Miséricordieuse vieillesse… – 5e dimanche de Carême, Année C

« Ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés » (Jn. 8, 1-11)

L’histoire de la femme adultère révèle toute la finesse psychologique de Jésus. Au lieu de plaider l’acquittement de la coupable « car il faut bien être chrétien – n’est-ce pas mon bon Monsieur ? », Jésus met une condition à sa lapidation : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ».

Avec humour, l’évangéliste note : « Ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés ». La vieillesse a cela de bon, qu’elle rend souvent l’homme plus lucide sur lui-même… Et parfois même, plus miséricordieux envers les autres.

D’autant plus qu’un chrétien sait que Celui qui est sans péché, ne jette – Lui – jamais la pierre : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Let’s make Lidge great again. 

En ce 1er avril, il se murmure que le diocèse de Liège se met à l’école de figures inspirantes, déclarant vouloir reprendre le Groenland, le Canada, le Panama, etc.
L’ancienne principauté ecclésiastique déciderait ainsi de récupérer le diocèse de Namur, des morceaux du diocèse de Tournai, l’archidiocèse du Grand-Duché, le diocèse de Hasselt et de Roermond, ainsi qu’une bonne partie du Brabant et de la province d’Anvers.

Que les fidèles de ces diocèses n’aient aucune envie de rejoindre Liège, ne fera que renforcer la paisible certitude principautaire que ces gens n’ont tout simplement pas compris que ceci est la meilleure des choses qui puissent leur arriver.
Nous vivons décidément dans un monde formidable, où il suffit de vouloir quelque chose pour que cela devienne une idée géniale, n’en déplaise aux personnes concernées.

Rendons donc à la Principauté ecclésiastique de Liège sa grandeur.  Et que les esprits sans imagination ne pensent pas qu’il ne s’agit là que d’un vulgaire canular. Quand la réalité dépasse les plus folles fictions, c’est chaque jour poisson d’avril… 😇

In memoriam Jean-Marie Roberti (1940-2025)

J’apprends avec émotion le décès de Jean-Marie Roberti. 
Je présente mes condoléances à son épouse Marie-Cécile, à leur fille et petites-filles.
Je l’ai connu en sa qualité de Consul honoraire du Mexique.
Il fut toujours avec moi d’une attention parfaite, Marie-Cécile et lui me recevant fort gentiment à quelques reprises. 
Il me fit même entrer dans la comité accompagnant les consuls honoraires.
 
La silhouette voutée de Jean-Marie cachait une intelligence vivre, un regard enjoué et une ardente volonté de justice.
Issu d’une famille traditionnelle de culture catholique, Jean-Marie s’engagea depuis sa jeunesse dans le militantisme de gauche.
Il fut journaliste au « drapeau rouge » et travailla à la chose publique, toujours en retrait.
Il me parlait de son aversion pour une certaine gauche tiède et parfois affairiste.
Il gardait intact son idéal d’un socialisme au service des plus petits.
 
Son domicile à Chênée connut les affres des inondations. 
Heureusement, à ce moment-là il était à l’étranger.
Marie-Cécile et lui ont déménagé dans un appartement de la ceinture verte de Liège, où il me reçut une fois encore.
Ces derniers temps, je le vis moins souvent, étant moi-même moins disponible pour les activités des consuls honoraires. 
Jean-Marie a donné son corps à la science et a choisi de partir sans cérémonie publique. 
Je prierai pour lui qui était agnostique. 
Je suis persuadé que le Dieu auquel je crois accueille ce défenseurs des plus humbles.
« Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40). 
 

«  La parabole de la miséricorde » – 4e dimanche de Carême, Année C

« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi » (Luc 15, 1-32)

Mi-carême. Dimanche de la « laetare » (joie). En guise de cadeau, l’Eglise reçoit comme Evangile la plus touchante des paraboles racontées par Jésus. A tort, on l’appelle la « parabole du fils prodigue ». En fait, le personnage central, c’est le fils aîné. Cette parabole devrait donc se nommer : la « parabole du bon garçon ».

Relisez la parabole avec les yeux de ce fils exemplaire et elle prend une toute autre perspective. L’aîné de famille se crève au travail pour son père, tandis que le cadet s’amuse. Un jour, ce dernier « se casse » en emportant sa part d’héritage. L’aîné ne dit rien, mais redouble d’ardeur – sans râler. Plus tard, il apprend que son jeune frère a dilapidé sa fortune et se dit : « bonne leçon ». Un soir, ce fils sans reproche rentre tard, épuisé par le labeur des champs. Il entend des bruits de fêtes. Là, il apprend que son cadet indigne est rentré et que son père lui fait la fête. Alors, son indignation explose : « Il y a tant d’années que je me crève à ton service et je ne t’ai jamais rien demandé. Mais quand ce vaurien rentre après avoir dilapidé ton bien avec des filles, tu fais tuer le veau gras ! Et moi alors, qui suis-je pour toi ? » Colère bien compréhensible du juste, face à un Dieu qui pardonne si facilement.

C’est ici que vient la phrase-clef de la parabole. Le père répond : « Mais toi, mon enfant, tu es toujours avec moi. Et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il faut se réjouir… ! Car celui que tu appelles « vaurien » est ton frère. Tu pensais qu’il profitait de la vie, mais en fait, il était spirituellement mort. Et maintenant, il commence à revivre. Alors, je t’en supplie, partage ma joie. » La miséricorde, en quelque sorte.

« Patience et espérance » – 3e dimanche de Carême, Année C

« Seigneur, laisse-le encore cette année… Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir » (Luc 13, 1-9)

La patience n’est pas une vertu facile. Quand notre entourage se méconduit, cela nous déçoit. Et nous pensons que Dieu ferait bien de montrer qu’Il n’est pas content, Lui non plus. Voilà pourquoi, quand arrive une catastrophe, beaucoup y lisent la « main de Dieu ». Comme on disait jadis aux gosses : « Le petit Jésus t’a bien puni ». Ceci, malgré le livre de Job qui explique que le juste souffre autant que le coquin.

Au temps de Jésus, la vision archaïque d’un « Dieu punisseur » était encore fort répandue. Le Christ s’en distancie avec vigueur : Ces gens massacrés par Pilate, ou écrasés par une tour ? Cela pourrait être chacun de nous. Raison de plus pour ne pas les juger coupable de quoi que ce soit, ou de nous croire innocent de tout. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez de la même manière ».

Puis, le Fils de l’homme explique que son Père – lui – prend patience. Tel ce jardinier qui demande au propriétaire d’un figuier stérile de lui laisser sa chance. « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir ».

A méditer, en cette année jubilaire, consacrée à l’espérance : Ne pas voir en l’autre ce qu’il est (ou n’est pas), mais bien ce qu’il pourrait devenir sous le souffle de l’Esprit. Car c’est ainsi que le Père nous regarde.

In memoriam Marcel Bolle de Bal (1930-2025)

La nécrologie du « Soir » m’apprend le décès de Marcel Bolle De Bal. 
L’homme au physique de patriarche et à la barbe fleurie, était professeur de sociologie et de psychosociologie de l’ULB. 
Même si je l’ai moins fréquenté ces dernières années, nous avons débattu ensemble et avons correspondu.
Un honnête homme et une belle intelligence; toujours respectueux et bienveillant à mon égard.  
Il se déclarait athée et ne faisait pas mystère de son appartenance à la franc-maçonnerie. 
Plus original: il se voulait également personnaliste, mais d’un personnalisme – je le cite – dégagé de ses origines chrétiennes (Emmanuel Mounier). En 2018, il publiait: « le paradoxe d’un personnaliste laïque et franc-maçon. ». 
 
Nos échanges n’étaient pas tissés de langue de bois. Ainsi, en 2011, il m’écrivit: «  Je suis bien d’accord avec toi que l’accent mis sur l’autonomie (droit à l’IVG et à l’IVV : interruption volontaire de vie ou euthanasie) constitue une différence fondamentale entre les anthropologies laïque et catholique. (…) Ne pouvons-nous être d’accord sur nos désaccords ainsi clarifiés et délimités ? » 
 
En 2019, il répondit à mes voeux de Noël, par ces mots: «  Puisse la Foi continuer à donner du sens à ta vie, puisque telle est sa vocation : ce sera un voeu fraternel » 
 
Je te dis « A-Dieu », cher Marcel.
Mes pensées rejoignent ton épouse, tes enfants et petits-enfants, ainsi que tes nombreux amis.
Je sais que tu ne m’en voudras pas de prier pour toi.
Désormais, tu sais…    

Carême de paix – 1er dimanche de Carême, Année C

« Il fut conduit par l’Esprit à travers le désert » (Luc 4, 1-13)

Carême… A la suite du Christ, l’Esprit nous conduit 40 jours au désert. Le désert est retour à l’essentiel : Qu’est-ce qui me rend plus vivant ? Le désert est aussi le lieu où la tentation reçoit son vrai visage : « Ordonne à ses pierres de devenir du pain ». Vais-je vivre pour les biens matériels, plutôt que spirituels ? Tentation de l’avoir. « Prosterne-toi devant moi et je te donnerai les royaumes de la terre » Vais-je vivre en m’asservissant à la logique du prince de ce monde ? Tentation du pouvoir. « Jette-toi en bas du pinacle du temple et les anges viendront pour te porter ». Vais-je vivre en cherchant à séduire la galerie ? Tentation du valoir.

Carême…  Prions pour la paix et la justice dans le monde et surtout en Ukraine. Si le Carême est le temps du recentrage chrétien – par le jeûne, le partage et la prière – il est, bien davantage encore, une temps de recherche de la paix des cœurs.

Ukraine – le temps des diplomates 

Emphase réthorique
Il est tentant d’aborder les récents événements qui ont secoué la planète depuis le bureau ovale, avec des formules chocs et une emphase réthorique. La sidération créant l’angoisse, beaucoup cèdent à cette douce tentation, pour se donner une contenance alors que le  sol des repères se dérobe sous nos pieds. Il est cependant nécessaire que les opinions publiques bien vite se ressaisissent pour accompagner leurs décideurs dans les actions cruciales à prendre en ces temps incertains.

Non verba sed res
Il y a au moins un reproche que personne ne fera au président Trump, c’est celui de dissimuler ce qu’il pense derrière une politesse de façade. Avantage: le reste du monde sait exactement à quoi s’en tenir. Quels sont les motifs de sa politique de ruptures brutales avec la tradition américaine depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? Est-il un agent de Moscou, un président-promoteur immobilier, un produit de la télé-réalité, un isolationniste, ou un opportuniste? Chacun répondra avec ses dosages propres, mais la seule certitude est qu’il est le président démocratiquement élu des États-Unis d’Amérique. Aux doctes analyses doit donc succéder une réponse adéquate. Ce qui semble clair, c’est que l’intérêt des Etats-Unis passe désormais devant la défense de valeurs. Cela fut toujours un peu le cas, mais est désormais assumé ouvertement. Comment les alliés traditionnels de l’Amérique doivent-ils réagir? Nos démocraties européennes ont la réputation de beaucoup parler et peu agir. ‘Non verba sed res’: pas de paroles, mais des actes. Agissons donc. Mais comment? Il y a deux paroles du président US que nous ne devons pas oublier: (1) « L’union européenne a été créée pour entuber (‘screw’) les Etats-Unis » Le président est donc hostile aux ensembles politiques, surtout alliés, qui peuvent faire de l’ombre à la machine économique américaine. A l’Union européenne de lui prouver le contraire: l’Europe unie est un allié, non un rival. (2) (à Zelensky) « Vous jouez aux cartes avec peu d’atouts » (en anglais, les atouts, s’appellent… ’Trump cards’). Si nous voulons ne pas subir les événements avec rage et impuissance, il s’agit de jouer nos cartes en connaissant avec exactitude nos forces et faiblesses. Pour ne pas rester incantatoires, nos idéaux doivent se fonder sur une froide lucidité. 

 
Euro-commonwealth
Une nouvelle carte géostratégique se dessine. Elle rapproche Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Union européenne et Turquie. Avec Londres et son Premier Ministre dans le rôle de pont entre les deux rives de l’Atlantique. Il a raison de ne pas vouloir couper le dialogue avec Washington, car sans la puissance américaine, les démocraties sont militairement démunies. Avec Paris et son président comme moteur d’une relance de l’Europe de la défense. Macron propose même d’étendre le parapluie nucléaire français à l’Union européenne (… cependant, aussitôt contredit par Marine Le Pen). Avec le Commonwealth anglo-saxon (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) qui se rapproche de ce pôle mondial des démocraties. Avec la Turquie qui saisit qu’en cas de victoire russe, elle sera bientôt en tension avec Moscou. Avec l’Inde qui se profile en partenaire commercial privilégié. Développer ensemble une politique étrangère cohérente et construire une industrie de la défense commune, devient urgent et vital. Le ministre de la défense belge défendait il y a deux jours la commande d’avions américains F35, comme étant bien plus performants que l’Eurofighter britannique et le Rafale français. Je me suis permis de réagir à sa communication en signalant que la vraie question était de savoir si tous les Européens (en ce compris britanniques) étaient disposés à ensemble mettre au point un chasseur de 6° génération, le jour où il faudra remplacer les F35. Ce projet pourrait inclure le Commonwealth anglo-saxon. Il ne s’agit pas de rejeter l’alliance avec les Américains, mais bien – dans un monde multipolaire – de ne plus vivre en dépendant de leur protection. Ecoutons ce que répètent ces derniers jours les dirigeants polonais, scandinaves et baltes, si géographiquement proches du conflit ukrainien : il ne disent pas autre chose. 
 
La paix et la justice
Le pape François n’a de cesse de répéter ce que chacun sait: toute guerre est une défaite de l’humanité. Une paix durable en Ukraine reste l’objectif à poursuivre. Sans perte de souveraineté, mais en prenant en compte les intérêts des russophones habitant l’est du pays. Au-delà de son enjeu moral, une défaite de l’Ukraine nous impacterait directement, car elle serait un signal de faiblesse de la part de l’Europe et aiguiserait les appétits des faucons de Moscou. Le plan présenté par Keir Starmer avec Macron va dans la bonne direction. Il démontre que notre continent prend ses responsabilités. Le Royaume-Uni jouit des faveurs de Donald Trump, qui a une maman écossaise. Son Premier Ministre joue pleinement ce rôle avec l’aide de Charles III, qui invite le président américain à Balmoral et reçoit le président Ukrainien à Sandringham. L’Union européenne prend sa part avec la France et son président en tête. Espérons que l’Allemagne reviendra bientôt pleinement dans le jeu avec un nouveau chancelier. Sans oublier la Pologne, l’Italie et toutes les autres capitales. C’est le temps des diplomates pour conjurer la guerre. Et bâtir une paix qui ne signifierait pas le naufrage de la justice.