Réaction à la chronique de « Paul Robert » – La Libre de ce 14 décembre pp.42-43

Dans une opinion publiée ce jour dans La Libre, en pp.42-43, un haut-fonctionnaire fédéral, signant sous le pseudonyme de « Paul Robert », explique que la mentalité sous-jacente au pacte migratoire, est celle qui prévoit, ni plus ni moins que la disparition des peuples européens et leur remplacement par les « migrants ». Et l’auteur de citer, pour appuyer sa thèse du « grand remplacement », nul autre que Charles Maurras -soutien du régime français de Vichy. Comme lui, il  fustige le « peuple visible » – soit les élites – qui ânonnent leur mantra multi-culturaliste contre le « peuple réel », qui lui se rebiffe. Sa critique n’épargne pas au passage, l’Eglise « qui semble avoir décidé de confondre le globalisme niveleur et déracinant du libéralisme avec l’universalisme du Christ ».

Qu’il me soit permis de réagir en trois points:

  1. L’auteur reproche aux politiques migratoires de vouloir remplacer nos populations vieillissantes… Mais, que je sache, ce n’est pas suite à un complot des élites ou à une trahison de l’Eglise, que nous vivons une baisse de la natalité en Europe de l’Ouest depuis un demi-siècle. Et le fait de signer ou non le pacte migratoire n’y changera rien. Par contre, sans l’accueil de populations étrangères pour entrer sur le marché de l’emploi, qui payera nos pensions? Bref, cette chronique semble supputer qu’en stoppant les migrations à nos frontières, les femmes chez nous auront plus d’enfants. Chacun comprend – je pense -que celui qui écrit cela, prend son rêve pour la réalité.
  2. Opposer les « élites » au « peuple réel » est une rengaine dangereuse. Bien sûr que les migrations font peur. Peur aux personnes précarisées à qui on fait croire – à tort – que ces étrangers viennent prendre leurs emplois. Peur aussi aux bourgeois qui doutent de notre civilisation post-moderne, face à l’arrivée de populations majoritairement d’origine musulmane. Cette peur est un signe de faiblesse. Ici, je cite le ministre de la justice Koen Geens, dans une interview, ce jour même dans le quotidien « le Soir » (p.22):   « La migration met-elle en cause notre civilisation? Sommes-nous faibles à ce point? Pour ne pas avoir peur, il faut avoir une identité propre – qui n’est pas nécessairement l’identité chrétienne, mais celle des Lumières et en tout cas autre chose que le simplisme de nos « normes et valeurs ». On ne peut s’ouvrir à l’autre  qu’en étant un peu rassuré sur soi-même. » Au lieu de hurler au loup, invitons donc le « peuple réel» à retrouver un peu de confiance en cette civilisation des droits de l’homme, née il y a 50 ans sur les ruines de la seconde guerre mondiale et héritière, tant du Judéo-Christianisme que des Lumières.
  3. Enfin, accuser l’Eglise de confondre« le globalisme niveleur et déracinant du libéralisme avec l’universalisme du Christ », est aussi facile que gratuit. L’Eglise ne confond rien du tout. Elle tente de prêcher l’Evangile. Que cela plaise ou non au « peuple réel ». Car le « peuple réel » n’est pas automatiquement du bon côté de l’Evangile. C’est ce «  peuple réel » qui jadis réclama la libération de Barabbas et la mise à mort du Sauveur. Sans vouloir faire la leçon à qui que ce soit, l’Eglise rappelle que ces immigrés sont nos frères en humanité. Ce faisant, elle sait qu’elle ne se rend pas populaire. Mais elle ne peut échapper à la parole du Maître: « J’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. (…) Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites » (Matthieu 25, 36 – 40)

Voici ce que j’écrivais à ce sujet dans l’édito de « Entrées libres » de novembre, le journal du SeGEC:

Devoir d’humanité

Une connaissance me raconta son récent jogging matinal du dimanche dans le parc d’une commune bourgeoise en région liégeoise. A peine avait-il commencé à s’échauffer qu’il tomba sur un groupe de sans-abri. « Même ici, on en trouve », se dit-il, vaguement agacé par cette irruption dans sa quiétude dominicale. Dépassant son malaise, il alla cependant leur parler, prenant le temps d’écouter chacune de leurs histoires. L’un d’entre eux lui expliqua qu’il dirigeait une petite entreprise, qui fit faillite suite à un mal de dos aigu, qui le mit en chômage technique. S’ensuivit un sale divorce, qui finit par le mettre sur la paille. Notre joggeur, lui-même indépendant, fut touché par ce récit d’une mésaventure, qui aurait pu être la sienne. Il renonça à poursuivre son sport matinal et alla tous leur acheter des cafés et des croissants….

Parce qu’il avait pris le temps de s’arrêter et de les écouter, ces « sans-abris en situation irrégulière » étaient devenus les noms et visages de frères en humanité. Il en va de même pour ces personnes qui hébergent des réfugiés du parc Maximilien ou d’ailleurs. En prenant la peine d’ouvrir leur foyer et leur cœur à ces illégaux, ceux-ci ont quitté l’abstraction des statistiques pour devenir une histoire. Le philosophe Emmanuel Levinas décrit ce phénomène comme « l’épiphanie du visage » : quand nous regardons un autre humain dans les yeux, il nous devient impossible d’encore le traiter comme un problème à régler. Il s’impose comme un humain à rencontrer.

En ce temps qui nous prépare à la fête de Noël, il ne s’agit pas de pécher par naïveté en prétendant qu’avec un peu de bonne volonté, toute la misère du monde et le drame des migrations sauvages pourraient être réglés. Ce n’est pas le cas. Et les politiciens qui doivent affronter ces délicates questions, méritent notre estime. Il s’agit cependant de ne jamais oublier que les sans-abris et les sans-papiers sont et restent des frères en humanité. Et que plutôt que de stigmatiser un prétendu « délit de solidarité », il s’agit d’encourager un « devoir d’humanité ». Ce n’est d’ailleurs pas anodin si l’évangéliste saint Luc raconte qu’à la naissance de l’Enfant-Dieu, sa mère « l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » (Luc 2, 7).

Que l’Esprit de la Nativité nous rappelle, chaque fois qu’un visage en détresse croise nos joggings matinaux et autres activités, que c’est le Christ que nous accueillons en tous ces pauvres. En d’autres mots, que le Souffle de Dieu nous ramène à notre élémentaire… devoir d’humanité.

 

Gaudete… – 3edimanche de l’Avent, Année C

« Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. »(Luc 3, 10-18)

Le troisième dimanche de l’Avent est surnommé ‘Gaudete’– dimanche de la joie. Pour nombre de nos contemporains, il y a peu de joie en ce temps de fin d’année. Notre société de consommation a fait de Noël la fête de la réussite : belle famille, bonne santé, beaux cadeaux. Beaucoup sont privés de tout cela. Le mois de décembre leur rappelle donc plus cruellement encore, l’échec apparent de leur vie. Certains crient leur colère en gilet jaune, d’autres se cachent pour ne pas être exposé à la honte de la précarité.

Jean le Baptiste invite à un autre chemin vers la joie – celui du partage et de la droiture :« Ne faites de violence à personne ; n’accusez personne à tort et contenez-vous de votre salaire. »Celui de l’attente, aussi : « Il vient Celui qui est plus puissant que moi. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ».

Le feu de l’Esprit réchauffe les cœurs et éveille à une autre joie. Pas une joie qui se mesure à notre niveau de réussite, non. Une joie qui se réchauffe dans l’étincelle du regard de notre prochain. « Être capable de trouver sa joie dans la joie de l’autre : voilà le secret du bonheur », écrivait Bernanos 

M… de mémoire

Il y a quelques jours, c’était le 50° anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Dans quelques semaines (janvier 2019), ce sera le 100° anniversaire de l’ouverture de la Conférence de Paris, qui donnera le traité de Versailles.
Deux étapes de conclusion des deux guerres mondiales. Avec une différence: malgré les insistances du président américain, le traité de Versailles (1919) posa un regard profondément nationaliste sur le monde. Il chercha donc à punir ou affaiblir les nations perdantes. Une génération plus tard, celle-ci – ivres de vengeance – offrirent le pouvoir au monstre nazi. La suite est connue. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, par contre, dans le prolongement du « traité de l’Atlantique » entre Churchill et Roosevelt (1941) subordonna la nation au bien-être des peuples et des personnes. En ’45, l’Allemagne ne fut donc pas « punie », mais bien dénazifiée et reconstruite. Et 50 années plus tard, l’Europe vit en paix.
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M… de « mémoire ». Mais aussi de « misère », « malaise », « marasme »… Les héritiers de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne semblent plus convaincre. La lettre « M » ne porte pas chance aux politiques européens du moment: Merkel? En bout de course. May? Dans l’impasse. Macron? Bloqué. Michel? Plus personne ne sait.
La question posée aux citoyens d’aujourd’hui est la suivante: Continuons-nous à nous inscrire dans la filiation de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ou allons-nous reprendre les vieilles recettes nationalistes? L’histoire invite à bien réfléchir, car avec le traité de Versailles, nous savons où le nationalisme aboutit. « Le nationalisme, c’est la guerre », disait… Mitterand.

Sans ‘gilet jaune’, mais plus rugueux que saint Nicolas – 2e dimanche de l’Avent, Année C

« L’an quinze du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, et Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, et Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean, le fils de Zacharie, dans le désert. »(Luc 3, 1-6)

Avec l’Avent nous sommes entrés dans une année liturgique nouvelle, consacrée à l’évangéliste Luc. Cet intellectuel grec, disciple de Paul, aime situer son propos dans le temps et dans l’espace. Lisons l’extrait de ce dimanche : Il y retrace règnes et pontificats. Comme pour mieux souligner un paradoxe. Au cœur de ces dynasties, qui complotent et se jalousent, un événement d’un autre type advient. La Parole fut adressée à Jean. Alors, jaillit un cri : « Préparez les chemins du Seigneur ! »

Qui se souvient de Lysanias, prince d’Abilène ? Par contre, la voix du Baptiste – elle – résonne toujours. Plus rugueuse que celle du grand saint Nicolas, elle n’en est pas moins pertinente. En ce temps de l’Avent, accueillons-la dans nos déserts spirituels. Et, alors que s’entend à Paris ou à Bruxelles le cri des « Gilets jaunes », prions pour une société qui s’écoute et qui partage. A défaut, notre monde se transformera en désert social, de par ses affrontement sourds et aveugles. 

In memoriam – Robert Stéphane (RTBF)

Robert Stéphane – administrateur-général émérite de la RTBF – faisait partie de la vie du quartier liégeois où j’habite. Un jour, il m’invita à partager un repas avec lui. Ce fut l’occasion d’échanges et de souvenirs. Ses yeux malicieux pétillaient d’intelligence. Il était animé d’une curiosité taquine, mais nullement malveillante. Un peu Tintin reporter, mais doté de l’esprit de Tchantchès.
Depuis, nous nous saluions toujours avec cordialité, en échangeant quelques paroles complices. Il y a quelques jours encore, je l’apercevais boulevard Piercot, ayant garé sa voiture de façon audacieuse et portant une caisse en se dépêchant… Tel un jeune homme.
Et voilà qu’il prend congé de ce monde, alors qu’il semblait tellement vivant. Puisse-t-il reposer en paix. Je prie pour lui et pour les siens. Avec son grand passage, cet éternel découvreur n’est peut-être pas au bout de ses surprises.

Le temps du Réveil – 1er dimanche de l’Avent, Année C

« Restez éveillés et priez en tout temps». (Luc 21, 25-36)

Nos pays vivaient quelque peu assoupis. En Europe, la guerre était loin et concernait les autres. Et puis… il y eu ce réveil : attentats, immigrations massives, paupérisation, gilets jaunes, bouleversements climatiques…. Ceci nous invite à nous ressaisir. Qu’est-ce qui fonde notre civilisation ? La consommation matérielle ou les valeurs spirituelles ? «Restez éveillés et priez en tout temps». Comment célébrerons-nous Noël cette année ? Comme la fête du pouvoir d’achat ou telle une nouvelle naissance ?

Le temps de l’Avent tombe à pic. Ce temps de préparation à la Nativité est destiné à nous sortir de la torpeur. Le réveil de Dieu a sonné : Soyons prêts à accueillir l’Enfant dans la crèche. Une belle façon de s’y préparer, est d’offrir un calendrier de l’Avent à ceux qu’on aime. Ou encore, d’installer chez nous une couronne de l’Avent. Chaque semaine elle s’illumine d’une bougie de plus. Une invitation à éclaircir notre cœur, afin qu’il devienne une crèche, laissant un peu de place à l’Enfant-Dieu.  

Roi couronné de Vérité – 34° dimanche, Année B

« Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix ». (Jean 18, 33-37)

Pilate – l’homme fort de la région – regarde le Prisonnier qui lui est livré: « Alors, tu es roi ? »Il y a dans la question du gouverneur de la curiosité, de l’incompréhension et sans doute un peu d’ironie. Celle des hommes de pouvoir, qui ne comprennent que le langage du glaive. « Le pape, combien de divisions ? » souriait Staline. Mais Staline est mort dans un isolement total. Son entourage le craignait trop pour intervenir médicalement. L’enfer terrestre, en quelque sorte. Le Christ, lui, marche vers Sa mort – libre et aimant. « Ma royauté ne vient pas de ce monde… Je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité ». En ce dimanche du Christ-Roi, dernier dimanche de l’année liturgique, ne nous trompons donc pas de royaume. Face aux apôtres de la terreur et du fondamentalisme, il faut se défendre. Mais sans haine et en ne laissant pas la peur diriger nos vies. La Vérité ne s’impose pas par la violence, mais par la puissance de l’Amour. « Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix ».   

Veillez… – 33° dimanche, Année B

« Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ». (Marc 13, 24-32)

En cette fin d’année liturgique (dimanche prochain, c’est le « Christ-Roi », dernier dimanche de l’année liturgique), les lectures parlent des « fins dernières » en usant de ce qu’on appelle le style apocalyptique: « Le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel ». Les amateurs de prédictions sont friands de coller une date sur la fin du monde. Au lieu de jouer à cela, veillons à l’avenir de notre planète et prions pour l’avenir climatique du monde. Pour le reste, ne cherchons donc pas à fixer des échéances, mais vivons chaque instant avec une réelle intensité spirituelle. Car la vie est courte et fragile. Celui qui remet les décisions importantes « à plus tard », court le risque qu’un beau jour, il soit « trop tard ». A l’heure des réseaux sociaux, la mort soudaine d’un jeune est encore plus « stupéfiante ». Un instant plus tôt, il ou elle communiquait sur des bagatelles en toute légèreté sur sa page Facebook. Quand on est jeune, la mort semble bien abstraite. Puis soudainement, le fil de la vie se rompt et la page Facebook se remplit de messages de condoléances des copains. Oui, la vie est courte et fragile. A chaque génération, ses guerres, tragédies et catastrophes. Une seule chose est durable et permanente : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ».

Impôt sur la fortune – 32° dimanche, Année B

 « Ils ont pris sur leur superflu. Elle a pris sur son indigence ». (Marc 12, 38-44)

Les Juifs pieux contribuaient au culte du temple de Jérusalem en fonction de leur fortune. Si Jésus fait l’éloge d’une pauvre veuve qui ne dépose que deux piécettes, plutôt que des notables qui versent de grosses sommes, ce n’est pas de sa part une exaltation de la pauvreté, ou… une invitation à moins donner à la collecte. Ce que le Christ souligne, c’est qu’un don a plus de prix quand il requiert ce dont nous sommes indigents. Un riche qui verse une grosse somme, ne le sentira que peu. Cette pauvre veuve, qui a du mal à boucler ses fins de mois, donne – quant à elle – une part de ce qui lui est nécessaire pour vivre.

De la même façon, une personne « overbookée », montre à ses enfants qu’ils comptent, en leur consacrant du temps. Et un baptisé qui croule sous les activités, se rappelle l’importance de Dieu en dégageant du temps pour la prière. D’ailleurs, soyons francs : Quand quelque chose est vraiment important, nous nous donnons les moyens pour l’obtenir. Et souvent, nous y parvenons. Voilà pourquoi les adolescent(e)s qui n’ont « vraiment pas le temps » d’étudier et encore moins de prier, trouvent souvent du temps pour leur amoureux(se) et leurs loisirs… J