Blog en vacances – Deux réflexions au cœur de l’été

A partir d’aujourd’hui et jusqu’à la mi-août, ce blog entre dans une période de repos. Merci à ces fidèles lecteurs, contributeurs, contradicteurs, correcteurs, etc. A la joie de vous retrouver pour la fête de l’Assomption.
En guise de réflexion sur l’actualité récente, je vous livre deux extraits signifiants.

Le premier est de l’économiste Bruno Colmant et fut publié dans le quotidien l’Echo, ce 20 juillet :
Nous avons cru échapper à une guerre domestique : nous nous sommes trompés. Nous la menions épisodiquement à l’étranger dans la certitude qu’elle resterait confinée à des méridiens lointains : nous nous sommes trompés. Nous postulions que notre participation à des coalitions internationales aux conséquences indécises légitimerait l’ordre géopolitique issu du partage du monde en 1945: nous nous sommes trompés. Nous pensions que l’empreinte civilisationnelle européenne, elle-même issue du schisme religieux du 16ème siècle suivi d’une laïcisation progressive de nos communautés, serait partagée : nous nous sommes trompés. Nous étions convaincus que la décolonisation nous avait disculpés de ce que d’autres considèrent désormais comme du néocolonialisme : nous nous sommes trompés. Il y a 30 ans, à peine nommé officier de réserve au sein de notre armée, je me disais que cet appel sous les drapeaux serait le dernier signe visible de temps anciens : à la vue de nos soldats dans les rues, j’ai compris que je m’étais trompé.
Aujourd’hui, nous sommes hébétés car nous sommes en guerre sur nos sols. Cette guerre ne respecte aucune formulation diplomatique. Nous sommes ahuris car, depuis vingt ans, les conflits lointains étaient menés à distance avec des drones et des victimes collatérales distraitement mentionnées. La guerre se limitait à des frappes qualifiées de chirurgicales, sans plus de reporters de guerre. Aujourd’hui, c’est celle de la terreur. C’est un sanglant corps à corps. Nous sommes épouvantés par des adversaires que nous n’avons pas vu se dresser et qui choisissent de mourir avec leurs victimes. De vivants anonymes, ils deviennent de saints morts. Nous comprenons désormais les hurlements de ces mères pleurant leurs proches dans des attentats au Moyen-Orient alors que nous les confinions à de lointaines informations ou à des prix de photographes de guerre. Cette guerre n’est pas, comme certains commentateurs l’ont exprimé après l’attentat de Nice, une violation de notre mode de vie et de notre bien-être. C’est une remise en question de nos choix de liberté individuelle et de nos adhésions collectives à  un modèle d’émancipation. Et nous sommes pétrifiés de ne plus comprendre le sens de l’Histoire.

Le second est du philosophe et homme des médias, Emmanuel Tourpe, publié comme contribution, ce 15 juillet, sur ma page Facebook – en réaction à certains commentaires chrétiens « identitaires », parlant de la défense de la « civilisation chrétienne » :
On ne parle pas de la même chose à mon sens – je pensais naïvement qu’une civilisation chrétienne était cette culture intégrative, qui a successivement accueilli pour s’en nourrir les poèmes égyptiens, les mythes babyloniens, les concepts grecs, puis les lois romaines – et même, comble d’horreur, la comptabilité, les sciences, les traductions, la cosmologie des Arabes musulmans ? Celle d’un saint François rencontrant Aladin en toute paix… Une civilisation de l’amour, une civilisation de l’amour d’autrui, la civilisation qui a débouché sur les fondements modernes de liberté, égalité et fraternité.
Nous nous sommes déjà rencontrés dans d’autres vies, vous vous nommiez Arnaud Amaury, nous étions Las Casas; vous étiez De Maistre et Bonald, nous étions Lamennais; vous étiez La Sapinière, nous étions Blondel et Raïssa Maritain.
Rien de neuf sous le soleil, le paganisme de la peur aime prendre les habits de l’ordre chrétien de l’Esprit qui va où il veut – sans voir que l’ordre chrétien est charité. Rien que Charité. Le reste est inutile et dangereux, relevant d’options politiques auxquelles on tente de rallier la religion.
Tout devient alors objet de haine pour ceux qui privilégient l’étroitesse glacée de l’âme au feu divin qui dévore toute limite du coeur; le progrès, les homos, les étrangers, le Pape qui ne pense pas la même chose… deviennent des cibles d’autant plus faciles qu’on préfère l’ordre moral à la civilisation de l’amour. Nous autres disciples du Christ et non de Maurras aimons, au coeur de notre adoration eucharistique et de notre fidélité au Magistère, la démocratie, le dialogue, le pape – nous sommes l’Eglise des humbles et des pauvres qui lavent les pieds des hommes quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Nous ne sommes pas et ne voulons pas être des conservateurs psychorigides, passéistes, ayant peur de tout et détestant tout ce qui n’est pas nous. Nous sommes le peuple adorateur du Dieu amour et non du Baal haineux, plein de ressentiment, qui dévore les enfants du progrès et de l’esprit vivant. Certains ont probablement besoin de boucs émissaires pour alimenter ce qui les ronge, nous voulons le discernement, le dialogue, la paix, l’effort de construire, la difficile entente et pardessus tout la paix qui est le signe des temps messianiques.
Une civilisation de la peur et du jugement ne me semble être ni celle du Magistère, ni celle des docteurs, moins encore celle des Pères – et certainement pas du Christ dont le cœur ouvert révèle la miséricorde l’absolu de l’amour. J’ai lu un beau post récemment – de vous peut être ? : C’est parce qu’il est Amour que Dieu existe. C’est parce que le Mal existe que l’Homme n’aime pas. Vous aviez raison. Mais puis-je le terminer très logiquement ? « Supprimez L’amour, il ne reste que le mal ». En tout l’amour. Ce qui n’est pas amour n’est pas du Christ.

Bel été à chacun. Et que le Vent d’En-Haut vous porte.

EdB

 

« Le dieu païen n’est pas le Dieu chrétien» – 17° dimanche, Année C

 « Combien plus, le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ». (Luc 11, 1-13)

L’attitude religieuse primitive et païenne – celle des tribus sauvages et celle que nous avons naturellement en nous – considère dieu comme le « grand patron céleste ». Pour obtenir ce que l’on veut de lui, il s’agit de le séduire par toutes sortes de courbettes dévotes. Aujourd’hui encore, les marabouts en tous genres capitalisent sur pareille superstition. Pas étonnant, que nombre de nos contemporains aient renoncé à la foi – pour rejeter une divinité capricieuse et perverse. Ils n’ont pas compris que tel n’est pas le Dieu d’Israël que Jésus est venu nous révéler en plénitude. Celui-ci est « Père » et ne peut être prié que comme tel : « Que ton nom soit sanctifié » – c’est-à-dire que ta paternité ne soit pas confondue avec les caprices d’un dieu païen. « Que ton règne vienne » – c’est-à-dire que le rêve d’amour qui t’a fait créer toute chose, se réalise chaque jour davantage.

La prière n’est donc pas une technique de séduction d’un dieu capricieux, qu’il faudrait « acheter » à notre cause. Non – la prière est une respiration de l’âme, afin que notre volonté devienne – chaque jour davantage – celle du Père. La prière est efficace : « Demandez et vous recevrez » – à condition de demander la seule chose que Dieu  veuille nous donner sans condition : l’Esprit qui permet de vivre en enfant du Père. « Combien plus, le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ».       

« L’âme en repos » – 16° dimanche, Année C

 «Tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses». (Luc 10, 38-42)

L’Evangile de ce dimanche, raconte l’échange entre Marthe – qui aimerait que sa sœur cadette donne un coup de main à la cuisine – et Jésus, qui répond : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée ». Je m’imagine la suite : Marthe plantant là ses casseroles en disant – « Dans ce cas, Seigneur, tu iras te le préparer tout seul, ton repas… » Je plaisante, bien sûr. Jésus ne reproche pas à Marthe son dévouement et ses talents domestiques. Et Dieu sait qu’il en faut pour faire tourner une maison. Ce qu’Il rappelle, c’est qu’il n’est pas bon de vivre avec une âme inquiète, qui  s’agite pour mille et une choses – sans jamais se mettre au repos. Toutes les machines ont un bouton « off » et souvent même un bouton « pause ». Apprenons à laisser le monde parfois tourner sans nous. Mettons-nous l’âme en mode « pause », afin de revenir à l’Essentiel : Comme Marie, tenons-nous aux pieds de Jésus et écoutons sa parole. Le temps des vacances sert aussi à cela.

A l’occasion de la fête nationale qui vient, prions aussi pour notre pays, qui vient de traverser une année secouée. Que ces mois d’été lui donnent de retrouver la paix.

#Nice – Bien sûr…

Bien sûr que nous sommes choqués, révoltés et que notre cœur saigne avec Nice.
Bien sûr que nos pensées et prières rejoignent les victimes et leurs familles.
Bien sûr que notre gratitude va vers les services de secours, qui soignent et forces de l’ordre, qui protègent.
Bien sûr que nous savons qu’un nouvel attentat peut survenir n’importe où, n’importe quand.
Bien sûr que nous comprenons que ces terroristes de l’ombre frappent là où il y a la foule et la vie.
Bien sûr que nous saisissons qu’ils veulent nous terroriser en nous empêchant de vivre – tout simplement.
Mais – bien sûr, qu’après le temps du deuil et des larmes, nous recommencerons à nous rassembler pour rire, fêter ou travailler.
Car – bien sûr que, malgré ses failles et défauts, notre société démocratique est forte et solidaire.
Et – bien sûr que le terrorisme aveugle ne pourra abattre cela – ni à Nice, ni en France, ni ailleurs.

 

« Dis-moi de qui tu te sens proche et je te dirai qui tu es » – 15° dimanche, Année C

«Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ?». (Luc 10, 25-37)

« Et qui donc est mon prochain ? » demande le docteur de la loi à Jésus. Pour répondre, le Christ raconte la parabole du bon Samaritain. Puis, Il renverse la question : «Lequel des trois, à ton avis, s’est senti proche de cet homme ? » Le prêtre et le lévite n’étaient pas de mauvaises personnes. Simplement, en croisant la route de ce voyageur agressé par des bandits, ils se disent : « C’est bien triste, mais que puis-je faire ? Et si je le touche, je perds ma pureté rituelle. » Bref, tous deux ne se sentent pas suffisamment concernés par sa mésaventure pour y remédier. Le Samaritain – lui – pense : « Si cela m’arrivait, qu’est-ce que j’aimerais que l’on fasse pour moi ? »

La leçon de Jésus est claire : Nous ne pouvons pas sauver le monde entier, mais quand quelqu’un agonise sur notre route, sentons-nous proche de lui. Et demandons-nous : « Si cela m’arrivait, qu’est-ce que j’aimerais que l’on fasse pour moi ? »

L’Outsider – Jérôme Kerviel / @kerviel_j #LOutsider

Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion d’aller voir « L’Outsider », le biopic sur Jérôme Kerviel, ce jeune trader breton qui faillit faire basculer la Société Générale en 2008. L’homme fut condamné à la prison ferme – en plus d’être reconnu civilement responsable d’une perte de… 4,82 milliards d’euro.

La force du film de Christophe Barratier est d’éviter le piège du film « idéologique ». Kerviel n’y est pas dépeint comme la victime innocente du grand méchant capital. Barratier nous offre, au contraire, le portrait assez crédible d’un jeune homme qui entre en finance, comme d’autres en religion. Seulement, voilà : Il le fait avec encore plus de « foi » et de zèle que ses collègues.

Si Kerviel finira par engager sa banque – contre toutes règles établies – pour plus de 50 milliards d’euro ( !), c’est parce qu’il s’est tellement laissé imprégner par la « religion du trader » (son mentor, brillamment joué dans le film par FX Demaison ne cite-t-il pas sans cesse les Evangiles, en en détournant le sens ?) que celle-ci l’a fait quitter le monde du réel.

Une des scènes les plus fortes du film, est celle qui montre le jeune homme jubilant quand les cours de la bourses s’effondrent (comme il l’avait spéculé), suite aux attentats de Londres. On le voit alors engranger d’énormes gains par ses ordres de vente, tout en criant « crève » !  Parlante illustration d’une spéculation financière vampirisant l’économie.

Si ce film fait œuvre utile, c’est parce qu’il n’accuse aucun « méchant banquier ». Il va plus loin, en mettant à nu un système contraire à l’intérêt commun et au contrat social. Il ne s’agit pas de dire que Kerviel doit être décoré, mais bien que son combat du jour est juste. Le soldat d’un régime sanguinaire qui se comporte plus qu’un autre en boucher, est certes à blâmer. Mais c’est la dictature qui l’envoie en mission, qui porte la plus lourde part de responsabilité. Il en va de même pour Kerviel : S’il a déraillé, ce ne fut pas pour se remplir les poches. Il n’était que le soldat trop zélé d’une cause folle.

Que l’on me comprenne bien : Je ne suis en rien hostile à l’économie de marché, ou au métier utile de banquier. Mais le monde des traders et de la spéculation financière anonyme et apatride, me fait trop penser aux aristos de Versailles, enfermés dans une logique qui les coupe de la réalité. Un Kerviel est là pour tous nous inviter à nous reconnecter au monde réel. Avant qu’il ne soit trop tard et que le peuple – furieux et perdu – ne prenne la Bastille… Avec la terreur rouge qui s’en suit.

 

 

About the Boris Factor

Dear Boris Johnson,

Last summer I read your latest book ‘The Churchill Factor: How One Man Made History’. I found it brilliant and witty. Very Churchill-like indeed. Then came the referendum and your choice to go for Brexit. Would that have been the option of the greatest of all Britons? No one can know. Though Churchill advocated the European Union from 1946 on, he never imagined the British Empire to join. But would he have pressed for a divorce from Brussels, after a 43 years long marriage of convenience? His grandson and your tory MP colleague, sir Nicholas Soames, probably did not think so and reacted to Brexit with terrible sadness at such a wilful act of National self harm with such dreadful potential consequences’. But, of course, being the grandson of Churchill does not mean one is always right. Whatever anyway. Brexit won and Britain will leave the European Union – eventually loosing Caledonia along the road.

Never mind my personal views about this outcome (“united we stand, divided we fall”) and my regrets about some of the harsh statements you made during the campaign (comparing the European Union with some of the worst nightmares of European history…). This is the way politics are run in a democracy. Parties quarrel, they debate and exaggerate. But then, there is an outcome from the polls and the sovereign will of the people has to be obeyed. The day after, David Cameron quite logically announced he would resign as prime minister and let the winners take the lead.

Why then – to put it with Churchill’s own words – didn’t you react swiftly and, as leader of the Brexiters, “stand in the breach”, explaining to all in the United Kingdom and in the European Union that there was a plan and that you would enact it ? In delaying to do so, the sense of confusion only increased. And people all over Europe started to doubt about your ability to be a leader in the storm. I’m afraid you missed there what could have been your “finest hour”.

 

 

Blog : bilan du mois de juin

En juin 2011, ce blog recevait 3464 visites et 5721 pages furent visionnées ; (pas de chiffres pour juin 2012) ; en juin 2013 4236 visites pour 6339 pages vues ; en juin 2014 3686 visites pour 4571 pages vues ; en juin 2015, 2898 visites pour 3391 pages vues. Ce mois de juin 2016, il reçut 4333 visites pour 8030 pages vues. Il s’agit donc d’un « gros mois ».

Le lectorat belge compte 3446 visites. Le Royaume-Uni suit avec 394 visites et la France suit avec 234 visites. La Grande-Bretagne reste donc – encore et toujours – le deuxième pays à me suivre. Cela me réjouit. Pas de ‘Brexit’ pour ce blog, en tous les cas :-)

L’article le plus fréquenté fut mon billet d’humeur du 17 juin « Quand le CAL se trump de communication » avec 771 visites. Vient ensuite « Profs de morale et neutralité » du 22 juin avec 746 visites et « Islam et démocratie » du 1er juin avec 523 visites.

Merci aux lecteurs et suite au mois prochain.

« Jamais seul » – 14° dimanche, Année C

 «Je vous envoie comme des agneaux au milieux des loups». (Luc 10, 1-20)

Jésus envoie ses disciples en mission. Les modalités de celle-ci peuvent – aujourd’hui encore – nous inspirer : Le Maître les envoie par paire de deux. Nous ne sommes jamais chrétiens tous seuls, mais en couple, en famille, en équipe, en unité pastorale, en Eglise. Il leur commande de ne pas s’encombrer de superflu : ni sac, ni sandales,… Celui qui annonce l’Evangile, ne doit pas s’encombrer de formules savantes ou de programmes compliqués. Il s’agit d’annoncer la Bonne Nouvelle – et puis c’est tout. Et le mot-clef de cette annonce, c’est « la paix soit avec vous ». Si le message est accueilli, le Christ invite à rester. Sinon, ce n’est pas un drame. Dans ce cas, Jésus conseille aux disciples de passer leur chemin, sans se décourager et sans reproches envers ceux qui les rejettent. Il s’agit, en effet, d’être doux comme l’agneau et non pas agressif comme le loup. En effet, ce n’est pas le succès de la pastorale, qui doit nous préoccuper, mais bien de savoir que Dieu veille sur chacun de nous, car nos « noms sont inscrits dans les cieux ».

Si d’aventure, la mission l’entraine ailleurs, le disciple du Christ garde dans son cœur et sa prière, le visage de ceux qu’il a côtoyés et dont les « noms sont inscrits dans les cieux ».