« Vue d’Esprit » – 2e dimanche de l’Année, Année A

« L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer (…) C’est Lui le Fils de Dieu. » (Jean 1, 29-34)

Le temps de la Nativité se termine. Jusqu’au début du carême, nous entrons dans le cycle des dimanches, dits « ordinaires ». Les prêtres et diacres portent à cette occasion des vêtements liturgiques verts – couleur de l’espérance.

L’Evangile de ce dimanche part de l’expérience du baptême de Jésus avec le témoignage de Jean : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel (…) et demeurer sur Lui ». Ce passage nous invite à redécouvrir nos propre baptême. Vivre son baptême, c’est laisser l’Esprit demeurer concrètement au cœur de nos vies. Il s’agit donc de vivre nos joies et nos peines sous le regard de Dieu. Face à une épreuve, combien de fois ne nous enfermons-nous pas dans une réaction purement « mondaine » – avec colère, frustration, jalousie, orgueil… ? Quand cela nous arrive, arrêtons-nous un moment et prions l’Esprit. Il ne réglera pas notre problème, mais nous aidera à le vivre comme le Christ nous y invite – c’est-à-dire dans la paix intérieure et l’amour du prochain.

#NoirJauneBlues et la Fondation « Ceci n’est @PasUneCrise »

Cela fait des mois que j’ai connaissance des résultats inquiétants de l’enquête « Noir Jaune Blues », menées par le sociologue Benoît Scheuer. Et ce – non pas, parce que j’ai été informé avant tout le monde par Wikileaks ou le président Poutine. La raison en est que c’est la Fondation « Ceci N’est Pas Une Crise » à laquelle j’appartiens – tout comme Benoît Scheuer – qui a commandité l’étude et qui a pu la financer avec l’aide de la Fondation Roi Baudouin.

Approchés par la Fondation, Le Soir et la RTBF ont accepté de médiatiser ses résultats. Nous leur en sommes gré. Le quotidien bruxellois a signalé correctement l’origine de l’enquête, en écrivant : « Commanditée par la Fondation « Ceci n’est pas une crise » et réalisée par Survey & Action et son sociologue Benoît Scheuer, l’enquête «Noir Jaune Blues, 20 ans après» est publiée par Le Soir et la RTBF. »  Ce ne semble pas être le cas de la RTBF. J’ai entendu deux jours de suite lors de journaux parlés en radio RTBF (« La Première ») énoncer qu’il s’agissait d’une « enquête commandité par le Soir et la RTBF ». C’est également ce que je retrouve sur le site de la RTBF, qui parle de « notre grande étude » et ne cite guère la fondation, mis à part le minuscule logo et la mention erronée en bas de page d’une enquête « commandée par la RTBF, Le Soir et la fondation Ceci n’est pas une crise ».

Je n’aime pas être pisse-vinaigre. Si je réagis, c’est d’abord parce qu’il n’est jamais agréable de se voir dérober la paternité d’une initiative : « Rendez à César… » Mais c’est davantage encore, parce que le commanditaire fait partie du message. En effet, qu’une fondation pluraliste luttant contre le populisme identitaire – comme l’est « Ceci N’est Pas Une Crise » – veille à interroger le mal-être de la population, est le signe qu’il existe encore des forces citoyennes œuvrant à trouver des chemins transformation de l’angoisse latente, en énergie de construction d’un futur digne de l’humain.

Epiphanie du Seigneur, Année A

« Les mages ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe ». (Matthieu 2, 1-12)

« Epiphanie » signifie en grec : « manifestation ». Dans le calendrier chrétien, cette fête est plus ancienne que celle de la Nativité (fixée en 354 par le pape Libère à la date du solstice d’hiver – soit le 25 décembre). Jusqu’au milieu du IVe siècle, se célébrait au cours de l’épiphanie toutes les manifestations du Christ sur terre : de sa naissance à son premier miracle, lors des noces de Cana.

Aujourd’hui, l’Eglise latine fête l’Epiphanie avec le récit des mages : elle voit dans le périple de ces trois sages suivant l’étoile depuis fort loin, le signe de la manifestation de la lumière du Christ à toutes les nations. En ce dimanche de l’Epiphanie, prions donc spécialement avec nos frères chrétiens du monde entier. (Pensons tout particulièrement aux chrétiens d’Orient). Race, langue, culture nous séparent – mais le Christ est la grande lumière qui fait notre unité. Comme les mages, venons l’adorer et offrons-lui, avec cette année nouvelle –  toutes nos réussites (l’or, symbole de tout ce qui est précieux), tous nos échecs et souffrances (la myrrhe, une herbe amère) et toutes nos prières (l’encens, ce parfum dont la fumée monte vers le ciel).

Oui, mettons-nous en route en 2017. Suivons l’étoile. Allons vers l’Enfant de la crèche, qui manifeste la lumière de l’amour de Dieu pour notre monde.

Witsel, Publifin, et moi, et moi, et moi…

Je pourrais ici rédiger un billet d’humeur sur l’air du « pas bien/tous pourris », qui me rapporterait sans doute bien des ‘likes’. Mais non…

Votre fils ou fille est reconnu dans sa profession et peut choisir entre un bon job en Italie et un autre, trois fois mieux payé, en Chine… En quoi, le choix chinois – celui d’Axel Witsel – serait-il scandaleux ? La polémique n’est-elle pas plutôt le signe que l’Europe enrage sur le fait que, dans dix ans, les grands clubs de foot seront chinois et non plus, britanniques, italiens, allemands ou espagnols ? Bref, le vrai débat ne concerne pas le choix d’Axel Witsel, mais bien le salaire exorbitant des stars du foot.

Votre fils ou fille est en politique et on lui offre de siéger dans un comité qui ne travaille pas beaucoup, mais c’est bien payé. Tout est légal et les états-majors des partis politiques considèrent cela, sans trop le dire, comme une « compensation de salaire ». L’affaire « Publifin » illustre des mœurs politiques d’un autre âge, il est vrai. Mais ceux qui en ont profité ne sont pas plus coupables que tous ceux qui savaient et ont laissé faire. Je suis même heurté par l’ironie qui a accueilli dans certains médias, le geste élégant des deux administrateurs de Publifin qui ont choisi de rembourser ce qu’ils ont perçu. A la limite, ils ont été plus stigmatisés que tous ceux qui se sont fait tous petits et ont gardé l’argent, en attendant de l’orage médiatique passe et qu’on les oublie. Le vrai débat, ne concerne pas l’attitude des administrateurs de Publifin, mais bien le rapport de la politique à l’argent. Un rapport qui conduit au Kazakhgate et à l’entrée d’un ancien président de commission européenne dans une grande banque d’affaire.

Bref, le vrai débat ne concerne pas les agissements « limites, mais pas illégaux » de Pierre, Paul ou Jacques. Bien sûr – saint François d’Assise ou mère Theresa ne l’auraient pas fait. Mais « nous »… mais « moi »… Aurions-nous résisté à la tentation ? Le vrai débat concerne la place de l’argent dans notre monde. Et là, il suffit de regarder un autre chiffre pour comprendre. Le futur secrétaire d’état américain Rex Tillerson, a négocié son départ de la tête d’ExxonMobil pour… 180 millions d’euro (*). Cela laisse loin derrière le salaire de Witsel, les jetons de présence de Publifin et même les honoraires d’avocat liés au Kazakhgate. Rien d’illégal, non plus, dans cette histoire – mais le signe que quelque chose ne tourne plus rond. De telles sommes, payées à une futur responsable politique de la plus puissante démocratie du monde, alors que nombre de ses concitoyens dorment en rue, montrent que le capitalisme quitte ici le domaine du bon sens et de la mesure. Pour rappel: Dans les années 1930, l’industriel Henry Ford, grande figure du capitalisme, estimait que pour être « admissible », l’échelle des salaires au sein d’une entreprise ne devait pas dépasser 1 à 40.  L’actuel dérapage des écarts salariaux pourrait, à terme, signer la perte du capitalisme… Et c’est un adepte du marché libre, issu d’une famille d’entrepreneurs qui l’écrit.

(*) Plusieurs lecteurs attentifs m’apprennent qu’il ne s’agit pas d’un « parachute doré » comme un article de presse l’avait laissé entendre, mais bien de la liquidation d’un important portefeuille d’actions accumulées au cours d’une longue carrière auprès d’Exxon. Cela remet les choses bien en perspective et j’aurais été mieux avisé de choisir un autre exemple (il en existe, malheureusement) pour illustrer l’actuelle dérive du système.

 

Blog: bilan du mois de décembre

Meilleurs voeux pour 2017!

En décembre 2011, il y eut 3203 visites pour 4754 pages visionnées. En décembre 2012, 3018 visites pour 4411 pages vues. En décembre 2013 3512 visites pour 4199 pages vues. En décembre 2014, 3072 visites pour 4490 pages vues. Pas de chiffres pour décembre 2015. En décembre 2016 3192 visites pour 5198 pages vues.

Le lectorat belge compte 2449 visites. La France suit avec 185 visites et le Royaume-Uni avec 161 visites.

L’article le plus fréquenté fut « Berlin, bien sûr » du 19 décembre avec 636 visites. Vient ensuite « Et au pied de la crèche – Nathan » du 17 décembre avec 632 visites et « La joie de l’Evangile » du 9 décembre avec 228 visites.

Merci aux lecteurs et suite au mois prochain.

Juste avant le Réveillon…

Le 24 décembre, je profite souvent du calme avant les offices de la Nativité pour rendre visite à quelques personnes malades et isolées. En rentrant à l’évêché, la nuit étant déjà tombé et les magasins fermés, je me suis rappelé un versement à faire et me dirigeai vers la banque du quartier. La ville est fort vidée – les gens se dépêchent de rentrer chez eux.

A l’espace automatique de la banque, deux sans-abri sont couchés. Pendant que je fais mon opération bancaire, je les entends discuter :

« Où passes-tu le réveillon ? »
« Cher ‘Thermos’, viens avec moi. »
« D’accord, car j’ai pris ma méta (done) à 14 heures. »

Et ainsi poursuivent-ils en décriant le monde et ses politiciens (pour une fois les curés semblaient épargnés), jusqu’au moment où l’un dit :
« Je ne me remets pas de la mort de ma mère. Et pourtant, cela fait sept ans »
Et l’autre, fort ému, de répondre : « Moi aussi, je ne m’en remets pas. On ne se remet pas de la mort de ceux qu’on aime. »

Je suis parti sur la pointe des pieds en leur souhaitant un ‘joyeux Noël’.
Ce sont des frères abîmés, certes – mais des frères humains tout de même. Pour eux aussi, il y a une place près de la crèche. Que l’Enfant-Dieu et – dans le communion des saints – leurs mamans à tous les deux, veillent sur eux.

Esprit de Noël – Nativité du Seigneur, Année A

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2, 1-14)

Noël est – bien entendu – une fête chrétienne. En l’Enfant de la Crèche, Dieu fait une alliance de chair avec l’humanité. Désormais, le Très-Haut verra le monde avec nos yeux, sentira les odeurs avec nos narines et le goûtera les saveurs avec notre langue. Il partagera nos joies et nos peines, l’amitié comme la trahison, la vie comme la mort. Et de son premier cri de nouveau-né jusqu’à dernier souffle de supplicié, c’est d’Amour infini qu’Il embrassera la terre.

Cependant – par-delà la fête religieuse – Noël est aussi un état d’esprit. Croire en l’esprit de Noël, c’est s’accrocher à ses rêves pour qu’ils changent la réalité. L’esprit de Noël contredit tous ceux qui prétendent que devenir adulte, c’est renoncer à ses rêves. Ceux-là que vise l’indignation du Petit Prince : « Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi : »Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux ! » et ça le fait gonfler d’orgueil. Mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon! » L’esprit de Noël célèbre l’humain en l’homme, plutôt que le parasite – le champignon. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime »

Le Noël de M. Trompeur – La Libre 23 décembre p.53

Ce vendredi 23 décembre est parue dans le quotidien La Libre en p.53, ma chronique du mois.

Un conte de Noël sombre, à l’instar de l’air du temps…

Pour le lire, cliquez sur: « Le Noël de M. Trompeur ».

Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression et Sainte Nativité à chacun.

 

 

#Berlin, bien sûr…. #Noël, bien entendu.

Un marché de Noël devenu la cible d’un camion meurtrier au cœur même de l’Allemagne.

La violence est aveugle, mais les terroristes ne le sont pas. Ce soir, ils ont visé la plus puissante démocratie du continent – moteur de l’Union européenne – dont la chancelière fut pionnière dans l’accueil des réfugiés. « Wir schaffen das », avait-elle lancé à la face du monde.

De plus, les anges noirs de la terreur visent Noël – une fête chrétienne, afin de polariser les chrétiens contre les musulmans.

Tout cela, au nom d’un seul but : déstabiliser la démocratie et pousser au vote identitaire.

‘Divide ut impera’ – divise et tu règneras – disaient déjà, les anciens Romains. Bien sûr, puisqu’il  s’agit de la devise du Malin.

Mes pensées et prières vont ce soir vers ce grand pays, frappé en plein cœur.

Liebe Deutsche Freunde, wir beten für Sie und mit Ihnen.  

Et au pied de la crèche – Nathan.

Ce matin, j’ai célébré les funérailles d’un courageux jeune homme de 18 ans, qu’un cancer foudroyant a volé à l’affection de ses parents, de ses sœurs et de ses amis.

Bien sûr que ce n’est pas la première fois que je fais cela. Et bien sûr que notre monde nous abreuve d’horreurs autrement plus crues, telle l’agonie de la ville d’Alep.

Il n’empêche…

Cela avait quelque chose de fort et de profond de voir cette église remplies d’une multitude de jeunes gens. Croyants ? Un peu ? Beaucoup ? Qu’importe. Dieu le sait.

Cela avait quelque chose de fort et de profond de sentir le silence et le recueillement de cette foule habituée aux bruits et cris de la vie.

Cela avait quelque chose de fort et de profond d’entendre les plus proches d’entre eux parler de leur ami, avec une belle maturité – comme seule la souffrance en donne aux humains.

Cela avait quelque chose de fort et de profond d’entendre le groupe musical formé de deux jeunes gens, entamer depuis le choeur de l’Eglise, le ‘Broken Hallelujah’ de Leonard Cohen

Cela avait quelque chose de fort et de profond de voir ce jeune cercueil posé au pied de la grande crèche de Noël – comme une annonce de la passion future du Divin Enfant.

Vers la fin de la célébration – sortis d’on ne sait où en ce mois de décembre – deux papillons noirs se sont mis à danser autour de nous.

Repose en paix, Nathan. Nous prions pour toi. Veille sur les tiens.