Blog : bilan du mois d’avril

Ce mois d’avril 2011, ce blog recevait 3689 visites et 5483 pages étaient visionnées En avril 2012, il y eut 4063 visites pour 6280 pages visitées. En avril 2013, 4415 visites pour 6323 pages vues. En avril 2014, 2884 visites pour 3379 pages vues. En avril 2015, il reçut 2394 visites pour 3799 pages vues. Ce mois d’avril 2016, il reçut 3329 visites pour 5604 pages vues.

Le lectorat belge compte 2588 visites. La France suit avec 323 visites et le Royaume-Uni avec 134 visites.

L’article le plus fréquenté fut « Amoris Laetitia – où la morale relationnelle » du 13 avril avec 366 visites. Vient ensuite « Belgique – Le retour des intellectuels catholiques? » du 12 avril avec 338 visites et « KTO Un certain réveil catho? » du 18 avril avec 294 visites.

Merci aux lecteurs pour leur fidélité et commentaires.

… Et suite au mois prochain!

#LuxLeaks – Dis-moi qui tu juges…

Lorsque – il y a plusieurs jours – j’appris l’ouverture du procès LuxLeaks, je pensai naïvement que quelques banquiers se retrouveraient dans le box des accusés. Je n’aurais pas forcément approuvé la chose, car je n’aime pas la recherche de boucs-émissaires. Les banquiers et fiscalistes font leur boulot et optimalisent les intérêts de leurs clients. C’est le système fiscal mondial qui est déréglé et qui doit être réformé.

Mais voilà… Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que c’étaient les lanceurs d’alertes et journalistes, ayant respectivement fait fuiter et publié l’info des LuxLeaks – un vaste plan « d’optimalisation fiscale » pour multinationales – qui seraient jugés. Bien sûr que les accusés ont enfreint la loi et les clauses de confidentialité de l’entreprise. Pour un profit personnel ? Non. Pour cause d’espionnage d’état ? Non. Ils ont enfreint la loi, par acquis de conscience, afin de dénoncer un système que tout le monde – en ce compris le premier ministre luxembourgeois de l’époque, Jean-Claude Junker – trouve injuste, car contraire à l’intérêt général. Le procureur du tribunal a beau s’époumoner et déclarer que : «Je ne veux pas qu’on s’égare dans des considérations politiques. La politique n’a pas sa place dans ce tribunal !» … ce procès ne concerne que cela.

Sauf… Qu’il agit aussi comme procédé d’intimidation. Tout le monde sait bien que – vu la pression médiatique et diplomatique (les accusés sont Français) – nos lanceurs d’alertes ne risquent au pire qu’une peine symbolique. Par contre – leurs émules sont prévenus. Qui choisit sa conscience plutôt que le « système », risque – plutôt qu’une médaille – les foudres de la justice. Le monde anonyme de la finance inhumaine – rien à voir avec les entrepreneurs qui se battent tous les jours, pour faire vivre l’économie réelle – peut donc dormir sur ses deux oreilles.

Ironie de l’histoire – au même moment est jugé à Detmold (Allemagne), Reinhold Hanning, un vieillard de 94 ans. Il lui est reproché d’avoir été – à 20 ans – garde à Auschwitz, le plus grand camp d’extermination et de concentration du Troisième Reich. Malaise encore. Pour avoir vu “Der Staat gegen Fritz Bauer“, le récent et excellent film de Lars Kraume, je perçois comme il fut difficile de poursuivre les responsables nazis en pleine guerre froide. Je peux aussi comprendre que – par devoir de mémoire – on juge aujourd’hui ce vieil homme. Mais que lui reproche-t-on exactement ? D’avoir tué des Juifs de ses propres mains ? Non. Il lui est reproché de ne pas avoir été – au péril de sa jeune vie – un « lanceur d’alerte » contre la barbarie, il y a plus de 70 ans. Ce dernier a d’ailleurs déclaré au tribunal: « J’ai honte d’avoir vu l’injustice se faire et de ne pas m’y être opposé ».

Bien sûr – les faits ne sont pas du même ordre que pour les LuxLeaks. Mais la comparaison entre ces deux affaires, ne rend le manque de logique de la situation que plus criant : Finalement, un lanceur d’alerte est-il criminel ou héros ? Et nous – devons-nous devenir de potentiels lanceurs d’alerte, ou non ? Il y a quelque jours, dans le quotidien bruxellois « La Libre », le général Briquemont citait Jean-François Revel (« Fin du siècle des ombres », p. 60. Ed. Fayard 1995), qui fustigeait notre puissante capacité de clairvoyance… rétrospective.

« La Colombe blessée » – 6° dimanche de Pâques, Année C

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout (…) C’est la paix que Je vous laisse, c’est ma paix que Je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que Je la donne. » (Jean 14, 23-29)

La paix n’est pas un don facile. Combien de guerres et d’émeutes ? Combien de crimes ? Combien d’angoisses ? Combien de haines secrètes ? Combien de frustrations et de jalousies ? Combien de burn-out et de suicides?  Il est, en effet, plus facile de s’unifier contre un adversaire, plutôt que de s’allier avec lui. Il est, bien sûr, plus aisé de voir la mal chez son voisin, plutôt que le bien.

Voilà sans doute pourquoi le Défenseur promis par le Christ est si peu reçu en ce monde. Voilà pourquoi, si souvent, la Colombe est blessée. Nous cherchons des armes. Lui désarme. La paix qu’Il offre n’est pas celle de ce monde. Ce n’est pas la paix par destruction de l’adversaire. Mais la paix parce que je commence à le regarder comme mon frère.

Ce fut le témoignage de Martin Gray, grand témoin décédé cette semaine dans notre pays. Ce survivant de la Shoah disait : « Par esprit de vengeance, j’aurai pu devenir Caïn. J’ai choisi d’être Abel ».   

Au nom de tous les miens – Abel plutôt que Caïn

La nuit dernière, s’est éteint à Ciney (Belgique) une Conscience.

Survivant de la Shoah et grand témoin de l’après-guerre, Martin Gray a vendu des milliers de livres et laissé son témoignage, partout dans le monde. L’homme expliquait qu’il avait choisi d’être Abel, plutôt que Caïn. Il disait : « Selon les circonstances, et mon histoire me l’a appris, chaque homme peut devenir une bête sauvage. En entrant dans Berlin, en 1945, avec l’armée russe, j’avais en moi le désir de venger les miens. Mais la vengeance est destructrice pour les autres, mais aussi pour soi. C’est un combat perpétuel de rester Abel et de ne pas devenir Caïn pour les autres. Grâce à mon père, j’étais armé pour rester Abel. Alors que l’étau se refermait sur nous dans les ruines de Varsovie en 1942, mon père m’a dit: «Mon fils, aujourd’hui nous sommes obligés de tuer pour survivre, mais sache que la vie est sacrée, ne l’oublie jamais!» Depuis, je vis toujours avec ces paroles à l’esprit. »

La nouvelle de son décès n’a pas fait beaucoup de bruit. Comme si beaucoup l’avaient déjà un peu enterré. Tout un symbole… Alors que la peur et l’insécurité en Europe nourrissent à nouveau le repli identitaire, l’appel à la confiance de Martin Gray, semble ne plus guère résonner.

Raison de plus pour prendre la relève. Une Conscience s’est éteinte. A nous de réveiller nos consciences pour que l’avenir appartienne à Abel… plutôt qu’à Caïn.

« Comme… » – 5° dimanche de Pâques, Année C

« Comme Je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (Jean 13, 31-35)

Parfois un petit mot peut transformer le sens d’une phrase. « Aimez-vous les uns les autres… » La formule peut s’appliquer à des supporters d’un club de foot ou à des fans d’une idole pop. Mais Jésus ajoute ce petit mot: « comme… », qui change tout : « Comme Je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ». Là, cela devient beaucoup plus sérieux. Car le Christ nous aime d’un amour sans concession. Un amour qui donne tout et qui va jusqu’au bout. La « gloire » de Dieu se manifeste, car Christ dit qui Il est : un Amour sans mesure.

#thequeenat90 : Glorious birthday, Ma’am…

Pour saluer le 90° anniversaire de celle qui est devenue l’icône de la monarchie, je reprends la chronique que je signais, ce 27 mars 2012, dans les colonnes du quotidien ‘La Libre’, à l’occasion des soixante années de règne de la Queen :

Ma’am, voilà soixante ans que vous êtes montée sur le trône comme d’autres entrent en religion. Soixante ans que vos tenues rose fuchsia ou jaune canari sillonnent les recoins de l’ancien Empire. Soixante ans que – de Churchill à Cameron – c’est en votre nom qu’au pays de Shakespeare toute politique se fait. Ma’am, en soixante années, vous êtes devenue le symbole même de l’idée monarchique. Idée surannée ? Voire. La monarchie place l’attachement émotionnel au sommet de l’Etat, là où la république privilégie l’arithmétique électorale et donc la raison.

Les deux archétypes de ces régimes sont la couronne britannique et les Etats-Unis d’Amérique. Au Royaume-Uni, toute pompe va au monarque qui n’exerce pas la moindre once de pouvoir. Son rayonnement est de l’ordre de l’affection. Par équilibre, la politique est rabaissée symboliquement : Downing street ressemble à une bâtisse de notaire et son occupant n’a pas le droit de s’asseoir lorsque le souverain s’adresse au parlement. Aux Etats-Unis, la logique électorale joue jusqu’au sommet de l’Etat. Les élections présidentielles sont dures, mais désignent un vrai chef. Ce dernier n’a droit qu’à deux mandats, afin d’empêcher toute dictature. Le chef est reconnu de tous, mais reste l’homme d’un camp : demandez aux républicains ce qu’ils pensent de leur président démocrate, vous aurez la même réponse que celle des démocrates, alors que le président était républicain…

Choisir entre monarchie constitutionnelle et régime présidentiel, c’est donc un peu comme choisir entre Tintin et Largo Winch. Tintin, c’est la ligne claire : un dessin simple et des personnages typés. Et pourtant, il se dégage de l’ensemble une émotion qui fait toucher au « plus-que-réel ». Il en va de même en monarchie : chacun sait bien que quelque part, Ma’am, vous êtes presque une granny comme les autres, mais le principe monarchique vous investit du poids émotionnel de représenter la Nation. La république, elle, c’est le monde de Largo Winch : un univers réaliste qui se calque froidement sur la réalité. Elle introduit dès lors l’arène politique jusqu’au sommet de l’Etat.

Un système est-il préférable à l’autre? Tout est question de choix, d’opportunité et de subjectivités… Ma’am, quand vêtue du vert d’Irlande, vous déposiez en mai dernier une gerbe au Garden of Remembrance de Dublin – lieu qui fait mémoire des patriotes tombés pour l’indépendance – chacun comprit que c’était toute la nation britannique qui faisait amende honorable. A celui qui essaierait de symboliser cela avec autant de force en république, je donne à parier une boîte de biscuit « choco-prince de Beukelaer » qu’il n’y réussira pas. A contrario, la monarchie a ses talons d’Achille. Il y a le piège de la santé mentale : il est si tentant de devenir gentiment condescendant quand le monde entier vous fait des courbettes. Et puis, il y a le coût du naufrage : Nixon démissionna sans que l’Amérique ne vacille, mais Edouard VIII n’abdiqua que sur fond de crise de régime. Quand la couronne chancelle, l’Etat perd la tête.

Voilà pourquoi, si d’un côté de l’Atlantique on intercède pour la Nation, de l’autre on implore pour son incarnation. Au ‘God bless America’, répond le ‘God save the Queen’. Dans les deux cas, cette référence séculière au divin en appelle à un au-delà de la politique : la Nation se reconnaît mortelle et insérée dans une destin qui la transcende.

Ma’am, c’est donc au nom du Très-Haut que la couronne fut posée – il y a soixante ans d’ici – sur vos jeunes épaules. Depuis vous la portez contre vents et marées, avec un rare sens du devoir et ce flegmatique ‘never complain, never explain’.  Si vous n’êtes pas vraiment à plaindre, pareille cage dorée n’est pas non plus à envier. Voilà pourquoi, même au XXIe siècle, ce naïf « Dieu sauve la Reine » n’a guère perdu de son actualité.

 

#KTO – Belgique – Un certain réveil catho ?

#Proximus a annoncé ce jour, sa décision de poursuivre la diffusion de la chaine de TV catholique #KTO. Voici le communiqué de l’ASBL KTO-Belgique, en réaction à cette annonce :

KTO maintenue sur Proximus – Bruxelles, le 18 avril 2016.
KTO Belgique découvre avec grande joie le communiqué de Proximus annonçant sa décision de continuer la diffusion de la chaine KTO après le 30 avril.
KTO remercie chaleureusement les 25 500 signataires de la pétition pour leur mobilisation et également Proximus d’avoir écouté et recherché une solution pour répondre aux attentes de ses téléspectateurs. Elle se met à disposition de la direction de Proximus pour régler administrativement le renouvellement d’un contrat de distribution.
KTO espère aussi étendre sa couverture sur l’ensemble des réseaux câblés en Belgique.

Je salue le travail acharné de l’équipe porteuse de KTO – Belgique pour lancer une mobilisation aussi impressionnante qu’efficace. Je souligne le soutien des 25 500 signataires de la pétition. Ils ont rendu possible ce revirement inespéré.

Ceci n’est pourtant pas le moment de pousser des cris de victoires ou de verser dans les déclarations conquérantes. Les identités agressives sont le signe d’une conscience aux abois. Non – il s’agit d’accueillir cette annonce avec gratitude, mais aussi de poursuivre la dynamique, pour que KTO soit mieux connue dans notre pays – surtout auprès de personnes à mobilité réduite (personnes âgées, handicapées ou malades), pour lesquelles la télévision est une fenêtre sur le monde. Sans oublier les jeunes, que l’on voit moins souvent dans nos églises. Entre deux jeux télé et trois émissions de téléréalité, un zeste de KTO peut constituer une authentique respiration d’âme.

Par-delà l’enjeu immédiat, la mobilisation KTO – Belgique pourrait bien marquer la fin d’une forme de « dépression catholique » dans ce pays. Face à notre monde qui change et se sécularise, combien de fois n’ai-je pas entendu des catholiques se lamenter, se déchirer, se critiquer, se renfermer et enfin… se résigner ? Bref – avoir un comportement déprimé et déprimant de looser ? Voici un signal fort qui nous rappelle que le catholicisme reste bien vivant en Belgique. Que – sans tomber dans le communautarisme – une identité catholique paisible et rayonnante, a toute sa place dans ce pays. A la suite de notre pape François, allons aux périphéries pour y porter la Bonne Nouvelle.

 

Ce dimanche – deux marches dans Bruxelles

Comme annoncé, j’ai participé ce dimanche à deux marches à Bruxelles.

La marche contre la haine a rassemblé entre 7000 et 10000 personnes à partir de 14h. Elle réunissait les familles des victimes, les représentants de la société civile, les principaux responsables religieux du pays, ainsi que des personnalités politiques – participant en simples citoyens (j’ai ainsi croisé le Ministre de la justice Koen Geens et le député Raoul Hedebouw). Ceux qui insinuent que les musulmans de Belgique ne se bougent pas, en seront pour leur frais. Ils étaient là en nombre. De même, ceux qui murmurent que les chrétiens sont en voie de disparition. Ils étaient nombreux, se mélangeant aux juifs, bouddhistes, laïques et autres.

J’ai ensuite rejoint la Marche pour la Vie, qui a rassemblé plus de 2000 personnes. Une belle performance, vu le nombre de participants potentiels, qui participaient à l’autre marche. Je salue la parfaite organisation de cette marche et le fait que toute pancarte « hors-propos » fut écartée. Ce fut une manifestation digne et familiale. Forte aussi de par son credo – non agressif – pour la défense de la vie, de son origine à sa fin naturelle.

Un point commun entre ces deux marches : une forte mobilisation de la jeunesse. Qui a dit que les générations montantes se désintéressaient de la chose publique ? Chapeau.

« Parole de berger » – 4° dimanche de Pâques, Année C

« Mes brebis, personne ne les arrachera de ma main » (Jean 10, 27-30)

C’est une expérience que font des professeurs, les éducateurs, les hommes et femmes consacrés, les prêtres… et les parents. Un jeune que l’on a connu démuni à l’enfance et rebelle a l’adolescence, nous confie – devenu adulte : « Tu sais, sans toi je ne serais pas celui que je suis. Tu as été là quand j’avais besoin de toi ». Alors, une immense fierté et gratitude nous envahit. Nous sentons que nous avons été un berger pour ce plus jeune.

Le Christ, Lui, est le Berger du chemin qui mène vers le Père. Il s’engage envers ses brebis et ne les laissera pas tomber : « Moi, je les connais. Elles me suivent. Personne ne les arrachera à ma main ».  Il est le bon berger et nous conduit vers le Père.

En ce dimanche des vocations, prions pour que – aujourd’hui encore – des jeunes entendent la voix du bon Pasteur et se mettent à sa suite.  Afin de devenir bergers à leur tour pour leurs frères. Comme époux et parents pour la plupart. Par un célibat généreux pour d’autres. Comme prêtres, religieux ou religieuses pour certains. Autant de chemins de sainteté différents pour suivre l’unique Pasteur.

Amoris laetitia – ou la morale relationnelle

« En rappelant que « le temps est supérieur à l’espace », je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent. Il en sera ainsi jusqu’à ce que l’Esprit nous conduise à vérité entière (cf. Jn 16, 13) » (Amoris Laetitia n°3)
Dans son exhortation post-synodale Amoris laetitia, notre Pape rappelle que le christianisme est une religion relationnelle. Cette relation trouve son origine dans la Trinité – éternelle relation d’Amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit. Elle se révèle dans l’incarnation – où Dieu s’unit « charnellement » à l’humanité en Jésus. Elle culmine dans la Rédemption – qui voit le Christ pousser sa relation à l’humanité jusqu’au tréfonds des abîmes pour l’élever dans Sa résurrection.
Il en va de même avec la morale chrétienne : Elle exige tout, mais comprends tout et pardonne tout.
« Le temps est supérieur à l’espace », dit notre Pape – car l’espace fige toute chose sur une carte mentale (Est-il en état de grâce ou de péché ? Est-il conservateur ou progressiste ? etc.), là où le temps laisse place à la conversion.

Après Vatican II, une certaine morale catholique misait trop sur l’état subjectif de la personne et son « option fondamentale » (que mon professeur allemand à l’Université grégorienne prononçait « Opzzioné foundamtalléé »). Cela ne m’a jamais convaincu, car le péché ne dépend pas que de ma subjective sincérité.
En réaction, saint Jean-Paul II insista sur les actes en contradiction radicale avec le bien de la personne, créée à l’image de Dieu. « Ces actes, dans la tradition morale de l’Église, ont été appelés « intrinsèquement mauvais » (intrinsece malum) : ils le sont toujours en eux-mêmes, c’est-à-dire indépendamment de leur objet même, indépendamment des intentions ultérieures de celui qui agit et des circonstances » (Jean-Paul II, encyclique « La splendeur de la Vérité » Veritatis splendor, n° 80).

Fort bien – mais pour le pasteur sur le terrain, une fois que l’on a insisté sur l’aspect « objectif » du péché, qu’est-ce qu’on fait concrètement ? Personne ne prétendra qu’il est « moral » pour un ado de se masturber ou de regarder du porno (pour un adulte, non plus – d’ailleurs…), mais est-ce aussi « intrinsèquement mal » qu’un violeur d’enfant ? Toute personne de bon sens, répond « non bien sûr !»
J’ai ainsi jadis souligné que tout péché n’était pas de même niveau, dans un commentaire du Catéchisme universel pour Bayard édition – et ce, avec l’accord des évêques de Belgique. Et pourtant, pour une édition étrangère du même commentaire, une évêque d’un autre pays me demanda d’enlever ce commentaire car… «Souligner cela, aurait été faire preuve de relativisme moral ».
Comme quoi – les plus nobles principes moraux peuvent mener à l’impasse, s’ils sont absolutisés. Vais-je prêcher à mes paroissiens que toute personne ayant eu la moindre pensée impure, ou émoi d’ordre érotique… est « de facto et quelque soit son âge ou sa condition de vie » en état de péché mortel ? Ce serait oublier qu’en morale, la responsabilité subjective de l’auteur peut être diminuée – voire supprimée – par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les affections, les habitudes,… Que l’intention entre également en ligne de compte, ainsi que les circonstances entourant l’acte. Enfin et surtout que toute vertu s’acquiert par étapes graduelles de croissance.

Bref, par rapport à toutes les blessures de l’affectivité et de la famille, notre Pape invite – non pas à minimiser ou à subjectiviser (comme le lui reprochent certaines plumes plus-que-parfaites). En vrai pasteur, il rappelle simplement qu’il s’agit d’entrer en relation pastorale avec chaque situation concrète pour pouvoir accompagner et conseiller au mieux. Il ne change en rien la doctrine, mais invite à la considérer avec les lunettes de l’Amoris laetita – la « joie de l’Amour ».
« Cela exige de toute l’Église « une conversion missionnaire […] : il est nécessaire de ne pas s’en tenir à une annonce purement théorique et détachée des problèmes réels des gens ». La pastorale familiale « doit faire connaître par l’expérience que l’Évangile de la famille est une réponse aux attentes les plus profondes de la personne humaine : à sa dignité et à sa pleine réalisation dans la réciprocité, dans la communion et dans la fécondité. Il ne s’agit pas seulement de présenter des normes, mais de proposer des valeurs en répondant ainsi au besoin que l’on constate aujourd’hui même dans les pays les plus sécularisés » (Amoris laetitia, n°200)».
« En effet, non seulement la promotion du mariage chrétien revient aux Pasteurs, mais aussi « le discernement pastoral des situations de beaucoup de gens qui ne vivent plus dans cette situation » pour « entrer en dialogue pastoral avec ces personnes afin de mettre en évidence les éléments de leur vie qui peuvent conduire à une plus grande ouverture à l’Évangile du mariage dans sa plénitude ». Dans le discernement pastoral, il convient d’identifier « les éléments qui peuvent favoriser l’évangélisation et la croissance humaine et spirituelle ». » (Amoris Laetita, n°293)
« La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère […Car] la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite ! » Donc, « il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition » (Amoris Laetita, n°296)

Seule une morale de la relation est une morale pleinement chrétienne, car l’homme – créé à l’image du Dieu-relation – est un être de relation, qui se réalise en nouant des relations en Esprit et Vérité. Et ceci se concrétise avec le temps. Car le temps… est supérieur à l’espace.