Péchés capitaux – M…Belgique p.9

Ci-dessous, voici ma chronique, parue ce mois en p.9 de M… Belgique. Merci à la rédaction de me donner cet espace d’expression.

Au risque de plomber l’ambiance au cœur de l’été,  parlons des péchés capitaux. Enfant, je n’en ai guère entendu parler au catéchisme. C’était après mai ’68 et la notion de « péché » n’était plus à la mode. Il me semble pourtant urgent d’y revenir – même pour les non-croyants. Je laisse ici entre parenthèse la « luxure », deux siècles d’inflation puritaine ayant fait de tout ce qui touche au sexe « le » péché par excellence – comme l’illustre l’interminable buzz autour de l’affaire DSK. Quitte à oblitérer les six autres…

« L’orgueil », qui consiste à s’attribuer les mérites de Dieu. Je pense à ces adeptes – de quelques religions ou mécréances que ce soit – qui croient « savoir » mieux que tous les autres. Vous avez dit fondamentalisme ? « L’avarice » qui est accumulation des richesses pour elles-mêmes. Vous avez dit ultra-capitalisme ? « L’envie », qui est cette tristesse face aux possessions d’autrui. Vous avez dit compétitivisme ? « La colère » qui est la frustration devenue agressivité. Vous avez dit populisme ? « La gourmandise », qui est la gloutonnerie ou excès en toute chose. Vous avez dit consumérisme? « La paresse », qui est cette forme de somnolence face aux défis du temps. Vous avez dit cynisme?

Les péchés capitaux restent d’actualité, chacun de nous étant soumis à leur emprise. Mais tous pouvons aussi nous en libérer, pour vivre plus authentiquement. Alors – gardons courage, ou comme disent les Anglo-Saxons : « Take heart ». Et bonnes vacances.

 

« Pas de marketing…» – 17° dimanche, Année B

 « Alors, de nouveau, Il se retira tout seul, dans la montagne ». (Jean 6, 1-15)

Ce Jésus n’est vraiment pas doué en matière de marketing… Il vient de faire un coup d’éclat en multipliant les pains. Les foules raffolent et en redemandent. Mieux : elles veulent en faire leur roi. Et lui, au lieu de prendre la balle au bond, que fait-il ? Il se retire, seul, dans la montagne pour prier son Père. Ses disciples – qui n’attendaient que de le voir triompher – n’ont pas dû comprendre.

Et pourtant, si Jésus multiplie les pains, ce n’est pas pour annoncer la fin des famines. L’Evangile n’est pas une assurance de gagner au win-for-life, mais une invitation à prendre le dur chemin de la conversion. La multiplication des pains annonce que le Royaume du Père est source d’abondance spirituelle et de partage fraternel. Mais le cœur humain est lent à comprendre ce que son âme pressent. Quand passe un gourou qui annonce un bonheur aussi trompeur que facile – nous sommes séduits. Tandis que le Verbe de Dieu, que les foules voulaient couronner pour de mauvais motifs, finira couronné d’épines sous les regards amusés.  

Contre le lavage de cerveau – le brossage de cerveau

Je ne résiste pas à l’envie de reproduire ici, un passage du très bel article sur le Bhoutan, de Sabine Verhest, paru en p.16 dans « La Libre » de ce jour. A l’heure où la communauté Wallonie-Bruxelles semble déterminée à remplacer les cours spirituellement engagés (religion ou morale) par un cours « neutre », voici ce qui donne à penser : L’éveil spirituel fait partie de l’éducation et a donc toute sa place dans à l’école. Pas uniquement sous la forme d’un enseignement neutre et théorique, mais comme pratique de vie. Non pas pour enfermer le jeune dans une tradition théologique ou philosophique. Mais pour l’ouvrir à sa propre intériorité.

C’est comme pour le langage : Pour apprendre une langue étrangère, il faut d’abord maîtriser une langue maternelle. Il en va de même en spiritualité : S’ouvrir aux autres traditions, ne peut se faire que si on a une tradition spirituelle soi-même. Comme me le déclarait un ancien recteur d’université, franc-maçon notoire : « Je ne veux pas que mes étudiants deviennent des analphabètes spirituels ».

Ma crainte est donc que – en chassant l’éveil spirituel de l’école – on y fasse rentrer de plus belle son contraire : le fondamentalisme. Car oui – le « brossage de cerveau » est le meilleur antidote au « lavage de cerveau ».

Voici le passage en question :  
Quand la cloche résonne, tous se pressent avec lenteur vers leur rang, face au drapeau jaune et orange du pays du dragon tonnerre. Après les chants, ils méditent quelques minutes en silence. On appelle cela le brossage de cerveau. “De la même manière que vous vous brossez les dents pour votre hygiène dentaire, vous vous brossez le cerveau pour l’hygiène du cerveau”, nous explique la directrice, Deki Choden, de sa voix douce. Cela “revient à observer consciemment le silence, l’instant présent. Nous faisons cela une fois le matin et une fois en fin de journée. Cela permet de développer le pouvoir de concentration”, note-t-elle, inspirée par le Dr.Dan Siegel, neuroscientifique et psychologue de l’université de Berkeley. Deki Choden, dont l’ambition affichée est d’oeuvrer par l’éducation au “bonheur universel”, a introduit dans son école des pratiques contemplatives. Ici, par différentes initiatives, comme le “Call to Care”, on inculque aux enfants l’art de vivre ensemble et de s’intéresser à son prochain, on cultive l’attention – à soi et à l’autre –, la bonté, la compassion et l’empathie. “Nous avons mis en place des programmes qui promeuvent ces valeurs et les compétences sociales et émotionnelles, dit-elle. Nous enseignons bien sûr les mathématiques, les sciences, l’anglais, etc., mais nous essayons aussi consciemment d’infuser des valeurs liées au bonheur.” Bref, “nous cherchons des voies alternatives” parce que, “au bout du compte, la course à l’excellence, à la perfection, au succès apporte-t-elle vraiment le bonheur ?”

 

« Saint repos » – 16° dimanche, Année B

 «Reposez-vous un peu ». (Marc 6, 30-34)

De retour de mission, les apôtres sont fatigués. En bon pédagogue, Jésus les invite à se reposer. Cela n’est pas anodin. Nous vivons dans une société de l’efficacité et du travail. En soi, ce n’est pas mauvais de faire l’éloge de l’effort. A condition, cependant, que la sacro-sainte compétitivité ne devienne pas une religion. Le « toujours plus vite, plus fort et plus intense » ne peut tenir éternellement. Nous ne sommes, ni des surhommes, ni des robots. D’où le besoin de repos, de recul, de vacances. Pas uniquement pour « ne rien faire » ou pour bronzer, mais pour nous oxygéner l’esprit. Afin de faire le point, de creuser en nous-mêmes, voire pour retrouver la source de notre baptême en écoutant davantage l’Esprit.

Les vacances, ce n’est pas forcément partir loin, ou visiter beaucoup de choses. Les vacances, c’est prendre du recul par rapport au quotidien, afin de revenir plus frais, plus disponible, plus lucide, et pourquoi pas ?… plus chrétien. Car du travail nous attend à notre retour et pas uniquement pour gagner notre croute. Il s’agit aussi de notre mission de baptisé : « Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, Il se mit à les instruire longuement ».

Iran – ‘Jack is back’

Il y a trois semaines, DSK faisait son apparition sur Twitter avec un message énigmatique, qui fit le buzz sur la toile : ‘Jack is back’. En fait, il s’agit d’une réplique de Jack Vincennes, alias Kevin Spacey, dans le film policier américain « L.A. Confidential », adapté en 1997 du roman de James Ellroy. Le sergent-inspecteur revenait… d’une mise à pied. Une façon amusante pour l’ancien patron du FMI de signaler qu’il est de retour, en tant qu’expert économique mondial à la fibre social-démocrate. Personnellement, je me garderai de faire la fine bouche. Les difficultés de libido de DSK et les dérapages que cela a entrainés, sont connus du monde entier. Mais ceci n’entame en rien sa compétence en économie politique. Et je suis de ceux qui pensent que – en pleine tempête financière – le bateau terre ne peut se passer d’un marin aussi expérimenté.

C’est exactement le même sentiment que j’éprouve face à l’accord sur le nucléaire iranien. Cela ne rend pas le régime de Khamenei et de ses Pasdarans (gardiens de la révolution) plus sympathique, mais – alors que le Moyen-Orient s’embrase et que Daech progresse – la communauté internationale ne peut se permettre de bouder la puissance perse. L’Iran, c’est une civilisation qui remonte à un millénaire avant Jésus-Christ – alors que l’Européen habitait des huttes. Aujourd’hui, il s’agit d’une nation comptant un taux important d’universitaires – tant hommes que femmes – et une classe moyenne entreprenante. Son président Rohani est un conservateur prudent et pragmatique. Le fait que le peuple ait massivement voté pour lui après la présidence d’Ahmadinejad – en dit long sur l’état d’esprit des Iraniens. Ils ont été les premiers à goûter aux joies d’une théocratie islamique. Ils seront peut-être aussi les premiers à s’en débarrasser. Non pas par rejet de l’islam, mais pour en finir avec la confusion entre spirituel et temporel – confusion qui a miné la politique européenne jusqu’à la révolution française.

Avec cet accord, l’Iran est de retour sur la scène internationale. Il s’agit d’une importante réalisation de fin de mandat de l’administration Obama. A cet égard, je ne puis ici que répéter ce que j’ai écrit en janvier dernier, dans l’hebdo M…Belgique : « Mister President : Et maintenant, Moscou ». Car là aussi – et quelle que soit notre appréciation du régime musclé de Poutine – il s’agit de faire en sorte que ‘Jack is back’.

 

Qu’est-ce que la théologie ?

Un contributeur régulier à ce blog et à ma page FB, a réagi assez négativement aux propos que la Pape a tenu en Bolivie. Ce dernier critiquait durement l’austérité, le culte de l’argent et la globalisation des marchés. Mon contributeur réagit : « Beaucoup de slogans simplistes, beaucoup de généralisations abusives, beaucoup de jugements à l’emporte-pièce, et un manque flagrant de rigueur analytique. Ca flatte peut-être l’ego du paysan bolivien qu’il a en face de lui, mais au final, c’est assez vain et creux. A l’avenir, je l’inviterais soit à se cantonner à la théologie, soit à se faire conseiller par des économistes bien formés, rigoureux et expérimentés. Sauf à perdre toute crédibilité. Laissons la médecine aux médecins, la théologie aux théologiens, et l’économie aux économistes, et les vaches seront bien gardées. »

Sa réaction à vif, m’invite à réagir à mon tour :

  1. J’apprécie la franchise du propos. Qu’un catholique – plutôt classique – critique un Pape aussi populaire, n’est pas banal. Il en a le droit. Quand le Pape donne un avis « prudentiel » sur un sujet, sa parole doit être reçue avec le respect voulu au premier pasteur de l’Eglise, mais elle n’est pas pour autant « parole d’Evangile ».
  2. Le Pape lui-même ne s’émeut pas de ces critiques, car il ne se prétend pas infaillible en émettant ce genre de propos. Il confia d’ailleurs, il y a quelques jours, à des journalistes, qu’il avait entendu qu’aux Etats-Unis, ses propos sur l’économie étaient critiqués – et qu’il étudierait cela.
  3. Par contre, je ne suis pas d’accord avec l’idée de laisser chaque discipline à ses « experts » : « Laissons la médecine aux médecins, la théologie aux théologiens, et l’économie aux économistes, et les vaches seront bien gardées. » D’abord, ceci serait contraire à l’idée même de « université », qui consiste à mélanger les savoirs. Ensuite, quand une discipline ne tourne que parmi ses « pairs », elle se coupe du réel. Au XIIIe siècle des raisonnements théologiques « imparables » – dont ceux de saint Thomas d’Aquin – ont ainsi justifié l’inquisition et même la torture des « hérétiques ». Tout comme la théologie est trop précieuse pour être laissée aux seuls théologiens, l’économie est trop importante pour être laissée aux seuls économistes. Combien n’ont d’ailleurs pas sincèrement reconnu avoir été aveugles avant la crise Lehman-Brothers ? J’ai ainsi jadis coécrit un livre avec mon ami Bruno Colmant. Il a évolué sur bien des thèses – ce qui est à son honneur. Et puis – qui donc sont « les économistes » ? Keynes est-il Hayek ? De Grauwe est-il Schauble ? L’économie n’est nullement une « science exacte ». Elle est une science humaine, qui ne peut que progresser par le questionnement extérieur – dont aussi celui du regard théologique.
  4.  Enfin et surtout, je ne puis être d’accord avec la phrase : « A l’avenir, je l’inviterais à se cantonner à la théologie ». Euh… ? Parler des excès du pouvoir de l’argent, ce n’est donc pas faire de la théologie ? Qu’est-ce donc que la théologie ? Pas de parler de sexualité, car c’est l’affaire des individus et les célibataires consacrés n’y connaissent rien ? Pas de parler d’économie, car c’est l’affaire des économistes et un pape qui critiquerait le système, sortirait de son rôle ? Pas de parler d’environnement, car il s’agit de laisser cela aux climatologues ? Pas de parler du mystère de Dieu, car c’est déconnecté de la vie des hommes ? Bref – il resterait aux théologiens à annoncer l’horaire des Messes et à réfléchir sur le sexe des anges. Eh bien non – la théologie, c’est de déchiffrer et expliciter le Mystère du Christ et le regard qu’Il pose – dans l’Esprit – sur toute réalité du ciel et de la terre. En ce compris la sexualité, l’économie et le climat. Et surtout – la théologie est efficace, non pas quand elle caresse dans le sens du poil : « une théologie de droite avec un Jésus de droite pour chrétiens de droite ; une théologie de gauche avec un Jésus de gauche pour chrétiens de gauche ; une théologie du centre avec un Jésus centriste pour chrétiens centristes… » Non – la théologie a pour mission de prendre les humains à rebrousse-poil, pour les faire réfléchir et réagir. Pensons au Christ traitant les pharisiens de « sépulcres blanchies ». Donc – ce pape est dans son rôle. Avec ses inévitables limites humaines et les approximations d’un caractère latin et enthousiaste. Bien sûr que François n’est pas Benoît XVI. Mais il est tout autant dans son rôle, qui est d’annoncer au monde le Royaume du Christ – à temps et à contretemps.

«Quand je pense à Baudouin, quelque chose me touche : J’ai l’impression qu’il veille sur moi»

Ce 31 juillet, ce sera le premier anniversaire de la mort du roi Baudouin, depuis le décès de la reine Fabiola. En 2013, j’avais publié une chronique à ce sujet : « L’homme qui transcenda le roi ». Il est intéressant de lire en p.31 du « Soir » ce  jour, l’avis du réalisateur français, Dominique Besnehard, qui projette de faire un film du la vie de Baudouin :

« On ne peut évoquer le cinéma belge sans aborder le grand projet de Dominique Besnehard: la production d’un film sur le roi Baudouin. Le scénario, en cours d’écriture, a été confié au dramaturge belge Thierry Debroux. C’est ce dernier qui avait lancé l’idée en mai dernier que le jeune Pierre Niney ferait un très bon Baudouin alors que l’acteur lui-même n’était au courant de rien. «C’était une rumeur. Pour l’heure, ni le réalisateur ni le casting ne sont définis», nous reconfirme Dominique Besnehard. Le film se concentrera sur l’abdication du roi en mars 1990 lors du vote de la loi sur la dépénalisation de l’avortement. «Vous allez croire à du surréalisme à la belge mais quand je pense à Baudouin, quelque chose me touche, nous avoue le producteur français. J’ai l’impression qu’il veille sur moi. Je suis très marqué par les trucs de l’enfance. Le mariage de Baudouin et Fabiola, ce fut l’arrivée de la télé à la maison: ma mère a fermé le magasin pour regarder le mariage. Pour nous, c’était énorme. Jamais avant ma mère n’avait fermé son magasin!»

Et comme aurait pu le dire Stéphane Bern, il assume: «J’adore les monarchies et plus spécialement la famille royale de Belgique. Les monarchies, ce sont de grandes histoires de famille. Pour moi, la famille royale belge, c’est un peu les Valois. C’est donc fascinant.» Et s’il a jeté son dévolu sur le roi Baudouin, c’est parce qu’il y a des signes. «Baudouin a abdiqué deux jours le temps que la loi sur la dépénalisation de l’avortement soit votée. Lui, fervent catholique n’ayant pas pu avoir d’enfant, ne pouvait pas y souscrire mais il n’a pas voulu empêcher le cours de l’histoire et l’émancipation des femmes. Je trouve son acte héroïque. Cet homme avait une conscience. Les hommes politiques de Bruxelles devraient prendre exemple! J’ai pris connaissance de cet événement un peu grâce à François Mitterrand lors d’un dîner au Sénat. Il nous a confié qu’il avait beaucoup d’admiration pour le roi Baudouin, qu’il était comme un ange. Il nous a raconté l’histoire de l’abdication. Cela m’a bouleversé. Ce fut pour moi le premier signe. Quand Baudouin est mort, j’étais à Bruxelles pour un film. J’ai vu toute cette population devant le palais. J’ai vu ce que voulaient dire le silence et le recueillement. Ce fut un deuxième signe. Le troisième signe vient du fait que mon associé est belge et je me suis dit qu’il était logique qu’on fasse un jour un film sur le roi Baudouin.»

F.B.