Emotion et Politique: God save the Queen/God bless America

Il y a un vérité humaine que les fils de Descartes ont trop souvent tendance à oublier : La plupart des choix qui constituent notre identité, ne reposent pas d’abord sur une décision froide et réfléchie, mais bien sur une approche affective du monde qui nous entoure. La raison intervient pour analyser, critiquer, débattre, voire justifier – mais seulement ensuite. Ainsi, en tout croyant religieux une petite voix murmure : « c’est beau, donc c’est vrai », alors que chez le non-croyant elle prévient : « ne te laisse pas embobiner. C’est trop beau pour être vrai ». (Pour le chrétien que je suis, j’ajouterai que l’Esprit souffle pour déployer nos affects dans le sens d’un accueil de Dieu, mais tel n’est pas mon propos du jour). Eh bien, ce qui est vrai en matière philosophique, vaut aussi en politique. C’est d’abord l’émotion – et non pas la raison – qui construit nos choix électoraux, tout comme l’identité d’une nation. Illustration concrète de cela ? Dans un « post » du 8 avril, intitulé ‘Monarchie et République : Tintin ou Largo Winch’ j’indiquais que, selon moi, les deux archétypes de régimes démocratiques étaient, d’une part la monarchie britannique et de l’autre, la république américaine. J’y puise donc mes exemples, tirés de l’actualité récente :
Allez revoir la vidéo du mariage royal, montrant toute l’abbaye de Westminster chantant à l’unisson l’hymne « Jerusalem » du poète William Blake (http://www.youtube.com/watch?v=4yIWBO_7nio). Une réelle force se dégage de ces images. Il y a d’abord la beauté du chant, porté par les voix cristallines du chœur. Et puis, cette assemblée qui embraye sans honte : la caméra glisse sur le couple des amoureux princiers, passe sur Elton John et son compagnon, s’arrête sur le premier ministre et son épouse, puis se pose avec respect sur celle qui, drapée de jaune, incarne la Nation. Tous chantent. Alors, l’image sort de l’abbaye de Westminster. Là où fleurissent les Union Jacks. Le peuple, lui aussi, chante. Et que proclame cet hymne ? Si seulement Jérusalem, la cité sainte, pouvait venir s’établir en nos pluvieuses contrées anglaises, balayées par le péché. Un texte à la fois patriotique et sans illusion. Pur exemple du ‘British understatement’. De cette scène se dégage une réelle émotion. Elle ancre sans complexe notre XXIe siècle dans la grande tradition de la nation britannique, c’est-à-dire dans sa mémoire réelle et symbolique, ses rêves d’avenir et l’image qu’elle a d’elle-même. Telle fut d’ailleurs la botte secrète du mariage de William et Kate : Alors que les commentateurs s’attendaient à un remake de l’union « conte de fée » entre Charles et Diana, la cérémonie fut calquée sur le mariage … de la Reine et du duc d’Edimbourg. Même église, même sobriété de la robe de la mariée, même uniforme porté par le prince et son grand-père, même volonté à ne pas en faire « too much » : assez pour être royal, mais pas trop pour paraître bling bling (rappelez-vous la traine kilométrique de Diana !). Bref, un mariage qui, à l’image de l’hymne « Jerusalem », propage une émotion qui renforce un certain way of life, subtil mélange de patriotisme et d’understatement.
Tournons nos regards vers la grande république d’Outre-Atlantique, où une autre scène très significative se joua dimanche soir – heure locale. La vidéo s’ouvre sur un long couloir et, tout devant, le drapeau américain (http://www.youtube.com/watch?v=m-N3dJvhgPg&feature=topvideos_news). Soudain, le président entre et marche vers le spectateur d’un pas assuré. Avec la voix grave du ‘commander in chief’ qui s’adresse solennellement à son peuple, il annonce que Ben Laden a été tué. Suit un hommage aux victimes de 9/11, ainsi qu’aux forces de renseignement et d’intervention. A la fin du discours, le président se fait lyrique : « Ce soir, il nous est rappelé une fois de plus, que l’Amérique peut affronter tous les défis qu’elle se fixe. Tel est le sens de notre histoire. (…) Souvenons-nous que nous pouvons faire ces choses, non pas seulement pour la richesse ou le pouvoir, mais bien à cause de qui nous sommes ». Ici, l’émotion s’ancre dans le rêve américain, que ce président-communicateur avait jadis su résumer dans son célèbre : « Yes, we can ».
Au patriotisme enraciné des britanniques répond l’audace naïve du continent nouveau. Mais des deux côtés de l’Atlantique, l’émotion se ponctue par une référence à ‘God’. Dans l’Abbaye résonnera le traditionnel ‘God save the Queen’ et le Président saluera par le, non-moins traditionnel, ‘God bless America’. Ne nous y trompons pas : la référence à ‘God’ n’annonce pas un retour larvé de la théocratie. Elle ne se réclame d’aucune révélation, mais reconnaît un au-delà de la nation. Quelques soit son prestige passé, son succès présent et ses rêves d’avenir, le peuple se sait mortel et inséré dans une communauté humaine plus vaste. Il est important pour lui de ne pas l’oublier. En effet, si une nation se dissout quand elle n’a plus d’émotions collectives à partager, son identité devient cancéreuse quand elle oublie que ses rêves ne peuvent devenir le cauchemar de l’humanité. Que ‘God’ nous en préserve.

La piété assassine

« Comment un garçon réservé, timide, pieux, issu d’une des plus grandes familles saoudiennes a-t-il pu devenir l’ennemi numéro un des Etats-Unis et l’inspirateur d’une guerre sainte ultraviolente qui a enflammé la première décennie du nouveau millénaire ? » se demande à propos de Ben Laden, le journaliste Christophe Lamfalussy en page 3 de La Libre de ce jour. La question mérite que l’on s’y arrête. A l’instar de tous les grands élans humains, l’idéal spirituel est à double tranchant. Il en va d’ailleurs de même avec l’amour humain. Si l’être cynique passe à côté de sa vie, son voisin qui – par peur de perdre l’affection des siens – étouffe conjoint et progéniture, ne s’en sort guère mieux. Eh bien, il en va de même avec la religion. Celle-ci vise à la purification des cœurs, mais la quête de pureté spirituelle n’est authentique que si elle se conjugue avec une réelle liberté d’esprit. La tentation de la pureté imposée (puritanisme) – voire combattante (guerre sainte) – est de tout temps, mais aboutit inexorablement à une impasse. « Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté », rappelait saint Paul (2 Corinthiens 3,17). Voilà pourquoi les authentiques martyrs – mot qui signifie « témoin » en grec – se comptent rarement parmi les combattants de Dieu et bien plus souvent auprès de leur victimes. Celui qui massacre au cri de « Dieu avec nous » ne se rend pas compte que son Divin Maître le regarde avec les yeux de celui qu’il égorge. Surtout quand l’innocence sacrifiée aime jusqu’au bout de l’absurde et murmure dans un ultime soupir : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 33-34).

Wie draagt er allemaal een boerka in dit land?

Wie mijn twee jongste posts leest (ze werden wel in het Frans geschreven) zal ondervinden dat ik het dragen van een boerka in het openbaar als problematisch ervaar en dus begrip toon voor het verbod gestemd door onze parlementariërs. (Misschien had de wet wat grondiger doordacht moeten worden, maar goed…) Dit gezegd zijnde, moest ik wel eventjes slikken toen ik het stuk van een niet onbekende columnist in De Morgen van vandaag las (p.14): “De Kamer keurde bijna unaniem het verbod op het dragen van de boerka goed. Alleen Eva Brems (Groen!) stemde tegen, en dat vind ik schandelijk. Eva Brems draagt dan wel geen hoofddoek, maar wel een blinddoek.(… ) Het is het hedendaagse equivalent van de Jodenster tijdens de naziperiode. (…) De boerka is net als de Jodenster opgedrongen door een groep die zich superieur acht tegenover anderen. De nazi’s vonden de ariërs superieur tegenover de Joden, vandaag denken orthodox islamitische mannen hetzelfde over hun vrouwen”. Einde citaat. Persoonlijk vind ik dat men respect moet tonen voor een parlementariër die de durf heeft om haar eigen mening te uiten tegen alle collega’s in. Dat is een teken van moed, die beter verdient dan afgeblaft te worden. En de boerka met de Jodenster vergelijken, is ook niet de subtielste analyse van het jaar… Boerka’s zijn democratisch ongezond omdat ze elke vorm van sociaal contact met andersdenkenden op een afstand houden. Maar wie niet oplet, zal misschien ooit ontdekken dat hij/zij mentaal ook een boerka draagt. Onzichtbaar en daarom des te gevaarlijker.

Ben Laden, Burqa et Civilisation démocratique

Le Vatican a raison de le rappeler : un chrétien ne se réjouit pas de la mort d’un homme, quel que soit le poids de ses fautes. Ceci étant dit, je ne vais pas pleurer la mort de Ben Laden, non plus. En apprenant ce matin tôt son décès, ma plus grande surprise fut de réaliser… qu’il était encore vivant. Cela fait dix ans que son nom hante l’actualité à la manière d’un fantôme. J’avoue que j’en étais venu à croire qu’il était décédé depuis belle lurette dans quelque maquis afghan et que ce n’était que son épouvantail que partisans et adversaires agitaient, un peu à la manière d’un étendard. Mais non. Il était bien vivant et se cachait même au cœur du Pakistan… dans une ville – cerise sur le gâteau – qui abrite une importante garnison militaire. Echapper une décennie durant à la première puissance mondiale qui a fait de vous l’Ennemi public n°1, cela fait réfléchir : nos satellites, services secrets et autres écoutes téléphoniques semblent bien impuissants face à une guérilla décidée, reposant sur des alliances tribales.
Ceci étant dit, constatons avec soulagement que tous les états, même les plus islamistes, ont salué l’opération militaire. Le terrorisme se réclamant de la Sharia n’a donc plus aucun soutien public. La plupart des observateurs pensent d’ailleurs que les jours de gloire d’Al-Qaïda appartiennent au passé. Reste la question récurrente posée à nos démocraties – qui est de savoir si d’autres formes de manifestations islamistes, pacifiques elles – sont également à mettre au ban de nos sociétés. Ici, nous revenons au débat sur l’interdiction de la burqa que notre parlement vient de voter. A ce sujet, deux opinions fort contrastées apparaissent dans la presse du jour. En p.8 du Soir, Salil Shetty secrétaire général d’Amnesty International, déclare : « En Europe, au Canada, ou aux États-Unis, nous sommes très inquiets de ce virage vers le populisme qui entraîne un abaissement des droits humains. Ce qui était inacceptable il y a trois ans devient la norme. C’est une grande préoccupation pour nous. Quand on voit ce qui se passe en France ou en Belgique avec le vote de la loi interdisant la burqa, le traitement des Roms… Oui, c’est très préoccupant ». A l’opposé, Dirk Verhofstadt – frère de Guy – écrit en p.14 du Morgen : « La Chambre a approuvé l’interdiction de la burqa, presqu’à l’unanimité. Seule Eva Brems (Groen !) a voté contre et je trouve cela scandaleux. Eva Brems ne porte pas de voile sur la tête, mais un bandeau sur les yeux. (…) A l’instar de la croix juive (sic !), la burqa est imposée par un groupe qui se croit supérieur à un autre. Les nazis jugeaient les Ariens supérieurs aux Juifs, aujourd’hui les hommes islamistes orthodoxes se jugent supérieurs à leurs femmes ». (‘De Kamer keurde bijna unaniem het verbod op het dragen van de boerka goed. Alleen Eva Brems (Groen!) stemde tegen, en dat vind ik schandelijk. Eva Brems draagt dan wel geen hoofddoek, maar wel een blinddoek. (…) De boerka is net als de Jodenster opgedrongen door een groep die zich superieur acht tegenover anderen. De nazi’s vonden de ariërs superieur tegenover de Joden, vandaag denken orthodox islamitische mannen hetzelfde over hun vrouwen’.)
Ce que j’en pense? Tout d’abord, je rappelle à Monsieur Verhofstadt qu’une parlementaire qui se démarque en conscience de l’ensemble de ses collègues, mérite le respect et non pas l’opprobre facile. De plus, que sa comparaison entre burqa et étoile juive me laisse songeur. Pour le reste – je le répète – je ne sais pas si l’interdiction était la meilleure solution (lire dans les pages du Soir de ce WE, l’avis critique d’Edouard Delruelle, codirecteur du Centre pour l’Egalité des chances), mais je maintiens que le port de la burqa pose problème dans une civilisation porteuses de valeurs démocratiques. Une chose est de la porter dans un contexte tribal – où cela fait partie de coutumes ancestrales – autre chose est de s’en revêtir dans notre monde pluraliste et ultramoderne. Je me rappelle un débat à l’ULB entre un représentant du Centre d’Action Laïque, votre serviteur et un professeur d’islam. Alors que le catho et le laïque se livraient au « show » habituel de leur guéguerre fratricide – pour le plus grand plaisir de l’auditoire – l’outsider musulman faisait figure de sage dans le panel. A un moment donné, il dit cependant une chose que personne ne releva, mais que je n’ai pas oubliée : « Pour nous musulmans, la distinction occidentale entre foi et raison n’est pas pertinente ». Ce que cet académique voulait selon moi exprimer, est que la foi du musulman irrigue sa raison. Dans ce cas, tout démocrate digne de ce nom partagera son avis. Un athée, comme Dirk Verhostadt, laisse sa raison être irriguée par sa « foi rationaliste », tout comme je laisse la parole du Verbe fait chair inspirer mes réflexions. Cependant, si cela en vient à signifier que, sans une foi bien particulière, l’homme n’a pas d’usage valable de sa raison et que toute discussion avec lui est donc vaine, alors il y a incompatibilité avec une civilisation démocratique. En effet, notre société pluraliste se bâtit un projet commun sur fond de dialogue, de débat, voire de conflit. Le cœur de notre régime politique ne s’appelle d’ailleurs pas pour rien « un parlement ». Quand une pensée se veut totalisante au point de faire déclarer à ses adeptes: « Tout ceux qui ne croient pas comme moi, ne peuvent pas penser validement. Je n’ai donc rien à dire ou partager avec ces mécréants », alors la possibilité même de la démocratie s’estompe. Ce fut la difficulté durant les années de la guerre froide avec les plus radicaux parmi les Marxistes: tous ceux qui ne partageaient pas leur doctrine étaient disqualifiés comme « penseurs bourgeois à la solde du Capital ». Mon malaise par rapport au voile intégral se situe également là : il manifeste par le langage vestimentaire qu’aucun échange social n’est désiré. Je ne pense pas que ce soit acceptable sur la voie publique, car notre société se doit de défendre les piliers sur laquelle elle repose et l’échange social en fait partie. Fallait-il pour autant l’interdire par voie de loi ? Ici – je le répète une fois de plus – c’est au pouvoir politique de trancher, sans faire l’impasse sur l’inquiétude exprimée par le secrétaire général d’Amnesty.

Le voile intégral, « ze » mariage et l’athlète de Dieu

C’est donc avec une belle unanimité que le parlement belge a voté l’interdiction du port de voile intégral sur la voie publique. Les opposants disent que cela constitue une limitation inacceptable de la liberté religieuse sur base d’arguments sécuritaires fallacieux. En fait, la question qui est ici posée, est celle des codes vestimentaires qui régissent toute vie en société. Pourquoi n’ai-je pas le droit de me promener nu sur la voie publique ? Parce que – dans notre culture de la pudeur – ceci rend mon « langage corporel » offensant pour les autres personnes qui me croiseraient. Autre chose est de se promener sans habits dans sa salle de bain, chez son médecin, voire sur une plage de nudiste. Dans ces lieux particuliers, le langage corporel de la nudité exprime autre chose et est donc socialement acceptable. Mais où commence la nudité ? Puis-je me promener en rue avec une simple feuille de vigne ? Un minishort hyper serrant ? etc. Ici, nous sentons bien que la limite est une question d’appréciation et de bon sens. Il en est de même avec la question des vêtements à caractère religieux et/ou culturels. Notre culture est fondée sur l’échange et le dialogue. Si le cœur de notre démocratie s’appelle un « parlement », c’est parce que notre citoyenneté se fonde sur une vie publique qui se construit en parlant à ses voisins. Dérober son visage au regard des autres est donc tout naturellement perçu comme une barrière à ce dialogue citoyen. Il s’agit dès lors d’une mise en cause du fondement même de la société démocratique. Fallait-il pour autant interdire la burqa? Toute loi restrictive est une arme à double tranchant. Ici, le choix est politique et les avis divergent. Mais il convient d’abord de constater que derrière ce débat ne se cache pas une discrimination larvée, mais bien un réel enjeu de société. « Mais », m’objectera-t-on, « et le voile des religieuses, alors ? » Je réponds que le propre de ce voile est justement de laisser transparaître le visage et donc, de permettre l’échange social. Le seul endroit où pareil voile est parfois plus « intégral » (et encore), c’est chez ces religieuses ayant fait le choix d’une vie cloîtrée – c’est-à-dire retirée du contact avec la société. De façon légitime, elle choisissent de se consacrer exclusivement à la spiritualité en s’aménageant un lieu séparé du monde en vivant dans le célibat consacré. Ceci est symboliquement très différent que de vivre complètement voilé du monde, tout en demeurant pleinement dans le monde. Ici se crée un comportement de ghetto. Et l’histoire nous enseigne que – si dans nos villes des regroupements de population selon l’origine ethnique sont dans l’ordre des choses – ceci ne peut servir de caution à des comportement sociaux qui retranchent radicalement de la société. Cela vaut pour les nudistes, alors pourquoi pas pour les autres ? Rien à voir donc avec le port de signes religieux qui affirment l’identité sans empêcher le contact. Je porte bien une chemise clergy, une femme musulmane ne pourrait-elle porter le voile ? Reste la question de la limite : quand le voile est-il intégral ? quid du port de signes religieux à l’école ou dans la fonction publique ? Ici – une fois de plus – le débat est politique, la peur mauvaise conseillère et le bon sens un allié précieux.

Je le confesse, je n’ai pas résisté à la tentation de visionner en « live » sur internet une partie de « ze » mariage. Voilà une princesse – voilée, elle aussi. Non pas pour se cacher du regard de la foule, mais bien pour souligner son bonheur. Un mariage royal – c’est comme la cuisine anglaise – on aime, ou on n’aime pas. J’apprécie souvent la cuisine d’outre-manche, mais je ne souhaite pas ici entrer dans un débat, déjà tellement étalé dans nos médias. Par contre, j’avoue avoir été touché par la sobriété digne de la cérémonie anglicane. Je souhaite beaucoup de bonheur au jeune couple et espère que leur engagement sera stimulant pour tant d’autres qui hésitent à faire le grand pas.

Dimanche 1er mai, ce sera la fête du travail, mais également le second dimanche de Pâques – appelé aussi « dimanche de la divine miséricorde ». Une appellation que le mystique Jean-Paul II aimait tellement, qu’il la fit inscrire officiellement au calendrier catholique. Il est donc frappant qu’il soit décédé lors des premières vêpres de ce dimanche. Ce n’est pas non plus un hasard, si c’est au cours du dimanche de la divine miséricorde qu’il sera déclaré bienheureux. Trop vite, disent certains. Je leur réponds : pourquoi attendre ? Je ne fais pas partie des thuriféraires qui affirment que ce pontificat fut sans failles. Comme chaque baptisé – et donc aussi chaque pape – Jean-Paul II avait ses limites. Il n’empêche : il se dégageait de lui quelque chose de « hors cadre ». Sa vie de prière avait une intensité peu banale. Son zèle de pasteur l’a porté au quatre coin de la planète. Son discours musclé ne faisait pas que des heureux, mais il était prononcé avec une réelle bonté dans le regard. Beaucoup ont dès lors reconnu en lui, sinon un père, du moins un témoin véridique. Sans surprise, ses funérailles rassemblèrent le plus de responsables politiques depuis celles de Winston Churchill. Personnellement, je me souviens que lors de ses dernières semaines de vie terrestre, alors qu’il était devenu grabataire et quasi-muet, il se dégageait encore de lui une réelle force. Même fragile, il n’a cessé d’être un formidable athlète de Dieu.

L’enfant du divorce

« Terrible drame, hier, en Brabant Flamand. Un adolescent de 12 ans a mis fin à ses jours parce qu’il ne supportait pas le divorce de ses parents». Soyons clairs : le divorce de ces parents n’est pas « la cause » de pareille terrible nouvelle. Le suicide des préadolescents est, hélas, une fréquente cause de mortalité. Ceci étant dit, pareil drame domestique rappelle que le coût social d’un divorce n’est pas à négliger, de par la souffrance qu’il engendre chez de nombreux jeunes enfants ou adolescents. Evidemment, ce n’est pas en criminalisant le divorce ou en culpabilisant les parents que l’ont va améliorer les choses. Par contre, je plaide pour une nouvelle « écologie du mariage » qui promeuve son « développement durable ». Comment ? En faisant à nouveau une paisible promotion du mariage durable et en offrant un coaching adéquat aux jeunes couples qui – à la suite de Kate et William – s’engagent dans l’aventure. Et que, si divorce il y a, celui-ci soit accompagné – surtout en vue du bien des jeunes enfants. Sans culpabiliser, bien entendu. (Qui sait ? Si je n’étais pas prêtre, je serais peut-être aussi divorcé aujourd’hui…) Mais il est tout de même curieux que notre société banalise parfois davantage le naufrage d’un couple que la faillite d’une entreprise. Il y a là quelque chose à rééquilibrer. Je faisais hier un appel aux intellectuels catholiques. Je fus comme exaucé par le bel article du professeur Rudolf Rezsohazy, paru en ce jour dans La Libre (p.55) : « (…) La société a impérieusement besoin de la solidité de sa cellule de base, la famille. (…) Nous sommes dans un domaine où les changements sont lents et à peine perceptibles, car il s’agit de la modification des mœurs et cela ne se commande pas. Cela ne signifie pas que l’action par la politique familiale, la fiscalité, la création d’une infrastructure pour la petite enfance et d’autres services qui appuient les familles, une atmosphère plus positive dans les médias, ainsi de suite – ne soit point nécessaire. Il me semble que ceux qui qualifient ces exigences d’“ultraconservatrices” ou “ringardes” méconnaissent dramatiquement les intérêts vitaux de la société ».

Het kind van de echtscheiding

Het droevig nieuws haalde gisteren krantenkoppen in Het Laatste Nieuws: ‘Een 12-jarige jongen heeft zich dinsdag van het leven benomen in het huis van zijn moeder in Tienen. Volgens zijn afscheidsbrief kon hij de scheiding van zijn ouders niet verwerken’. Laat het duidelijk zijn dat ik de echtscheiding van deze ouders niet aanzie als ‘de oorzaak’ van zijn overlijden. Het risico tot zelfdoding loopt nu eenmaal hoog bij jonge pubers. Het enige waarvoor dit huisdrama ons attent moet maken, is dat het stranden van een huwelijk nooit een banaal gebeuren is. Vooral wanneer er kinderen of adolescenten zijn. Het is niet omdat iets vaak voorkomt – en zelfs soms onvermijdelijk is – dat men rond dat fenomeen geen vragen meer dient te stellen. Echtscheiding draagt n.l. een maatschappelijke kost met zich mee: het lijden van de kinderen. Wat stel ik dan concreet voor? Echtscheiding weer criminaliseren? Uiteraard niet. Wat dan? Wanneer men het heeft over milieubeleid, is “duurzaamheid” een sleutelconcept geworden. Wel, in diezelfde lijn bepleit ik voor een politiek beleid van het ‘duurzaam’ huwelijk. Dit betekend dat men in Vlaanderen de duurzaamheid van het huwelijk gerust weer als ‘trendy’ mag promoten en dan ook ontkoppelen van de conservatieve of devote tintjes waarmee men dit begrip doorgaans kleurt. Tevens, dat men mag zorgen voor een gepaste vorm van ‘coaching’ voor jonge koppels die het avontuur in navolging van Kate en William aandurven, alsook voor een serene vorm van hulp om hen de onvermijdelijke crisissen te helpen doorstaan. Tenslotte, als het echt niet meer kan, dat men dan ook voor een begeleiding van de echtscheiding zorgt. Zonder daarom schuld in te jagen. (Wie weet? Zou ik geen priester zijn, dan zou mijn huwelijk vandaag ook misschien kapot zijn). Maar tevens, zonder daarom het faillissement van het huwelijk te minimaliseren – evenmin als men dat trouwens doet met een onderneming. Ik weet wel dat mijn pleidooi tegen de maatschappelijke stroom ingaat, maar kan me daarvoor beroepen op de mooie column van Rik Torfs, vandaag in De Standaard verschenen (p.25): ‘De ware weg gaat tegen de stroom in. Zeker, in een democratie heeft de meerderheid gelijk, en terecht, maar in het leven dat verder reikt en voller is, heeft zij doorgaans ongelijk. Haar stem klinkt te luid, haar gelijk is te vanzelfsprekend, haar verontwaardiging te gelijkhebberig. De waarheid komt uit diens mond van wie je het niet verwacht’.

NB. Gelezen in De Morgen 29 april p.19:
Als kinder- en jeugdpsychiater heb ik in de afgelopen twintig jaar gelukkig zeldzaam met deze dramatische afloop een duidelijke evolutie gezien van deze maatschappelijke en psychologische trend. We krijgen veel meer kinderen over de vloer die ontredderd geraken door een steeds heftiger (en primitiever) uitgevochten machtsstrijd tussen ouders, die ook over veel meer jaren aanslepen. Van een ‘normaal’, heelbaar verwerkingsproces na een breuk en familiale herschikkingen is soms helemaal geen sprake meer. Persoonlijke conflicten worden dan bitter uitgevochten gedurende lange tijd na de echtscheiding, door mensen die soms de psychologische vaardigheden niet (meer) hebben om deze conflicten op een andere (psychologisch meer gesofisticeerde en communicatieve) manier op te lossen.
Marc Van Bellinghen is kinder- en jeugdpsychiater aan het OLV-Ziekenhuis Aalst.

Intellectuels cathos, rappelez-vous votre baptême.

L’événement n’est pas banal : ce mercredi 27 avril, deux intellectuels catholiques de premier plan en Belgique francophone – le sénateur Francis Delpérée et le Vice-Recteur hre. UCL Xavier Renders – interpellent nos évêques sur leur gestion du scandale des abus sexuels (La Libre pp.52-53). Je ne souhaite pas ici commenter leur prise de position. Je souligne simplement qu’elle mérite qu’on s’y arrête, car il s’agit de deux personnalités qui, à plus d’une reprise, ont « mouillé leur maillot » pour témoigner de leur engagement chrétien. Je constate cependant que, si interpeller les évêques est un droit de tout catholique (canon 212 §3), les soutenir est également un devoir de baptisé. Et là, je pense qu’en Belgique, nous avons encore du chemin à faire. Sans doute parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans une série de discours romains, il y a dans ce pays un côté « bébé boudeur » chez nombre d’intellectuels catholiques. Quand j’étais porte-parole des évêques, combien de fois n’ai-je pas perçu l’isolement de la hiérarchie catholique face à des enjeux de société… Ainsi, quand le professeur Adriaenssens s’abimait la santé à la tête de sa Commission et cherchait des collaborateurs, plus d’une porte s’est fermée : aider une commission ecclésiale, n’était-ce pas se compromettre ? Et quand cette même Commission a été perquisitionnée, ce qui la força à se saborder, peu de voix se sont inquiétées. Et quand ces perquisitions furent déclarées illégales, combien en ont tiré des conclusions ? Et quand le Président démissionnaire de cette Commission publia néanmoins son rapport, de nombreux catholiques se sont – à juste titre – joint à l’émoi général devant l’ampleur des abus, mais la seule voix médiatique qui a également souligné le courage des évêques, car ils avaient osé pareille « opération vérité » en mettant sur pied la Commission Adriaenssens, fut… protestante. Il est donc temps que les intellectuels catholiques se réveillent dans ce pays. Parfois pour secouer nos évêques, mais souvent aussi pour les encourager, les soutenir et les aider. Comme je le déclarais au Vif/l’Express de cette semaine (p.34), nous avons 15 ans de retard par rapport à la France de ce point de vue-là. Je ne prétends pas que la hiérarchie catholique ne porte pas sa part de responsabilité dans la situation actuelle. Je reconnais que le clergé en général (et je m’inclus dans le lot) – et la hiérarchie catholique en particulier – n’a pas toujours le réflexe de sortir du « petit cercle paroissial » pour faire appel à d’autres compétences catholiques, bien réelles pourtant, afin d’aborder plus professionnellement nombre de dossiers. Mais s’ils cèdent parfois à la tentation de la tour d’ivoire, c’est aussi parce que nos pasteurs ont perdu l’habitude de recevoir le soutien de la société civile catholique. Pendant mon mandat de plus de huit ans comme porte-parole, j’ai appris à connaître nos évêques avec leurs grands et petits côtés. Croyez-moi ou pas : leur pire tentation n’est pas la vanité, mais bien le découragement. Il en est d’ailleurs de même pour nombre de prêtres en paroisse. Comme Pilate, faut-il s’en laver les mains ? Non et je le répète : il est temps que se réveillent nombre d’intellectuels catholiques dans ce pays. Pas la petite minorité – déjà bien active – des militants. Non, je pense à la majorité habituellement silencieuse des catholiques en situation de responsabilités dans la société belge. Que leur voix s’élève davantage dans les médias. Et pas uniquement pour critiquer leurs évêques, mais aussi pour les encourager, les soutenir et les aider.

Madame Lalieux, expliquez-moi…

Madame,
J’ai lu le rapport de la Commission parlementaire que vous présidiez et – à quelques points près (voir ‘post’ précédant : « Eglise et abus sexuels : trois considérations pour contribuer au débat) – j’ai trouvé qu’il abordait le drame de l’abus sexuel avec le ton juste. Expliquez-moi donc votre impatience actuelle à voir l’Eglise catholique réagir à la proposition de constituer un tribunal arbitral. Pourquoi ne manifestez-vous pas la même impatience par rapport aux autres institutions visées par votre rapport ? Vous répondez en déclarant : « J’entends bien qu’ils réfléchissent à la mise en place du tribunal arbitral mais cela fait un an, depuis le rapport Adriaenssens, qu’on attend. Le parlement et la société n’attendront plus des mois ». Madame, souvenez-vous que le rapport Adriaenssens n’a été possible que parce que, des années plus tôt, l’Eglise avait mis en place une Commission interdiocésaine. Que beaucoup, y compris dans votre parti politique, étaient critiques par rapport à l’indépendance de cette initiative – alors que la Commission parlementaire en a salué la qualité du travail. Que la Commission Adriaenssens aurait pu poursuivre ce travail d’aide aux victimes, si elle n’avait été foudroyée en plein vol par des perquisitions, depuis déclarées illégales. Que lorsque les évêques ont proposé une nouvelle initiative pour répondre au rapport Adriaenssens, ils ont dû renoncer suite aux critiques venues de toute part. Qu’ils ont, dès lors, tout naturellement attendu les recommandations de la Commission parlementaire, avant de réfléchir aux nouvelles mesures à prendre pour aider les victimes. Qu’il est donc conforme à la vérité de reconnaître que l’Eglise catholique avait tenté de prendre ses responsabilités pour aider les victimes des abus sexuels et ce, depuis des années, mais que d’aucuns ne lui ont vraiment pas facilité la vie. Qu’il me semble pour cela plutôt normal de lui laisser un peu de temps – et pourquoi pas jusque fin juin ? – pour réagir aux recommandations de la Commission parlementaire. C’est d’ailleurs ce qu’écrit ce matin Guy Fransen en p.2 du Nieuwsblad: « Encore deux mois. C’est un délai raisonnable, si les responsables d’Eglise viennent avec une réponse valable et, en cas de rejet de la proposition parlementaire, avec une alternative réfléchie et négociable. Dans l’intérêt des victimes ! » Et le Rédacteur-en-chef du Nieuwblad de conclure : « Madame Lalieux ne trouve pas cela un délai raisonnable. Mais – sorry, je me dois de le dire – le monde politique peut-il encore s’arroger le droit de juger du délai raisonnable des autres ? » (‘Nog twee maanden. Dat is een redelijke termijn, op voorwaarde dat de Kerk met een valabel antwoord komt, en bij afwijzing van de parlementaire voorstellen een doordacht en bediscussieerbaar alternatief. In het belang van de slachtoffers! Mevrouw Lalieux vond dat geen eerlijke termijn, maar sorry, ‘t moet hier toch even van het hart. Heeft de politiek nog veel recht te oordelen over billijke termijnen van een ander?’) Ce que je ne comprends pas davantage, Madame, c’est votre déclaration en p.7 du Soir d’aujourd’hui : « Mais je le répète, j’isole Léonard, parce que d’autres responsables ecclésiastiques ont donné des signes encourageants de coopération. Ma réaction s’adresse donc à Léonard ». J’imagine que parmi ces responsables ecclésiastiques doivent se trouver les évêques de Tournai et d’Anvers, qui sont en charge du dossier. Justement, Monseigneur Léonard, au cours de l’interview de Pâques que vous incriminez, n’a fait que répéter que ces évêques étaient à la manœuvre et qu’il souhaitait les laisser diriger ce dossier. Donc, Madame, expliquez-moi : en quoi l’attitude collégiale de l’Archevêque vous semble-t-elle inacceptable ?