Tel un château de cartes…

Me revoilà donc à la barre de mon blog, après le piratage du site qui l’accueillait, ce qui causa trois semaines d’absence.

Ce blog avait commencé en mars 2011, juste à l’époque du drame de Fukushima. Que d’articles et de réactions dans mes archives en plus de 6 années d’activité et d’échanges. Je me disais qu’un jour (après ma pension), je pourrais reprendre certains « posts » et faire une retrospective. Et puis… « pouf »: piratage et perte définitive d’une toute grosse partie de mes archives, malgré le travail acharné de celui qui gère ce blog pour récupérer ce qui peut l’être. Comment je vis cela? Curieusement – fort bien. Je suis « zen » comme disent les jeunes.

En effet, je trouve qu’il y a ici une parabole vivante de nos vies qui passent. Nous pensons bâtir des maisons, des cathédrales, des civilisations, etc… pour l’éternité. Mais non. Un jour, tout peut s’envoler, comme la mémoire de ce blog. Et encore: ce qui m’arrive est dérisoire – risible même – par rapport à ces pauvres gens au Texas ou aux Caraïbes qui ont vu toutes leurs possessions s’écrouler en un instant, tel un château de cartes.

« Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. » (Ecclésiaste 1, 2) Tout serait donc vain? Non – l’Amour qui a créé le monde et l’a sauvé par La Croix – demeure et ne passe pas. Soyons donc vigilants. Tout peut nous être enlevé en un instant et s’écrouler devant nos yeux – tel un château de cartes – sauf la part intime de notre âme, créée par Amour et pour aimer. Celle-là, nous seuls pouvons la perdre.


« Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. ». (Matthieu 7, 24-27)

 

« La communion des saints, la résurrection de la chair, la vie éternelle » – Toussaint et commémoration des défunts

«Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 1-12)

L’Eglise catholique fête ce dimanche 1er novembre tous ses saints, soit ces défunts – connus ou anonymes – qui ont été perméables à l’amour divin sur terre et qui participent désormais à la plénitude du ciel. Leur course terrestre s’est achevée, mais ils sont tout sauf spirituellement morts. En Dieu, ils sont plus-que-vivants. Voilà pourquoi à ceux qui les invoquent, ils servent de premiers de cordée sur le chemin de la conversion. La communion des saints est cette solidarité profonde qui unit spirituellement les vivants sur terre et les vivants en Dieu.

L’Eglise catholique commémore ce lundi 2 novembre plus largement tous les défunts, soit la multitude d’hommes et de femmes qui ont vécu leur grand passage. L’Eglise invite à prier avec eux, mais aussi pour eux. En effet, tout comme l’œil qui sort de la cave doit s’habituer à la lumière éclatante du soleil, de même beaucoup ont besoin d’une transition qui dilate leur cœur – état que l’Eglise du moyen-âge appela le « purgatoire ». La prière pour les défunts est donc une expression de la solidarité spirituelle qui unit les pèlerins de la terre à ceux du ciel.

Le culte des saints et la prière pour les défunts sont bien davantage que des fioritures de notre foi de baptisé. En voyant le nombre impressionnant de nos contemporains qui – en ce début de XXIe siècle – visitent encore les cimetières, nous constatons que l’affection pour « ces chers disparus » rejoint une intuition spirituelle profonde. En priant pour un défunt, nous l’accompagnons sur le chemin de notre commune destinée en espérance – la pleine communion dans l’Amour trois fois saint. Alors, l’adieu devient « à-Dieu ».

Toussaint – Présence catholique à Robermont et Sainte-Walburge

Ce dimanche – beaucoup de Liégeois iront se recueillir sur la tombe d’un cher disparu. En effet, les 1er novembre (Toussaint) et 2 novembre (journée de prière pour les défunts) sont traditionnellement consacrés à la mémoire de ceux que nous aimons par-delà la mort.

A cette occasion, la Pastorale Urbaine, qui organise diverses animations catholiques à Liège (chemin de croix dans les rues, procession Fête-Dieu, Messe du 15 août, présence catholique au salon Retrouvailles,…), reprend une initiative lancée avec succès, il y a quelques années à Bruxelles : Accueillir les visiteurs à l’entrée d’un cimetière et proposer à ceux qui le souhaitent, de prier avec eux sur la tombe de leur proche. Sous la responsabilité des doyens des deux rives de la ville (Rive-droite, doyen Jean-Pierre Pire et rive-gauche, doyen Eric de Beukelaer), des équipes seront présentes le dimanche 1er novembre entre 13h et 16h30, devant les cimetières de Sainte-Walburge et Robermont. Ces équipes commenceront l’après-midi en allant prier devant le « carré des indigents ». Puis, elles distribueront un texte de recueillement aux personnes qui le souhaitent et accompagneront celles qui le demandent, pour une courte prière sur les tombes.

Clairvoyance – 30° dimanche, Année B

 « Rabbouni, que je voie ». (Marc 10, 46-52)

Une foule opaque entoure le Maître, qui fait son entrée à Jéricho. Jésus est alors au sommet de sa popularité. Aujourd’hui, ses « fans » lui demanderaient sans doute de signer des autographes. Derrière la masse, un homme est assis dans l’anonymat. Il est aveugle. Pourquoi tous ces gens ? Il se renseigne. Apprenant que c’est le guérisseur de Nazareth qui passe, il crie sa détresse. Mais aussi un début de foi : « Fils de David » est, en effet, un titre  messianique. On essaie de le rabrouer, mais il insiste. Jésus entend et le fait venir. « Ta foi t’a sauvé », lui dit-il. Et l’homme voit.

Jésus n’avait pas pour mission de guérir tous les aveugles de Palestine. Il se laissa néanmoins toucher par la demande confiante de cet homme et, ce faisant, nous laissa un signe du Royaume : « les aveugles voient ». Tous, nous souffrons de cécité ou de myopie spirituelle. D’ailleurs, notre pire défaut est celui que nous refusons de voir en nous et qui, dès lors, nous mine de l’intérieur. Ne nous reposons donc pas trop sur notre clairvoyance. Demandons au Christ dans nos prières : « Fais que je voie ». Et Lui nous répondra : « Ta foi t’a sauvé ».

Célibataire et heureux ?

En lisant cette semaine dans l’hebdo le Vif/l’Express, la chronique d’un psychologue politique de l’UCL –  » Peut-on être prêtre et homosexuel ?  » – commentant l’affaire Charamsa au Vatican, je me suis dit que j’allais réagir. Sans esprit polémique et sans nier que l’Eglise doit continuer à affronter toute question liée à la sexualité et l’affectivité de ses consacrés. Mais afin de remettre… l’église au milieu du village.

Et puis… la semaine s’est écoulée et je n’ai trouvé, ni le temps, ni l’énergie pour ce faire.

C’est donc avec gratitude que j’ai lu la chronique d’un gynécologue et sexologue de la même université, le professeur Armand Lequeux – « J’ai rencontré des célibataires heureux » – publiée ce jour dans le quotidien La Libre. Je vous invite à la lire. Je n’aurais pas dit autre chose. Et je l’aurais fait avec moins de compétence médicale et de crédibilité sociale. Merci à lui.

 

 

Tractations pré-électorales – 29° dimanche, Année B

 « Vous ne savez pas ce que vous demandez ». (Marc 10, 35-45)

Jacques et Jean – les fils de Zébédée – veulent pousser leur avantage au sein du groupe des douze. Objectif  stratégique: le jour où Jésus aura pris le pouvoir à Jérusalem, se voir attribuer les meilleurs postes ministériels. Pour ce faire, ils prennent le Maître à part et lui demandent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire ».  On se croirait en pleine tractation pré-électorale. Et Jésus de soupirer : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » « Nous le pouvons ! », répondent en chœur les présomptueux. Ils n’ont rien compris. Le jour où le Fils de l’homme sera élevé en gloire, ce sera sur une croix. Plus personne ne se battra pour siéger à sa droite ou à sa gauche. Un douloureux privilège réservé à deux bandits. La gloire de Dieu – c’est l’amour jusque sur une croix: « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».    

Le chameau et le trou de l’aiguille – 28° dimanche, Année B

 « Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer ». (Marc 10, 17-30)

Un fils de bonne famille vient voir Jésus et lui demande : « Que faire pour être sauvé ? » Réponse du Christ : « Ne tue pas, ne vole pas, ne fais pas de faux témoignages… Bref, conduits-toi en être humain et respecte les commandements ». Mais le jeune idéaliste veut plus. Tout cela,  il l’a observé depuis sa jeunesse. Comment vivre une vie selon le cœur de Dieu ? Alors Jésus pose son regard sur lui et se met à l’aimer : « Si tu veux décrocher la lune, laisse tout derrière toi et suis-moi ». Le jeune homme s’en va bien triste, car cela – c’est trop lui demander.  Et Jésus de dire : « Qu’il est difficile pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu… Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille ». Le Christ ne condamne pas la richesse matérielle. Mais Il constate que celle-ci est souvent un obstacle pour vivre l’Evangile. Celui qui veut simplement « ne pas déplaire à Dieu », qu’il se contente de respecter le commandements. Mais celui qui cherche l’intimité avec le Christ, qu’il mette toute forme de richesse – avoir, pouvoir, valoir – au service de l’Evangile. Car les richesses alourdissent le cheminement. Comment un chameau chargé de bagages pourrait-il passer par le trou d’une aiguille ? L’exigence de Jésus est celle de l’amour. Est-ce trop demander? Aux disciples déconcertés, le Christ ajoute : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu. Tout est possible à Dieu ». Heureusement d’ailleurs, car la plupart d’entre nous restons des chameaux, lourds de vaines richesses. Mais Dieu dilate le trou de l’aiguille à la mesure de son infinie miséricorde.    

Synod on the Family – ‘Times they are a changin’

Some changes occur at the surface of events; others take place in the depth of reality. The latter seems to occur these days in the Vatican. In my outsider’s eyes, tensions amongst bishops are running too high to enable the present synod to conclude on some major evolution in family Church discipline. But – it could well be that this very lack of agreement, might be a fruit of the Spirit. The Church at its most senior level, isn’t perceived any more as a gathering of clerics who whisper their balanced views in hidden corners. It appears nowadays as a place of debate and reflexion, with nobody trying to hide possible disagreements. Including disagreements with the pope. And this is no case of some outlaw bishop, but concerns mighty cardinals of very strict obedience. They publish books, give interviews and encourage petitions against possible evolutions, proposed by other high prelates.

A messy outlook? Rather, a sign of health and interior strength. Which brings us back to the old tradition of theological disputes, as flourished in the Church until the French revolution. Catholicism is no monolithical body. It is a family. And in a family, diverse options can coexist around a unique credo. The baptized will come out of all this, more mature and with a greater sense of responsibility.

In this context, the thunderous ‘coming out’ of the undersecretary – if you please – to the International Theological Commission the day before the opening of synod, is all but meaningless. Not so much because of the sexual orientation of the prelate : If he had turned up with Miss Italy, the Vatican would have reacted all the same. (Everyone is free to advocate for a change in the actual discipline of mandatory priestly celibacy, but none ignores that celibacy is required in the Latin catholic Church, up to this day). No – what is striking to me, is that this priest comes from… Poland. The nation of saint Jean-Paul II became, with the fall of the Berlin wall, one of the cornerstones of militant Catholicism. Today, holy Poland is beginning to feel a mighty wind of secularization and protest against the Church. And this tornado blows right into the heart of the Vatican. As it happened in Ireland, Austria or Flanders, the Polish Catholics are due to start the same tedious evolution, that undergo all believers in secularized countries :  Swapping the social status of a people’s Church, for that of a prophetic Church. Renouncing being a save harbour, to become a lighthouse amidst the storm.

This brings me to the key issue of this synod on the family: In my view, it isn’t doctrinal. The teaching comes from Christ. No – the challenge is to find a language and a pastoral approach which makes sense and enables to proclaim the Gospel in this very world. The truth about today’s families, is that the parable of the lost sheep has been reversed. It isn’t any more about one lost sheep, which has to be searched, leaving the 99 obedient ones behind. It has rather to do with one faithful sheep, and 99 who escaped. The pastoral issue is – without discouraging the remaining one – how to care for all the others? Most of those do not reject the Gospel, but life lead them to live outside the boundaries of the meadow the Church prepared for them. These are the facts – whether you like them or not. The question is how you handle them. A pessimist sees the difficulty in every opportunity; an optimist sees the opportunity in every difficulty.’ (Churchill)  

 

 

 

Synode sur la famille – L’air du temps

Il y a des changements qui se font à la surface des choses et d’autres dans le secret des profondeurs. C’est cette deuxième alternative qui semble advenir au Vatican. Pour l’observateur externe que je suis, les tensions entre évêques semblent trop importantes pour que le présent synode puisse aboutir à une évolution majeure concernant la discipline catholique sur la famille. Mais paradoxalement, ce manque de décision est peut-être justement un fruit de l’Esprit. L’Eglise à son sommet n’est plus perçue comme une assemblée de prélats qui chuchotent de timides nuances. Elle apparaît désormais comme un lieu de réflexion et de débat où plus personne ne cherche à masquer les désaccords. En ce compris des désaccords avec le Pape. Et ici, nous ne parlons pas de quelques évêques francs-tireurs, mais de puissants cardinaux de la stricte observance. Ceux-ci publient des livres, donnent des interviews, encouragent des suppliques pour contredire les évolutions que d’autres prélats suggèrent.

Cela fait désordre ? Au contraire, il s’agit d’un signe de santé et de vigueur. L’Eglise renoue ce faisant, avec l’antique tradition de la controverse théologique, qui a fleuri en son sein jusqu’à la révolution française. Le Catholicisme n’est pas un bloc monolithique. Il est une famille. Et dans une famille, des options diverses peuvent coexister autour d’un unique credo. Le peuple de Dieu en sortira plus adulte et responsabilisé.

A cet égard, le ‘coming out’ fracassant du secrétaire-adjoint de la Commission Théologique internationale – rien de moins – la veille de l’ouverture du synode, n’est pas anodin. Pas tant de par l’orientation sexuelle du prélat : S’il s’était présenté au bras de Miss Italie, le Vatican aurait réagi de la même façon. (Chacun est libre de plaider pour un changement de la discipline du célibat ecclésiastique obligatoire, mais personne n’ignore que le célibat est actuellement en vigueur dans l’Eglise catholique latine.) Non – ce qui me frappe surtout dans cette histoire, c’est que l’intéressé est un prélat… polonais. La nation de saint Jean-Paul II était devenue, avec la chute du mur de Berlin, un des rocs du catholicisme militant. Aujourd’hui, la sainte Pologne ressent – à son tour – le puissant vent de la sécularisation et de la contestation ecclésiale. Et cette tornade s’abat jusqu’au cœur du Vatican. Comme ce fut le cas en Irlande, Autriche, ou Flandre, les catholiques polonais entament cette laborieuse mutation que connaissent tous les croyants en pays sécularisés : Passer du statut d’Eglise populaire à celui d’Eglise prophétique. Renoncer à être un havre de paix, pour devenir un phare dans la tempête.

Ceci m’amène à la question de fond du synode sur la famille : Selon moi, l’enjeu n’est pas la doctrine. Celle-ci appartient au Christ. Le défi est de trouver un langage et une approche pastorale qui soient pertinents pour annoncer l’Evangile à nos contemporains. Et la réalité des familles est que la parabole de la brebis perdue, s’est aujourd’hui inversée. Il ne s’agit plus de laisser les 99 brebis fidèles pour aller chercher celle qui s’est perdue. Il s’agit plutôt de ne pas se focaliser sur l’unique brebis fidèle – sans pour autant la décourager – pour partir à la recherche des 99 autres, qui se sont échappées. La plupart d’entre elles ne rejettent pas l’Evangile, mais la vie les a conduites à vivre en-dehors du pré-carré proposé par l’Eglise. Tels sont les faits – que ce constat plaise ou non. Reste à savoir ce qu’on en fait. « Un pessimiste voit une difficulté dans chaque opportunité. Un optimiste voir une opportunité dans chaque difficulté » (Churchill).