Un texte puissant et qui ne laissera aucun lecteur de marbre. Du pur Pape François. Du pur jésuite. Ce n’est pas un texte progressiste (on y parle même du « diable ») et pas, non plus, un texte conservateur (ceux qui veulent un christianisme bien-pensant pour les élites, en prennent pour leur grade).
Non, il s’agit d’une exhortation apostolique qui met au coeur de son propos le « discernement », si cher à saint Ignace de Loyola, fondateur des jésuites.
Le « discernement » des esprits, est cette vigilance spirituelle, qui donne de saisir si une pensée ou une action vient de Dieu, ou de nos désirs mondains, voire de l’esprit séducteur du mal.
Quatre illustrations:
Au n°41 « Lorsque quelqu’un a réponse à toutes les questions, cela montre qu’il n’est pas sur un chemin sain, et il est possible qu’il soit un faux prophète utilisant la religion à son propre bénéfice, au service de ses élucubrations psychologiques et mentales. Dieu nous dépasse infiniment, il est toujours une surprise et ce n’est pas nous qui décidons dans quelle circonstance historique le rencontrer, puisqu’il ne dépend pas de nous de déterminer le temps, le lieu et la modalité de la rencontre. Celui qui veut que tout soit clair et certain prétend dominer la transcendance de Dieu. »
Ou encore au n° 49. « Ceux qui épousent cette mentalité pélagienne ou semi-pélagienne, bien qu’ils parlent de la grâce de Dieu dans des discours édulcorés, « en définitive font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique ». Quand certains d’entre eux s’adressent aux faibles en leur disant que tout est possible avec la grâce de Dieu, au fond ils font d’habitude passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine, comme si celle-ci était quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s’ajoute la grâce. On cherche à ignorer que ‘‘tous ne peuvent pas tout’’, et qu’en cette vie les fragilités humaines ne sont pas complètement et définitivement guéries par la grâce. De toute manière, comme l’enseignait saint Augustin, Dieu t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas ; ou bien à dire humblement au Seigneur : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux » . »
Et encore ce petit clin d’oeil, au n° 126: «Ordinairement, la joie chrétienne est accompagnée du sens de l’humour, si remarquable, par exemple, chez saint Thomas More, chez saint Vincent de Paul ou chez saint Philippe Néri. La mauvaise humeur n’est pas un signe de sainteté : « Eloigne de ton cœur le chagrin » (Qo 11, 10). Ce que nous recevons du Seigneur « afin d’en jouir » (1 Tm 6, 17) est tel que parfois la tristesse frise l’ingratitude de notre part, frise le repli sur nous-mêmes au point que nous sommes incapables de reconnaître les dons de Dieu. »
Ou ce n°144, tellement dans le style du pape: « Rappelons comment Jésus invitait ses disciples à prêter attention aux détails. Le petit détail du vin qui était en train de manquer lors d’une fête. Le petit détail d’une brebis qui manquait. Le petit détail de la veuve qui offrait ses deux piécettes. Le petit détail d’avoir de l’huile en réserve pour les lampes au cas où tarderait le fiancé. Le petit détail de demander à ses disciples de vérifier combien de pains ils avaient. Le petit détail d’avoir allumé un feu de braise avec du poisson posé dessus tandis qu’il attendait les disciples à l’aube. »
Les écrits pontificaux sont toujours nourrissants. Il est rare qu’ils soient aussi renversants.
Pour tout dire, je suis « bluffé ». Et renvoyé à mon chemin de conversion.
Bref, vous avez compris mon conseil, allez lire cette exhortation apostolique… ou plutôt, priez-la.