« Y a d’la joie… » – 7° dimanche de Pâques, Année B

 « Je parle ainsi en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde… » (Jean 17, 11-19)

La joie est un des signes les plus sûrs de la présence de l’Esprit dans un cœur. Non pas la joie mondaine – qui est éphémère et souvent suivie de tristesse. Non pas la joie forcée de celui qui prétend que tout va toujours bien, même quand cela va mal. Non. La joie profonde. La joie spirituelle. Celle qui demeure, même quand « le monde » vous prend en grippe. La joie de celui qui se sait aimé d’un Amour qui n’est pas de ce monde.

Ne jugeons pas nos frères (et nous-mêmes) sur la joie et nous ne serons pas jugés. Mais demeurons lucides. Là où se trouvent tristesse, amertume ou cynisme – l’Esprit du Vivant ne peut être présent. Là où demeure la joie – même au cœur des larmes, des injustices et des souffrances – le souffle du Crucifié-Ressuscité nous caresse le visage.

Durant l’ultime semaine qui nous sépare de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit, prions chaque jour. Demandons que le Souffle de Dieu nous procure Sa joie.

Devoir d’exemplarité

En temps de crise, le comportement des élites donne le ton.
J’avais déjà exprimé cela – suite à la demande du milliardaire Warren Buffet de payer plus d’impôts – dans une chronique du 20 septembre 2011 à La Libre.
Le même souci d’exemplarité se retrouva depuis chez le Président du Conseil italien, Mario Monti, qui renonça à son salaire. On le rencontre désormais avec le nouveau gouvernement français qui diminue ses émoluments de 30%. Toutes ces mesures sont avant tout symboliques. Les critiques diront – cosmétiques.

Je pense, quant à moi, que notre monde a plus que jamais besoin d’exemplarité. Nos dirigeants ne doivent pas feindre d’être parfaits ou toujours à la hauteur. Il leur est, par contre, demandé une forme de solidarité avec tous ces électeurs qui se serrent la ceinture en temps de crise. Les chefs les plus légitimes sont ceux qui marchent à la tête de leurs troupes. A méditer par le monde politique, financier, religieux, ou autre – à commencer par les lecteurs de ce blog et l’auteur de ces lignes. « A celui qui a beaucoup reçu, on demandera beaucoup ; et l’on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié » (Luc 12, 48).

« Libre en Christ » – Solennité de l’Ascension, Année B

« En mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains ; et s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera aucun mal… » (Marc 16, 15-20)

Si le Ressuscité avait voulu nous garder sous sa coupe, Il se serait contenté d’apparaître de temps en temps dans les églises ou au coin des rues. Plus besoin d’Evangile, de Vatican, de curés et chacun serait convaincu… Convaincu, oui. Croyant, non. Il faut être libre pour vivre l’aventure de la foi. Le Christ – qui est liberté suprême – ne s’impose pas à notre conscience. Avec l’Ascension, Il retourne dans la gloire de Son Père et nous envoie Son Esprit.

Les signes de l’Esprit ? Celui qui chasse le mauvais esprit autant que les esprits mauvais. Celui dont le langage renouvelle les relations humaines – même s’il n’est pas polyglotte. Celui qui n’a pas peur de se salir les mains – quitte à prendre à bras-le-corps toutes les vipères que la vie nous fait croiser. Celui que le poison de la médisance ou de la vanité ne tue pas…

Neuf journées séparent l’Ascension de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit. Prions chacune de ces neuf journées. Demandons que le Souffle de Dieu nous renouvelle.

Homophobie – Triste débat à Mise au Point. Traitement médiatique peu éclairé (RTBF)

J’ai quitté le débat « Mise au Point » de ce dimanche avec un goût amer à la bouche. Et après avoir vu les deux JT du jour, je suis carrément en colère. Une première – car d’habitude je participe à ce genre d’exercice sans état d’âme. Je connais les règles du jeu et du format médiatique. De plus, les participants à l’échange verbal étaient des personnes de qualités et je trouve – quitte à passer pour immodeste – que je ne me suis pas trop mal défendu sur le plateau.

Alors, pourquoi ce coup de blues? Plutôt du découragement. Je me suis levé à l’aube ce dimanche matin et j’ai fait un aller/retour Liège-RTBF – au cours d’un WE avec deux mariages en paroisse et des professions de foi – parce que je pensais que le débat permettrait de bâtir des ponts. Des ponts entre le monde des religions et la communauté homosexuelle. Et cela, non pas par irénisme. Je ne crains pas l’opposition. Mais – comme tant d‘autres – le meurtre du jeune Ishan par des paumés sur le territoire de ma paroisse, m’a profondément choqué. Je compte des homosexuels dans ma famille et parmi mes amis. Je ne souhaite pas qu’ils tremblent en sortant dans la rue. Bref, en arrivant à la RTBF ce dimanche matin, je ne craignais pas un débat musclé. Mais j’espérais aussi un peu d’écoute et de dialogue. Un dialogue sans langue de bois pour lequel je me suis toujours mouillé, sans jamais avoir eu le moindre mot de reproches de la part de la hiérarchie ecclésiastique. Ainsi, cette interview donnée en 2004 au site Gaybelgium.

Mais voilà – une fois de plus les clichés bêtes et faciles ont pris le dessus : « les religions cassent du pédé ». Au lieu d’entrer en dialogue avec le musulman Yacoub Mahi – qui a courageusement répondu à l’invitation – chacun s’est cru autorisé de lui tomber dessus. Quant à votre serviteur, quand il essaya de ramener la balle au centre en parlant d’accueil et de non-discrimination, on lui envoya dans les gencives un mystérieux texte « haineux » contre les homosexuels du pape Jean-Paul II (qu’on se garda cependant bien de citer).
Il y eut ensuite le traitement médiatique ultérieur du débat. Une dépêche RTBF qui souligne que mon appel au dialogue ne reflétait « pas forcément la position officielle de l’Eglise » et que le Vatican avait soutenu « dans les pays africains des initiatives législatives qui condamnent (juridiquement) l’homosexualité » (ce qui est archifaux)De la même veine fut la séquence du JT de dimanche midi, et plus encore celle de dimanche soir. En tant que représentant à ce débat de la première communauté religieuse de Belgique,  face au découpage de mes interventions lors de ces JT, un seul mot me vient à la bouche : désinformation.

Bref, au lieu d’être une occasion de bâtir des ponts, le débat du jour contribua à construire des murs. Les faucons l’ont emporté sur les colombes. La raison de tout ceci n’est pas difficile à chercher. Il y a, d’une part, la colère de nombre d’homosexuels face à ce qu’ils ressentent comme du rejet de la part des religions. Cela, je puis le comprendre. Mais il y a également la bonne conscience anticléricale d’une certaine culture bobo. Comme me l’écrivait cet après-midi un aîné de la RTBF, qui est gay et peu suspect d’être bigot : « Dans un tel débat, tu pars avec un handicap: on peut te voler dans les plumes sans risquer de se faire traiter de raciste ». Et cela est irresponsable. Ainsi que le déclara avec justesse sur le plateau, la Ministre de l’intérieur au début du débat : plus la crise économique augmente, plus l’intolérance grandit. A l’heure où des forces antipolitiques redressent la tête aux quatre coins de l’Europe et où le contrat social est mis à mal, les démocrates de tous bords sont condamnés à se parler. Le jour où d’autres paumés casseront encore des gays ou des lesbiennes en pensant le faire au nom d’Allah, de Jésus ou de Bouddha, chacun aura beau jeu de s’indigner. Ce genre de débat n’aura pas aidé à les détromper. Que du contraire. D’où ma colère.

« Totale exigence… » – 6° dimanche de Pâques, Année B

« Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis » (Jean 15, 9-17)

La phrase sonne plutôt sympa. Du genre: « vous êtes mes potes – je vous invite à mon BBQ ». En fait, elle est d’une exigence radicale. Etre serviteur, cela laisse un peu de distance. On obéit, histoire de ne pas déplaire au patron… mais inutile de faire du zèle. Par contre, être « ami », cela engage à connaître, à aimer, à librement imiter.

Concrètement ? « Aimez-vous les uns les autre comme je vous ai aimés ». D’accord, Seigneur, mais cela veut dire quoi : « comme je vous ai aimés » ? Réponse : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Pour la plupart d’entre nous, cela signifie : donner sa vie à petit feu – en se donnant aux autres. Parfois, cependant, le choix se fait radical. Il s’agit alors de donner jusqu’à sa vie par amour.

… Quand je vous disais que cette parole était exigeante.

Pas vu, pas pris – chronique « Etat d’âme », publiée dans l’hebdo « Dimanche » p.3

« Crise économique… Crise économique ! » Que ce soit en Belgique, à l’occasion des présidentielles françaises, ou ailleurs en Europe, l’expression est sur toutes les lèvres. Et cela depuis… 1973, date du premier choc pétrolier. Avec raison. Comment relancer l’activité économique sans creuser le déficit public, tel est le casse-tête de tous nos dirigeants – de droite comme de gauche. Il existe cependant une autre crise – morale – celle-là. Celle de l’enrichissement devenu pour beaucoup le seul et unique critère de réussite sociale. Vous avez amassé une fortune en jouant à l’économie-casino ? Vous avez bâti un empire médiatique en diffusant des informations qui violent la vie privée ? Vous avez exercé le pouvoir politique en favorisant vos petits copains ? « Pas vu, pas pris. Bravo, si vous  avez réussi ! » Evidemment, celui qui pousse le bouchon un peu trop loin et se fait attraper, aura 150 ans de prison ferme – tel Bernard Madoff.  Mais pour le reste, aucun mea culpa. La crise des subprimes de 2008 ? Un inévitable emballement du système. Un groupe de presse tabloïd anglo-saxon met des personnalités sur écoute ? Personne ne savait. Scandale de corruption dans le monde politique? « C’est pas moi, M’sieur ! » Pas vu, pas pris.

Qu’on me comprenne bien. Je ne demande pas la désignation de coupables et que roulent des têtes. J’en appelle à une société dont les responsables et citoyens valorisent le travail bien fait, plutôt que l’argent facile.  Une société qui met en valeur – à défaut de pouvoir davantage les payer – ces enseignants qui se veulent passeurs de savoir, ces entrepreneurs qui créent des emplois, ces artisans et ouvriers fiers de leur labeur, ces infirmières qui restent humaines malgré la fatigue, ces travailleurs sociaux qui y croient encore, ces policiers qui ne sont pas devenus cyniques, ces fonctionnaires qui aiment rendre service,… Bref, j’en appelle à ce que le « pas vu, pas pris », soit remplacé par un : « vous les anonymes – vous êtes vus – et vous êtes pris dans cette grande chaine de solidarité qui se nomme… la Civilisation ».

Shrek, krach et mauvais pressentiment

Il y a une semaine, soit le dimanche entre les deux tours de l’élection française, je me trouvais chez des amis. Ils regardaient une grande chaine privée française, traditionnellement amie du parti de droite au pouvoir. Celle-ci diffusait le dessin animé « Shrek ».
En voyant passer le méchant lord Farquaad, je demande : « il vous fait penser à qui ? » Réponse unanime : « à Sarkozy ! » Puis apparaît le visage rond du gentil ogre. Même question : « et Shrek ? » Réponse : « à François Hollande ! » Cela confirmait ce que tout le monde déjà savait : la France allait voter pour un changement. Le gentil flanby plutôt que le méchant bling-bling. Cliché que tout cela. Mais efficace. Les marchés boursiers – eux – ont été plus malins : entre le centre-droit et le centre-gauche, pas besoin de paniquer. Nulle dévaluation des obligations d’état françaises au lendemain du second tour. Le bateau France gardera le cap, avec une simple adaptation de voilure.

Tout autre est l’avenir de la Grèce, avec un parti comme « Aube dorée » qui récolte 21 sièges sur les 300, suite aux dernières législatives. Ici, pas de Hollande ou de Sarkozy pour en appeler au respect de l’adversaire.  Le dirigeant du parti, Nikolaos Michaloliakos déclare à la suite de ces élections : « L’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie ». Dont acte.
En 1929, il y eut le krach de Wall Street. Quatre années plus tard, Hitler arrivait au pouvoir. Nous sommes quatre années après le krach des subprimes de 2008. Heureusement, en 2012 la puissante Allemagne est plutôt épargnée. C’est la petite Grèce qui trinque… avec les résultats électoraux que l’on connaît. Le bateau « euro » – lui – tient encore la mer. Jusque à quand ? « Ceux qui n’apprennent pas les leçons de l’histoire, sont condamnés à la subir », prévenait le grand Churchill. Prions qu’il soit entendu. Je veux dire – à temps.

WE électoral crucial en Europe

Son bilan était réputé plutôt maigre et pourtant ce bouillonnant conservateur a été réélu. Vous l’aurez compris – je ne parle pas de la France, mais de Londres qui a reconduit le mandat de son mayor : Boris Johnson (en réalité : Alexander Boris de Pfeffel Johnson). Cet homme drôle, un peu brouillon et plutôt attachant a réussi à conserver intacte la curieuse alchimie de la popularité, qui a manqué au président Sarkozy.

Si les français ont aussi fait un choix de programme en élisant François Hollande, l’élection présidentielle n’en reste pas moins la désignation d’un homme pour incarner l’Etat. Or, le positionnement du président de la cinquième république est un exercice périlleux. Prenez trop de hauteur dans une posture quasi-monarchique et vous êtes éconduit comme Giscard d’Estaing. Soyez trop engagé dans la mêlée, tel un président-chef d’exécutif à l’Américaine, et vous perdez comme Nicolas Sarkozy.

A l’instar de son président-sortant, souhaitons bonne chance au nouvel élu de la République. L’entente entre François Hollande et la chancelière allemande sera capital pour l’avenir économique de l’Europe. Et cela, surtout au vu du résultat des élections en Grèce, qui ont signé l’échec de tous les partis ayant accepté de payer le prix de l’austérité pour rester dans la zone euro. L’avenir nous apprendra peut-être que – bien plus qu’à Londres ou à Paris – c’est à Athènes que ce WE, le sort de l’Europe s’est scellé.