Cher Saint Valentin,
Tu me diras sans doute qu’un ecclésiastique n’est pas le mieux placé pour t’écrire. Que les curés feraient mieux de vaquer aux affaires du Ciel et laisser les amoureux parler d’amour. Sans doute. Il n’empêche, il me semble que quand Cupidon décoche ses flèches aux couples débutants, il ne leur dit pas tout.
Ne pourrais-tu leur enseigner que l’Elixir de la passion ne guérit jamais totalement du poids de la solitude ? Que l’âme-sœur rend la vie plus légère, mais ne dispense pas de la pesante intimité avec soi-même ? Que seul l’Eternel peut visiter l’homme dans son désert intérieur ? Que seul l’humain qui apprivoise cette solitude existentielle peut se donner à son prochain en liberté ?
Ne pourrais-tu leur expliquer que quand bonheur veut rimer avec durée, il doit se conjuguer avec frustration et deuil des illusions ? Qu’ « amour » et « toujours » ne se marient qu’au prix de patience, humour, larmes et pardon ? Que l’amant qui veut tout, tout de suite et tout le temps – n’est que l’homme de l’éphémère ?
Ne pourrais-tu leur murmurer que le jeu de l’amour porte en lui le poids de la responsabilité ? Que si l’échec fait partie de la vie – et qu’il n’y a pas à le stigmatiser – son coût social devient exorbitant une fois que des enfants se trouvent au cœur du naufrage ?
Cher Saint Valentin, peut-être me diras-tu que tout cela, tu l’enseignes à ceux qui te prient. Mais que – trop enivrés par la liqueur des émois et les sirènes commerciales – ils n’entendent tes avertissements, souvent que bien trop tard.