« Le goût de Dieu » – Pentecôte, Année B

 « Quand Il viendra, lui l’Esprit de vérité, Il vous conduira dans la vérité tout entière ». (Jean 15, 26 – 16, 15)

Un jour une catéchiste demanda à un enfant : « Tu aimes le chocolat ? » Réponse affirmative – bien évidemment. Elle lui dit alors : « Mais comment peux-tu me dire cela ? Il n’y a pas de chocolat ici ». Perplexité de l’enfant. La catéchiste dit alors : « Tu peux me dire cela, parce que tu as déjà goûté au chocolat et que tu as donc son goût en toi. Sans cela, le mot ‘chocolat’ resterait aussi abstrait pour toi que si je te parlais de la planète Pluton. Ainsi agit l’Esprit. L’esprit est Celui qui nous donne le goût de Dieu. Sans l’Esprit, Dieu reste loin et abstrait. Mais quand l’Esprit touche un cœur, celui-ci « goûte » l’Amour du Christ. Désormais, le goût de Dieu l’accompagnera toute sa vie. Dieu ne sera plus jamais une abstraction ». Telle est « la vérité tout entière » vers laquelle conduit l’Esprit. Il donne de saisir que Dieu n’est pas un concept, mais une présence de vie. Voilà pourquoi l’Esprit est représenté comme du feu qui éclaire et réchauffe. Comme du vent qui souffle et oxygène. Comme la terre qui porte le fruit, comme de l’eau qui désaltère. En cette Pentecôte, demandons donc à l’Esprit de nous donner le goût de Dieu.     

Blog: bilan du mois d’avril

En avril 2011, ce blog recevait 3689 visites et 5483 pages étaient visionnées. En avril 2012, il y eut 4063 visites pour 6280 pages visitées.  En avril 2013, 4415 visites pour 6323 pages vues. En avril 2014,  2884 visites pour 3379 pages vues. Ce mois d’avril 2015, il reçut 2394 visites pour 3799 pages vues.

L’article le plus fréquenté fut « Bouder la morale laïque » du 23 avril avec 202 visites. Vient ensuite « Stratégie de la terreur » du 22 avril avec 162 visites et « Carême for life » du 1er avril avec 124 visites.

Merci aux lecteurs et suite au mois prochain.

Minerais du Sang – Europe, lobbys et société civile

Les lobbys ont mauvaise presse dans l’Union européenne. Ce seraient tous des groupes de pression occultes et néfastes. Je ne suis pas d’accord. Si la proposition initiale faible concernant les « minerais du sang » de la commission INTA (commerce extérieur) fut influencée par des lobbys industriels, le vote d’une réglementation bien plus cadrée de ce jour en séance plénière du Parlement européen, n’aurait pas eu lieu sans le lobbying acharné de la société civile et des ONG.

Parmi elles, de nombreuses plateformes catholiques. Je salue ici la militance de la CIDSE – alliance d’ONG catholiques – et de son document réclamant une législation plus contraignante sur le commerce des « minerais du sang » – document portant la signature de 140 évêques. Je pense aussi à la réflexion encouragée par la COMECE, institution représentant les épiscopats des pays membres de l’Union.

Merci à tous ceux-ci et à tant d’autres acteurs de toute conviction et philosophie, d’avoir œuvré pour la mise en place d’une législation européenne plus en phase avec nos principes éthiques.

Minerais du Sang – Merci aux parlementaires européens

En adoptant, contre toute attente et par une majorité de rechange, en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg ce mercredi midi, une obligation pour toute entreprise d’informer sur l’origine des minerais provenant de régions du conflit, le parlement a fait un vote éthique qui l’honore. Ce vote a été possible grâce aux députés libéraux et démocrates-chrétiens qui – contre l’avis de leur groupe – ont soutenu cette position.

Que de Belges… Sans oublier la persuasion passionnée et de longue haleine de notre compatriote Marie Arena (PS), qui suit ce dossier depuis le début, et le soutien de Philippe Lamberts (Ecolo) et Claude Rolin (CDH), je salue tout particulièrement Louis Michel (MR) – auteur de l’amendement imposant à toutes les entreprises de la chaîne une « obligation d’informer » sur la chaîne d’approvisionnement. Le père de notre actuel premier ministre libéral démontre qu’il comprend le véritable intérêt de l’industrie : Permettre aux pays fournisseurs de minerais de se développer, afin de devenir des partenaires fiables. A l’issue du vote, Louis Michel a déclaré :« En adoptant cet amendement, on envoie un signal volontariste au Conseil, plutôt qu’une version dérisoire, inefficace et une ambition pelliculaire ».  Merci, Mesdames et Messieurs les parlementaires européens, de nous rendre fierté et confiance en l’Europe.

Vieille Europe et réfugiés

La vieillesse – au sens spirituel du terme – n’a rien à voir avec le nombre des années. Il s’agit d’une forme de sclérose mentale, qui empêche toute action féconde, car la personne atteinte n’accueille les événements qu’avec des reproches pour le passé, de la crainte pour l’avenir et de la passivité face aux défis du présent.

Européen convaincu, j’en finis par me demander si le mal qui ronge notre continent n’est pas cette forme de vieillesse. Nous reprochons à l’Europe son manque d’ambition, mais craignons pour notre avenir – tout en restant passifs face aux défis du présent. Dans son excellent édito de vendredi dans le quotidien bruxellois « le Soir », Jurek Kuczkiewicz voit dans le plan « migration » de la commission Juncker, son « acte fondateur ». En proposant des quotas par pays pour l’accueil des quelques 20.000 réfugiés de la Méditerranée, afin que tout le poids ne repose sur l’Italie et la Grèce, « la Commission Juncker a fait ce qui est attendu de cette institution, et qui nous a manqué depuis une quinzaine d’années : s’emparer du leadership pour le bien commun européen. Cela suppose d’oser affronter, voire défier, ce que des gouvernements ou des mouvements politiques perçoivent comme des intérêts nationaux ou particuliers, mais qui ne sont le plus souvent que de faux-semblants ».  

Et voilà que le gouvernement de la France torpille le projet, et ceci – une fois n’est pas coutume – dans une belle unanimité entre droite et gauche. Résumons-nous donc : Nous reprochons à l’Europe de ne pas agir face au drame des réfugiés et des naufrages en Méditerranée, mais vivons dans la crainte d’accueillir quelque milliers de réfugiés dans nos pays minés par le chômage. Résultat de courses, nous restons passifs en laissant les pays frontaliers – en pleine crise financière – se débrouiller avec eux. Reproches pour le passé – craintes pour l’avenir – passivité face aux défis du présent. Realpolitik ? Non – signe de vieillesse.

 

 

 

« La joie de l’Evangile » – 7° dimanche de Pâques, Année B

 « Je parle ainsi en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde… » (Jean 17, 11-19)

La joie est un des signes les plus sûrs de la présence de l’Esprit dans un cœur. Non pas la joie mondaine – qui est éphémère et souvent suivie de tristesse. Non pas la joie forcée de celui qui prétend que tout va toujours bien, même quand cela va mal. Non. La joie profonde. La joie spirituelle. Celle qui demeure, même quand « le monde » vous prend en grippe. La joie de celui qui se sait aimé d’un Amour qui n’est pas de ce monde.

Ne jugeons pas nos frères (et nous-mêmes) sur la joie et nous ne serons pas jugé. Mais demeurons lucides. Là où se trouve tristesse, amertume ou cynisme – l’Esprit du Vivant ne peut être présent. Là où demeure la joie – même au cœur des larmes, des injustices et des souffrances – le souffle du Crucifié-Ressuscité nous caresse le visage.

Durant l’ultime semaine qui nous sépare de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit, prions chaque jour. Demandons que le Souffle de Dieu nous procure Sa joie.

« Libres en Esprit » – Solennité de l’Ascension, Année B

« En mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains ; et s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera aucun mal… » (Marc 16, 15-20)

Si le Ressuscité avait voulu nous garder sous sa coupe, Il se serait contenté d’apparaître de temps en temps dans les églises ou au coin des rues. Plus besoin d’Evangile, de Vatican, de curés et chacun serait convaincu… Convaincu, oui. Croyant, non. Il faut être libre pour vivre l’aventure de la foi. Le Christ – qui est liberté suprême – ne s’impose pas à notre conscience. Avec l’Ascension, Il retourne dans la gloire de Son Père et nous envoie Son Esprit.

Les signes de l’Esprit ? Celui qui chasse le mauvais esprit autant que les esprits mauvais. Celui dont le langage renouvelle les relations humaines – même s’il n’est pas polyglotte. Celui qui n’a pas peur de se salir les mains – quitte à prendre à bras-le-corps toutes les vipères que la vie nous fait croiser. Celui que le poison de la médisance ou de la vanité ne tue pas…

Neuf journées séparent l’Ascension de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit. Prions chacune de ces neuf journées. Demandons que le Souffle de Dieu nous renouvelle.

Il y a 75 ans… le 10 mai 40

Ce 10 mai 2015 – dans le flot des commémorations sur la première et deuxième guerre mondiale, il semblerait que le 75° anniversaire du 10 mai ’40 ait été quelque peu oublié.

Ce jour-là, Hitler lança sa grande offensive occidentale, au cours de laquelle il envahit la Belgique. La fin de la « drôle de guerre » et le début de la débâcle. Pour les Alliés, la fin du début…

Ce soir-là, le roi Georges VI de Grande-Bretagne nomme un nouveau Premier Ministre, pour remplacer un Chamberlain, trop gentleman pour gérer l’infériorité militaire dramatique du pays. Il fallait de toute urgence désigner un vrai chef de guerre. En quittant le palais de Buckingham, le nouveau chef de gouvernement confia à son chauffeur : « Pourvu qu’il ne soit pas trop tard ». Mais plus tard dans ses mémoires, Churchill écrivit qu’il sentait que toute sa vie n’avait été qu’une préparation à cette heure-là. Pour les Nazis, le début de la fin.

Il y a 75 ans, c’était le 10 mai ’40. Pour les uns, la fin du début. Pour les autres, le début de la fin.

Minerais du sang – M…Belgique p.10

Ci-dessous, voici ma chronique, parue cette semaine en p.10 de M… Belgique. Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression.

En 2014, l’Europe décerna le prix Sakharov au Dr. Mukwege – ce gynécologue courageux qui soigne les femmes violées au Kivu. Le 13 avril dernier, celui-ci écrivit un courrier à chaque parlementaire européen : « J’ai appris que le projet de règlement visant à rompre le lien entre l’approvisionnement en minerais et les conflits va être adopté devant votre Assemblée. (…) Il est important de donner un caractère contraignant à ce règlement et de viser aussi bien les produits finis en Occident que les matières premières à l’état brut en Afrique. Je suis témoin des drames que vivent les populations civiles dans mon pays du fait d’un conflit entretenu par des groupuscules qui exploitent illégalement les minerais. Ce commerce est devenu la source principale de financement des actes innommables, dont les viols. » Les Américains appliquent pareil règlement contraignant depuis 2010, mais la commission INTA (commerce extérieur) de l’Union propose de n’appliquer une démarche contraignante qu’aux fondeurs européens.  Si la législation est adoptée telle quelle par le Parlement européen, elle n’empêchera pas les autres entreprises de se fournir à l’étranger. Les consommateurs européens continueront, dès lors, à acheter des produits manufacturés à partir des « minerais du sang ».  Ecrivez donc à vos eurodéputés pour les inviter à renverser, lors du vote au Parlement européen ce 19 mai prochain, la position frileuse de la commission INTA. Pas convaincu ? Allez voir le film poignant sur le Dr Mukwege : http://mukwege-lefilm.com/

Royaume-Uni – Le destin shakespearien de l’autre David

Alors que David Cameron s’installe pour 5 années de plus à Downing Street, depuis New-York – un autre David contemple la Grande-Bretagne en se posant des questions sur son avenir. David Miliband, frère aîné d’Ed, y dirige l’International Rescue Committee (IRC), une ONG reconnue internationalement.

Secrétaire au Foreign Office (ministre des affaires étrangères) sous le gouvernement de Gordon Brown, ce politicien charismatique et populaire qui avait 41 ans, était alors considéré comme le dauphin de Tony Blair. Lorsque Brown perdit l’élection et quitta la direction de son parti, David Miliband fut unanimement pressenti pour devenir chef de l’opposition. C’est en vue de cette perspective qu’il avait renoncé, quelques mois plus tôt, à diriger la diplomatie européenne, laissant la place à la timide lady Ashton. Mal lui en pris. Les syndicats virent d’un mauvais œil la perspective de voir une personnalité trop « blairiste » reprendre les rênes du Labour. Ils encouragèrent Ed, le jeune frère plus effacé, à entrer en campagne. Fort de leur soutien, l’éternel second battit son brillant frère en 2010 d’une courte marge – au terme d’une lutte fratricide digne d’une tragédie shakespearienne – et devint chef de l’opposition à sa place. L’aîné quitta le Shadow cabinet (équipe dirigeante de l’opposition), afin de ne pas apparaître comme un rival. En 2013, il démissionna également du parlement et entra dans l’action humanitaire. Lors de la récente campagne électorale, il soutint loyalement son cadet et jamais n’exprima publiquement d’aigreur

Aujourd’hui, c’est le jeune frère qui démissionne de la direction du Labour party, assumant avec dignité, l’entière responsabilité de la débâcle de son parti. Ce n’est pas vrai, bien sûr, même si beaucoup voient en son manque de charisme une des causes de son cuisant échec électoral. De là à rêver au retour du brillant frère évincé ? Dès le soir de l’élection, alors que les sondages à la sortie des urnes pointaient vers une large victoire conservatrice, la romancière JK Rowling – maman d’Harry Potter et soutien du parti – twittait : ‘I can’t be the only person currently obsessing over what’s going through David Miliband’s head, can I?’ L’intéressé ne répond pas et se contente pour l’instant d’inviter – toujours via twitter – à envisager une refonte du parti : ‘Deep and honest thinking required to rebuild progressive politics’. La suite au prochain épisode. Comme quoi, au Royaume-Uni, même sur la politique plane l’ombre de Shakespeare.