle parle d’un glissement vers un « suicide médicalement assisté ». Les rédactions du royaume sont tout de même un peu mal à l’aise. Il est en effet curieux, dans ce pays qui se veut à la pointe du « progrès bioéthique », que l’intelligentsia se retrouve – une fois n’est pas coutume – dans le camp des (osons le vilain mot) « conservateurs ». 

La question de l’Open-VLD donne à penser. Non parce que je la soutiens, mais en ce qu’elle est le prolongement naturel de la réflexion enclenchée par la législation belge actuelle sur l’euthanasie. En effet, à partir du moment où l’on postule que la vie n’est pas un « inconditionnel inviolable », mais que la personne malade ou en souffrance peut demander et obtenir légalement le droit de mourir, le critère pivot de la légitimité d’un acte, devient le choix individuel. Combien de fois, au cours d’un débat sur l’euthanasie, ne m’a-t-on pas lancé à la figure, avec une assurance toute péremptoire : « Qui êtes-vous pour restreindre le choix d’une personne? Personne ne vous oblige à demander l’euthanasie pour vous-même, mais laissez au moins ce droit à ceux qui le souhaitent! » OK. OK. Mais si tel est le cas, pourquoi le restreindre?  Pourquoi le choix ne serait-il ouvert qu’à ceux qui auraient reçu de deux médecins un certificat de santé suffisamment mauvaise, pour justifier leur droit légal d’en finir? Pourquoi en exclure les autres qui en ont simplement assez de vivre? La proposition de l’Open-VLD ne fait que prolonger un peu plus la logique du libre choix. A l’époque du débat sur la dépénalisation de l’euthanasie, j’argumentais que cette législation légitimait une forme de « suicide médicalement assisté ». Je me faisais contrer de toute part. La proposition de l’Open-VLD me conforte dans ma conviction. 

Il y a une alternative fondamentale à trancher entre deux visions philosophiques sur l’homme. Soit, l’humain est considéré comme un individu qui se réalise par ses choix souverains. Dans ce cas, en effet, l’euthanasie se justifie: chacun choisit librement quand et comment quitter cette vie. Mais alors, soyons logiques jusqu’au bout: au nom de qui ou quoi restreindre ce choix? Qui suis-je pour refuser à mon prochain qui le « désire souverainement » un permis de mourir? La proposition de l’Open VLD l’a bien compris. L’autre vision est que l’humain n’est pas un individu, mais une personne, soit un être fondamentalement relationnel. Une personne, dont l’humanité et la liberté ne se réalisent qu’en relation avec le monde, les autres et (pour le croyant)… avec l’Autre. Au nom de l’inter-responsabilité qui nous relie les uns aux autres, la société pose alors des balises sociales, dont celle de l’inviolabilité de toute vie humaine. Ceci n’enlève rien à la légitimité de conclure sa vie dignement et du droit de mourir sans trop de souffrance (via les soins palliatifs et toute forme de sédation, etc), mais fait de l’interdit de tuer un fil rouge à ne pas transgresser. L’interdit de tuer ne supprime pas une légitime latitude des médecins dans l’accompagnement de la fin de vie. Les partisans de la loi belge de dépénalisation, ont argumenté qu’il était plus juste – et moins hypocrite – de laisser au patient, lui-même, le choix de sa fin de vie. Ce faisant, ils ont engagé le pays sur un chemin, que la récente proposition de l’Open-VLD ne fait que pousser un peu plus loin. Je fais partie de ces « pénibles conservateurs » qui pensent qu’il ne s’agit pas d’un progrès.