Nous sommes tous Charlie Hebdo

« Je suis Charlie » – tel est le message de soutien qui envahit la toile, en solidarité avec le massacre ayant touché le journal satirique. Je l’ai retweeté. Par soutien envers les victimes, mais également par attachement à la liberté d’expression. «Charlie Hedbo » ne ménageait  l’Eglise catholique, pas plus que l’islam. Raison de plus pour condamner cet acte lâche et barbare. Une religion s’exprime par l’esprit – non par la violence.

Militons pour que nos sociétés réagissent au défi qui leur est lancé – quelques mois après le massacre du musée juif de Bruxelles – avec calme et détermination. Des forces obscures – organisées ou non, l’enquête le dira – cherchent à provoquer nos démocraties. Le vrai signe de la force d’un état de droit, est de garder son sang-froid au cœur de l’indignation solidaire. Nous sommes tous « Charlie Hebdo ».

2015 – Année ultra-moderne ? Le bonheur, Van Den Bleeken, Zemmour, Mgr Bonny,…

Premier ‘post’ sur mon blog pour l’année 2015, avec mes meilleurs vœux à chacun. De retour de quelques jours de congé, un chapelet de nouvelles accrochent mon attention :

L’hebdomadaire belge « le Vif/l’Express » publie cette semaine un intéressant dossier sur le bonheur des Belges, avec quelques témoignages – dont celui de votre serviteur (p.40). Ce qui me frappe, c’est que la plupart des autres témoins racontent leur vision du bonheur, là où je tente d’expliquer ce qu’est – à mon avis – la vision du bonheur (Une vision sous forme profane : je me suis gardé de faire appel à ma foi, sans la nier ou la cacher, pour faire passer un message d’ordre philosophique et non religieux, afin que chacun se sente concerné). Bref, face à des démarches subjectives, la mienne se voulait objective. Cela dit quelque chose de mon décalage assumé par rapport à la société « ultra-moderne » qui advient : « chacun sa route, chacun son destin ».  La modernité a libéré l’homme, en reconnaissant son droit politique à la subjectivité – c’est-à-dire à la liberté de conscience. Ceci nous a guéri des religions d’état et idéologies totalitaires. Mais l’ultra-modernité va plus loin, en insinuant qu’il n’y a pas de vérité objective (religieuse, philosophique, éthique,… qu’importe) à rechercher à travers les méandres de l’existence. Que tout est subjectif et donc relatif. Ceci est illustré par une expérience que je fis déjà, quand – il y a plus de 30 ans – j’annonçai à mes copains que j’entrais au séminaire. Peu m’ont dit « je ne comprends pas ! » ou même « tu es fou ! », mais beaucoup ont murmuré, avec une moue dubitative : « si c’est ton truc ». Chacun sa route, chacun son destin.

Le destin de Frank Van Den Bleeken est une illustration tragique de l’ultra-modernité. Alors que nos modernes ont lutté contre la peine de mort au nom de la dignité de toute vie, la lutte ultra-moderne pour le droit de mourir « avec dignité », mène à la demande d’euthanasie d’un détenu (euthanasie finalement ajournée, mais le débat reste planté). Selon moi, il s’agit là du premier pas vers une législation de dépénalisation généralisée du suicide médicalement assisté. Pour l’ultra-modernité, la vie n’est un bien, que si elle est choisie (par nos parents : d’où le droit à l’avortement) et tant que je souhaite vivre. Je dis cela sans moquerie, ni dramatisation, même si tel n’est pas mon projet de société. Quand la seule règle de vie devient « chacun sa route, chacun son destin », difficile de résister à la logique sociale que cela engendre. Dans les colonnes du quotidien bruxellois « le Soir » de ce jour (p.9), Jacqueline Herremans, présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et membre de la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, ne considère pas  le sujet du « suicide assisté » comme tabou pour : « des personnes dont la vie est accomplie, des personnes qui ont le sentiment que la boucle est bouclée, que même sans éprouver de souffrances, elles ont fait leur temps, qu’elles ne pourront plus ajouter quelque chose de positif à leur vie. C’est le fait de dire que ma vie m’appartient et que c’est donc à moi de décider si, à un moment, je tiens à la quitter. A titre personnel, et non à titre de présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, c’est dans ma philosophie de vie. » Chacun sa route, chacun son destin…

Pareille évolution n’est pas sans conséquences sociales et politiques. Si l’ultra-modernité triomphe (des contre-courants solidaires existent) la société pourrait un jour ressembler à une gigantesque couvée de poussins qui piaillent, comme dans la chanson de Jacques Dutronc : « et moi, et moi et moi ». L’homme ultra-moderne suit sa route et son destin, mais supporte de moins en moins la contradiction. Combien de discussions sur les réseaux sociaux ressemblent plus à un dialogue de sourds, qu’à une écoute de celui qui ne pense pas comme moi ? L’émotion prend le dessus, car la frustration de se sentir contredit n’est plus guère tolérée. D’où la socialisation de l’homme ultra-moderne en « tribus », constituées de tous ceux qui partagent son avis ou sa passion (les amateurs de jazz, les anarchistes de droites, les fans de pêche à la ligne…). Une socialisation en forme de jeu de miroir, en quelque sorte. De cela, Eric Zemmour est une belle illustration. L’homme est aussi intelligent et charmant que provocateur. Nullement haineux ou imbécile, mais « diablement » pessimiste sur la nature humaine. D’où le rêve d’un retour à la tribu « France éternelle » – blanche, béret et gros rouge. Que certains réseaux musulmans aient envie de boycotter la présence en Belgique de celui qui les déclare inapte à l’intégration en Occident, est compréhensible : n’a-t-on pas récemment fait la même chose avec un théologien koweitien anti-Juif ? Mais en faisant cela, ces compatriotes musulmans se présentent également comme une autre… tribu. Je trouverais donc plus intelligent d’inviter Eric Zemmour à la grande mosquée de Bruxelles pour un débat calme, intelligent et tapissé de cet humour qu’il affectionne – histoire d’illustrer avec le sourire que le souci d’intégration, n’est peut-être pas là où l’on croit. Je me souviens du roman et film « Le Da Vinci Code », présentant l’Opus Dei comme une sournoise bande criminelle. Chacun s’attendait à ce que cette organisation catholique réagisse à pareille calomnie par la colère, voire un procès en diffamation. Au lieu de cela, ils ont répondu avec un beau sang-froid par de l’humour, en faisant passer le message : « Nous sommes donc si terrible que ça ? Venez vérifier ». Cela leur a gagné le respect de beaucoup et même permis de faire quelques adeptes. Voilà une attitude citoyenne et responsable.

« Je suis effaré ». « Il faut réagir ». «Ces propos créent confusion et division ». Vu toutes les réactions lues et entendues de la part de nombre de catholiques censés,  il est clair que les propos sur l’homosexualité que Mgr Bonny a tenu, au cours d’une interview donnée récemment au quotidien flamand « De Morgen » ne laissent pas indifférents. D’autres catholiques, ont réagi à l’inverse en applaudissant des deux mains. Et puis, il y a tout ceux qui – ni vraiment « pour », ni totalement « contre » – m’ont glissé : « Ce n’est tout de même pas très prudent comme déclaration ». Tout cela, je l’ai lu et entendu. Par contre, j’ai peu rencontré d’arguments de fond. Une fois encore, chacun semble avoir réagi en « tribu », pour se rassurer par une posture, sans trop chercher à entrer en dialogue.  Or, qu’a dit l’évêque d’Anvers ? Je me suis renseigné à la source : Il n’a en rien remis en cause le sacrement du mariage, ni même parlé de bénédiction pour des couples homosexuels. Il a simplement posé la question d’une forme de reconnaissance au sein de la communauté catholique de la réalité que vivent des couples homosexuels stables et fidèles. La question fut discutée lors du récent Synode sur la famille. Dans le rapport intermédiaire de ce Synode, fut ainsi saluée « la réalité positive » vécue au sein de couples non-sacramentels (n°36) et le soutien réciproque au sein de couples homosexuels, qui peut constituer « une aide précieuse pour la vie des partenaires » (n°52). Ces passages ne furent pas retenus dans le rapport final, car ils n’obtinrent pas les votes de 2/3 de l’assemblée – mais ils n’en recueillirent pas moins plus de la moitié des suffrages des pères synodaux. Il ne s’agit donc pas d’une opinion défendue par quelques cathos bobos. Au contraire, ici se retrouve quelque chose du traditionnel principe d’Oikonomia, cher aux chrétiens orthodoxes : On ne transige pas avec l’exigence de l’Evangile, mais il faut tout faire pour que pareille exigence n’éloigne pas les hommes du Christ. Si vous avez dans votre famille ou vos proches quelqu’un qui est remarié après divorce, allez-vous continuer à le fréquenter tout en niant le nouveau couple qu’il a formé ? Admettons qu’il s’agisse de votre enfant, inviterez-vous son nouveau conjoint à Noël ? Si oui, il s’agit d’une forme de reconnaissance. Pas d’une approbation, mais bien d’une reconnaissance de l’autre avec son parcours cabossé – comme chacun de nos parcours. Et si votre fils ou fille est homosexuelle et tente de former un couple avec un partenaire du même sexe, inviterez-vous ce dernier à Noël ? Si oui, il s’agit d’une forme de reconnaissance. Avant de prétendre que JAMAIS vous ne feriez cela – même pour votre enfant et même à Noël – permettez-moi une première réflexion : J’ai rencontré plus d’un catholique classique tenant un tel discours… jusqu’à ce que cela arrive dans sa propre famille. Et une seconde observation : Je connais plusieurs catholiques en couple hétéro, qui vivent en cachette une double vie homosexuelle. Je ne condamne nullement ces derniers, mais est-ce préférable à ceux qui assument leur orientation sexuelle ? Bref, la piste lancée par Mgr Bonny est ouverte à la contradiction, mais à condition que cela se fasse dans l’écoute, le dialogue et le débat avec d’éventuelles contre-propositions concrètes. C’est ce que souhaite notre Pape. Pas une Eglise divisée en petites tribus ultra-modernes : entre « tradis », « modérés » et « progressistes », chacun sa route, chacun son destin. Non – un peuple de disciples du Christ, qui ensemble interrogent les chemins que l’Esprit nous invite à prendre.

 

 

 

La jeunesse de l’âge – Sainte Famille, Année B

« Maintenant, ô Maître souverain, Tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon Ta parole. » (Luc 2, 22-40)

En ce dimanche de la sainte famille, l’Evangile nous décrit la rencontre entre Joseph et Marie et deux personnes âgées : Siméon et Anne. Tous deux veillent au temple et espèrent voir l’avènement du Messie. En croisant l’Enfant-Dieu, ils comprennent que leur longue attente a pris fin et rendent grâce.

Ces deux vieillards sont restés jeunes de cœur et d’âme. Les rides ne les ont pas rendus amers. Bien au contraire, ils croient en un avenir au goût de Dieu. Siméon et Anne me font un peu penser à tant de grands-parents. Au milieu de l’agitation bien légitime des parents – qui souvent ne savent plus où donner de la tête – ils contemplent leur famille avec recul et bienveillance. Et souvent – au milieu d’un conflit ou d’une tension familiale – trouvent le mot juste qui ramène à l’essentiel. Ce dimanche de la Sainte famille est aussi leur dimanche.

« Noël dans la joie et dans la peine » – Nativité du Seigneur, Année B

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2, 1-14)

Toutes les mamans le savent : une naissance peut être douloureuse. La raison en est que le petit d’homme naît avec une boîte crânienne fort développée, qui – en quittant le sein maternel – fait souffrir sa maman bien plus que cela n’arrive dans le monde animal. Et pourtant, rien de plus joyeux qu’une naissance. Même si… les parents savent que les épreuves ne font que commencer. Mettre un enfant au monde, c’est l’accompagner des années durant, dans les rires comme dans les pleurs.

Joie et souffrance… Il y a un peu des deux dans la fête de la Nativité. Il y a la joie de la naissance du Sauveur. Le Verbe de Dieu se fait petit enfant : par Marie, le Sauveur est mis au monde pour porter l’Amour divin aux hommes. Comme le proclament les anges : « Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur ». Une joie réelle, donc, mais qui n’immunise pas de la souffrance. Les icônes orthodoxes de la Nativité nous le rappellent avec leurs crèches en forme de sépulture : la mise au monde du Sauveur n’esquive pas les épreuves et les croix.

Voilà pourquoi, la fête de Noël s’adresse tant aux personnes qui sont dans la joie qu’à celles qui vivent dans la peine. Et cette année, comment ne pas penser tout particulièrement à la Syrie et à l’Irak, ainsi qu’à tous ceux qui souffrent de l’austérité ? Oui, même pour eux résonne en ce jour le chœur des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

Ce Pape qui bouscule… (Le Figaro, Le Soir, La Libre…)

« Guerre secrète au Vatican », titre le magazine français « le Figaro » sous la plume de Jean-Marie Guénois (pp.38 et suiv.) Je pense que, bien plus qu’une guerre, il s’agit de la difficulté qu’a toute institution à se laisser bousculer. Cela vaut pour l’Eglise. D’où la boutade que je fais souvent et que le journaliste Jurek Kuczkiewicz cite dans un article du quotidien bruxellois « le Soir » de ce jour (p.9) : «La plus grande force dans l’Église, à côté de l’Esprit Saint, c’est celle de l’inertie. »

Cela vaut à la Curie romaine, mais également sur le terrain. Malgré toute la bonne volonté, que d’énergie à déployer en paroisse pour changer les habitudes. Et cela commence jeune… Je me rappelle ce scout de 16 ans qui ne voulait pas entendre parler d’évolutions dans son unité. Quand je lui demandai pourquoi, il me répondit impérieux : « Parce qu’on a toujours fait comme ça ! » Si jeune et déjà installé…

Ceci explique en partie le blues, voire burn-out de nombre de prêtres, bien mis en lumière dans un dossier paru dans cet autre quotidien belge « La Libre » (pp.8-10) et disponible sur la toile.  Un peu comme ces profs qui voient l’enseignement changer et les classes grandir, sans recevoir les moyens de s’adapter, les prêtres font de leur mieux pour faire vivre l’Eglise locale – mais parfois c’est trop et trop lourd, malgré toute l’aide reçue des fidèles. Que faire ? Des solutions existent, mais les mettre en œuvre bousculera – sans doute tout autant que la réforme du pape François. Cela est dû au phénomène Nimby (= « pas chez moi ») : « Bien sûr qu’il faut réduire le nombre de Messes, mais pas chez moi. Bien sûr qu’il faut fermer des églises, mais pas chez moi. Bien sûr qu’il faut rationaliser les institutions, mais pas la mienne. Etc. »

Bref, je ne m’étonne pas que la Curie soit bousculée. Le pape François est le premier Pape, depuis près de 40 ans à vouloir la réformer. Paul VI devenait trop malade pour s’en occuper ; Jean-Paul Ier n’a pas eu le temps ; Jean-Paul II passait au-dessus ; Benoît XVI a essayé mais compris que ce n’était pas son charisme – d’où aussi sa renonciation. François sait que la vie est faite de changement dans la continuité. « L’Eglise change pour rester la même », enseignait le bienheureux John-Henry Newman. Bref, le Pape fait ce pour quoi il fut élu. Prions pour lui et aussi pour la Curie, afin que cette réforme salutaire aboutisse… comme une naissance. Sainte Nativité à chacun.

 

Pourquoi le pape François parle ainsi à la Curie

« Alzheimer spirituel », «fossilisation mentale et spirituelle », «cœur de pierre », « terrorisme des bavardages », « schizophrénie existentielle », « narcissisme faux », « planification d’expert-comptable », « rivalités pour la gloire », « faces funèbres », « orchestre qui émet des fausses notes »

Si j’avais été membre de la Curie romaine et que j’avais enduré le discours pontifical en annonce de Noël, est-ce que j’aurais applaudi chaleureusement ? Pas sûr. Il faut pouvoir l’encaisser. Comme les Pharisiens – l’élite du Judaïsme à l’époque du Christ – ont eu du mal à se faire traiter de « sépulcres blanchis » (Matthieu 23, 27).

Et pourtant – en bon jésuite et donc expert en discernement  spirituel – le pape François sait que la fidélité au Christ ne grandit pas au milieu des compliments entendus. Si le goût de l’Evangile ne pimente pas le repas des disciples – à quoi sert-il ?  « Vous êtes le sel de la terre ; mais si le sel a perdu sa saveur, avec quoi sera-t-il salé ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et à être foulé aux pieds par les hommes » (Matthieu 5:13).

« Fiat ! » – 4e Dimanche de l’Avent, Année B

« Que tout se passe pour moi selon ta parole » (Luc 1, 26-38)

Les deuxième et troisième dimanches de l’Avent, Jean le Baptiste est le personnage au centre des passages d’Evangile, lus au cours des eucharisties dominicales. Le quatrième et dernier dimanche avant la Nativité, il s’agit de Notre-Dame. Pour expliquer la place de Marie dans l’histoire du salut, prenons un exemple : seul l’eau peut désaltérer, mais sans un réceptacle (bouteille, verre, mains,…), impossible de boire. Il en va de même pour l’œuvre de Dieu : seul l’Esprit de Dieu régénère le monde, mais comment pourrait-il le faire si personne ne lui ouvre son cœur ? Et comment l’Esprit pourrait-il totalement se donner, si quelqu’un ne l’accueille pas en plénitude et sans aucune réserve mentale ou arrière-pensée? Hélas – de par le péché – le « oui » des hommes est bien fragile : si souvent, nous disons « oui, mais… », « oui, sauf si… », « oui, à moins que… », « oui, à condition que… ».  Rien de tel chez Marie. Le « oui » de la Vierge de Nazareth est libre, clair et limpide. Il ouvre grand les portes à l’Esprit de Dieu. « Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». Alors la Vierge dit : « Fiat ! Je suis la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Chroniqueur…

Je suis flatté et honoré d’avoir été nommé, ce 15 décembre, « chroniqueur de l’année » par les ‘Lobby Awards’. Pareille reconnaissance (avec Bernard Gustin, entrepreneur de l’année ; Dave Sinardet, expert de l’année ; Isabella Lenarduzzi, femme de l’année ; Wauthier Robyns, porte-parole de l’année…) fait plaisir, même si ce n’est tout de même pas le prix Nobel…

La soirée de remise des prix au théâtre du Vaudeville à Bruxelles, me donna de rencontrer des personnes de qualité – dont Peter de Caluwe, directeur de La Monnaie et grand lauréat du jour – soit le leader de l’année. Un homme sensible et vrai, qui réussit au milieu d’un événement mondain, à me partager en quelques mots, un peu de son royaume intérieur, avec des mots sobres et sans prétention. Bref – la Flandre at its best.

Ce soir-là, je fus donc reconnu comme chroniqueur – c’est-à-dire ? Dans sa présentation du job, l’humoriste Alex Vizorek, qui animait la soirée, déclara : « Un bon chroniqueur doit être compétent en rien et savoir répondre sur tout ». Ce n’est pas faux. De façon plus positive, je dirais que le chroniqueur apporte une lecture transversale de l’info. Notre monde accélère et les nouvelles sont souvent traitées de façon pointilliste : On vous dit tout, tout de suite sur une info, avec pour renfort l’analyse de nombreux experts. Mais, dès demain, cette info sera périmée et souvent aussi, oubliée. C’est ici que le chroniqueur fait oeuvre utile. Il met l’info en perspective, en la comparant avec d’autres sujets ou en faisant appel au passé. Bref, il la place sur la carte et l’inscrit dans l’histoire. Certains font cela à l’aide de l’humour – dont Alex Vizorek – d’autres par indignation (les rédacteurs de « billets d’humeur »). Personnellement, mon moteur est l’appel à se dépasser. Plutôt que de dénoncer, je chercher à fédérer. Plutôt que de pointer vers la responsabilité de « tel ou tel », je préfère en appeler au défi commun. Bref – en bon curé – je m’exprime en « nous ». On ne se refait pas…

Paix sur terre aux hommes de bonne volonté

Les nouvelles se suivent et ne se ressemblent pas.

Hier encore, le monde apprenait – horrifié – le massacre d’une centaine d’écoliers pakistanais par des talibans, sans doute pas beaucoup plus âgés que leurs victimes. La raison d’un tel carnage? L’école visée accueillait des enfants de militaire et – pire encore – admettait des filles en classe. Portée par l’Esprit, la religion est le meilleur qui puisse arriver à l’homme – car elle ouvre les yeux du cœur. Mais conditionnée par le fondamentalisme ou toute autre forme de fanatisme, la religion n’est plus que sa caricature – car elle rend aveugle, sourd et incapable d’un autre langage que le cri de haine… au nom de Dieu.

Aujourd’hui, nous apprenons que les Etats-Unis et Cuba entament une normalisation de leurs relations, après des décennies de glaciation diplomatique. Et que le Vatican s’est engagé dans pareil processus, le pape François allant jusqu’à plaider en personne auprès du président Obama et du leader cubain Raul Castro. Soudainement, c’est un peu de l’esprit de Noël qui souffle sur la planète. « Paix sur terre, aux hommes de bonne volonté ».

Ceci n’est pas une crise – M… Belgique p.10

Ci-dessous, voici ma chronique, parue cette semaine en p.10 de M… Belgique. Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression:

Une nouvelle fondation, appelée « Ceci n’est pas une crise » http://www.cecinestpasunecrise.org rassemble des administrateurs de convictions et horizons divers – parmi lesquelles Jean-Pascal Labille, Philippe Maystadt, Louis Michel, Monica Frassoni, Eric Domb, Jan Goossens, Benoît Scheuer, Mark Elchardus, Pierre Kroll, Bruno Colmant et même un Curé. Ce qui les unit ? Une inquiétude citoyenne.  Inquiétude face à la montée des replis identitaires et un néotribalisme frileux. Inquiétude devant le retour des boucs émissaires : l’Immigré,  le Musulman, le Juif, le Catho, le Francmac, l’Occidental, le Flamand, le Wallon, le Nanti, le Sans-papiers,… – bref, cet autre qui dérange. Inquiétude suite à la dilution de l’état de droit, engendrant – sur fond de peopolisation et d’émocratie – une société de petits égo en souffrance.

Notre génération n’a pas à rougir. Par certains aspects, nous sommes plus reliés et solidaires que nos aïeux.  Cependant, de crises en krachs nos contemporains sont insécurisés. Et tenaillés par une peur, qui – si compréhensible soit-elle – est toujours mauvaise conseillère. Beaucoup rejettent donc une société impuissante à les sortir du marasme, pour se tourner vers les sirènes qui chantent que – si cela va mal – c’est de la faute à « l’autre ». Vous avez dit « déjà-vu » ? Mais ceci n’est pas une crise. Il s’agit d’une mutation de société. La fondation « Ceci n’est pas une crise »  se veut sentinelle. L’histoire ne s’écrit pas par rejet. Pas de civilisation digne de l’homme sans humanité.