« Discerner, accompagner, intégrer » – les évêques de Belgique et les personnes homosexuelles

Tant chez les Cathos que chez les Laïques, cela débat « grave »

Cela débat ferme chez les cathos belges, depuis la sortie de l’évêque d’Anvers contre le « responsum » de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Comme si souvent, ce sont les paroles les plus clivantes qui prennent le dessus, opposant – selon l’idéologie – les gentils progressistes aux méchants conservateurs  ou « les vrais croyants » aux cathos tièdes qui « pactisent avec le monde ». Bref, un dialogue de sourd, alors que le débat, c’est la vie.

Notons qu’au même moment en Belgique, cela chauffe aussi « grave » dans le monde laïque de gauche. Ici, c’est le rapport à l’islamisme qui est en jeu, entre une tendance plus « radicale-laïcale » qui ne veut rien leur passer et une tendance plus « convergence dans les luttes de gauche » qui prône un alliance objective avec un certain islam politique, contre le capitalisme dévastateur.  Il ne me revient pas de prendre ici partie en la matière, mais je trouve ce débat intéressant pour faire bouger les lignes, du moins s’il se fait dans l’écoute et non les anathèmes faciles.

Le responsum romain, la carte blanche de Mgr BONNY, la déclaration des évêques de Belgique


– La Réponse romaine de la Congrégation pour la Doctrine de la foi du 22 février (cette congrégation est l’organe gardien de la doctrine à Rome) n’est pas l’oeuvre d’un conservateur obtus. Le cardinal Ladaria, son préfet, est un brillant théologien jésuite. (J’ai eu cours de lui lorsqu’il enseignait à l’Université Pontificale Grégorienne). Ici, il répond à la demande de fidèles allemands sur la possibilité, ou non, de bénir les couples homosexuels. Sa réponse n’est pas la caricature que certains en ont fait. Elle appelle au respect et à la non-discrimination des personnes. Elle vaut tout autant pour les couples divorcés-remariés et les jeunes (ou moins jeunes) vivant conjugalement hors les liens du mariage. Elle n’exclut pas la présence d’éléments positifs dans ces situations « irrégulières » au regard de l’Eglise : « il n’est pas licite de donner une bénédiction aux relations ou partenariats, même stables, qui impliquent une pratique sexuelle hors mariage (c’est-à-dire hors de l’union indissoluble d’un homme et d’une femme ouverte en soi à la transmission de la vie), comme c’est le cas des unions entre personnes du même sexe. La présence dans ces relations d’éléments positifs, qui en eux-mêmes doivent être appréciés et valorisés, n’est cependant pas de nature à les justifier et à les rendre ainsi légitimement susceptibles d’une bénédiction ecclésiale, puisque ces éléments se trouvent au service d’une union non ordonnée au dessein du Créateur. » 

Ce qui manque à ce responsum c’est un enseignement sur une pastorale possible pour accompagner ces personnes, mis à part des bénédiction individuelles. Et puis surtout, il y a cette finale – qui a le mérite de la clarté, mais aussi de la dureté: «  l’Église rappelle que Dieu lui-même ne cesse de bénir chacun de ses enfants en pèlerinage dans ce monde, car pour Lui « nous sommes plus importants que tous les péchés que nous pouvons commettre ». Mais Il ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché ».  

Une célèbre revue de jésuites américains souligne la formule hésitante de l’approbation pontificale. Au lieu de dire que le Pape a « approuvé » le document et « ordonné » sa publication, il est signale que François a été « informé » et a « consenti à sa publication ». Si le responsum est bien dans la ligne traditionnelle de l’Eglise, il ne peut masquer que – jusqu’au Vatican – le débat n’est pas clos. 

– La carte blanche de Mgr Bonny du 16 mars, parue dans le quotidien flamand De Standaard constitue un véritable « coup de gueule ». Ceux qui présentent l’évêque d’Anvers comme une tête brûlée progressiste, font également dans la caricature. Johan Bonny est un prélat classique, ayant longuement travaillé au Vatican. Il fut le représentant de la Belgique au synode des évêques sur la famille de 2015. Avant cela, il avait déjà publié une lettre remarquée, appelant à une attitude plus accueillante envers les « situations matrimoniales irrégulières ».

Mgr Bonny est également un pasteur soucieux de son troupeau. D’où sa «  sainte colère », exprimée en des termes fort peu ecclésiastiques: « Comment je me sens après ce ‘responsum’ ? Mal. Je ressens une honte par procuration pour mon Église, comme l’a dit hier une ministre. Et surtout, je ressens une honte intellectuelle et morale. Je tiens à m’excuser auprès de tous ceux pour qui cette réponse est douloureuse et incompréhensible : les couples homosexuels croyants et engagés dans la foi catholique, les parents et grands-parents de couples homosexuels et leurs enfants, les agents pastoraux et les accompagnateurs de couples homosexuels. Leur douleur pour l’Église est la mienne aujourd’hui. »

Il parle de ces couples homosexuels qu’il côtoie et qui participent à la vie de l’Eglise. C’est surtout le mot « péché » qui le fait réagir: « Ensuite, le concept de ‘péché’. Les derniers paragraphes sortent l’artillerie morale la plus lourde. La logique est claire : Dieu ne peut approuver le péché; les couples homosexuels vivent dans le péché; par conséquent, l’Église ne peut pas bénir leur relation. C’est exactement le langage que les pères synodaux n’ont pas voulu utiliser, tant dans ce dossier que dans d’autres dossiers repris sous le titre général de situations dites ’irrégulières.  Ce n’est pas le langage d’Amoris laetitia, l’exhortation du Pape François de 2016.  Le ‘péché’ est l’une des catégories théologiques et morales les plus difficiles à définir, et donc l’une des dernières à être collées sur des personnes et sur la façon de partager leurs vies. Et certainement pas sur des catégories de personnes en général. Ce que les gens veulent et sont capables de faire, en ce moment même de leur vie, avec les meilleures intentions qu’ils ont pour eux-mêmes et pour les leurs, face à face avec le Dieu qu’ils aiment et qui les aime, n’est pas une question simple. D’ailleurs, la théologie morale catholique classique n’a jamais traité aussi simplement de ces questions. » 

Après des considérations liturgiques concernant la « célébration », l’évêque conclut: «  En bref : dans le présent ‘responsum’, je ne retrouve pas les lignes de force – telles que je les ai expérimentées – du Synode des évêques de 2015 sur le mariage et la famille. C’est dommage pour les couples homosexuels croyants, leurs familles et leurs amis. Ils ont le sentiment de ne pas avoir été traités véridiquement et honnêtement par l’Église. Les réactions sont déjà là.  C’est également regrettable pour l’Église. Ce ‘responsum’ ne donne pas l’exemple d’un cheminement en commun. Le document mine la crédibilité tant de la ’voie synodale‘ fortement prônée par le pape François que de l’année de travail annoncée avec Amoris laetitia. Le véritable synode, veut-t-il se lever ? »


– La déclarations des évêques de Belgique du 17 mars et l’intervention de Mgr Delville, évêque de Liège au JT de la RTBF. Sans utiliser le ton de Mgr Bonny, la déclaration des évêques de Belgique ne laisse guère de doute sur le fait qu’ils jugent insuffisante la réponse romaine: «  Les Évêques belges ont pris connaissance du ‘responsum’ du 15 mars 2021 par lequel la Congrégation pour la Doctrine de la Foi rappelle que la bénédiction des couples de ‘personnes de même sexe’ n’est pas permise. Ils ont conscience que ceci est ressenti de manière particulièrement douloureuse par de nombreux couples homosexuels croyants et leur famille, leurs parents et grands-parents, leurs proches et leurs amis. Depuis de nombreuses années, l’Église catholique de notre pays, à tous ses niveaux (évêques, prêtres et collaborateurs pastoraux, théologiens, scientifiques, politiciens et travailleurs sociaux), œuvre avec d’autres acteurs sociaux, à un climat de respect, de reconnaissance et d’intégration. Nombre d’entre eux sont de plus engagés au niveau ecclésial ou dans des institutions chrétiennes. Les Évêques encouragent leurs collaborateurs à poursuivre dans cette voie. Ils se sentent soutenus par l’Exhortation ‘Amoris Laetitia  – La Joie de l’amour’ publiée par le Pape François suite au synode des Évêques de 2015 : discerner, accompagner et intégrer restent des mots-clés pour les Évêques. » 

Cette position des évêques sera commentée par l’évêque de Liège, lors de son passage au JT de la RTBF du 17 mars. Avec son style propre, Mgr Delville y parle d’une déclaration romaine « inopportune ».  

Le discernement théologique se déploie face au réel


Les débats dont utiles, à condition qu’ils se fassent dans l’écoute de l’autre et – en théologie – à l’écoute de l’Esprit. C’est d’ailleurs ce que notre pape nous encourage à vivre. Comme souvent, le débat théologique naît et se déploie quand une conviction « descendante » (déductive) se trouve confrontée à la réalité du terrain (inductive).

Jésus, le premier, en fit l’expérience, alors qu’Il destinait encore sa mission et les signes qui l’accompagnaient au peuple élu. Une femme cananéenne vient le supplier de guérir sa fille (Matthieu 15, 21-28). « Femme, ta foi est grande », finira par reconnaître le Christ, face à cette païenne qui lui tient gentiment tête.

En Galates 2 11-21, c’est l’apôtre Paul qui engueule publiquement saint Pierre, quand ce dernier cherche encore à se comporter en Juif, plutôt que de s’ouvrir à la nouveauté de non-Juifs devenus chrétiens.

Des siècles plus tard, catholiques et protestants se firent une incessante guerre en se vouant mutuellement à l’enfer. La réalité du terrain de frères chrétiens ayant bien plus à partager qu’à déchirer, fit naître le mouvement oecuménique. 

Longtemps aussi, les suicidés ne recevaient pas de funérailles chrétiennes. En s’ôtant la vie, ils s’étaient révoltés contre Dieu. Et puis la psychologie fit comprendre que l’âme humaine était bien plus complexe. Aujourd’hui, les funérailles chrétiennes de suicidés sont un moment fort de prière et de guérison.

Enfin, jusqu’au début du XXI siècle, le catholicisme récusait la « liberté religieuse » en politique, car elle signifiait de laisser « le droit à l’erreur » se répandre dans les Etats chrétiens. Il fallut que les évêques du bloc de l’Est expliquent au Concile Vatican II que c’est au nom de la même logique que le marxisme persécutait les chrétiens, pour que l’Eglise change solennellement son discours sur le sujet. 


Dans le présent débat, la réalité déductive de la doctrine catholique sur la sexualité et le mariage se confronte à tous ces couples divorcés-remariés, jeunes hors-mariage et homosexuels qui font partie de l’Eglise. En particulier pour ces derniers, la catégorie de « péché » appliquée à leur vie affective, sonne comme un coup de massue. Voici, en effet, qu’un gars/une fille se sent de naissance attiré(e) exclusivement par les personnes du même sexe. Il ne l’a pas choisi et ce n’est même pas quelque chose de «  contre-nature », vu que le phénomène se rencontre aussi chez les animaux. Catholique et disciple du Christ, cette jeune femme/ce jeune homme ne se voit pas vivre toute sa vie dans la continence… (Etonnant? Je vis moi, avec joie, le célibat pour le Royaume. Je sais donc ce que cela signifie et que seule la Grâce donne la fidélité heureuse.) Bref, alors que cette jeune femme/ce jeune homme tente honnêtement de construire un couple homosexué dans la fidélité, son Eglise lui explique que, quoi qu’il fasse, il vit dans une situation de « péché ». Après cela, on lui rappelle que ce Dieu qui l’a créé ainsi est amour et que telle est la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. En clair: prends-toi ça dans la gueule…

Ajoutons qu’un document d’Eglise allait, il y a quelques années, jusqu’à vouloir bannir les jeunes hommes homosexuels du séminaire, alors que l’honnêteté intellectuelle force de reconnaître que des prêtres ayant une inclination homosexuelle existent et que certains ont vécu et sont morts en saints. Ce dernier texte romain, fut d’ailleurs inspiré par un prélat et psychiatre français, qui publia de bonnes choses, mais qui est aujourd’hui écarté du ministère pour faits de moeurs… homosexuelles. Plus largement, nous savons aujourd’hui que certains grands défenseurs de la « stricte morale catholique » ayant eu pignon sur rue ces dernières décennies à Rome, avaient une sombre double vie, souvent… homosexuelle. (J’ai lu « Sodoma », le livre écrit par le journaliste Frédéric Martel sur l’homosexualité au Vatican. L’ouvrage me semble fort exagérer le phénomène, mais Martel est un journaliste militant et non moins sérieux. Tout n’est forcément pas faux. Et quand bien même le tiers du quart de la moitié de ce qu’il écrit, serait véridique…)

Soyons clairs: les évêques de Belgique, en ce compris Mgr Bonny, ne sont pas favorables à un changement de la doctrine sur le mariage, ou sur la GPA ou autre… Ils plaident pour que la théologie continue à creuser son sillon, afin d’arriver à une juste reconnaissance de ce que vivent nos soeurs et frères qui ont une affectivité homosexuelle.

« Oui, mais les condamnations de l’Ecriture sainte? », me direz-vous. Les textes bibliques qui rejettent l’homosexualité, sont à comprendre dans un contexte particulier: le besoin de se reproduire dans l’ancienne alliance et le rejet d’une société aux moeurs lascives chez saint Paul. A ceux qui m’opposeront que je tords les textes sacrés au gré de mes lubies, je réponds que – dans ce cas – la lapidation ou l’extermination d’une ville ennemie devraient être justifiés.

Sans vouloir ici faire la leçon à qui que ce soit, le fait d’avoir suivi cinq années de théologie, m’a tout de même appris à lire l’Ecriture en centrant toutes choses en Christ. Pour discerner, la théologie doit accepter – comme le Maître – de parfois scruter la réalité des hommes, avant de lui coller une réponse déductive… comme faisaient si facilement les pharisiens. Le christianisme n’est pas un système clos et ne peut le devenir. Il est un chemin de vie, ancré en Celui qui a dit « c’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices ». (Matthieu 9, 13)

« Mourir pour vivre » – 5e dimanche de Carême, Année B

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit.  ». (Jean 12, 20-33)

Pâques signifie « passage ». Nous sommes tous des passants : embryon, enfant, adolescent, adulte, vieillard,… Du point de vue de la matière, nous passons de la vie à la mort. Parfois de manière brutale et beaucoup trop tôt. Mais pour tous, la mort terrestre est la seule issue biologique dont nous soyons assurés. Cependant, il existe un autre regard : celui de l’Esprit (ou de l’esprit avec un petit « e », car ce qui suit vaut aussi – de façon adaptée à leurs convictions – pour les agnostiques et les athées). Spirituellement nous ne vivons pas pour mourir, mais sommes au contraire appelés à mourir pour vivre. Chaque décision que nous prenons est une mort à tous les possibles que pareille décision élimine, en vue de vivre le choix que nous avons fait.

Comment choisir ? Ici, le Christ nous enseigne Sa voie radicale – le chemin de la Pâques : mourir à tout ce qui est repli sur soi pour vivre de la seule réalité spirituelle qui ne passe pas, car elle vient de Dieu et retourne à Dieu – l’amour. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit.  »Précision : Il ne s’agit pas de l’amour sentimental ou fusionnel, mais bien de l’amour qui donne et reçoit en vérité. Un amour à l’image de la Trinité – éternel échange d’amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit.

Le chemin de la Pâques est un chemin exigeant et souvent à contre-courant de notre société de consommation. Mais il n’a rien de masochiste. Il s’agit au contraire d’un chemin de résurrection et de vie : « Celui qui aime sa vie (c’est-à-dire égoïstement) la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle ».

« Laetare – La joie de l’Evangile » – 4e dimanche de Carême, Année B

« Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». (Jean 3, 14-21)

Le 4° dimanche de Carême – moment de la mi-carême – est aussi appelé Laetare, c’est-à-dire dimanche de la joie. Non pas une joie provoquée par des excitants externes (nombre de ces joies nous ont d’ailleurs été supprimées par le confinement), mais une joie qui rayonne de l’intérieur. Telle est la joie qu’éprouve celui ou celle qui accepte de se laisser regarder par le Christ en croix.

Le Crucifié pose sur chacun de nous un regard sans complaisance, mais aussi sans jugement, autre que celui de l’Amour. Un regard d’amour inconditionnel, qui murmure : « Voilà qui tu es, par-delà tous tes masques. Sache que tel que tu es, Je t’aime ». Celui qui fuit ce regard « est déjà jugé », car il s’enfonce dans les ténèbres de ses propres mensonges et ne vit qu’au niveau des apparences. Au contraire, celui qui accueille le regard du Christ ne cherche plus d’excuses. Il désire la divine Lumière : « celui qui agit selon la Vérité, vient à la lumière ».

Telle est l’expérience du salut. « Amazing grace » (grâce surprenante)  chante une vieil hymne écossais – en poursuivant : « j’étais perdu et maintenant, je suis trouvé ». D’où la « joie de l’Evangile » – comme l’appelle notre pape François.

« Nettoyage de printemps » – 3e dimanche de Carême, Année B

« Il n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme : il connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme » (Jean 2, 13-25)

Le « doux Jésus » n’était pas mièvre. Il décide d’organiser un grand « nettoyage de printemps » dans le temple de Jérusalem et en chasse les marchands sans ménagement: « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ! » En s’attaquant aux juteuses rentrées que ce commerce fournissait à la classe sacerdotale, le Nazaréen se fait de puissants ennemis. Ils seront les premiers acteurs de sa condamnation.

Quand ils lui demandent de justifier son acte, Jésus répond : « Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai ». Ses adversaires le trouvent présomptueux, mais ne comprennent pas que le nouveau temple – c’est le Christ. En effet, c’est en Lui que la présence du Père se manifeste pleinement.  

Par notre baptême, nous faisons partie de ce corps spirituel du Christ qui est l’Eglise. Pourtant, notre cœur reste souvent un lieu de marchandage et de sombres trafics. Le Christ n’en est pas dupe car « Il connaît le cœur de l’homme ». Voilà pourquoi, son Esprit nous invite durant ce temps de carême à entreprendre – à notre tour – un grand nettoyage de printemps, afin de vivre Pâques avec une âme qui soit un temple digne du Père. 

« Transfiguration » – 2e dimanche de Carême, Année B

« Il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille » (Marc 9, 2-10)

Transfiguration – c’est le contraire de défiguration. Le péché, le mal, la souffrance,… –défigurent. Pour comprendre, il suffit d’observer les « tronches » de personnes qui sont submergées par la haine.  L’amour, le pardon, la bienveillance,… – transfigurent. Regardez une photo de Mère Térésa de Calcutta : son regard est comme un brasier qui nous révèle le meilleur de nous-mêmes.

La transfiguration de Jésus sur la montagne, c’est l’expérience de l’infinie puissance d’amour de Dieu qui s’exprime à travers Lui. Difficile de décrire ce que les trois apôtres ont vu, mais ils ont ressenti leur Maître comme « plus blanc que blanc » – et ce n’était pas dû à quelques poudres à lessiver miracles – avec à ses côtés Moïse, qui donna la loi, et Elie, modèle des prophètes. Pierre, Jacques et Jean pressentent donc que le Christ récapitule la loi et les prophètes et donc toute l’histoire sainte d’Israël. Ils ont envie de rester dans cet état de béatitude : « dressons trois tentes », dit Pierre. Mais non, il faut redescendre de la montagne et poursuivre sa route.

Une expérience de transfiguration est faite pour nous nourrir spirituellement et nous fortifier. Pas pour nous retirer du monde. 

« Bas les masques » – 1er dimanche de Carême, Année B

« L’esprit Le pousse au désert. Et dans le désert Il resta quarante jours, tenté par Satan » (Marc 1, 12-15)

Même si, avec le confinement, nous vivons masqués toute l’année, le carnaval est normalement le temps des masques. Chacun se moque gentiment de la condition humaine qui nous fait si souvent jouer la comédie : farce trompeuse des séductions de l’avoir, du pouvoir ou du valoir.

Le Carême est le temps du désert. Lieu où sont démasqués Satan et ses tentations. Là, l’Esprit murmure Sa Parole à notre âme. Pendant quarante jours, Il nous invite à nous libérer de tous ces masques qui nous collent à la peau et nous étouffent. Afin qu’apparaisse enfin notre vrai visage : celui d’enfant du Père, appelé à la ressemblance du Christ. 

Même si avec le confinement, nous vivons un carême permanent, ce temps de 40 jours est un temps particulier de conversion. Trois chemins sont proposés pour y parvenir : le jeûne (de nourriture, de TV, de smartphone…) qui crée de l’espace en soi ; le partage (d’argent, de temps, d’écoute…) qui offre de l’espace à l’autre ; la prière (silencieuse, récitée, seul ou en communauté…) qui ouvre à l’espace spirituel.  

Enseignement en Communauté Wallonie-Bruxelles: priver l’enseignement libre de moyens, c’est mettre tout l’enseignement en danger

Quand l’Union européenne alloue des moyens (300 millions d’euro tout de même) pour isoler les bâtiments scolaires (ce qui deviendra à terme une obligation pour toutes les  écoles), le Gouvernement de la Communauté Wallonie-Bruxelles  propose d’octroyer près de 60% de cette somme au réseau Wallonie-Bruxelles, qui ne scolarise pourtant que 15% des élèves, alors que le réseau libre d’origine catholique, qui scolarise près de 50% des élèves, ne recevrait que 18,5%. Raison? Cet argent, la Communauté la garde pour « ses » bâtiments et non pour les immeubles scolaires qui appartiennent à « d’autres ».

En filigrane, se lit ici l’argumentation que – plutôt que de réclamer de l’argent public –  les bâtiments « privés » de l’enseignement catholique devraient être entretenus par ceux qui en bénéficient, car « financés par des fonds privés et bénéficiant d’un énorme patrimoine historique » Je cite ici le communiqué du Centre d’Action Laïque (CAL), dont le mythe fondateur est l’avènement d’un réseau public unique, à son image et à sa ressemblance.
Soyons lucides: les vieux réflexes idéologiques  prennent une fois de plus le dessus sur la réalité du terrain. Car – non – il n’y a plus d’une part une « école confessionnelle » et de l’autre une école « neutre, publique et citoyenne ». Il y a deux réseaux, qui scolarisent, selon une pédagogie propre mais nullement antagoniste, des enfants dans un monde en mutation. Le réseau libre scolarise globalement les mêmes élèves que les autres réseaux et le fait dans le même respect du pluralisme de leurs origines. Voir en l’école libre, « l’école des curés », c’est donc faire de l’idéologie aussi bête que surannée. 

J’ai fait les deux écoles et je puis dire que j’ai autant d’estime pour les écoles communales et athénées, que pour les écoles libres. Les deux réseaux offrent un enseignement de qualité. Et ce, grâce à des enseignants souvent admirables. La principale différence n’est pas idéologique, mais dynamique. De par son mode de fonctionnement faisant davantage appel à l’initiative de la population locale et au bénévolat d’enseignants et parents, l’enseignement libre coûte moins cher. Il coûte moins cher, mais est aussi lourdent sous-financé (car – non –  il n’a pas de  « fonds privé » pour le soutenir). Les accords de la Saint-Boniface, qui stipulaient en 2001 que l’école libre recevrait 75% des moyens financiers de ce qui est accordé à l’école communautaire, ne sont toujours pas appliqués. En Wallonie les dotations et subventions par élèves pour le libre tournent autour de 50% de celles des écoles de la Communauté, alors qu’en Flandre elles sont quasi équivalentes…


Malgré ce sous-financement et le fait que la proportion de catholiques recule dans la population, l’enseignement libre garde un incroyable succès. Si les biens alloués à l’enseignement en Communauté Wallonie-Bruxelles pouvaient être octroyés aux écoles via un « chèque éducation » que chaque parent donnerait à l’école de son choix, il y a même fort à parier que l’enseignement libre serait très riche. Car – oui – envers et contre tout, il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que la population plébiscite ce réseau.  

Et pourtant, le système est sous grande tension: à force de priver l’enseignement libre des moyens de vivre, il risque de s’effondrer. Ne resteraient que quelques écoles fortes, qui survivraient en devenant des écoles de favorisées, de par les finances parentales… Comme dans le système anglo-saxon. « La bonne affaire! », piafferont les partisans du réseau unique, « nous récupérerons la mise ». Voire. Si tous les élèves en communauté Wallonie-Bruxelles devaient être scolarisés par le réseau public, celui-ci tomberait rapidement en faillite. En effet, ce qui permet à l’impécunieuse Communauté Wallonie-Bruxelles de tenir le coup, c’est justement le fait que la moitié de ses élèves sont scolarisés dans un enseignement libre, moins coûteux pour la collectivité. 

Ceci m’amène à penser que, si un jour il faut vraiment se résoudre à fusionner les réseaux scolaires, il s’agira alors de créer un seul réseau… libre. Un réseau d’écoles libres, rattachées à différentes familles de conviction. A l’instar de l’ULB, université « libre », rattachée au libre-examen.Ceci nous ramènerait aux origines de la Constitution belge qui, en son article 24 actuel, stipule que l’enseignement est libre. Le Constituant a voulu privilégier le choix des parents, laissant à l’action publique un rôle de suppléance, là où l’initiative privée ne suffisait pas à scolariser la population. L’histoire a donné à l’enseignement en Belgique une autre configuration avec un réseau public et un réseau libre qui se font face et même gentiment concurrence. Que les partisans du réseau public n’oublient cependant pas, qu’en privant le réseau privé des moyens de vivre, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis, en provoquant à terme la faillite de tout le système éducatif. 

« Jésus purifie » – 6e dimanche de l’Année, Année B

« Si tu le veux, tu peux me purifier. » Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » (Marc 1, 40-45)

A chaque époque ses maladies qui font peur : maladies qui frappent non seulement le corps, mais qui stigmatisent aussi la personne. Le sida, l’épilepsie, la maladie mentale,… Aujourd’hui, la COVID. A l’époque de Jésus, il s’agissait de la lèpre. Auprès du peuple juif, fort préoccupé de pureté rituelle, elle passait pour une impureté. Pour des raisons tant hygiéniques que religieuses, les lépreux étaient mis au ban de la société et ne pouvaient s’approcher des personnes saines. Le lépreux de ce passage d’évangile transgresse l’interdit en se jetant aux pieds du Christ. En le purifiant, Jésus pose bien plus qu’un acte guérisseur : Il rétablit cet homme dans sa dignité. 

Le Christ vient nous guérir de toutes nos lèpres : sous Son regard, personne n’est impur. Et Il nous invite à en faire autant : Ce sans-grade, ce sans-papier, ce sans-abri,… c’est mon frère en humanité. En ce temps de Carnaval (même confiné), enlevons nos masques de bien-pensants et regardons chaque homme – de cœur à cœur. 

« Jésus prie » – 5e dimanche de l’Année, Année B

« Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus le leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait ». (Marc 1, 29-39)

La semaine dernière, ce qui frappait ceux qui écoutaient Jésus, était le fait qu’Il enseignait « avec autorité ». Ce dimanche, l’évangéliste souligne un autre trait de la personnalité du Fils de l’homme : « Il priait ». 

En ce temps-là, la prière collective au temple ou à la synagogue était familière aux Juifs, mais cette forme solitaire de prière – ce « cœur à cœur » dans un lieu désert avec le Père – cela frappait les esprits. Et même – cela dérangeait un peu : « Tout le monde te cherche », lui lance Simon, comme en reproche. Comprenez : « Tu es une vedette maintenant. Alors, va dans la lumière ! ». Mais non, le Christ se retire longuement pour communier à son Père dans l’Esprit. Ce faisant, Il se plonge spirituellement dans la Source de son être et identité.

Si le Fils de Dieu ressentait dans son humanité le besoin de régulièrement se retirer pour longuement prier, cela nous rappelle que la prière individuelle est vitale pour réveiller la grâce de notre baptême. Nous objectons si facilement : « Je n’ai pas le temps de prier ». La vérité est que nous ne prenons pas le temps de prier. Déjà, rien que 10 minutes de prière solitaire tous les jours – cela change une vie. Sur 24 heures, qui d’entre nous n’a même pas 10 petites minutes à consacrer à Dieu ?