Amnestie – Geen communautair debat, AUB

Op 12 mei heeft de Senaat een wetsvoorstel in overweging genomen tot amnestie voor de bestraffing van de collaboratie. Met uitzondering van Groen! stemden alle Vlaamse partijen voor het in overweging nemen, en alle Franstalige (en Duitstalige) partijen ertegen. We zijn dus lekker weer communautair bezig in dit land. Kan het ook eventjes anders? Laten we misschien eerst de feiten bekijken. Ik ben geen specialist, maar het ziet ernaar dat, op basis van een recent doctoraatsonderzoek van Koen Aerts (UGent), zou blijken dat de tekst van het wetsvoorstel enkele manifeste feitelijke fouten bevat. Die doctoraatsverdediging gaat door op woensdag 18 mei 2011 om 16u in de zaal Vermeylen, Het Pand, Onderbergen 1, 9000 Gent. Ik hoop dat de media een zo gevoelig dossier op de voet zal volgen, en liefst op basis van correcte informatie. Vervolgens, aangezien dit vooral een Vlaamse aangelegenheid is, moeten de Vlaamse vertegenwoordigers van de slachtoffers van de laatste wereldoorlog prioritair aan het woord gelaten worden. Ter gelegenheid van de mogelijke voorwaardelijke vrijlating van Michèle Martin, kregen Paul Marchal en anderen terecht de aandacht van de pers. Wel, in het debat rond amnestie verdienen het Forum der Joodse Organisaties (FJO) en andere dergelijke organisaties diezelfde volle aandacht. Pas dan kan er eerlijk en oprecht over dit gevoelig item gedebatteerd worden. De zaak verdient beter dan gekleurd te worden met ons habitueel communautair tintje.

Ouganda – criminaliser l’homosexualité, c’est légaliser la peur

Comme tous sujets qui concernent l’intime, le débat autour de l’orientation sexuelle génère passions et peurs. En Occident, que de peurs quand on évoque l’idéal de la famille traditionnelle : monogame, durable et se vivant dans la complémentarité des sexes. Le bon vieux catho que je suis a connu ses débats les plus houleux quand il expliquait à certains représentants d’associations gays et lesbiennes pourquoi il n’était pas favorable à une assimilation entre mariage et union unisexuelle. Bien que ma position reflétait une tradition multiséculaire en Occident, je me trouvais face à un mur d’indignation : « Comment peut-on encore penser ainsi de nos jours ? C’est contraire aux droits de l’homme ! » Curieusement, c’est également le sujet de l’homosexualité qui me valut le plus de critiques de la part de catholiques se considérant… disons – encore plus « catholiques » que moi et sans doute aussi que le Pape. Quand ils m’entendirent rappeler que le commandement : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », devait toujours primer chez le chrétien, et ceci quelle que soit l’orientation sexuelle de ce prochain, ils en conclurent que je glissais avec volupté sur la pente savonneuse du relativisme moral. Bref, même après 40 ans de « libération » sexuelle, la question de l’orientation sexuelle ne se vit que rarement dans la sérénité, car elle charrie sa dose de peurs tous azimuts.
Que le continent africain cherche à réaffirmer les valeurs familiales traditionnelles face au matérialisme occidental, je ne puis que l’applaudir. Qu’un gouvernement africain le fasse en criminalisant l’homosexualité, est par contre totalement inacceptable – comme le rappela l’archevêque catholique de Kampala dès 2009. Chaque fois qu’une société agit de la sorte, c’est à sa peur qu’elle donne un statut légal. Et cela est contraire à une civilisation digne de l’homme dans toutes sa complexité. Je ne puis donc qu’approuver l’administration Obama quand celle-ci déclare, hier encore, « odieux » le projet de loi durcissant la répression de l’homosexualité en Ouganda. Elle invite en conséquence le parlement ougandais à le rejeter : « Ni des amendements, ni d’autres changements ne peuvent justifier le passage de cet odieux projet de loi contraire aux droits de l’homme », a déclaré Mark Toner, le porte-parole de la diplomatie américaine. Les Britanniques en ont fait autant. Mais il n’y a pas que les gouvernements occidentaux à penser ainsi. Quelqu’un a dit : « Que celui d’entre vous qui est sans péché, jette la première pierre » (Jean 8, 7). Eh bien, Messieurs les députés ougandais, que celui d’entre vous qui – adolescent – n’a jamais eu de phantasme ; que celui qui – marié – n’a jamais rêvé d’une autre femme que son épouse ; que celui – fatigué – n’a jamais vu son imagination échapper à sa volonté,… Bref, que celui dont les pulsions sexuelles se déploient depuis toujours – en pensées, en paroles ou en actes – intégralement selon l’idéal chrétien de pureté et de chasteté ; que celui-là vote en premier cette odieuse loi.

Antisémitisme à l’école – Forcer la rencontre entre élèves

Une dépêche Belga a de quoi inquiéter. Elle reprend une étude menée par une plateforme de la VUB. D’après celle-ci, la moitié des élèves bruxellois de confession musulmane serait antisémite. L’étude est intitulée “Jong in Brussel” et fut menée par la plate-forme « Onderzoek Jeugd ». Ses sont publiés ce jeudi dans De Morgen. “Un chiffre très élevé et inquiétant” selon le sociologue Mark Elchardus de la VUB. “Ce qui est grave, c’est que ces sentiments anti-juifs n’ont rien avoir avec un niveau social ou culturel peu élevé, ce qui est le cas parmi les autochtones racistes. Chez les élèves bruxellois autochtones, 10pc sont antisémites. “L’antisémitisme chez les élèves à une inspiration théologique et il y a un lien direct entre le fait d’être musulman et celui d’éprouver des sentiments antisémites”, selon le scientifique. “Chez les catholiques ayant des sentiments antisémites, ceux-ci sont loin d’être aussi forts”, souligne M. Elchardus qui plaide pour davantage d’attention pour l’entente mutuelle au sein d’écoles comptant de nombreux musulmans. L’étude met aussi en évidence le fait que les jeunes belges, marocains, turcs et Européens du Sud cherchent des liens dans leur propre culture. Ils se font encore toujours difficilement des amis dans une autre communauté ethnique que la leur, aussi et surtout en ce qui concerne leurs relations amoureuses.
L’antisémitisme n’est pas un sentiment anodin. Il s’en prend à la minorité religieuse la plus ancienne et la mieux harmonieusement intégrée de notre pays. Bref – et même si une bonne dose d’anti-sionisme (ce qui n’est pas la même chose) explique le phénomène – l’antisémitisme est un symptôme du refus de pluralisme dans une société. Il constitue un des principaux baromètres de la santé démocratique d’une population. Cette étude de la VUB n’est donc pas à banaliser. Faut-il pour autant réagir à cet antisémitisme par un surcroît de sentiment antimusulman ? Ce serait tomber dans le piège infernal. Au rejet répond le rejet. Les colombes sont écrasées et les faucons de tous côtés triomphent.
Il existe une alternative. Elle consiste à forcer la rencontre entre jeunes musulmans, jeunes juifs, jeunes laïques et jeunes chrétiens – et ceci dans le cadre même de l’école. Sur ce blog, j’écrivais la chose suivante le 25 mars dernier, en écho à la proposition du député Richard Miller (reprenant le projet d’Hervé Hasquin) de remplacer une partie des cours philosophiques par des cours de philosophie: « Je garderais les cours convictionnels (ou philosophiques), car ils offrent des racines aux élèves, ce dont ils n’ont jamais eu tant besoin. Cependant, je ferais en sorte que durant le 3e degré du secondaire (les 5e et 6e années) un cours philosophique sur deux soit « collectif ». C’est-à-dire que les élèves des différents cours philosophiques se retrouveraient ensemble pour partager sur un sujet en commun et ceci – sous la modération collective de leurs différents professeurs. Ainsi, les élèves pourraient être invités à présenter aux autres un point particulier de leur tradition religieuse et/ou laïque, ou encore à envisager en commun certains enjeux moraux à partir des différents regards convictionnels. L’autre cours – « séparé » – permettrait à chaque courant d’évaluer la discussion commune et de relancer des idées pour la prochaine rencontre. Il ne faudrait surtout pas chercher à noyer les différences et éventuelles confrontations entre élèves au nom du « politiquement correct », mais bien insister sur l’apprentissage d’une culture du débat respectueux. Ainsi formerait-on les citoyens de demain pour notre démocratie plurielle. Pourquoi cette idée ? Parce que mon expérience personnelle (en 5° et 6° année de secondaire, je me trouvais dans un collège international qui pratiquais quelque chose de cela – voir www.uwc.be) m’a appris que le contact engagé et non pas « neutre » avec d’autres convictions, permet au jeune de se réapproprier ses racines propres, tout en l’immunisant contre la tentation fondamentaliste. Il ne s’agit donc pas de promouvoir un modèle « melting pot », qui voudrait gommer les différences, mais bien un modèle « patchwork » qui donne de comprendre par le concret de la rencontre que nos couleurs sont différentes, mais que – bien loin de constituer une menace – pareille diversité nous enrichit ». (Cours philosophiques ou cours de philosophie ? Débat. Modèle « patchwork »)
J’apprends donc avec satisfaction qu’un futur décret est en préparation en Communauté Wallonie-Bruxelles. Un de ses objectifs serait pareille mise en œuvre. Alain Maingain, conseiller de la ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet, y explique : « Il est prévu qu’une partie commune aux différents cours dits philosophiques soit construite. Ce ne sera pas l’occasion d’initier sérieusement les élèves à la philosophie en soi. Mais bien de confronter les élèves de différentes confessions. Des activités interconfessionnelles pourront être organisées au sein des cours de religion existant. Tous les profs de morale, de religion catholique, protestante, islamique,… seront alors présents. Pas question donc de toucher au cadre actuel des cours de religion. Mais il s’agit de profiter de ces cours pour initier les jeunes aux autres grands courants de pensée et à l’éducation à la citoyenneté ». (Catherine Ernens, Vers l‘Avenir) Gageons que – pour être signifiant – ce projet nécessitera des collaborations entre établissements scolaires, tous réseaux confondus. Ce ne sera pas facile à mettre en œuvre, mais ne nous y trompons pas : il y a urgence et l’objectif est prioritaire. En effet, ce que nous semons aujourd’hui dans nos têtes blondes… ou brunes, constituera la récolte de demain.

Twitterpolitics et Banques Centrales

D’abord deux mises au point : Primo, sur le site de RTL, un sondage demande : « Est-ce le rôle de l’Eglise d’accueillir d’anciens condamnés et/ou des délinquants ? » Sans surprise, la réponse est à 83% négative. Mais la question est mal posée. La plupart de ces gens veulent dire (à tort ou à raison, je n’entre pas dans le débat) que Michèle Martin n’aurait pas dû être libérée conditionnellement. Ce que ce sondage aurait dû demander est : « Si une personne est libérée de prison et qu’elle ne sait où aller, un couvent peut-il être une solution ? » Question trop compliquée, m’objectera-t-on. Deuxio, en p.2 des quotidiens du groupe Sudpresse, on me fait déclarer que « je ne puis me résoudre à parler de pardon ». Je n’ai pas dit cela. Pour un chrétien, le pardon doit toujours rester l’objectif à atteindre. J’ai simplement signalé (lire mon ‘post’ de hier sur ce blog) que humainement, ce pardon semblait parfois surhumain à donner. Mais je sais… une fois de plus, l’idée est trop compliquée. Pourtant, la réalité se trouve souvent dans les nuances. Elle ne se réduit pas aux 140 caractères d’une dépêche sur Twitter. Maître Magnée le déclare en p.4 du Soir : « Aujourd’hui, on s’occupe de madame Martin et demain, s’il y a un incendie à l’Inno, on s’occupera de l’incendie à l’Inno. On est dans une civilisation d’événements et de communication où c’est le dernier fait qui marque, surtout quand il a lieu près de nous ». Que certains députés en profitent pour revenir avec leur agenda politique au nom d’un « opportunisme tout à fait assumé » (le Soir p.5), est de bonne guerre. Mais d’autres le rappellent : « on ne légifère pas sous le coup de l’émotion, mais bien au nom de la raison » (RTL). La politique a toujours été influencée par les émotions du moment, mais les médias modernes renforcent cela. Sans garde-fous, pareille évolution est dangereuse, car elle donne un blanc-seing au populisme le plus sombre – celui dont le moteur est alimenté par les colères et peurs collectives.
La politique ne peut être populiste, mais se doit de rester populaire – c’est-à-dire pas déconnectée du peuple. Une fois de plus, la vérité se cache dans les nuances. Ainsi, à l’opposé de l’émotion hyper-médiatisée causée par la libération conditionnelle de Madame Martin, se situe la réunion « secrète-discrète-privée » de vendredi à Luxembourg, rassemblant certains ministres des finances des pays appartenant à l’Eurogroupe. Thème de la discussion : la dette de la Grèce et du Portugal (et de… l’Espagne ?) + – selon certaines sources – une possibilité de sortie de l’Euro pour certains pays trop endettés. Je comprends le besoin de rencontres loin des caméras, surtout pour évaluer des enjeux complexes dont la simple évocation peut faire souffler un vent de panique sur les marchés boursiers. Cependant, à un moment donné, il est important d’informer la population. Car telle serait une autre dérive populiste : confier la politique entre les seules mains d’experts se réunissant loin des regards et laisser le bon peuple à ses émotions collectives. Donnez-leur du pain et des jeux, disaient les patriciens romains qui dirigeaient la République. Mais dans une démocratie digne de ce nom, le souverain ultime est le peuple. Il faut lui expliquer les vrais enjeux du débat politique dans toutes ses nuances. Plutôt que de surfer sur l’émotion du jour, on est toujours gagnant d’inviter à la réflexion. Bref, il s’agit de prendre le peuple au sérieux.

Michèle Martin – Quand le pardon semble inhumain

Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois ». (Matthieu 18, 21-22) La réponse du Seigneur est limpide : le pardon ne connaît pas de limites. Ceci est renforcé par la demande du Notre-Père : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Cette phrase n’est pas un divin chantage, du genre : « si tu ne pardonnes pas, alors Dieu ne te pardonnera pas non plus ». Non, ce n’est pas un chantage mais une vérité implacable : tant que je ne pardonne pas, quelque chose en moi restera noué et fera en sorte que je ne pourrai accueillir à mon tour le pardon de Dieu. Et de fait… les gens durs avec les autres sont durs avec eux-mêmes. Pour être prêt dans son cœur et ses tripes à accueillir le pardon divin – et à se pardonner à soi-même ses ombres les plus noires et failles les plus profondes – il faut pouvoir vivre ce pardon vis-à-vis des autres.
Ceci étant rappelé, il y a des jours où le pardon semble surhumain, voire – oserais-je ? – inhumain. En pensant à Michèle Martin, chacun ne peut que souscrire à ce qu’écrit Jean-Claude Matgen dans La Libre de ce jour: « On ne parvient pas à imaginer qu’une institutrice, qu’une maman ait pu laisser mourir sans soins des fillettes innocentes, soumises aux caprices pervers de son mari, jetées dans un cul de basse fosse, livrées aux ténèbres d’une cave sordide et succombant, in fine, aux souffrances et à l’angoisse qui les accompagnèrent à chaque seconde de leur agonie sans nom ». Et, en écrivant cela, je me dis : « Si ces petites avaient été mes enfants, comment réagirais-je aujourd’hui ? » Rien que d’y penser, une colère sourde s’élève en moi, alors que je ne suis pas un proche de la famille. Comment, dès lors aussi, ne pas rejoindre Marc Metdeppenningen qui titre son édito dans Le Soir par : « une libération inéluctable mais révoltante » ?
Et pourtant, la parole de l’Evangile demeure : le pardon doit pouvoir avoir le dernier mot. Même quand le remord du coupable semble nébuleux. Chacun comprendra ici qu’il s’agit sans doute d’une des exigences les plus dures de l’Evangile. Bien plus dure que toutes ces balises chrétiennes en matière de sexualité qui mobilisent tant l’espace médiatique en Occident. Je comprends donc mieux la remarque de ce vieux renard de la politique liégeoise qu’un jeune loup venait de débarquer d’un de ses mandats stratégiques. Au journaliste qui lui demandait : « est-ce que vous lui pardonnez ? », ce libre-penseur répondit : « pardonner ? Voilà bien un mot chrétien. Ce n’est pas pour moi ». Je ne pense pas que le pardon soit le monopole des baptisés, mais il reçoit chez les chrétiens la crédibilité d’un Dieu crucifié qui murmure en son dernier soupir : « Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34). Quand le mal et l’injustice vous transpercent la chair, il faut être Dieu pour trouver la force de pardonner. Comment, dès lors, ne pas respecter celui qui n’arrive pas encore à le faire, car trop écrasé par la douleur ? Le sage cardinal Danneels donnait à ceux-là le conseil suivant : « Quand c’est trop dur, ne priez pas en demandant : Dieu permets-moi de pardonner. Dites : Dieu, donne-moi un jour la force de pardonner ».

Le maître-atout des Latins du Nord

La petite phrase prononcée ce dimanche par Louis Tobback lors de l’émission de la VRT, « De Zevende Dag » mérite d’être méditée bien au-delà de la crise institutionnelle que traverse notre pays. Selon ce vieux sage de la politique, la Belgique serait devenue une dépendance de l’Allemagne sur le plan économique et de la France pour sa politique énergétique. Ceci fait écho à la vraie-fausse boutade que le ministre Magnette avait sortie en octobre 2010 : « Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt avec l’Allemagne. C’est plus dans l’intérêt industriel de la Wallonie ». Joignons à cela une dépêche annonçant ce matin que les exportations allemandes sont les plus élevées depuis 1950, notre grand voisin n’étant que dépassé par la Chine.
Quel intérêt tout ceci a-t-il pour les francophones de Belgique ? Loin de moi l’idée d’évoquer ici un quelconque plan A, B ou C… Une fois de plus, je ne souhaite pas entrer dans le domaine de la politique politicienne, car tel n’est pas mon rôle. A chacun ses options. Mon propos est de souligner une réalité qui doit être mise en avant, quel que soit l’avenir politique des francophones de Belgique : ils sont les Latins habitant le plus au nord de l’Europe. Notre cœur lorgnant tout naturellement vers Paris (TF1 est la chaine de TV la plus regardée chez nous…), la tentation est grande de considérer notre localisation périphérique comme une calamité. Nous serions des Francs encerclés par les hordes germaniques, bataves, saxonnes, etc. Pour résister, il s’agirait donc de se replier en accentuant une francophonie d’autant plus exclusive qu’elle se voudrait défensive. Ce serait une colossale erreur, même – et surtout – en cas d’hypothétique rattachement à la France. En effet, une des forces vitales qui anime l’Europe est la rencontre entre cultures multiséculaires. Et l’atout-maître de la Belgique est de se situer – comme l’Alsace-Lorraine – à un des croisements constitutifs de l’identité européenne : celui qui départage la latinité de la germanité. S’ils veulent se déployer sur l’échiquier européen, les francophones de Belgique ont dès lors pour vocation naturelle de devenir les meilleurs ambassadeurs de l’axe Paris-Berlin – la colonne vertébrale de l’Europe – sans oublier Londres et Rotterdam – les fenêtres sur l’Atlantique. En cela, Wallons et Bruxellois se retrouvent alliés naturels de la Flandre et – plus largement – du Benelux. Concrètement, cela implique que les jeunes francophones de Belgique soient éduqués dans un amour sans complexe de la francophonie, mais pas pour autant dans le mépris des langues et cultures voisines. Pour exister, ils se doivent d’être naturellement polyglotte et curieux de mieux connaître leurs voisins. La connaissance passive du néerlandais et de l’anglais sera bientôt dans nos contrées un minimum vital sous lequel guettera l’analphabétisme socio-économique. Et pour les cadres, une bonne connaissance du néerlandais et de l’anglais est dès maintenant un réel passeport d’avenir, sans négliger la maîtrise de l’allemand.
Utopie ? Allez voir les Luxembourgeois ou les Germanophones de Belgique et vous verrez que cela rien du rêve, mais de l’état d’esprit. Un état d’esprit qui fait la différence entre un territoire qui doute de son identité et une région consciente que sa place sur la carte européenne est un atout à ne pas gaspiller. En ce jour où la RTBF célèbre son implantation liégeoise au centre commercial « Mediacité », il est intéressant de se pencher sur l’origine du chiffre d’affaire de ce nouveau pôle. Les achats par cartes de crédit démontrent que la majorité des clients y sont allemands et néerlandais. Que viennent-ils donc chercher dans la Cité ardente, alors que la riche Maastricht et l’historique Aachen se trouvent à un jet de pierre ? Ils viennent prendre un bain de latinité, tout près de leurs frontières. Voilà un exemple qui montre la voie aux francophones de Belgique. Les Latins du Nord ont une chance unique. Pour nous – et bien plus encore pour les générations à venir – ce serait vraiment idiot de ne pas jouer de notre maître-atout. Un peu comme ce personnage de l’Evangile qui s’en excusait par ces mots : « j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre » (Matthieu 25, 25)

Fête des mères…

Dans un monde où tout se marchande, les mères font de la résistance. Les mères sont à l’image de la vie qu’elles nous donnent : comme la vie, une mère ne s’achète ni ne se vend, mais se reçoit. Parce qu’Il a pleinement partagé notre humanité, le Verbe de Dieu a vécu cela de l’intérieur. Voilà pourquoi, en nous engendrant à la vie de l’Esprit, Il nous donna aussi sa Mère afin qu’elle nous accompagne sur les chemins de la croissance spirituelle.

Koning zonder krant

N.a.v. het boek ‘koning zonder land’ van Samyn en Buxant, heb ik maar één commentaar: Het duo heeft zijn werk gedaan. Wanneer men met een journalist praat, kan men toch niet verwachten dat hij of zij van de info geen gebruik zou maken. Als woordvoerder van de bisschoppen heb ik daarom steeds mijn best gedaan om alleen maar ‘dat’ te communiceren wat ik ook ooit gepubliceerd wilde zien. Zelfs met bevriende journalisten. En dit heeft niets met een ‘doofpotcultuur’ te maken. Ik heb geen weet van ‘stinkende geheimen’ diep verborgen in een kast of in het graf van een overleden aartsbisschop. Neen, het gaat hier om het dagelijks omgaan met leiders – kerkelijke, politieke, economische… noem maar op. Wie denkt dat Barack, Albert (II of Frère – u kiest maar), Benedictus, of nog André-Jozef…. 24 uren per dag en 365 dagen per jaar, alleen maar met geniale uitspraken opkomen die als quote zonder meer de krantenkoppen kunnen halen – is echt, of waarschijnlijk eerder ‘onecht’, naïef. Iedereen beseft inderdaad maar al te goed dat leiders ook flauwe grappen maken, kleine kanten hebben en soms een situatie of een man helemaal verkeerd inschatten. Kortom: ze blijven menselijk. Daarom is er nood aan discretie binnen het vertrouwd entourage. Wanneer een intimus zijn mond voorbijpraat, riskeert hij dat de ‘flauwe grap’ van gisteren, de volgende morgen een zure en dure grap wordt – eens gepubliceerd als ‘statement’ in alle kranten van het koningrijk. Daartoe dient trouwens het ‘colloque singulier’ van een koning, president of bisschop: De verzekerde discretie laat hem toe in vertrouwen luidop te denken, pistes af te toetsten en zich ook binnen gesloten deuren te vergissen. Albert II die in het kader van het ‘colloque singulier’ een ‘over mijn lijf met verkiezingen’ laat passeren – terecht of niet, dat is een politieke analyse waarmee ik hier niet bezig ben – is iets heel anders dan wanneer het staatshoofd met precies hetzelfde zinnetje zijn troonrede afsluit. Wanneer er dan toch lekken zijn – en die komen meer en meer voor in onze twittercultuur – is het dan ook de taak van serieuze politieke commentatoren om het ‘breaking news’ rustig in te kaderen. Een daverende quote buiten context opkloppen, heeft immers weinig te maken met ‘correcte informatie’ of ‘democratische transparantie’. Het komt alleen ten goede aan de uitgever die de krant of het boek verkoopt.

Blog : bilan du mois d’avril

Grâce à Matthieu, le jeune, sympathique et dynamique webmaster du site francophone de l’Eglise de Belgique « Catho.be », j’ai reçu les statistiques de fréquentation de ce blog pour le mois d’avril. Pour rappel, ce blog a été ouvert le 11 mars 2011. En mars, il recevait 1467 visites et 2383 pages avaient été vues. Du 3 avril au 3 mai, il recevait 3689 visites et 5483 pages étaient visionnées. Le bilan d’avril se faisait sur 20 jours et celui-ci sur 30 ; néanmoins, la progression est sensible. Merci à vous, les lecteurs.
Comme au mois dernier, plus de la moitié des visiteurs consultent mon blog via ma page Facebook (55%). L’intérêt est majoritairement belgo-belge : environ 3150 visites viennent de Belgique et (seulement) 210 de France. Suivent l’Espagne (52), l’Allemagne (49), le Luxembourg (32), les Etats-Unis (26), les Pays-Bas (25), le Royaume-Uni (21), l’Italie (16)… La moyenne est d’environ 120 visites par jour, avec des pics aux alentours de 340 visites. Sans surprise, ce sont les articles plus polémiques qui font recettes. Le podium du mois est : 1. « Madame Lalieux, expliquez-moi » 2. « Mgr Léonard entarté : le grand courage citoyen » 3. « Intellectuels cathos, rappelez-vous de votre baptême ». Certains concluraient : « Sois plus combattif et ton blog progressera encore en terme de lectorat. » Sans aucun doute, mais il n’en sera rien. Je souhaite que le profil de ce blog me corresponde. Je ne pense pas fuir le débat ou la critique, mais je choisis de porter – autant que faire ce peut – un regard « inclusif » sur la réalité (approche du genre : « Celui qui n’est pas contre nous, est pour nous » Marc 9,40), plutôt que d’opter pour une vision « exclusive » de celle-ci (approche du genre : « Celui qui n’est pas avec moi, est contre moi » Matthieu 12,30).
Par ailleurs, je ne souhaite pas faire un blog qui sente trop les chuchotements de sacristies. Il existe déjà sur la toile suffisamment de rubriques de style « Curie-Match » (blogs traditionalistes, progressistes, ou centristes – selon les goûts). Sur ce blog-ci, les sujets ayant trait à l’Eglise catholique sont bien évidemment abordés, mais j’essaie aussi de poser un regard qui soit inspiré par l’Evangile sur l’actualité grande ou petite. Je suis conscient que cette macédoine de sujets désarçonne les lecteurs plus habitués à des rubriques homogènes. Mais c’est ainsi : j’assume fort bien mon côté tout à la fois classique et atypique. Merci à tous les lecteurs. N’hésitez pas à intervenir sur le blog en me laissant vos commentaires. Mis à part ce qui est franchement outrancier, tout sera publié – même, et surtout, les avis critiques. En effet, s’il y a bien une chose à laquelle ce blog ne prétend pas, c’est l’infaillibilité.

Passe le message à ton voisin

Nous connaissons tous la symbolique des courses-relais : il s’agit de saisir le témoin du coureur précédant et de le porter au suivant. L’effort individuel est indispensable, mais il n’y a de résultat que collectif. Ce genre de course exprime fort bien ce que veut dire « transmettre » un quelconque héritage, que ce soit un savoir, une éducation, une identité nationale, une révélation religieuse,… En ce jour de grève des enseignants de la Communauté Wallonie-Bruxelles (et sans prendre position sur leur démarche syndicale), comment ne pas saluer le beau et ingrat travail de transmission éducative de tant de profs ? Ils se démènent, en effet, dans un univers scolaire sous-financé et font face à une jeunesse qui soufre de la fragilisation des familles.
« Transmettre » est un des défis fondateurs de toute civilisation. Pour illustrer cela, deux exemples personnels et récents me viennent à l’esprit : Le premier concerne la bibliothèque du Séminaire Saint-Paul de Louvain-la-Neuve. Les séminaristes francophones de Belgique étant désormais regroupés à Namur, se posait la question de l’avenir de l’importante bibliothèque du Séminaire de Louvain-la-Neuve. Avec l’aide de l’œuvre pontificale missionnaire, il fut décidé de l’envoyer en République Démocratique du Congo, afin que ces livres alimentent les séminaires locaux. Les rayons ont donc été vidés et mis en caisse. Hier matin, une chaine de bénévoles s’est formée pour les charger à bord d’un camion qui les conduirait au port d’Anvers. En voyant toutes ces caisses passer de main en main – vivante parabole de la transmission – je me disais que tout ce savoir théologique ne serait pas perdu, mais transmis vers le jeune continent. Et même si j’avais un pincement au cœur, la pensée que ces livres serviraient encore à la formation de futurs prêtres fut ma consolation. Toute réalité sur terre est mortelle – en ce compris les séminaires – mais ce qui finit d’un côté peut devenir fécond ailleurs. Alors, bon vent les livres. Portez avec vous le souffle de l’Esprit et transmettez les semences d’Evangile.
Autre exemple, je me trouvais ce midi au Parlement belge, où se réunissait le « Belgian Women of Faith Network », une association de femmes croyantes de toutes religions. La séance solennelle se déroulait en présence de la Ministre Milquet et des principaux responsables religieux du pays, dont Mgr Léonard. Eh bien, je fus impressionné. Pas de syncrétisme ou de bavardage stérile. Non, simplement le témoignage de femmes qui ancrent leur vie dans la foi et témoignent de ce que cela implique pour elles dans un monde qui reste – quoi qu’on en dise – très masculin. Je pense que ces dames évitent mieux que nous les hommes les pièges de ce genre de rencontre, où il est aisé de se parler longuement pour ne rien se dire. La raison en est que, parce qu’elle porte la vie en elle, la femme possède un plus puissant « instinct de transmission ». Ainsi, ce midi au Parlement, il ne fut pas question de grands accords théologiques ou vastes élans philanthropiques. Il s’agissait simplement de témoigner de la fécondité de son héritage religieux et du défi qu’il y a à le transmettre par petits pas, en évitant que le fils de l’une devienne un jour le bourreau du fils de l’autre. Je ne me suis pas ennuyé. Bien au contraire, cette rencontre m’a nourri. Elle fit œuvre de transmission.