Carême en confinement – Jour 21 – La voix d’une clarinette

Expérience étrange…. Se trouver dans un cimetière à une dizaine de proches, en guise de funérailles d’une grande dame, dont les obsèques auraient en temps normal rassemblés plusieurs centaines de personnes. 

Le confinement, c’est aussi cela: des funérailles en un quart d’heure. Quelques mots, un évangile, un commentaire, des intentions et puis… la voix d’une clarinette qui s’élève du coeur de ce petit cimetière. 

Cette clarinette me rappela que, quelques soient les contraintes externes que la vie nous pose, l’humain arrive toujours à trouver une façon de s’échapper par le haut.

Ce fut comme un avant-goût de résurrection en ce temps où tant d’informations nous rappellent la passion. 

Carême en confinement – Jour 20 – L’envers du décors….


Demain et après-demain, je célèbre des funérailles parmi des parents d’amis proches. Rendez-vous au cimetière, 15 personnes maximum et une durée de cérémonie qui ne dépasse pas 20 minutes. Ambiance…

Une de ces personnes à l’agonie, n’a même pas été emmenée aux urgences: elle n’était pas en état et trop âgée… Et surtout, il n’y avait plus de places disponibles. 

Après 20 jours, le côté cocooning du confinement, laisse place à l’envers du décors et d’un système de santé qui sature. 

Courage à chacun en cette semaine de montée vers Pâques. 

Carême en confinement – Jour 19 – Le vide… et la Présence

Dimanche des Rameaux : la célébration du pape à 11h - ZENIT - Francais

La célébration des Rameaux par le pape rassemble traditionnellement des milliers de jeunes dans la basilique Saint-Pierre et sur la place. En ce jour, la basilique était vide pour l’office du successeur de Pierre. Beaucoup m’ont pourtant dit que cette Messe, vue à la TV, les avait marquée. 

Nous sommes dans une société du trop-plein: agendas remplis, loisirs à gogo,… « Occupons-nous, occupons-nous…. » est le credo qui nous fait vivre. Et voilà que le confinement nous condamne au vide…Nous pouvons vivre cela comme une privation et prendre son mal en patience. Nous pouvons également prendre ce vide comme une occasion de rentrer en soi et d’y découvrir… une Présence. 

Un chef d’Etat de 93 ans – la reine d’Angleterre – n’a rien dit d’autres dans son discours exceptionnel à la Nation: « Quelque soit notre foi, ou que nous n’en ayons pas, ce temps est l’occasion de retrouver le chemin de la prière ou de la médiation ». 

Carême en confinement – Jour 18 – Une Semaine Sainte au goût de Samedi Saint

En néerlandais, « Samedi Saint » se dit « Stille Zaterdag »« Samedi Silencieux ». En effet, en attente de la Résurrection, il n’y a que le silence de la mort qui,occiupe cette journée dans Eucharistie.  

L’évêque de Hasselt, Mgr Patrick Hoogmartens, expliquait ce jour dans le quotidien « Belang van Limburg » que toute cette Semaine Sainte était vécue cette année comme un grand Samedi Silencieux. Pas d’offices publics, peu de monde dans les rues, pas de vacances… Le silence qui plombe tout, mais peut aussi être un chemin vers l’intériorité, dans un monde qui en a tant besoin.

A chacun, je souhaite une fructueuse entrée en cette Semaine Sainte, si pleine de silence…   

Carême en confinement – Jour 17 – Administration et confinement…

Ce matin, je téléphone à l’ONEM pour cette amie sans trop de ressources (cf. mon récit de hier), qui n’avait pas touché son chômage. Au bout du fil, un monsieur bien aimable, m’explique qu’il y a du retard, car les services sont débordés. Fort bien… Mais je me dis: cette amie n’a pas internet pour joindre l’ONEM et ne pouvait donc pas envoyer un mail (d’ailleurs, j’avais essayé et le système était bloqué) et elle n’avait pas suffisamment de crédits de téléphone pour passer le coup de fil que j’ai pu donner. Heureusement, elle a quelques connaissances pour passer le cap difficile des jours maigres. Mais comment donc, font les personnes sans familles ou amis, qui sont dans sa situation? Et je ne vous parle pas de quelqu’un sans-papier ou au chômage. Non, elle a un travail régulier de technicienne de surface, mais son salaire habituel suffit tout juste à couvrir ses frais et ceux de son fils. Et ici, avec le chômage technique, tout est chamboulé… Je crains que la grave récession économique qui s’annonce, va multiplier ce genre de complication. Il nous faudra être doublement solidaires. 

Moins dramatique et même comique: afin que le travail de tutelle sur les fabriques d’église puisse se continuer dans le service que je dirige et où mes collaborateurs travaillent en télé-working, je dépose en personne une série de documents aux communes concernées. Dans une première commune, je téléphone et on me dit à qui les remettre. Je le fais, reçois mon reçu et m’en vais… Cela a pris 5 minutes et toutes les règles de confinement furent respectées. Dans une seconde commune, la, réceptionme dit de téléphoner à tel n° le vendredi matin, ce que je fis… sans réponse. Retéléphonant à la centrale, on me répond qu’on ne peut me passer la personne et que je dois réessayer au n° de téléphone en question. Je l’ai fait et refait une dizaine de fois… en vain. Je me doute bien que les équipes sont restreintes, vu les consignes de téléworking…  Mais tout de même, je n’ai pas trouvé que ma tâche fut facilitée par l’administration de cette commune… Je suis donc rentré chez moi, avec mes dossiers sous le bras 😉. Je râlais un peu, mais c’est une mésaventure risible par rapport aux drames causés par la pandémie. 

« Eli, Eli, lama sabactani ?» – Dimanche des Rameaux et de la Passion, Année A

« Mais Jésus, poussant à nouveau un grand cri, rendit l’Esprit. Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas. » (Matthieu 26 et 27, 14-66 et 11-54)

Avec le dimanche des Rameaux débute la « Semaine Sainte », c’est-à-dire la sainte semaine des chrétiens. La semaine qui résume notre foi en un Dieu qui aime l’humanité de façon déraisonnable. Un Dieu crucifié par amour, qui pardonne les péchés jusqu’à son dernier souffle, car « ils ne savent pas ce qu’ils font ». De cet Amour fou, les rameaux qui orneront les crucifix de nos maisons, sont le rappel tout au long de l’année. 

Ne vivons pas cette semaine de façon distraite, malgré les mesures de confinement. Vivons dans la mesure du possible les offices de la semaine sainte et le chemin de croix que KTO, RCF, RTBF ou d’autres diffuserons. Ainsi, pourrons-nous vivre – même au coeur de cette terrible pandémie – la Pâques du Christ avec un cœur de ressuscité.   

Carême en confinement – Jour 16 – Les pauvres et les morts…

Coup de téléphone paniqué d’une amie, qui travaille comme technicienne de surface. Sans beaucoup de  moyens économiques, elle est entrée en chômage technique depuis deux semaines, confinement oblige. Mais voilà -elle n’a pas perçu son chômage, alors que les factures continuent à tomber. Comme elle n’a pas internet, je lui promet d’envoyer un message à l’ONEM, ce que je fais. Mais – problème technique? – mon email refuse de se laisser envoyer. Je téléphonerai donc demain à l’ONEM, en espérant ne pas attendre trop longtemps. Je me dis que pour des personnes comme elles, ce temps de confinement est vraiment une épreuve. Et ce n’est pas fini.

Toute autre est la situation de cette autre amie, qui a accompagné sa maman en fin de vie. Celle-ci est décédée ce jour et l’amie me téléphone pour les funérailles. Je lui explique que ce sera au cimetière. Elle me recontacte pour le dire que la cérémonie ne peut dépasser 20 minutes, pour des raisons sanitaires. Compréhensible, mais difficile de faire son deuil dans de telles circonstances…

Carême en confinement – Jour 15 – Maigres poissons…

J’aime bien la culture des poissons d’avril. Comme chaque année, j’en fait un sur mon blog. 

Pourtant, cette année, j’ai bien senti que le coeur n’y était pas. Alors que vos proches passent leurs journées à vous envoyer des vidéo rigolotes (ou presque…), c’est comme si une pudeur s’était emparée de nous.Pudeur face aux défunts, morts souvent de façon confinée. Pudeur envers leur famille qui vit des funérailles réduites au plus stricte minimum. Pudeur envers les malades. Pudeur par crainte d’attraper le virus, ou d l’avoir attrapé sans le savoir. Pudeur envers les soignants qui n’arrêt pas. Envers tous les autres qui se démènent durant cette crise et tous ceux qui ne peuvent plus guère sortir de chez eux. Pudeur, enfin, face à la récession économique dure et profonde qui s’annonce.

Oui – cette année, ce furent de maigres poissons. Des poissons de temps de carême…    

Ceci n’est pas un poisson d’avril: Léviathan, sors de ton confinement ! – La Libre pp.32-33

Ce mercredi 1er avril est parue dans les colonnes du quotidien La Libre, une chronique conjointe de Bruno Colmant (économiste UCLouvain), Baudouin Decharneux (philosophe des religions ULB) et votre serviteur.

Outre que les deux co-auteurs sont des amis et des personnes d’une grande stature intellectuelle, j’apprécie le regard complémentaire posé sur la crise actuelle. 

Pour lire la chronique, cliquez sur « Leviathan, sors de ton confinement! » 

Merci à La Libre de nous offrir cet espace de réflexion.  

Confinement – Office du jeudi Saint en Radio ou en TV – Consignes liturgiques concernant le geste du lavement des pieds

Confinement oblige, nombre d’offices du triduum pascal seront cette année célébrés en studio d’enregistrement, afin d’être diffusés via la Radio (RCF…),  la TV (KTO…), ou encore plus simplement via FaceBook pour nombre d’offices en paroisse. 

Pour l’office du jeudi saint, se pose la question du lavement des pieds. Comme reproduire un geste si fort, alors qu’il n’y a guère d’assistants à l’office diffusé depuis le studio et que tout contact direct est prohibé pour raisons sanitaires?

C’est à cela qu’un écrit de la Congrégation du culte divin a cherché à répondre.  Par lettre circulaire, datée de ce mercredi 1er avril, Mgr Sardynalwill,  deuxième sous-secrétaire à la Congrégation du culte divin, propose d’adapter la liturgie du jeudi saint aux circonstances pastorales. « Nous préconisons de garder le beau geste du lavement des pieds lors des célébrations en studio, mais de le faire sous une forme particulière, soit le lavement des pieds de micro », écrit le prélat. «  Le micro représente, en effet, en l’occurence, l’accès à la communauté des fidèles absents à l’office. Il est donc liturgiquement indiqué d’en faire le réceptacle théologique d’un geste de service pastoral ». 

Une preuve supplémentaire, qu’à l’ère du pape François, Rome veille à s’adapter aux réalités du terrain dans un monde médiatique.