Veillez… – 33° dimanche, Année B

« Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ». (Marc 13, 24-32)

En cette fin d’année liturgique (dimanche prochain, c’est le « Christ-Roi », dernier dimanche de l’année liturgique), les lectures parlent des « fins dernières » en usant de ce qu’on appelle le style apocalyptique: « Le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel ». Les amateurs de prédictions sont friands de coller une date sur la fin du monde. Au lieu de jouer à cela, veillons à l’avenir de notre planète et prions pour l’avenir climatique du monde. Pour le reste, ne cherchons donc pas à fixer des échéances, mais vivons chaque instant avec une réelle intensité spirituelle. Car la vie est courte et fragile. Celui qui remet les décisions importantes « à plus tard », court le risque qu’un beau jour, il soit « trop tard ». A l’heure des réseaux sociaux, la mort soudaine d’un jeune est encore plus « stupéfiante ». Un instant plus tôt, il ou elle communiquait sur des bagatelles en toute légèreté sur sa page Facebook. Quand on est jeune, la mort semble bien abstraite. Puis soudainement, le fil de la vie se rompt et la page Facebook se remplit de messages de condoléances des copains. Oui, la vie est courte et fragile. A chaque génération, ses guerres, tragédies et catastrophes. Une seule chose est durable et permanente : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ».

Impôt sur la fortune – 32° dimanche, Année B

 « Ils ont pris sur leur superflu. Elle a pris sur son indigence ». (Marc 12, 38-44)

Les Juifs pieux contribuaient au culte du temple de Jérusalem en fonction de leur fortune. Si Jésus fait l’éloge d’une pauvre veuve qui ne dépose que deux piécettes, plutôt que des notables qui versent de grosses sommes, ce n’est pas de sa part une exaltation de la pauvreté, ou… une invitation à moins donner à la collecte. Ce que le Christ souligne, c’est qu’un don a plus de prix quand il requiert ce dont nous sommes indigents. Un riche qui verse une grosse somme, ne le sentira que peu. Cette pauvre veuve, qui a du mal à boucler ses fins de mois, donne – quant à elle – une part de ce qui lui est nécessaire pour vivre.

De la même façon, une personne « overbookée », montre à ses enfants qu’ils comptent, en leur consacrant du temps. Et un baptisé qui croule sous les activités, se rappelle l’importance de Dieu en dégageant du temps pour la prière. D’ailleurs, soyons francs : Quand quelque chose est vraiment important, nous nous donnons les moyens pour l’obtenir. Et souvent, nous y parvenons. Voilà pourquoi les adolescent(e)s qui n’ont « vraiment pas le temps » d’étudier et encore moins de prier, trouvent souvent du temps pour leur amoureux(se) et leurs loisirs… J

Judéo-christianisme pour les nuls – 31° dimanche, Année B

« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu ». (Marc 12, 28-34)

Les théologiens de l’époque aimaient se lancer dans de longues dissertations religieuses. Il y avait chez les Juifs 613 commandements : 365 négatifs (« tu ne dois pas ») et 248 positifs (« tu dois »). Le scribe qui interroge Jésus, lui demande donc : « Quel est le plus grand de ces commandements ? »La réponse du Seigneur ne se fait pas attendre : « Aimer – Dieu, son prochain, soi-même. »Pourquoi ? Parce que « Dieu est amour »(1 Jean 4, 8). Comme nous sommes créés à Son image (Genèse 1, 27), l’amour est source de toute vie authentique. Tous les autres commandements dépendent donc de l’invitation à aimer. Saint Paul le rappelle: « J’aurai beau avoir toute la science de la terre et du ciel, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. »(1 Co 13).

Contrairement aux illuminés sectaires et leurs enseignements mystérieux, Jésus parle un langage simple… Mais d’autant plus exigeant. En effet, « aimer » c’est tout donner. Le scribe a donc raison quand il ajoute que cela vaut mieux que tous les sacrifices. Le Christ le souligne, en lui lançant avec approbation:  « Toi, tu n’es pas loin du royaume de Dieu ».

« La communion des saints, la résurrection de la chair, la vie éternelle » – Toussaint et commémoration des défunts

 «Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 1-12)

L’Eglise catholique fête ce dimanche 1ernovembre tous ses saints, soit ces défunts – connus ou anonymes – qui ont été perméables à l’amour divin sur terre et qui participent désormais à la plénitude du ciel. Leur course terrestre s’est achevée, mais ils sont tout sauf spirituellement morts. En Dieu, ils sont plus-que-vivants. Voilà pourquoi à ceux qui les invoquent, ils servent de premiers de cordée sur le chemin de la conversion. La communion des saints est cette solidarité profonde qui unit spirituellement les vivants sur terre et les vivants en Dieu.

L’Eglise catholique commémore ce lundi 2 novembre plus largement tous les défunts, soit la multitude d’hommes et de femmes qui ont vécu leur grand passage. L’Eglise invite à prier avec eux, mais aussi pour eux. En effet, tout comme l’œil qui sort de la cave doit s’habituer à la lumière éclatante du soleil, de même beaucoup ont besoin d’une transition qui dilate leur cœur – état que l’Eglise du moyen-âge appela le « purgatoire ». La prière pour les défunts est donc une expression de la solidarité spirituelle qui unit les pèlerins de la terre à ceux du ciel.

Le culte des saints et la prière pour les défunts sont bien davantage que des fioritures de notre foi de baptisé. En voyant le nombre impressionnant de nos contemporains qui – en ce début de XXIe siècle – visitent encore les cimetières, nous constatons que l’affection pour « ces chers disparus » rejoint une intuition spirituelle profonde. En priant pour un défunt, nous l’accompagnons sur le chemin de notre commune destinée en espérance – la pleine communion dans l’Amour trois fois saint. Alors, l’adieu devient « à-Dieu ».

La sainteté – cette musique intérieure 

Si vous avez dans votre famille un enfant ou adolescent qui apprend à jouer du violon, de la guitare ou de la flute, vous savez qu’il s’agit de supporter le bruit de ses gammes, jonchées de fausses notes.
Ce n’est qu’au terme d’infinies heures d’efforts poursuivis, qu’émergera l’enchantement d’une mélodie qui touche les coeurs et les âmes.
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Il en va de même avec la sainteté. Nous sommes tous des oeuvres d’art en devenir, qu’un chapelet de conditionnements et de lâchetés, font « sonner faux » à bien des occasions.
Ce n’est qu’au terme d’une lente et continue soumission au Souffle de Dieu, qui nous apprenons à « jouer juste » de notre musique intérieure.
Les grands saints sont les virtuoses. La plupart d’entre nous, tentons simplement de faire émerger quelque chose de la mélodie de la Grâce.
J’en fais quotidiennement l’expérience: des personnes dont je connais le caractère avec ses travers, font « ce qu’elles peuvent » avec leur humanité cabossée.
Et puis – soudainement – c’est l’enchantement: un mot, une parole, un geste, un silence….  Et cette personne se fait brièvement prophète.
Comme élevée au-dessus d’elle-même, elle interprète un court instant la mélodie de l’Esprit.
Avec tous nos frères les saints, prions l’Esprit de nous donner de rechercher cette musique, qui chante au creux de nos âmes.
Afin d’en réjouir le monde.
A la gloire du Père.

Dis-moi ta vision de l’homme et je te dirai ta vision du monde

Le hasard à voulu que j’écoute ce jour à la radio le discours de jeunes intellectuels de gauche radicale, tout en lisant une interview d’un penseur de droite ultra-nationaliste.
Cet exercice paradoxal me conforta dans ma conviction: si on creuse, c’est la vision de l’homme qui les sépare.
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La gauche radicale reprend la vision marxiste de l’homme, qui elle-même s’inspire de de Rousseau.
En bref: l’homme est bon et c’est la société qui l’abîme (qui «  l’aliène », selon les termes de Marx).
La conclusion est donc simple à tirer: changez la société et rééduquez l’homme pour qu’il  retrouve sa bonté originelle.
Il y a une part de vérité dans cette analyse.
La société conditionne et donc, souvent aussi, abîme les hommes.
Cependant, l’inverse est également vrai: ce sont les hommes qui abîment la société.
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La droite ultra-nationaliste part d’une vision de l’homme assez proche de celle du penseur anglais Hobbes, qui avait repris à son compte la formule: « homo homini lupus », c’est-à-dire « l’homme est un loup pour l’homme ».
D’où sa condamnation d’une politique « droite-de-l’hommiste et bisounours » dans un monde qui est est dominé par la survie des plus forts.
Il est vrai que celui qui fait l’ange fait la bête et que la politique doit faire preuve d’un sain réalisme.
Cela ne condamne pas pour autant les politiciens à l’égoïsme national et au cynisme international.
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La vision chrétienne de l’homme est celle d’un être capable du meilleur, mais blessé dans son âme (la doctrine du « péché originel »).
La vision chrétienne de la politique postule donc d’un homme capable du meilleur, mais aussi du pire.
Pour que l’humain puisse se réaliser dans une société à son image, il s’agit de le respecter et de le canaliser dans ses relations humanisantes: la famille, l’école, la société civile, les pouvoirs publics, la religion ou les convictions.
La vision chrétienne de l’homme engendre une vision politique de liberté canalisée: entre la justice économique (le même prix pour chacun) et la justice morale (il n’est pas juste que certains citoyens n’aient pas le minimum pour vivre), il y a la médiation de la justice distributive du politique (par l’impôt des plus riches, permettre au plus démunis de survivre).
Pareille vision du politique croit aux droits de l’homme et à la société internationale, mais sans angélisme quant à leur réalisation concrète.
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Dans une société où beaucoup aspirent à des réponses simples et claires, pouvant être résumées dans un ‘tweet’, la vision chrétienne de l’homme et de la politique souffre d’un handicap: … celui de s’adapter à la complexité de l’homme et d’être, dès lors, tissée de nuances.

Précision à propos d’une interview dans « le Vif » 

En p.44 du « Vif » de cette semaine, est parue une interview de votre serviteur.
Des lecteurs attentifs me signalent qu’une phrase qui m’est attribuée, prête à confusion. Je la cite: «  Je constatais un état de fait qui nous ramène à l’essentiel : l’Église, comme toute entreprise humaine, aura une fin, mais l’Esprit de Dieu continuera à s’exprimer à travers le changement ».  
Ce n’est pas clair et, en l’état, incorrect: Ce que je souhaitais exprimer, ce n’est pas que l’Eglise aura une fin humaine, mais que la réalité humaine de l’Eglise évolue et que certaines de ses entreprises « humaines » connaissent une fin; là où la réalité de l’Eglise inspirée par Dieu ne passe pas. Ceci se donne de comprendre, avec la finale: «  La vérité, c’est que la bonne nouvelle de Jésus-Christ n’est pas soumise à des formes politiques. » 
Pour ma pensée sur cette question, je renvoie vers ma chronique, parue dans La Libre: «Vous allez disparaître ».
Autant être précis. D’où cette mise au point avec mes excuses. Le texte m’avait été envoyé pour relecture et, pris dans le flux des e-mails, je n’ai pas été suffisamment attentif.

 

Clairvoyance – 30° dimanche, Année B

« Rabbouni, que je voie ». (Marc 10, 46-52)

Une foule opaque entoure le Maître, qui fait son entrée à Jéricho. Jésus est alors au sommet de sa popularité. Aujourd’hui, ses « fans » lui demanderaient sans doute des selfies et de signer des autographes. Derrière la masse, un homme est assis dans l’anonymat. Il est aveugle. Pourquoi tous ces gens ? Il se renseigne. Apprenant que c’est le guérisseur de Nazareth qui passe, il crie sa détresse. Mais aussi un début de foi : « Fils de David » est, en effet, un titre  messianique. On essaie de le rabrouer, mais il insiste. Jésus entend et le fait venir. « Ta foi t’a sauvé », lui dit-il. Et l’homme voit.

Jésus n’avait pas pour mission de guérir tous les aveugles de Palestine. Il se laissa néanmoins toucher par la demande confiante de cet homme et, ce faisant, nous laissa un signe du Royaume : « les aveugles voient ». Tous, nous souffrons de cécité ou de myopie spirituelle. D’ailleurs, notre pire défaut est celui que nous refusons de voir en nous et qui, dès lors, nous mine de l’intérieur. Ne nous reposons donc pas trop sur notre clairvoyance. Demandons au Christ dans nos prières : « Fais que je voie ».Et Lui nous répondra : « Ta foi t’a sauvé ».

Tractations post-électorales – 29° dimanche, Année B

« Vous ne savez pas ce que vous demandez ». (Marc 10, 35-45)

Jacques et Jean – les fils de Zébédée – veulent pousser leur avantage au sein du groupe des douze. Objectif  stratégique: le jour où Jésus aura pris le pouvoir à Jérusalem, se voir attribuer les meilleurs postes ministériels. Pour ce faire, ils prennent le Maître à part et lui demandent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire ».  On se croirait en pleine tractation post-électorale. Et Jésus de soupirer : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » « Nous le pouvons ! »,répondent en chœur les présomptueux. Ils n’ont rien compris. Le jour où le Fils de l’homme sera élevé en gloire, ce sera sur une croix. Plus personne ne se battra pour siéger à sa droite ou à sa gauche. Un douloureux privilège réservé à deux bandits. La gloire de Dieu – c’est l’amour jusque sur une croix: « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».    

Le chameau et le trou de l’aiguille – 28° dimanche, Année B

« Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer ». (Marc 10, 17-30)

Un fils de bonne famille vient voir Jésus et lui demande : « Que faire pour être sauvé ? »Réponse du Christ : « Ne tue pas, ne vole pas, ne fais pas de faux témoignages… Bref, conduits-toi en être humain et respecte les commandements ».Mais le jeune idéaliste veut plus. Tout cela,  il l’a observé depuis sa jeunesse. Comment vivre une vie selon le cœur de Dieu ? Alors Jésus pose son regard sur lui et se met à l’aimer : « Si tu veux décrocher la lune, laisse tout derrière toi et suis-moi ».Le jeune homme s’en va bien triste, car cela – c’est trop lui demander.  Et Jésus de dire : « Qu’il est difficile pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu… Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille ». Le Christ ne condamne pas la richesse matérielle. Mais Il constate que celle-ci est souvent un obstacle pour vivre l’Evangile. Celui qui veut simplement « ne pas déplaire à Dieu », qu’il se contente de respecter le commandements. Mais celui qui cherche l’intimité avec le Christ, qu’il mette toute forme de richesse – avoir, pouvoir, valoir – au service de l’Evangile. Car les richesses alourdissent le cheminement. Comment un chameau chargé de bagages pourrait-il passer par le trou d’une aiguille ? L’exigence de Jésus est celle de l’amour. Est-ce trop demander? Aux disciples déconcertés, le Christ ajoute : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu. Tout est possible à Dieu ». Heureusement d’ailleurs, car la plupart d’entre nous restons des chameaux, lourds de vaines richesses. Mais Dieu dilate le trou de l’aiguille à la mesure de son infinie miséricorde.