« Libres en Esprit » – Solennité de l’Ascension, Année B

« En mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains ; et s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera aucun mal… » (Marc 16, 15-20)

Si le Ressuscité avait voulu nous garder sous sa coupe, Il se serait contenté d’apparaître de temps en temps dans les églises ou au coin des rues. Plus besoin d’Evangile, de Vatican, de curés et chacun serait convaincu… Convaincu, oui. Croyant, non. Il faut être libre pour vivre l’aventure de la foi. Le Christ – qui est liberté suprême – ne s’impose pas à notre conscience. Avec l’Ascension, Il retourne dans la gloire de Son Père et nous envoie Son Esprit. 

Les signes de l’Esprit ? Celui qui chasse le mauvais esprit autant que les esprits mauvais. Celui dont le langage renouvelle les relations humaines – même s’il n’est pas polyglotte. Celui qui n’a pas peur de se salir les mains – quitte à prendre à bras-le-corps toutes les vipères que la vie nous fait croiser. Celui que le poison de la médisance ou de la vanité ne tue pas… 

Neuf journées séparent l’Ascension de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit. Prions chacune de ces neuf journées. Demandons que le Souffle de Dieu nous renouvelle.     

« Exigeante amitié » – 6° dimanche de Pâques, Année B

« Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis » (Jean 15, 9-17)

La phrase du Christ sonne plutôt sympa. Du genre: « vous êtes mes potes – je vous invite à prendre un verre sur une terrasse de café ». En fait, elle est d’une exigence radicale. Etre serviteur, cela laisse un peu de distance. On obéit, histoire de ne pas déplaire au patron… mais inutile de faire trop de zèle. Par contre, être « ami », cela engage à connaître, à aimer, à librement imiter. 

Concrètement ? « Aimez-vous les uns les autre comme je vous ai aimé ». D’accord, Seigneur, mais cela veut dire quoi : « comme je vous ai aimé » ? Réponse : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Pour la plupart d’entre nous, cela signifie : donner sa vie à petit feu – en se donnant aux autres. Parfois, cependant, le choix se fait radical. Il s’agit alors de donner jusqu’à sa vie par amour. … Comme un ami, le Christ exige tout de nous. Mais comme un ami aussi – Il comprend tout et pardonne tout. 

« Vigne de vie » – 5° dimanche de Pâques, Année B

« Moi je suis la vigne et vous les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit » (Jean 15, 1-8)

Observez une vigne. Ses sarments secs se dressent fièrement vers le ciel. Pourtant, ils sont morts et ne servent plus qu’à allumer les barbecues. Les sarments vivants, eux, ploient sous le poids de leurs grappes. Leurs raisins pèsent lourds, mais ils sont la preuve que ce sarment porte du fruit. 

Il ne va ainsi dans la vie des hommes. D’aucuns se dressent tout droit d’orgueil, mais ils sont secs. Leur vie ne porte aucun fruit. Malheureux sont ces hommes – si riches et puissants soient-ils. Ils vivent sans fécondité et sont des morts-vivants. D’autres hommes ploient sous le poids de la charge et ils peinent. Heureux sont-ils pourtant, car tel est le signe qu’ils portent du fruit. Ils sont donc bien vivants. 

Prions tout spécialement pour les enfants et jeunes gens qui feront ces jours-ci leur première communion, profession de foi, ou confirmation, en ce temps de pandémie et confinement. Qu’ils n’oublient jamais l’enseignement du Christ: « Moi je suis la vigne et vous les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit »     

Les églises, leurs fabriques, la commune… et le valet noir – La Libre p.39

Ce lundi 26 avril est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre en p.39.

Pour la consulter, cliquez sur (son titre d’origine, repris dans la version papier) : « Les églises, leurs fabriques, la commune… et le valet noir ».  

Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression. 

« Le bon Pasteur » – 4° dimanche de Pâques, Année B

« Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » (Jean 10, 11-18)

Dans le domaine du spirituel et du religieux, il existe de nombreux gourous, voyants, guides, etc. adaptés à vos goûts et votre portefeuille. Cependant, le jour où vous êtes fauché, il n’y a plus personne. Ceux-là sont des mercenaires. Toute autre est l’image du bon berger – du vrai pasteur : il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Pour elles, il donnerait sa vie.

J’ai compris cette parole, il y a une vingtaine d’années. Je faisais une marche dans les Causses – la région la plus désertique de France. Là ne poussent que des cailloux et des chardons. Je vis par une brûlante journée, ce vieux berger qui guidait un maigre troupeau, accompagné d’un petit chien tout sale. Le troupeau s’approcha et j’entendis que – de sa voix rauque – le pasteur appelait chacune des brebis par son nom. Et celles-ci reconnaissaient sa voix.

Ainsi le Christ : Il appelle chacun par son nom. Heureux celui qui reconnaît Sa voix. Il est le bon berger. Pour nous, Il a donné Sa vie. En ce dimanche des vocations, prions pour que – aujourd’hui encore – des jeunes entendent la voix du bon Pasteur et se mettent à sa suite. 

« Shalom – Salam – Pax » – 3° dimanche de Pâques, Année B

« Comme ils parlaient encore, Lui-même était là au milieu d’eux et Il leur dit : La paix soit avec vous » (Luc 24, 35-48)

Le principal message du Ressuscité à ces proches est : « La Paix soit avec vous ». La paix… voilà un mot récurrent dans toutes les grandes religions et spiritualités : shalom, salam, pax,… Tout naturellement, nous assimilons la paix avec le repos, voir la mort. « Laisse-le en paix, il dort », dit la maman à son petit quand papa fait la sieste. « Enfin en paix », pensons-nous une fois rentré à la maison après une rude journée. « Repose en paix », dit-on en pensant à un défunt (abrégé en latin, cela donne R.I.P : « requiescat in pace »). Bref, l’agitation serait du côté de la vie en société et la paix du côté du retrait de ce flot incessant d’activités qui nous assaillent. Il y a du vrai en cela : pour nous épanouir, nous avons besoin d’une dose de silence et de solitude. 

Et pourtant, la paix qu’offre le Christ n’est pas celle du hamac, de l’île déserte ou des cimetières. Il s’agit de la paix que ressent Celui qui croise spirituellement le regard du Ressuscité. Celui-ci « ouvre l’esprit à l’intelligence des Ecritures ». Il donne de comprendre qu’en Lui l’amour est vainqueur même de la mort. Alors une paix nous gagne, même au cœur des pires turbulences. Elle n’est pas synonyme de « tranquillité », mais bien de « sérénité ». Celle que ressent l’homme qui se sent inconditionnellement aimé. 

« Notre jumeau » – 2° dimanche de Pâques, Année B

« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu !» (Jean 20, 19-31)

Le prénom Thomas signifie « jumeau ». Et de fait, l’apôtre Thomas est un peu notre frère jumeau : comme lui, nous aimerions bien « un peu voir », histoire d’« un peu plus croire »

Mais il s’agit d’un piège : Celui qui voit, est convaincu. Il ne devient pas plus croyant, pour la cause. La foi chrétienne est une illumination intérieure, bien plus que la conclusion d’un raisonnement. Elle n’explique pas tant le monde, mais donne de le voir avec la perspective d’En-Haut. Ainsi, celui qui déclare « croire en quelqu’un », ne dit pas tant qu’il est convaincu que cette personne existe, mais bien qu’il est assuré que cette personne est digne de confiance. De même, la foi chrétienne n’implique pas tant de « croire que Dieu existe ». (D’ailleurs beaucoup disent : quand je vois comment ce monde ne tourne pas rond – même s’Il existe – à quoi ce Dieu me sert-il ?)

Non, la foi, donne de saisir dans son cœur que « j’existe pour Dieu ». Depuis ma conception, Il fait alliance et marche avec moi. En Jésus, Il a donné Sa vie par amour pour moi. Ce n’est que cela qui donne de tomber à genoux comme Thomas et de s’écrier : « mon Seigneur et mon Dieu ! » 

« Alléluia ! » – Nuit et jour de Pâques, Année B

« Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. »(Marc 16, 1-7)

La mort biologique est la seule certitude humaine que nous ayons. Tous nous allons mourir. Même Jésus, le Verbe divin fait homme, a connu la mort. Et la mort horrible et injuste sur une croix. 

Mais pour nous chrétiens, la mort n’est pas une réalité ultime. C’est ce que les chrétiens proclament à la face du monde depuis plus de 2000 ans : « Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. »  

Pâques signifie « passage ». Passage par la mort vers une vie autre, une vie plus vive, une vie en Dieu. Telle est le grand signe que nous donne la résurrection du Christ, prémisse et gage de notre propre résurrection. Dés maintenant, ne laissons pas la peur, l’égoïsme et les ténèbres prendre pied dans nos vies. Vivons en enfants de lumière. Christ est ressuscité. Alléluia !  

Dans l’église… comme un poisson hors de l’eau

Le chanoine K. Billod, vice-adjoint au Vicariat à la pêche miraculeuse, annonce ce 1er avril quelques règles de célébrations possibles pour le Triduum de Pâques. Certaines paroisses du pays ont déjà eu l’idée de célébrer avec un cercueil dans l’église, afin de faire passer la jauge de 15 personnes autorisées à 50, permises pour des funérailles. Il s’agirait de généraliser cela en améliorant la formule.

Comment?  En mettant dans chaque église un cercueil avec un gros saumon à l’intérieur. 

Pourquoi? Le poisson est, depuis les origines, un des symboles du disciple du Christ. De plus, le saumon est une catéchèse aquatique, vu qu’il nage à contre-courant. Enfin, quoi de mieux qu’un poisson pour nager entre les différentes vagues du virus? 

Effets bénéfiques? La célébration se transformant ainsi en funérailles du saumon, 50 personnes pourraient y assister.

Certains esprits grincheux nous objecteront que nous contournons de la sorte les règles sanitaires avec mauvaise foi. Que du contraire, car après quelques jours, une certaine odeur de sainteté se dégagera du saumon et emplira l’église, ramenant de la sorte la présence des fidèles bien en deçà de 15 personnes. Il suffisait d’y penser. 

Bref, que des avantages et enfin une bonne nouvelle en ce temps de pandémie qui se prolonge. Dommage d’avoir d’avoir dû attendre un 1er avril pour y penser….  

« Eloï, Eloï,…» – Dimanche des Rameaux et de la Passion, Année B

« La sixième heure étant venue, il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Eloï, Eloï, lama sabachthani? ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? (…) Jésus, ayant poussé un grand cri, expira. Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré de la sorte, dit: Assurément, cet homme était Fils de Dieu.». (Marc 14, 1-15, 47. Marc 15, 1-39)

Avec le dimanche des Rameaux débute la « Semaine Sainte », c’est-à-dire la sainte semaine des chrétiens. La semaine où est résumé le mystère de notre foi en un Dieu qui aime l’humanité à en mourir. De cet Amour fou qui transfigure nos péchés, les rameaux qui traditionnellement ornaient les crucifix de nos maisons, étaient le rappel tout au long de l’année.  

Cette année, tout sera différent, mais pas pour autant moins signifiant. Les carêmes imposés sont aussi les plus puissants. Ne vivons pas cette semaine de façon distraite, même si nous ne pourrons que peu participer aux offices de la semaine sainte. Pâques s’annonce. Préparons nos coeurs et nos âmes.