Doping, wielrennen en… mijn overgrootvader

Emile de Beukelaer – mijn overgrootvader – was de zoon van François-Xavier de Beukelaer (1838-1917), die in 1863 begon met het bereiden van de kruidenlikeur « Elixir d’Anvers » en hiervoor de likeurstokerij FX De Beukelaer oprichtte. De familie was lid van de gegoede liberale burgerij van Antwerpen.

Dank zij ‘Wikipedia‘ heb ik de man wat beter leren kennen: In de jaren 80 van de 19e eeuw ontpopte hij zich tot een uitstekende wielrenner. Toen gebeurde het nog op een ‘hoge bi’. In 1885 en 1886 werd hij zelf Belgische kampioen wielrennen. In 1889, stopte hij echter met het fietsen. De jonge man was toen 22 en ging werken in de familiale stokerij. Datzelfde jaar kocht hij een auto en werd lid van de Automobile Club Anversois. Maar wielrenner bleef belangrijk voor hem: In 1890 werd hij voorzitter van het sportcomité van de Belgische Wielrijdersbonfd die in 1882 was opgericht. In 1893 werd hij eveneens voorzitter van de Antwerp Bicycle Club en was de promotor van de bouw van de tweede Antwerpse velodroom, die in Zurenborg werd gebouwd. Hij was verantwoordelijke van de wielerbaan tot in 1902. Met het oog op de Wereldtentoonstelling en het wereledkampioenschap wierennen die beide in 1894 in Antwerpen werden gehouden, zetelde de Beukelaer in de respectievelijke organisatiecomités. Later zat hij nog in de organisatiecomités van het wereldkampioenschap baanwielrennen die in 1905 op de Zurenborgvelodroom werden ingericht en in het wielercomité van de Olympische Zomerspelen 1920 van Antwerpen.  Begin 1900 was de in 1892 opgerichte International Cycling Association uit elkaar gevallen omwille van feit dat de Anglelsakische landen, die in de meerderheid waren, niet wilden weten van het wielrennen als beroepssport. Onder impuls van Frankrijk kwamen op 14 april 1900 de afgevaardigden van de Italiaanse, Franse, Belgische, Zwitserse en Amerikaanse wielerbonden samen in Parijs. Op de bijeenkomst werd de UCI opgericht, de nieuwe vereniging die de internationale organisatie van de wielersport verder ging uitwerken. Emile De Beukelaer werd verkozen tot eerste voorzitter van de UCI. De Beukelaer slaagde erin om zijn ideeën in verband met de professionalisering van de sport door te drukken en bleef in functie tot aan zijn dood. In een studie die 40 jaar na zijn dood verscheen werd hij de voorzitter-dictator genoemd. Mijn overgrootvader stierf in 1922 op 55-jarige leeftijd aan de gevolgen van griep. Bij de UCI werd hij opgevolgd door de Fransman Léon Breton.

Bestaat er een link tussen Emile de Beukelaer en de hedendaagse dopingsaffaires? Misschien wel. De UCI werd dus opgericht om de wielersport te professionalisen. Iets wat de Britten voor sport toen niet wensten – zoals de film Chariots of fire het goed uitlegt. De dopingschandalen van deze jongste dagen, zijn daar misschien verre opvolgers van: Het moest altijd maar professioneler worden… En toen kwam Lance Amstrong.

A propos de la Bête et de ses « bons côtés ».

Ce 30 janvier, cela fait 80 ans qu’Hitler arriva au pouvoir en Allemagne. Ci-dessous un article que j’ai publié à ce sujet dans les colonnes du quotidien « La Libre », il y a exactement 5 années. La récente sortie d’un politicien italien soulignant les « réalisations positives » de Mussolini, nous rappelle l’actualité du propos:

Il y a trois quarts de siècle
Le 30 janvier 1933 – il y a tout juste 75 ans – un homme arriva démocratiquement au pouvoir dans un des grands pays d’Europe. Les années suivantes, ce chef d’état prit régulièrement la parole devant des centaines de milliers de ses compatriotes venus l’écouter dans la liesse. Il s’appelait Adolf Hitler. Comment expliquer une telle popularité ? Derrière son chapelet de crimes, le régime nazi dégageait-il donc aussi des « bons côtés »?

Pareille question est récemment revenue dans l’actualité. Il y a trois mois, au lendemain de la controverse qui avait coûté son poste à la présentatrice de télévision allemande Eva Hermann pour avoir loué la politique familiale du régime nazi, les conclusions d’un sondage d’opinion pour le magazine Stern ont jeté la consternation dans la communauté juive et les milieux politiques : Un Allemand sur quatre estimerait que, de fait, le IIIe Reich avait aussi ses bons côtés… Comme exemples de ce qu’ils jugent positif sous Hitler, 25% des Allemands indiquent la construction des autoroutes, la réduction de la criminalité ou la politique familiale, … Les opinions conciliantes envers le IIIe Reich varient selon l’âge: 37% des plus de 60 ans; 15% entre 45 et 59 ans, mais ce taux remonte à 20% chez les plus jeunes.

Faut-il en conclure – comme on l’a écrit – que l’Allemagne a encore du mal à gérer son lourd héritage ? Qu’elle hésite toujours entre normalisation et mauvaise conscience ? Sans doute. Mais je suis d’avis qu’il y a plus. Pareil résultat est une invitation à fixer droit dans les yeux notre devoir de mémoire face à « la Bête ». Et il s’agit de le faire en évitant deux écueils : D’une part, celui qui banalise l’épopée hitlérienne par des discours, du genre : « Hitler a sans doute commis des excès, mais il a surtout eu le tort de perdre la guerre. S’il avait gagné, nos manuels scolaires l’auraient rangé parmi les grands conquérants ».  L’autre écueil consiste à diaboliser les bourreaux nazis. Evidemment, cela rassure. Entre  « la Bête » et nous, il n’y aurait aucun point commun. Le nazisme serait une maladie mentale dont seraient immunisés les gens normaux. Bref, les gens comme nous…

Dangereuse illusion. La plupart des responsables nazis étaient justement des gens tout à fait normaux et même remarquablement éduqués, voire parfaitement sympathiques. Le peuple allemand était à l’époque un des plus cultivés de la terre. Et Hitler, ce « brave type » – si aimable avec ses secrétaires – fut sans doute le chef d’état le plus populaire de toute l’histoire germanique. Oui, reconnaissons-le : le régime nazi avait « ses bons côtés » ; de belles autoroutes et tout ça… On peut même ajouter que les nazis ont sans doute à leur actif bien plus de « réalisations positives » que les dictatures sauvages et idiotes des Pol Pot et autres Duvalier.

Résister à la Bête
C’est précisément cela qui rend l’épopée nazie si froidement monstrueuse. L’odieuse aventure a séduit des millions de « gens biens » qui nous ressemblent. Le délire collectif nazi était un cancer qui se nourrissait des « bons côtés » du peuple allemand : la fierté nationale, le sens de la communauté, le besoin d’ordre et de sécurité, la discipline, la conscience professionnelle,…. D’où cette gêne qui accompagna, après la guerre, le jugement de nombre de bourreaux de l’holocauste. C’était pour la plupart des fonctionnaires qui avaient mis un point d’honneur à ce que « leur travail soit bien fait ». Ainsi écrivait Hannah Arendt lors du procès d’Eichmann : « Il eut été réconfortant de croire qu’Eichmann était un monstre ». Pourtant, beaucoup comme lui, lui ressemblaient « ni pervers, ni sadiques ». Ces gens étaient « effroyablement normaux ».

C’est sans aucun doute cela une des plus dures leçons que le nazisme laisse à notre devoir de mémoire : Il rappelle aux hommes que la Bête dort en eux. Qu’il suffit de bien peu de chose pour que celle-ci se réveille et dévore leur part d’humanité. Quelle que soit notre croyance ou incroyance, l’enjeu de la résistance à pareil naufrage est d’ordre spirituel.

La haine du Juif, qui catalysa les énergies nazies, est révélateur à cet égard. Plus que tout autre peuple, les Juifs sont marqués d’une empreinte symbolique qui est d’ordre spirituel. Au cours des siècles, l’identité juive fut forgée par le sentiment d’être le sujet d’une alliance divine. Cette conscience vive constitua le peuple ainsi élu et, d’une certaine façon, le mit à part du genre humain. Cela, la « normalité nazie » ne pouvait le souffrir : le Volk se devait monolithique. Et l’esprit qui animait ce Volk ne pouvait venir que du bas, soit des forces vitales qui pressent un peuple à se déployer sans autres barrières morales que le droit du plus fort. L’esprit du peuple juif, lui, vient du haut. Il porte en ses entrailles la question posée à Caïn : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Que les citoyens de nos démocraties ne s’accordent pas sur l’origine – divine ou non – d’une telle parole, n’est pas fondamental. A condition de reconnaître que c’est la libre soumission à pareille Parole qui rend l’homme authentiquement humain. A condition aussi d’avoir l’humble lucidité de s’avouer que ce combat-là n’est jamais gagné une fois pour toute. A tout moment, la Bête peut se réveiller. Tapie au plus noir de chacune de nos âmes, elle somnole en effet d’un sommeil léger.

Dank u, Majesteit

Tweemaals bevond ik me toevallig in Nederland op ‘Koninginendag’. Een indrukmakende belevenis. Voor een Vlaming zijn  Nederlanders even bizar als Fransen het zijn voor Franstalige Belgen: Zo op ons gelijkend en toch zo « verschikkelijk » (op z’n Hollands uitgesproken) verschillend. Echte buren, aldus. De Nederlanders houden van hun koningshuis en tonen het op koniginendag in alle kleuren – maar vooral oranje.  En deze hulde heeft aftredende koningin Beatrix zeker verdiend. Dank u dus, Majesteit.

Ik heb haar maar één keer ontmoet. Ze was net koningin. In 1980 studeerde ik in Wales op een United World College (www.uwc.org en www.uwc.nl en www.uwc.be) , één van de veertien internationale colleges gesticht door Kurt Hahn, een geniale Jood die voor de nazis moest gaan vluchten. Een school waar ik leerde dat mensen echt van mekaar verschillen, maar dat dit precies een grote rijkdom voor onze mensheid is. Wel, haar Majesteit kwam op privé bezoek naar mijn college om te beslissen of deze school zou passent voor haar oudste zoon. Zo studeerde de toekomstige koning Willem-Alexander op een plek die van jonge mensen wereldburgers wil maken. Net als ik, hij heeft er blijkbaar goede herinneringen aan overgehouden, want hij steunde met kracht de oprichting van een nieuw UWC college in Maastricht. De keuze voor een troonopvolger van zo’n originele school, vol met jonge idealisten beladen met gekke dromen,  was een riskante maar verstandige beslissing, Majesteit. Ook hiervoor, dank u.

La « crapule », les paumés et les patrons

« Crapule! » – En désignant de façon si peu flatteuse Lakshmi Mittal, les politiques se font surtout porte-parole du désarroi populaire. Combien de familles, la décision de fermer plusieurs lignes de phases à froid, va-t-elle faire basculer dans la précarité? Chaque année, leur nombre gonfle en région liégeoise. Je ne parle pas ici de la cohorte de celles et ceux qui vivent en décrochage social. Ni alcooliques, ni délinquants, ni drogués et pas forcément sans diplômes ou malades, les paumés de la mondialisation ont le visage de Monsieur et Madame tout-le-monde. Ce sont des citoyens qu’un accident économique fait passer « sous la ligne de flottaison »: Incapacité de payer une facture, coupure d’électricité, sur-endettement,… Et s’ils sombrent dans la dépression, ce n’est qu’en réaction à l’épreuve financière et morale qui les frappe.
La faute à des « crapules »? Les choses seraient simples, si la sidérurgie wallonne était victime d’un grand complot, ourdi par de méchants capitalistes. La réalité est plus froide. Les Mittals de ce monde suivent la logique implacable et aveugle de la finance sans balises. Tous les analystes le soulignent: Aucun interlocuteur politique n’est de taille à faire obstacle aux calculs d’une multinationale. Voilà pourquoi, se battre pour un rééquilibrage de l’économie mondiale – comme je le soulignais dans un de mes derniers « posts«  – est une des grandes priorités de l’heure.

Ceci n’empêche pas une réflexion concrète sur l’avenir de l’emploi liégeois. J’étais jeune prêtre quand un cadre retraité de la FN m’emmena sur les hauteurs de Liège et me dit: « Regarde la cité ardente: Cette ville de 200 000 habitants vivait, il y a quelques années encore, grâce à trois employeurs majeurs: la FN, le Val ST Lambert et Cockerill. Tous trois ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Et pourtant la population de la ville est restée stable. L’explication? Beaucoup de personnes ont retrouvé un emploi grâce aux petites et moyennes entreprises. Ce sont elles l’avenir de notre région. » C’était bien vu. Le pays de Liège n’a jamais tant eu besoin d’entrepreneurs. Ici, une anecdote récente me vient à l’esprit. Il y a peu, je me trouvais chez un couple. Il y a quinze ans, ils ont fondé à la sueur de leur front une PME qui emploie aujourd’hui neuf personnes et a un chiffre d’affaires en croissance. Ces dynamiques quadras n’ont rien d’ultra-libéraux cyniques – bien au contraire. Ceci ne rend leur témoignage que plus pertinent: « Nous croulons sous les contrôles et les taxes tracassières. C’est vraiment décourageant. Pour essayer de faire bouger les choses, nous nous sommes un temps engagés dans les instances wallonnes représentant les entreprises, mais sans résultat. Le point de vue des petits patrons n’est que peu pris en compte dans ce pays ». Je leur suggérai de rencontrer des politiciens pour leur communiquer un tel message, mais ils me répondirent par un soupir qui en disait long sur leur résignation. Ils ajoutèrent: « Et ne nous confondez pas avec ces top managers aux salaires astronomiques. Quelles que soient les qualités de ces derniers, ce ne sont pas des patrons. Simplement des employés au service d’un actionnariat ». Ce témoignage comporte sa part de subjectivité – comme tous les témoignages. Mais il mérite réflexion. Les vrais patrons – ceux qui sont capitaine d’un navire qui leur appartient – sont une denrée trop rare pour que nous ne les écoutions pas.

« Coup de théâtre » – 3e dimanche de l’Année, Année C

« Cette parole, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » (Luc 1, 1-21)

Jésus commence à se faire une réputation en Galilée. Quand Il revient dans son village de Nazareth, ils sont donc  nombreux à vouloir le rencontrer. Le voilà qui se rend le jour du sabbat à la synagogue. On lui présente le rouleau du prophète Isaïe. D’habitude le lecteur poursuivait par un commentaire. Jésus choisit le passage où il est dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ». Puis, pour toute explication, Il proclame : « Cette parole, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » Coup de théâtre pour ces villageois qui ont vu grandir le fils de Marie : Quel culot ! Il se prend pour le Messie. D’où un mouvement de colère et d’incrédulité. Ceci expliquera le commentaire désabusé de Jésus : « Nul n’est prophète en son pays ». A nous aussi, il est demandé de croire que la Parole de vie s’accomplit au cœur de nos vies.

Acelor-Mittal – Quelle mondialisation? L’évêque de Liège réagit

Mgr Jousten, Evêque de Liège, réagit à l’annonce brutale de la fermeture de plusieurs sites de phases à froid dans le bassin liégeois:

Il fait froid dans le bassin liégeois. Depuis ce matin, il fait encore plus froid, puisque la fermeture de plusieurs sites de la phase à froid est programmée. Les métallos et leurs familles se posent des questions graves sur leur avenir. Et ils ne sont pas les seuls. Nous savons que les emplois ne tombent pas du ciel ; au contraire, ils sont souvent -comme des feuilles- emportées par le vent. Dans quel modèle de société vivons-nous ? Lequel voulons-nous ? Voilà les questions fondamentales. Soyons solidaires dans le moment présent ! Osons préparer l’avenir ! Encourageons toutes les forces vives dans la région et au-delà à imaginer et à oser des projets concrets et réalistes. Je suis convaincu que c’est la première étape pour « forcer l’avenir ».
+ Aloys Jousten
Évêque de Liège

Entre la colère des uns qui lancent « tous pourris, ces patrons » et le fatalisme d’autres qui expliquent « c’est la logique aveugle de la mondialisation », il est important de rappeler une vérité: Ce n’est pas la mondialisation en tant que telle qui fait problème, mais bien la mondialisation débridée, c’est-à-dire non canalisée par une instance politique internationale. Il en va des lois du marché, comme d’un fleuve. On ne peut en ignorer l’existence, mais le génie de l’homme est là pour domestiquer les éléments de la nature. Les Liégeois sont riverains de la Meuse et ils en ont fait l’expérience au cours de leur histoire: Un fleuve sans berges, ni écluses… cela occasionne de terribles inondations et crée des marais inhabitables. Il en va de même avec les lois du marché. Donc, oui à l’économie mondiale, mais non à la jungle économique mondialisée. C’est ce que rappelle depuis un demi-siècle la trop méconnue doctrine sociale de l’Eglise. A cet égard, je renvoie vers un excellent article paru ce jour sur le blog Belgicatho.

 

« Cuvée divine » – 2e dimanche de l’Année, Année C

« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. » (Jean 2, 1-11)

Le temps de la Nativité se termine. Jusqu’au début du carême, nous entrons dans le cycle des dimanches, dits « ordinaires ». Les prêtres et diacres portent à cette occasion des vêtements liturgiques verts – couleur de l’espérance. Ce n’est donc pas par hasard que l’Evangile de ce dimanche raconte le premier des « signes » opérés par Jésus : celui des noces de Cana.  Les époux n’ont plus de vin. Alors, et sur insistance maternelle, Jésus change l’eau en vin – un vin meilleur que celui qui avait été prévu. Ici, l’anecdote rejoint l’histoire sainte : Quand l’humanité veut célébrer ses noces avec Dieu, elle n’a plus que l’eau de nos calculs médiocres à offrir. Alors, le Verbe de Dieu s’invite à la noce. Et de notre vulgaire eau, il fait un vin meilleur que tout ce que nous aurions pu rêver. Cette cuvée divine, est celle de son amour donné jusqu’à en mourir. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, la conseil de sa mère est actuel pour nous : « Faites tout ce qu’Il vous dira ».

De quel côté est la nature – réaction à une chronique de François De Smet

Pour ceux qui ne le connaissent pas, François De Smet est à mon sens un des jeunes intellectuels libre-exaministes les plus prometteurs de Belgique francophone. Formé à l’ULB dans le giron de pointures comme Hervé Hasquin et mon ami Baudouin Decharneux, c’est un penseur réellement « libre » et authentiquement « exaministe ». Je ne retrouve, par exemple, chez lui nulle trace de cet anticléricalisme de salon bien belge qui consiste à défendre tout et son contraire, tant que cela contredit les cathos. Voilà pourquoi, je suis souvent d’accord avec lui. Voilà pourquoi, aussi, je vous invite à lire sa chronique du 15 janvier, diffusée sur les antennes de la radio RTBF « Première »: « La Nature n’est du côté de personne ».  (et sur son blog: www.francoisdesmet.be).

Je résume son argument: Les défenseurs du mariage traditionnel ne sont pas forcément homophobes, mais ils se réclament d’un ordre « naturel ». Or, la science nous démontre à l’envi que la nature n’a pas d’ordre éthique donné. Elle s’adapte pour survivre. Donc, c’est exactement ce que les hommes doivent faire, s’ils veulent exister sans s’enchaîner à un « pseudo-ordre » cosmique – qui n’est qu’un phantasme créé par la peur de vivre tout simplement. Je cite sa conclusion: « Voilà pourquoi le débat français est important. Derrière l’intitulé quelque peu boboïsant de « mariage pour tous » se cache le fond philosophique d’un combat visant à en finir avec ce que les traditions nous ont pris de liberté. Reprendre cette liberté n’empêche pas de garder tout ce qui, dans les traditions et les religions, inspire et élève à la spiritualité. Mais il faut rester intransigeant face à ceux qui estiment que leur doctrine, quelle qu’elle soit, est celle de l’ordre du monde et que la nature est de leur côté. Les opposants au mariage pour tous sont des gens qui veulent continuer à avoir peur ; peur de Dieu, peur du noir, peur du chaos, peur que l’histoire n’ait pas de sens déterminé. C’est pour cela qu’il n’y a que dans la tradition, le passé, l’ordre du monde qu’ils trouvent du sens à la vie. Ils trouvent dans la chaleur du dogme une nature qu’ils croient de leur côté. Ils y trouvent de quoi affronter ce qu’ils estiment sincèrement être la décadence, au lieu d’investir dans l’avenir et dans cette extraordinaire liberté qu’a l’homme devant lui. Or, si la peur est une opinion individuelle respectable, elle ne peut pas servir de guide pour des choix collectifs. En l’occurrence, il ne faut pas sous-estimer la portée universelle de ce débat, dans chaque pays où il se posera. L’enjeu du mariage et de l’adoption pour tous, ce n’est pas d’ouvrir des droits à une communauté en la nommant gay ou lesbienne ; c’est au contraire de ramener tout le monde dans le même giron humain, celui des citoyens libres et égaux ».

Ma réaction: Oui, la nature biologique n’a ni direction, ni morale à proposer. Mais ce n’est pas à un philosophe comme François De Smet que je dois rappeler que le mot « nature » a un sens bien plus large dans l’histoire de la pensée. Un sens qui ne l’oppose pas à la « culture », mais qui au contraire englobe celle-ci. Un sens qui invite l’homme à canaliser les forces aveugles de la biologie pour les transformer en projet humaniste. Prenons l’exemple du langage. Il est dans la nature biologique du singe hominidé de pousser des cris. Mais l’évolution des cordes vocales fit en sorte que ces sons devinrent des mots, des syllabes, des phrases, du chant, de la rhétorique et de la poésie. Où finit la nature? Où commence la culture? Question sans fondement: Il est dans la nature de l’homme de parler – événement tant naturel que culturel. Revenons-en donc à l’institution du mariage. Je partage pleinement l’analyse de François De Smet, qu’aucun modèle de mariage est donné par la nature biologique. Nos ancêtres des cavernes étaient plutôt polygames et sans doute que certains comportements homosexuels y étaient coutumiers. L’avenir consisterait-il donc de revenir à cet état premier – sorte de retour au bon sauvage dépeint par Jean-Jacques Rousseau? Au contraire, si d’aucuns défendent l’idéal du mariage monogame et sexué, c’est parce qu’ils pensent que cette création historique entre le mieux dans la nature de l’homme, pour fonder sa dimension familiale. Sans exclusion d’autres chemins. De tous temps, des personnes n’ont pas choisi le statut d’époux dans le mariage « classique » – à commencer par les célibataires religieux. Ils avaient une autre place dans la société. Est-il pour autant discriminatoire de défendre cette institution comme un idéal? Non. C’est un choix politique. Un choix de société. Et tout choix trace des limites. On peut contester le choix et déplacer les limites. Mais prétendre que la liberté se trouve du côté du « no limit » est un leurre. La limite a sa raison, à condition qu’elle soit une balise qui rende l’homme plus libre. Contrairement à ce que prétend François De Smet (et c’est la partie la plus faible de son argumentation), ce n’est pas la peur qui explique nos différences de point de vue. Entendez: J’aurais peur de l’univers et lui non. Voilà pourquoi, je me raccrocherais à un ordre cosmique. Ce qui nous différencie, est une vision différente de l’humain. Celle de François est représentative du libéralisme philosophique. Pour lui, l’homme est un individu placé dans le cosmos, avec pour trésor cette liberté qui le rendrait autonome… Liberté dont l’origine demeure assez mystérieuse, dans un univers où tout est conditionné. Ma vision de l’homme, est celle du personnalisme. L’humain est un être de relation. Il advient à la liberté en construisant avec son prochain des relations vraies, belles et bonnes. D’où l’idéal d’un mariage pour toujours, qui lie un homme à une femme et fonde la famille. Projet fragile et sans cesse passible d’échec, car l’échec fait partie de la vie. Projet qui n’est pas exclusif d’autres chemins. Nombre d’humains prennent d’autres voies, pour différentes raisons – et votre serviteur en fait partie. Mais projet qui a du sens. Projet qui mérite d’être défendu. Projet de liberté et non de peur.

Mariage pour tous – Deux réflexions

Par manque de temps, je ne me suis pas encore prononcé dans ce blog sur le débat qui agite la France autour du mariage pour tous. Sur le fond, personne ne s’en étonnera: mon avis sur la question du « mariage pour tous » rejoint celui exprimé par les évêques de Belgique. Dès 1998 – donc avant l’adoption de la loi sur le mariage homosexuel – ceux-ci ont déclaré qu’ils comprenaient que des couples unisexes stables demandent un statut reconnu par la société avec des droits et des devoirs réciproques. Cependant et afin de préserver la symbolique de l’alliance conjugale entre l’homme et la femme, ils ne souhaitaient pas que pareil statut se confonde par mimétisme au mariage. A réalité autre, construction juridique adaptée. De même, ils déclareront plus tard comprendre que les élus de la Nation offrent aux enfants éduqués par des couples homosexuels toutes les garanties légales nécessaires, mais qu’ouvrir un droit généralisé à l’adoption aux couples unisexes ne serait pas dans l’intérêt des enfants. Depuis, des lois légalisant le mariage et l’adoption homosexuelle ont été votées en Belgique. Je n’ai pas changé d’avis, mais je prends acte de ce choix démocratique et, comme tant d’autres, j’ai des connaissances homosexuelles qui « ont fait le pas ». Pour varier le débat, ce n’est donc pas sur le fond de la question que je souhaite ici m’arrêter, mais bien sur deux de ses aspects connexes.

Le premier est la crise de l’institution civile (en France: républicaine) du mariage. Une récente étude sociologique montre qu’en Belgique, 45% des enfants, sont nés en 2009 hors mariage, alors qu’ils n’étaient que 4% en 1980. En France – chose impensable, même sous Mitterrand – le chef de l’Etat n’est pas marié, sans que cela ne crée de grosses polémiques – et son prédécesseur se re-re-maria en cours de mandat. Cela illustre bien que quand on parle de « mariage pour tous », il faut se rendre compte que l’institution protégée par le Code civil est paradoxalement bien plus en perte de vitesse que la conception catholique du mariage. Je comprends donc l’argument de certains théologiens, qui suggèrent de donner un autre nom que celui de « mariage » au sacrement catholique, ce dernier désignant un engagement bien précis: l’union indissoluble (pour le meilleur et pour le pire) entre un homme et une femme. En effet, l’écart entre la réalité profane et culturelle du couple et celle du sacrement, devient aujourd’hui très grand. Ces théologiens se demandent donc si un même nom (mariage) peut encore désigner deux réalités devenues si différentes, sans créer trop de malentendus. Puisque la société a transformé en profondeur la conception civile du mariage, peut-être l’Eglise devra-t-elle transformer le nom qui est donné au sacrement, afin d’en préserver le sens. Voilà en tout cas, un beau sujet à méditer.

Un second aspect des choses qui m’a frappé, c’est que nous sommes adeptes de la démocratie… tant que les autres pensent comme nous. C’est, en effet, ce que je me suis dit en observant la réaction navrée de nombre d’observateurs belges, face au succès de la mobilisation française contre le « mariage pour tous ». « Comment se fait-il que la France – pays laïque par excellence – ne puisse avoir un débat serein sur le sujet? », fut le commentaire de plus d’une rédaction dans notre pays. La presse aurait-elle dit la même chose si un demi-million d’indignés était descendu dans les rues de Paris pour contester l’austérité économique? Non, bien sûr. Alors, pourquoi ce deux poids, deux mesures? Parce que – selon ces observateurs –  le « mariage pour tous » irait dans le sens du progrès. Curieux, tout de même, que des penseurs qui se disent attachés à la laïcité, développent une vision quasi sacrale de l’histoire. Pourquoi le mariage entre personnes du même sexe, irait-il forcément dans le bon sens? Réponse habituelle: « Parce que cela respecte davantage la libre volonté des individus ». Dans ce cas, pourquoi s’accrocher à la monogamie? Pourquoi ne pas également permettre le mariage entre plus de deux adultes consentants? Cet exemple par l’absurde, illustre que les critères qui fixent le mariage sont un choix de société. Et choisir, signifie mettre une limite. Celle-ci exclura inévitablement certaines personnes. Pareil choix n’est pas anodin. Il est donc sain qu’un vaste débat de société s’organise en France sur le sujet et que celui-ci mobilise de nombreux partisans des deux positions. Je salue surtout le fait que l’unanimité se soit faite entre les deux camps pour condamner toute forme d’homophobie. Combattre le rejet de l’autre, c’est cela – bien plus qu’un consensualisme mou sur tout sujet de société – qui est un indice de la bonne santé démocratique d’une société.

Etonnant échange… – Baptême du Seigneur, Année C

« Moi, je vous baptise d’eau (…). Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. » (Luc 3, 15-22)

Les premiers chrétiens étaient surpris d’apprendre que Jésus avait reçu le baptême de Jean. Comment s’expliquer que Celui qui est sans péché, reçoive un baptême de conversion – un baptême destiné aux pécheurs ? Et pourtant, c’est ainsi. Avant d’entamer Sa mission publique, le Christ se rend pleinement solidaire du destin des hommes. J’ai visité le lieu où – selon les Ecritures – Jean baptisait. Le fleuve y est boueux, car il charrie toutes les impuretés transportées depuis sa source. Celui qui est plongé dans le Jourdain à cet endroit, ressort de l’eau plein de boue – comme chargé du poids de péché des hommes. En demandant le baptême de Jean, c’est de cette boue humaine que le Christ se charge. Jésus se rend solidaire de notre condition pécheresse pour nous rendre solidaire de son intimité avec le Père dans l’Esprit. Par notre baptême chrétien, nous sommes plongés dans la vie et la mort du Christ pour ressusciter avec Lui. Etonnant échange : Lui se charge de notre boue, afin que nous soyons revêtus de Sa lumière. Comme prophétisa Jean : « Moi, je vous baptise d’eau (…). Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. »