« Guerre secrète au Vatican », titre le magazine français « le Figaro » sous la plume de Jean-Marie Guénois (pp.38 et suiv.) Je pense que, bien plus qu’une guerre, il s’agit de la difficulté qu’a toute institution à se laisser bousculer. Cela vaut pour l’Eglise. D’où la boutade que je fais souvent et que le journaliste Jurek Kuczkiewicz cite dans un article du quotidien bruxellois « le Soir » de ce jour (p.9) : «La plus grande force dans l’Église, à côté de l’Esprit Saint, c’est celle de l’inertie. »
Cela vaut à la Curie romaine, mais également sur le terrain. Malgré toute la bonne volonté, que d’énergie à déployer en paroisse pour changer les habitudes. Et cela commence jeune… Je me rappelle ce scout de 16 ans qui ne voulait pas entendre parler d’évolutions dans son unité. Quand je lui demandai pourquoi, il me répondit impérieux : « Parce qu’on a toujours fait comme ça ! » Si jeune et déjà installé…
Ceci explique en partie le blues, voire burn-out de nombre de prêtres, bien mis en lumière dans un dossier paru dans cet autre quotidien belge « La Libre » (pp.8-10) et disponible sur la toile. Un peu comme ces profs qui voient l’enseignement changer et les classes grandir, sans recevoir les moyens de s’adapter, les prêtres font de leur mieux pour faire vivre l’Eglise locale – mais parfois c’est trop et trop lourd, malgré toute l’aide reçue des fidèles. Que faire ? Des solutions existent, mais les mettre en œuvre bousculera – sans doute tout autant que la réforme du pape François. Cela est dû au phénomène Nimby (= « pas chez moi ») : « Bien sûr qu’il faut réduire le nombre de Messes, mais pas chez moi. Bien sûr qu’il faut fermer des églises, mais pas chez moi. Bien sûr qu’il faut rationaliser les institutions, mais pas la mienne. Etc. »
Bref, je ne m’étonne pas que la Curie soit bousculée. Le pape François est le premier Pape, depuis près de 40 ans à vouloir la réformer. Paul VI devenait trop malade pour s’en occuper ; Jean-Paul Ier n’a pas eu le temps ; Jean-Paul II passait au-dessus ; Benoît XVI a essayé mais compris que ce n’était pas son charisme – d’où aussi sa renonciation. François sait que la vie est faite de changement dans la continuité. « L’Eglise change pour rester la même », enseignait le bienheureux John-Henry Newman. Bref, le Pape fait ce pour quoi il fut élu. Prions pour lui et aussi pour la Curie, afin que cette réforme salutaire aboutisse… comme une naissance. Sainte Nativité à chacun.