Minerais du sang – M…Belgique p.10

Ci-dessous, voici ma chronique, parue cette semaine en p.10 de M… Belgique. Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression.

En 2014, l’Europe décerna le prix Sakharov au Dr. Mukwege – ce gynécologue courageux qui soigne les femmes violées au Kivu. Le 13 avril dernier, celui-ci écrivit un courrier à chaque parlementaire européen : « J’ai appris que le projet de règlement visant à rompre le lien entre l’approvisionnement en minerais et les conflits va être adopté devant votre Assemblée. (…) Il est important de donner un caractère contraignant à ce règlement et de viser aussi bien les produits finis en Occident que les matières premières à l’état brut en Afrique. Je suis témoin des drames que vivent les populations civiles dans mon pays du fait d’un conflit entretenu par des groupuscules qui exploitent illégalement les minerais. Ce commerce est devenu la source principale de financement des actes innommables, dont les viols. » Les Américains appliquent pareil règlement contraignant depuis 2010, mais la commission INTA (commerce extérieur) de l’Union propose de n’appliquer une démarche contraignante qu’aux fondeurs européens.  Si la législation est adoptée telle quelle par le Parlement européen, elle n’empêchera pas les autres entreprises de se fournir à l’étranger. Les consommateurs européens continueront, dès lors, à acheter des produits manufacturés à partir des « minerais du sang ».  Ecrivez donc à vos eurodéputés pour les inviter à renverser, lors du vote au Parlement européen ce 19 mai prochain, la position frileuse de la commission INTA. Pas convaincu ? Allez voir le film poignant sur le Dr Mukwege : http://mukwege-lefilm.com/

Royaume-Uni – Le destin shakespearien de l’autre David

Alors que David Cameron s’installe pour 5 années de plus à Downing Street, depuis New-York – un autre David contemple la Grande-Bretagne en se posant des questions sur son avenir. David Miliband, frère aîné d’Ed, y dirige l’International Rescue Committee (IRC), une ONG reconnue internationalement.

Secrétaire au Foreign Office (ministre des affaires étrangères) sous le gouvernement de Gordon Brown, ce politicien charismatique et populaire qui avait 41 ans, était alors considéré comme le dauphin de Tony Blair. Lorsque Brown perdit l’élection et quitta la direction de son parti, David Miliband fut unanimement pressenti pour devenir chef de l’opposition. C’est en vue de cette perspective qu’il avait renoncé, quelques mois plus tôt, à diriger la diplomatie européenne, laissant la place à la timide lady Ashton. Mal lui en pris. Les syndicats virent d’un mauvais œil la perspective de voir une personnalité trop « blairiste » reprendre les rênes du Labour. Ils encouragèrent Ed, le jeune frère plus effacé, à entrer en campagne. Fort de leur soutien, l’éternel second battit son brillant frère en 2010 d’une courte marge – au terme d’une lutte fratricide digne d’une tragédie shakespearienne – et devint chef de l’opposition à sa place. L’aîné quitta le Shadow cabinet (équipe dirigeante de l’opposition), afin de ne pas apparaître comme un rival. En 2013, il démissionna également du parlement et entra dans l’action humanitaire. Lors de la récente campagne électorale, il soutint loyalement son cadet et jamais n’exprima publiquement d’aigreur

Aujourd’hui, c’est le jeune frère qui démissionne de la direction du Labour party, assumant avec dignité, l’entière responsabilité de la débâcle de son parti. Ce n’est pas vrai, bien sûr, même si beaucoup voient en son manque de charisme une des causes de son cuisant échec électoral. De là à rêver au retour du brillant frère évincé ? Dès le soir de l’élection, alors que les sondages à la sortie des urnes pointaient vers une large victoire conservatrice, la romancière JK Rowling – maman d’Harry Potter et soutien du parti – twittait : ‘I can’t be the only person currently obsessing over what’s going through David Miliband’s head, can I?’ L’intéressé ne répond pas et se contente pour l’instant d’inviter – toujours via twitter – à envisager une refonte du parti : ‘Deep and honest thinking required to rebuild progressive politics’. La suite au prochain épisode. Comme quoi, au Royaume-Uni, même sur la politique plane l’ombre de Shakespeare.

 

 

 

« Exigeante amitié » – 6° dimanche de Pâques, Année B

« Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis » (Jean 15, 9-17)

La phrase du Christ sonne plutôt sympa. Du genre: « vous êtes mes potes – je vous invite à mon BBQ ». En fait, elle est d’une exigence radicale. Etre serviteur, cela laisse un peu de distance. On obéit, histoire de ne pas déplaire au patron… mais inutile de faire trop de zèle. Par contre, être « ami », cela engage à connaître, à aimer, à librement imiter.

Concrètement ? « Aimez-vous les uns les autre comme je vous ai aimé ». D’accord, Seigneur, mais cela veut dire quoi : « comme je vous ai aimé » ? Réponse : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Pour la plupart d’entre nous, cela signifie : donner sa vie à petit feu – en se donnant aux autres. Parfois, cependant, le choix se fait radical. Il s’agit alors de donner jusqu’à sa vie par amour. … Comme un ami, le Christ exige tout de nous. Mais comme un ami aussi – Il comprend tout et pardonne tout.

Fapeo – « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice »

J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de commenter l’actuelle guérilla contre le pacte scolaire, menée par la « Fapeo » (parents de l’enseignement officiel), avec le soutien du Centre d’Action Laïque (CAL).

Dans un récent communiqué de presse, la Fapeo ne s’en cache pas : « oui, notre volonté est de sortir des limites du Pacte scolaire ». Et elle le fait en faisant tout pour rendre l’actuelle façon de fonctionner impossible. La dernière manœuvre en date, étant de suggérer aux parents de demander la dispense du cours philosophique – mesure contre laquelle les instances catholiques – dont Mgr Harpigny – se sont insurgées.

Tout cela est « de bonne guerre », si on veut forcer – par des manœuvres de guérilla – un changement du cadre constitutionnel et des accords politiques concernant le pacte scolaire. Mais quand j’entends les mêmes acteurs s’offusquer de la « virulence catholique » à ne pas se laisser dicter une conduite, ou encore s’étonner de la colère de la ministre de l’enseignement – dont la Fapeo sabote le sondage – allant même jusqu’à l’accuser de vouloir rallumer les guerre scolaire (!), un seul commentaire me vient à l’esprit :  « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice ».

 

Succession (archi-)épiscopale…

Ces derniers jours, divers médias me contactent pour recueillir en « on » (en me citant) ou même en « off » (sans me citer) mes lumières sur les possibles/probables candidats à la succession de l’archevêque de Malines-Bruxelles. Je leur réponds que – sur pareil sujet – je suis pour la presse un « mauvais client », car je n’ai pas grand-chose à dire. En effet, ma petite expérience de nomination d’évêques m’a appris que ceux qui prétendent savoir ce qui va se passer… ne savent rien du tout. Et je respecte trop les médias pour leur fournir en guise d’information, de simples ragots de sacristies. Il y a cinq années, j’étais porte-parole des évêques et donc au cœur de l’Eglise institutionnelle. Je puis témoigner que la nomination de Mgr Léonard n’était pas anticipée à la conférence épiscopale. Son nom figurait parmi les possible – nous savions que ce serait sans doute un évêque de Belgique et, au nom de l’alternance, peut-être un francophone – mais rien de plus. Et donc, même à l’époque, je n’aurais pu dire à un journaliste : « ce sera sans doute Pierre, Paul ou Jacques ».  Alors aujourd’hui, comme curé-doyen d’une ville située dans un autre diocèse que l’archevêché, que voulez-vous que je raconte ? Que ce sera sans doute un évêque de Belgique et peut-être un néerlandophone – au nom de l’alternance… Ou pas.

La seule information utile que je fournis à ces journalistes, c’est qu’ils se trompent s’ils pensent une succession épiscopale à la manière d’une succession politique : Quels sont les favoris, en fonction de leur positionnement, célébrité, réseau, etc. ? Selon moi, une succession épiscopale ressemble bien davantage au choix d’un… rédacteur-en-chef. Pour diriger un média, le conseil d’administration consultera discrètement les journalistes et d‘autres personnes, pour ensuite choisir la personne qui sera jugée la plus apte à diriger une équipe dans des circonstances particulières (pas forcément le journaliste le plus connu ou populaire). Cette personne sera soit un membre de la rédaction, soit quelqu’un choisi dans un autre média. C’est plus ou moins ainsi que se choisit un évêque : le Nonce consulte et Rome choisit l’homme qui – au vue de la situation – semble pouvoir assumer le rôle de pasteur de l’archidiocèse et de figure de proue pour l’Eglise de Belgique. Celui-ci peut venir de Malines-Bruxelles ou d’ailleurs.

Quand ? Qui ? Pourquoi ? Comment ? « Wait and see » disent les anglo-saxons. « Veillez et priez », ajoute le Christ.

 

« Vigne de vie » – 5° dimanche de Pâques, Année B

« Moi je suis la vigne et vous les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit » (Jean 15, 1-8)

Observez une vigne. Ses sarments secs se dressent fièrement vers le ciel. Pourtant, ils sont morts et ne servent plus qu’à allumer les barbecues. Les sarments vivants, eux, ploient sous le poids de leurs grappes. Leurs raisins pèsent lourds, mais ils sont la preuve que ce sarment porte du fruit.

Il en va ainsi dans la vie des hommes. D’aucuns se dressent tout droit d’orgueil, mais ils sont secs. Leur vie ne porte aucun fruit. Malheureux sont ces hommes – si riches et puissants soient-ils. Ils vivent sans fécondité et sont des morts-vivants. D’autres hommes ploient sous le poids de la charge et ils peinent. Heureux sont-ils pourtant, car tel est le signe qu’ils portent du fruit. Ils sont donc bien vivants.

Prions tout spécialement pour les enfants qui feront ces jours-ci leur première communion ou profession de foi. Qu’ils n’oublient jamais l’enseignement du Christ: « Moi je suis la vigne et vous les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit »

Europe, as-tu perdu l’Esprit ? – La Libre 29 avril p.55

Ce jeudi 29 avril, est parue – avec quelques jours d’avance – ma chronique du mois de mai dans le quotidien La Libre en p.55.

Pour lire cette chronique, cliquez sur « Europe, as-tu perdu l’Esprit ? »(Ou lire ci-dessous)

Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression.

Europe, as-tu perdu l’Esprit ?

Bientôt la Pentecôte – fête du don de l’Esprit. Abstrait l’Esprit ? Uniquement pour celui qui n’en fait pas l’expérience. Car le Souffle d’En-Haut établit toute chose dans une relation de Vie. Ainsi – sans l’Esprit, la passion du Christ paraît un épisode morbide, sensé satisfaire une divinité cruelle. Avec l’Esprit, nous est révélé l’amour d’un Dieu qui nous rejoint jusqu’au fond de l’abîme, afin de nous amener à la Lumière. Sans l’Esprit, l’Eglise est un reliquat de l’histoire et la foi une névrose. Avec l’Esprit, l’Eglise est un phare pour aujourd’hui et la foi, une expérience libératrice. Allons plus loin : Sans l’Esprit, les cimetières militaires des plages de Normandie n’évoquent que ces milliers de jeunes vies fauchées. Avec l’Esprit, apparaît l’héroïsme d’une génération qui s’est levée pour libérer le monde du joug nazi. Et aujourd’hui – sans l’Esprit, l’Europe est une superstructure froide au service de la finance anonyme. Avec l’Esprit, elle devient ce projet humaniste, fédérant des peuples jadis déchirés.

D’où la question : Europe, as-tu perdu l’Esprit ? Des milliers de réfugiés traversent la Méditerranée, mais toi tu fais surveiller tes frontières. Tu dis : « C’est chez eux qu’il convient de trouver des solutions ». Tu manques de générosité, mais – tu dis vrai – il vaut mieux aider un pays en détresse, plutôt que de gérer sa faillite. Mais dis-moi : ces pays, les aides-tu ? En 2014, ton Parlement décerne le prix Sakharov au Dr. Mukwege – ce chrétien convaincu et gynécologue courageux qui répare les femmes violées au Kivu. Le 13 avril dernier, celui-ci écrivit un courrier à chaque parlementaire européen : « J’ai appris que le projet de règlement visant à rompre le lien entre l’approvisionnement en minerais et les conflits va être adopté devant votre Assemblée. (…) Il est important de donner un caractère contraignant à ce règlement et de viser aussi bien les produits finis en Occident que les matières premières à l’état brut en Afrique. Je suis témoin des drames que vivent les populations civiles dans mon pays du fait d’un conflit entretenu par des groupuscules qui exploitent illégalement les minerais. Ce commerce est devenu la source principale de financement des actes innommables, dont les viols. » Les Américains appliquent pareil règlement contraignant depuis 2010 et la CIDSE – alliance d’ONG catholiques – le réclame dans un document portant la signature de 37 évêques. Sans oublier, la parole du Pape : «  Si nous voulons vraiment atteindre une saine économie mondiale, il y a besoin, en cette phase historique, d’une façon d’intervenir plus efficace » (Evangelii Gaudium n°206)

Europe – pourquoi donc la commission INTA (commerce extérieur) propose-t-elle de n’appliquer une démarche contraignante qu’aux fondeurs européens, soit à 5% du marché mondial ? Si la législation est adoptée telle quelle par ton Parlement ce 19 mai prochain, elle n’empêchera pas les autres entreprises européennes de se fournir chez des fondeurs et raffineurs étrangers qui exploitent des minerais responsables de violations de droits de l’Homme. Les consommateurs européens continueront à acheter des produits manufacturés à partir des « minerais du sang ». Peu suspect de mépriser les intérêts industriels, l’eurodéputé Louis Michel le reconnaît : « L’idéal est d’instaurer une obligation sur toute la chaîne. Mais l’honnêteté intellectuelle nous oblige quand même à prendre en compte un certain nombre de remarques et d’effets collatéraux qui portent sur la compétitivité des entreprises. Même si moi, je le répète, je suis prêt à les assumer. » (Le Soir 15 avril p.10) Ami lecteur, si – comme moi – tu n’es pas résigné à ce que l’Europe perde l’Esprit, écris à ton eurodéputé pour l’inviter à renverser, lors du vote au Parlement européen ce 19 mai, la position frileuse de la commission INTA. Le temps presse.

PS. Allez voir au cinéma le film poignant sur le Dr Mukwege : http://mukwege-lefilm.com/

 

 

 

Le canal Albert et le jardin des Oliviers – M…Belgique p.10

Ci-dessous, voici ma chronique, parue cette semaine en p.10 de M… Belgique. Ecrite juste avant Pâques, elle ne fut que publiée vendredi dernier – car M…Belgique avait pris des congés bien mérités.  Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression.

Le suicide d’un homme n’est pas un événement propice aux commentaires moralisateurs. Quand un frère humain détourne son regard de la vie, pareille violence s’accueille tête baissée et – pour le croyant – les mains jointes.  J’ai rencontré Steve Stevaert il y a quelques années. Il n’était déjà plus politicien, mais gardait dans les yeux ce petit côté pétillant, si propre à ceux qu’un puissant désir pousse à aller de l’avant. Sans doute est-ce une panne de désir, qui le poussa vers les eaux du canal Albert. Quand celui qui fonctionne à l’enthousiasme – et qui donc change régulièrement de défi – ne trouve plus dans son champ de vision, de quoi alimenter son appétit de vivre, alors…  Quand tout n’est plus que « à quoi bon encore ? », alors… Quand un événement extérieur détruit l’aura sociale et que celle-ci maintenait debout, alors…

J’écris ces lignes un Vendredi saint. Pour le chrétien que je suis, ce jour fait mémoire du Jésus trahi par un proche et condamné par les hommes à une mort infâmante. Au jardin des Olivier, bien conscient de ce qui l’attend, le Christ confie aux disciples assoupis : « Mon âme est triste à en mourir » (Mathieu 26,38). Pulsion suicidaire ? Nullement. Il s’agit du cri d’un amoureux de la vie, qui – par fidélité – refuse de se dérober à l’ultime épreuve. Un peu comme l’homme de Tian’anmen défiant les chars. Quand l’appel intérieur se fait plus puissant que l’instinct de survie lui-même, alors vivre – c’est oser regarder la mort bien en face.

 

« Le bon Pasteur » – 4° dimanche de Pâques, Année B

« Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » (Jean 10, 11-18)

Dans le domaine du spirituel et du religieux, il existe de nombreux gourous, voyants, guides, etc. adaptés à vos goûts et votre portefeuille. Cependant, le jour où vous êtes fauché, il n’y a plus personne. Ceux-là sont des mercenaires. Toute autre est l’image du bon berger – du vrai pasteur : il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Pour elles, il donnerait sa vie. J’ai compris cette parole, il y a une vingtaine d’années. Je faisais une marche dans les Causses – la région la plus désertique de France. Là ne poussent que des cailloux et des chardons. Je vis par une brûlante journée, ce vieux berger qui guidait un maigre troupeau, accompagné d’un petit chien tout sale. Le troupeau s’approcha et j’entendis que – de sa voix rauque – le pasteur appelait chacune des brebis par son nom. Et celles-ci reconnaissaient sa voix. Ainsi le Christ : Il appelle chacun par son nom. Heureux celui qui reconnaît Sa voix. Il est le bon berger. Pour nous, Il a donné Sa vie.

En ce dimanche des vocations, prions pour que – aujourd’hui encore – des jeunes entendent la voix du bon Pasteur et se mettent à sa suite. En cette année dédiée à la vie religieuse, pensons tout particulièrement aux moines, moniales et autres religieux qui consacrent leur vie à la contemplation et au service de l’Evangile.

Génocide arménien et face sombre de la modernité

En ce jour de commémoration du 100° anniversaire du génocide arménien, cette page noire de l’histoire nous parle de notre modernité, davantage que de la Turquie actuelle. Ainsi, la révolution française fut sans doute nécessaire, mais elle engendra les « colonnes infernales » en Vendée. De même, la fondation de la Turquie moderne se scella dans l’éradication du « corps étranger » à l’intérieur de l’état. La modernité se développe souvent par la standardisation (pensons à l’organisation centralisée de la France jacobine et puis bonapartiste). Sous sa face solaire, cela donne les droits de l’homme, l’éducation et la sécurité sociale pour tous. Sous sa face sombre, cela peut pousser au génocide. Non pas au nom de la haine tribale (comme ce fut le cas au Rwanda), mais plutôt par une maladive obsession de cohérence nationale. Le jour où la Turquie reconnaîtra le fait historique du génocide arménien, cette grande nation aura démontré sa maturité politique. Ce drame nous concerne d’ailleurs tous : Les massacres que la modernité a engendrés, notre ultra-modernité n’en est pas immunisée.