Attentats de Paris – En communion avec ces nouvelles victimes de l’antisémitisme

Psaume 23

Adonai est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Guerre sainte 2.0 – Garder son sang-froid

Une nouvelle fusillade a eu lieu à 13h dans un supermarché casher dans l’est de Paris, porte de Vincennes . Au moins deux personnes ont été tuées et cinq civils pris en otages. Selon toute vraisemblance, il ne s’agit pas d’un « gros coup organisé » comme à l’époque des twin towers, mais de jeunes fanatisés et entrainés – qui se décident de se venger du grand Satan occidental. Le pseudo-calife de Daech avait appelé à s’en prendre aux nations qui le combattent. C’est fait. Une guerre sainte 2.0, en quelque sorte. Elle prend les services de renseignements à rebours, car comment espionner tout jeune qui se connecte à internet et risque de se transformer en bombe humaine ? La modernité a transformé notre monde en un village. Ce qui se passe en Syrie, fait désormais des victimes à la porte de Vincennes. Il faut regarder la réalité en face et oser le dire : plus personne n’est à l’abri.

Comment réagir ? Fermeté et unité. La phrase du grand Churchill, prononcée en pleine crise de 1941, me trotte en tête comme un mantra : « United we stand. Divided we fall ». Fermeté et unité donc, mais  avec sang-froid. Si nous commençons à chercher des boucs-émissaires, nous jouons le jeu de nos adversaires : marginaliser les musulmans, afin qu’ils se radicalisent. Oui – personne n’est à l’abri. Oui – je n’exclus même pas que demain un jeune fou entre dans une église de Liège pour abattre un de mes confrères, ou moi-même. Non – je ne suis pas rassuré. Mais à choisir, je choisis de vivre debout. Les yeux ouverts. Sans haine. Il ne suffit pas de crier « je suis Charlie ». Il faut essayer de s’en montrer digne. Gardons notre sang-froid. La démocratie est attaquée, parce qu’elle est grande et belle.  « United we stand. Divided we fall ».

Blog: bilan du mois de décembre

Ce blog a été ouvert le 11 mars 2011.

2011En mars, il recevait 1467 visites et 2383 pages avaient été vues. Du 3 avril au 3 mai, il recevait 3689 visites et 5483 pages étaient visionnées ; du 1er mai au 31 mai 3322 visites et 5626 pages visionnées. Du 1er juin au 31 juin, le blog a reçu 3464 visites et 5721 pages furent visionnées.  Pour le mois de septembre 4423 visites sont enregistrées et 6683 pages sont visionnées. En octobre, il y eut 3027 visites pour 4689 pages visionnées. En novembre, il y eut 2679 visites pour 3915 pages visionnées. En décembre, 3203 visites pour 4754 pages visionnées.

2012En janvier, 3143 visites pour 4815 pages visionnées. En février, cela donne 3709 visites pour 5501 pages visionnées. En mars, il y eut 3592 visites et 5530 pages visitées. En avril, il y eut 4063 visites pour 6280 pages visitées. En mai, il y eut 4895 visites pour 8100 pages vues. En mai, il y eut 4499 visites pour 5395 pages vues. Je n’ai pas reçu les chiffres de juin. En juillet,  3502 visites pour 4158 pages vues. En août: 3213 visites pour 5059 pages vues. En septembre: 5624 visites pour 8773 pages vues. En octobre 3268 visites pour 5337 pages vues. En novembre 3467 visites pour 5777 pages vues. En décembre 3018 visites pour 4411 pages vues.

2013En janvier 3891 visites pour 5419 pages vues. En février 3736 visites pour 5724 pages vues. En mars 5198 visites pour 7740 pages vues. En avril 4415 visites pour 6323 pages vues. En mai 6693 visites pour 9284 pages vues. En juin, 4236 visites pour 6339 pages vues. En juillet, 3316 visites pour  4477 pages vues. Pour août, je n’ai pas reçu de données. En septembre 3820 visites pour 4386 pages vues.  En octobre 3299 visites pour 5172 pages vues. En novembre 3982 visites pour 6103 pages vues. En décembre 3512 visites pour 4199 pages vues.

2014En janvier 2251 visites pour 3481 pages vues (baisse qui s’explique sans doute  par la semaine de repos, début du mois).  En février 3714 visites pour 6070 pages vues. En mars 3556 visites pour 5454 pages vues. En avril, 2884 visites pour 3379 pages vues. En mai, 3582 visites pour 4319 pages vues. En juin, 3686 visites pour 4571 pages vues. En juillet, 6696 visites pour 7864 pages vues. En août (le blog est fermé jusqu’au 14 du mois) 3275 visites pour 3937 pages vues. En septembre 3090 visites pour 3627 pages vues. En octobre  4497 visites pour 6855 pages vues. En novembre  6547 visites pour 7810 pages vues. En décembre  3072 visites pour 4490 pages vues.

Le lectorat belge compte 2431 visites. La France suit avec 413 visites et le Canada avec 65 visites.

L’article le plus fréquenté fut « Pourquoi le pape François parle ainsi à la Curie » du 23 décembre avec 531 visites. Vient ensuite « Une reine rentre à la maison » du 5 décembre avec 353 visites et « Ce pape qui bouscule » du 24 décembre avec 224 visites.

Merci aux lecteurs et suite au mois prochain.

Charlie Hebdo – C’est Voltaire qu’on assassine

Quand j’ai écrit cet après-midi sur ce même blog, : « Nous sommes tous Charlie Hebdo », plusieurs catholiques ont réagi, en précisant que – s’ils condamnaient sans réserve le massacre – ils refusaient l’amalgame avec un journal, qui n’avait jamais fait de cadeau aux religions.

Oui – la satire de Charlie Hebdo est corrosive et – à l’époque des caricatures du prophète – j’étais de ceux qui invitaient au respect des sensibilités religieuses. Mais pas au nom de la peur. S’il est parfois utile et civique de mettre un frein à sa langue pour ménager son voisin, il est grave de se forcer à le faire, par peur de représailles. Charlie Hebdo, c’est l’esprit de Voltaire. Incisif et parfois même injuste – mais vif. Si je ne me reconnais guère de ce style d’expression, je refuse qu’il soit contraint au silence par le bruit des kalachnikovs.

Voltaire a également écrit : « Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ». Voilà pourquoi, je me suis associé à tous ceux qui ont crié : « Je suis Charlie ». Tout comme j’avais écrit: « Nous sommes tous des juifs de Belgique », au lendemain du massacre du musée de Bruxelles. Pareillement, si demain des fanatiques tuent des athées, parce qu’ils sont athées – j’écrirai : « Je suis athée ». Si des extrémistes assassinent des musulmans, parce qu’ils sont musulmans – je signerai: « Je suis musulman ». Si des puritains massacrent des travestis, parce qu’ils sont travestis – je clamerai : « Je suis travesti ». Non pas pour me laisser porter par un courant d’émotions collectives aussi fugaces que faciles. Mais parce que la première forme de résistance au terrorisme, est de ne pas se laisser terroriser. Et de rester uni autour de l’étendard de la Liberté.

Nous sommes tous Charlie Hebdo

« Je suis Charlie » – tel est le message de soutien qui envahit la toile, en solidarité avec le massacre ayant touché le journal satirique. Je l’ai retweeté. Par soutien envers les victimes, mais également par attachement à la liberté d’expression. «Charlie Hedbo » ne ménageait  l’Eglise catholique, pas plus que l’islam. Raison de plus pour condamner cet acte lâche et barbare. Une religion s’exprime par l’esprit – non par la violence.

Militons pour que nos sociétés réagissent au défi qui leur est lancé – quelques mois après le massacre du musée juif de Bruxelles – avec calme et détermination. Des forces obscures – organisées ou non, l’enquête le dira – cherchent à provoquer nos démocraties. Le vrai signe de la force d’un état de droit, est de garder son sang-froid au cœur de l’indignation solidaire. Nous sommes tous « Charlie Hebdo ».

2015 – Année ultra-moderne ? Le bonheur, Van Den Bleeken, Zemmour, Mgr Bonny,…

Premier ‘post’ sur mon blog pour l’année 2015, avec mes meilleurs vœux à chacun. De retour de quelques jours de congé, un chapelet de nouvelles accrochent mon attention :

L’hebdomadaire belge « le Vif/l’Express » publie cette semaine un intéressant dossier sur le bonheur des Belges, avec quelques témoignages – dont celui de votre serviteur (p.40). Ce qui me frappe, c’est que la plupart des autres témoins racontent leur vision du bonheur, là où je tente d’expliquer ce qu’est – à mon avis – la vision du bonheur (Une vision sous forme profane : je me suis gardé de faire appel à ma foi, sans la nier ou la cacher, pour faire passer un message d’ordre philosophique et non religieux, afin que chacun se sente concerné). Bref, face à des démarches subjectives, la mienne se voulait objective. Cela dit quelque chose de mon décalage assumé par rapport à la société « ultra-moderne » qui advient : « chacun sa route, chacun son destin ».  La modernité a libéré l’homme, en reconnaissant son droit politique à la subjectivité – c’est-à-dire à la liberté de conscience. Ceci nous a guéri des religions d’état et idéologies totalitaires. Mais l’ultra-modernité va plus loin, en insinuant qu’il n’y a pas de vérité objective (religieuse, philosophique, éthique,… qu’importe) à rechercher à travers les méandres de l’existence. Que tout est subjectif et donc relatif. Ceci est illustré par une expérience que je fis déjà, quand – il y a plus de 30 ans – j’annonçai à mes copains que j’entrais au séminaire. Peu m’ont dit « je ne comprends pas ! » ou même « tu es fou ! », mais beaucoup ont murmuré, avec une moue dubitative : « si c’est ton truc ». Chacun sa route, chacun son destin.

Le destin de Frank Van Den Bleeken est une illustration tragique de l’ultra-modernité. Alors que nos modernes ont lutté contre la peine de mort au nom de la dignité de toute vie, la lutte ultra-moderne pour le droit de mourir « avec dignité », mène à la demande d’euthanasie d’un détenu (euthanasie finalement ajournée, mais le débat reste planté). Selon moi, il s’agit là du premier pas vers une législation de dépénalisation généralisée du suicide médicalement assisté. Pour l’ultra-modernité, la vie n’est un bien, que si elle est choisie (par nos parents : d’où le droit à l’avortement) et tant que je souhaite vivre. Je dis cela sans moquerie, ni dramatisation, même si tel n’est pas mon projet de société. Quand la seule règle de vie devient « chacun sa route, chacun son destin », difficile de résister à la logique sociale que cela engendre. Dans les colonnes du quotidien bruxellois « le Soir » de ce jour (p.9), Jacqueline Herremans, présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité et membre de la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, ne considère pas  le sujet du « suicide assisté » comme tabou pour : « des personnes dont la vie est accomplie, des personnes qui ont le sentiment que la boucle est bouclée, que même sans éprouver de souffrances, elles ont fait leur temps, qu’elles ne pourront plus ajouter quelque chose de positif à leur vie. C’est le fait de dire que ma vie m’appartient et que c’est donc à moi de décider si, à un moment, je tiens à la quitter. A titre personnel, et non à titre de présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, c’est dans ma philosophie de vie. » Chacun sa route, chacun son destin…

Pareille évolution n’est pas sans conséquences sociales et politiques. Si l’ultra-modernité triomphe (des contre-courants solidaires existent) la société pourrait un jour ressembler à une gigantesque couvée de poussins qui piaillent, comme dans la chanson de Jacques Dutronc : « et moi, et moi et moi ». L’homme ultra-moderne suit sa route et son destin, mais supporte de moins en moins la contradiction. Combien de discussions sur les réseaux sociaux ressemblent plus à un dialogue de sourds, qu’à une écoute de celui qui ne pense pas comme moi ? L’émotion prend le dessus, car la frustration de se sentir contredit n’est plus guère tolérée. D’où la socialisation de l’homme ultra-moderne en « tribus », constituées de tous ceux qui partagent son avis ou sa passion (les amateurs de jazz, les anarchistes de droites, les fans de pêche à la ligne…). Une socialisation en forme de jeu de miroir, en quelque sorte. De cela, Eric Zemmour est une belle illustration. L’homme est aussi intelligent et charmant que provocateur. Nullement haineux ou imbécile, mais « diablement » pessimiste sur la nature humaine. D’où le rêve d’un retour à la tribu « France éternelle » – blanche, béret et gros rouge. Que certains réseaux musulmans aient envie de boycotter la présence en Belgique de celui qui les déclare inapte à l’intégration en Occident, est compréhensible : n’a-t-on pas récemment fait la même chose avec un théologien koweitien anti-Juif ? Mais en faisant cela, ces compatriotes musulmans se présentent également comme une autre… tribu. Je trouverais donc plus intelligent d’inviter Eric Zemmour à la grande mosquée de Bruxelles pour un débat calme, intelligent et tapissé de cet humour qu’il affectionne – histoire d’illustrer avec le sourire que le souci d’intégration, n’est peut-être pas là où l’on croit. Je me souviens du roman et film « Le Da Vinci Code », présentant l’Opus Dei comme une sournoise bande criminelle. Chacun s’attendait à ce que cette organisation catholique réagisse à pareille calomnie par la colère, voire un procès en diffamation. Au lieu de cela, ils ont répondu avec un beau sang-froid par de l’humour, en faisant passer le message : « Nous sommes donc si terrible que ça ? Venez vérifier ». Cela leur a gagné le respect de beaucoup et même permis de faire quelques adeptes. Voilà une attitude citoyenne et responsable.

« Je suis effaré ». « Il faut réagir ». «Ces propos créent confusion et division ». Vu toutes les réactions lues et entendues de la part de nombre de catholiques censés,  il est clair que les propos sur l’homosexualité que Mgr Bonny a tenu, au cours d’une interview donnée récemment au quotidien flamand « De Morgen » ne laissent pas indifférents. D’autres catholiques, ont réagi à l’inverse en applaudissant des deux mains. Et puis, il y a tout ceux qui – ni vraiment « pour », ni totalement « contre » – m’ont glissé : « Ce n’est tout de même pas très prudent comme déclaration ». Tout cela, je l’ai lu et entendu. Par contre, j’ai peu rencontré d’arguments de fond. Une fois encore, chacun semble avoir réagi en « tribu », pour se rassurer par une posture, sans trop chercher à entrer en dialogue.  Or, qu’a dit l’évêque d’Anvers ? Je me suis renseigné à la source : Il n’a en rien remis en cause le sacrement du mariage, ni même parlé de bénédiction pour des couples homosexuels. Il a simplement posé la question d’une forme de reconnaissance au sein de la communauté catholique de la réalité que vivent des couples homosexuels stables et fidèles. La question fut discutée lors du récent Synode sur la famille. Dans le rapport intermédiaire de ce Synode, fut ainsi saluée « la réalité positive » vécue au sein de couples non-sacramentels (n°36) et le soutien réciproque au sein de couples homosexuels, qui peut constituer « une aide précieuse pour la vie des partenaires » (n°52). Ces passages ne furent pas retenus dans le rapport final, car ils n’obtinrent pas les votes de 2/3 de l’assemblée – mais ils n’en recueillirent pas moins plus de la moitié des suffrages des pères synodaux. Il ne s’agit donc pas d’une opinion défendue par quelques cathos bobos. Au contraire, ici se retrouve quelque chose du traditionnel principe d’Oikonomia, cher aux chrétiens orthodoxes : On ne transige pas avec l’exigence de l’Evangile, mais il faut tout faire pour que pareille exigence n’éloigne pas les hommes du Christ. Si vous avez dans votre famille ou vos proches quelqu’un qui est remarié après divorce, allez-vous continuer à le fréquenter tout en niant le nouveau couple qu’il a formé ? Admettons qu’il s’agisse de votre enfant, inviterez-vous son nouveau conjoint à Noël ? Si oui, il s’agit d’une forme de reconnaissance. Pas d’une approbation, mais bien d’une reconnaissance de l’autre avec son parcours cabossé – comme chacun de nos parcours. Et si votre fils ou fille est homosexuelle et tente de former un couple avec un partenaire du même sexe, inviterez-vous ce dernier à Noël ? Si oui, il s’agit d’une forme de reconnaissance. Avant de prétendre que JAMAIS vous ne feriez cela – même pour votre enfant et même à Noël – permettez-moi une première réflexion : J’ai rencontré plus d’un catholique classique tenant un tel discours… jusqu’à ce que cela arrive dans sa propre famille. Et une seconde observation : Je connais plusieurs catholiques en couple hétéro, qui vivent en cachette une double vie homosexuelle. Je ne condamne nullement ces derniers, mais est-ce préférable à ceux qui assument leur orientation sexuelle ? Bref, la piste lancée par Mgr Bonny est ouverte à la contradiction, mais à condition que cela se fasse dans l’écoute, le dialogue et le débat avec d’éventuelles contre-propositions concrètes. C’est ce que souhaite notre Pape. Pas une Eglise divisée en petites tribus ultra-modernes : entre « tradis », « modérés » et « progressistes », chacun sa route, chacun son destin. Non – un peuple de disciples du Christ, qui ensemble interrogent les chemins que l’Esprit nous invite à prendre.

 

 

 

La jeunesse de l’âge – Sainte Famille, Année B

« Maintenant, ô Maître souverain, Tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon Ta parole. » (Luc 2, 22-40)

En ce dimanche de la sainte famille, l’Evangile nous décrit la rencontre entre Joseph et Marie et deux personnes âgées : Siméon et Anne. Tous deux veillent au temple et espèrent voir l’avènement du Messie. En croisant l’Enfant-Dieu, ils comprennent que leur longue attente a pris fin et rendent grâce.

Ces deux vieillards sont restés jeunes de cœur et d’âme. Les rides ne les ont pas rendus amers. Bien au contraire, ils croient en un avenir au goût de Dieu. Siméon et Anne me font un peu penser à tant de grands-parents. Au milieu de l’agitation bien légitime des parents – qui souvent ne savent plus où donner de la tête – ils contemplent leur famille avec recul et bienveillance. Et souvent – au milieu d’un conflit ou d’une tension familiale – trouvent le mot juste qui ramène à l’essentiel. Ce dimanche de la Sainte famille est aussi leur dimanche.

« Noël dans la joie et dans la peine » – Nativité du Seigneur, Année B

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2, 1-14)

Toutes les mamans le savent : une naissance peut être douloureuse. La raison en est que le petit d’homme naît avec une boîte crânienne fort développée, qui – en quittant le sein maternel – fait souffrir sa maman bien plus que cela n’arrive dans le monde animal. Et pourtant, rien de plus joyeux qu’une naissance. Même si… les parents savent que les épreuves ne font que commencer. Mettre un enfant au monde, c’est l’accompagner des années durant, dans les rires comme dans les pleurs.

Joie et souffrance… Il y a un peu des deux dans la fête de la Nativité. Il y a la joie de la naissance du Sauveur. Le Verbe de Dieu se fait petit enfant : par Marie, le Sauveur est mis au monde pour porter l’Amour divin aux hommes. Comme le proclament les anges : « Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur ». Une joie réelle, donc, mais qui n’immunise pas de la souffrance. Les icônes orthodoxes de la Nativité nous le rappellent avec leurs crèches en forme de sépulture : la mise au monde du Sauveur n’esquive pas les épreuves et les croix.

Voilà pourquoi, la fête de Noël s’adresse tant aux personnes qui sont dans la joie qu’à celles qui vivent dans la peine. Et cette année, comment ne pas penser tout particulièrement à la Syrie et à l’Irak, ainsi qu’à tous ceux qui souffrent de l’austérité ? Oui, même pour eux résonne en ce jour le chœur des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

Ce Pape qui bouscule… (Le Figaro, Le Soir, La Libre…)

« Guerre secrète au Vatican », titre le magazine français « le Figaro » sous la plume de Jean-Marie Guénois (pp.38 et suiv.) Je pense que, bien plus qu’une guerre, il s’agit de la difficulté qu’a toute institution à se laisser bousculer. Cela vaut pour l’Eglise. D’où la boutade que je fais souvent et que le journaliste Jurek Kuczkiewicz cite dans un article du quotidien bruxellois « le Soir » de ce jour (p.9) : «La plus grande force dans l’Église, à côté de l’Esprit Saint, c’est celle de l’inertie. »

Cela vaut à la Curie romaine, mais également sur le terrain. Malgré toute la bonne volonté, que d’énergie à déployer en paroisse pour changer les habitudes. Et cela commence jeune… Je me rappelle ce scout de 16 ans qui ne voulait pas entendre parler d’évolutions dans son unité. Quand je lui demandai pourquoi, il me répondit impérieux : « Parce qu’on a toujours fait comme ça ! » Si jeune et déjà installé…

Ceci explique en partie le blues, voire burn-out de nombre de prêtres, bien mis en lumière dans un dossier paru dans cet autre quotidien belge « La Libre » (pp.8-10) et disponible sur la toile.  Un peu comme ces profs qui voient l’enseignement changer et les classes grandir, sans recevoir les moyens de s’adapter, les prêtres font de leur mieux pour faire vivre l’Eglise locale – mais parfois c’est trop et trop lourd, malgré toute l’aide reçue des fidèles. Que faire ? Des solutions existent, mais les mettre en œuvre bousculera – sans doute tout autant que la réforme du pape François. Cela est dû au phénomène Nimby (= « pas chez moi ») : « Bien sûr qu’il faut réduire le nombre de Messes, mais pas chez moi. Bien sûr qu’il faut fermer des églises, mais pas chez moi. Bien sûr qu’il faut rationaliser les institutions, mais pas la mienne. Etc. »

Bref, je ne m’étonne pas que la Curie soit bousculée. Le pape François est le premier Pape, depuis près de 40 ans à vouloir la réformer. Paul VI devenait trop malade pour s’en occuper ; Jean-Paul Ier n’a pas eu le temps ; Jean-Paul II passait au-dessus ; Benoît XVI a essayé mais compris que ce n’était pas son charisme – d’où aussi sa renonciation. François sait que la vie est faite de changement dans la continuité. « L’Eglise change pour rester la même », enseignait le bienheureux John-Henry Newman. Bref, le Pape fait ce pour quoi il fut élu. Prions pour lui et aussi pour la Curie, afin que cette réforme salutaire aboutisse… comme une naissance. Sainte Nativité à chacun.

 

Pourquoi le pape François parle ainsi à la Curie

« Alzheimer spirituel », «fossilisation mentale et spirituelle », «cœur de pierre », « terrorisme des bavardages », « schizophrénie existentielle », « narcissisme faux », « planification d’expert-comptable », « rivalités pour la gloire », « faces funèbres », « orchestre qui émet des fausses notes »

Si j’avais été membre de la Curie romaine et que j’avais enduré le discours pontifical en annonce de Noël, est-ce que j’aurais applaudi chaleureusement ? Pas sûr. Il faut pouvoir l’encaisser. Comme les Pharisiens – l’élite du Judaïsme à l’époque du Christ – ont eu du mal à se faire traiter de « sépulcres blanchis » (Matthieu 23, 27).

Et pourtant – en bon jésuite et donc expert en discernement  spirituel – le pape François sait que la fidélité au Christ ne grandit pas au milieu des compliments entendus. Si le goût de l’Evangile ne pimente pas le repas des disciples – à quoi sert-il ?  « Vous êtes le sel de la terre ; mais si le sel a perdu sa saveur, avec quoi sera-t-il salé ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et à être foulé aux pieds par les hommes » (Matthieu 5:13).