«  Notre jumeau » – 2° dimanche de Pâques, Année B

« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu !» (Jean 20, 19-31)

Le prénom Thomas signifie « jumeau ». Et de fait, l’apôtre Thomas est un peu notre frère jumeau : comme lui, nous aimerions bien « un peu voir », histoire d’« un peu plus croire ».

Mais il s’agit d’un piège : Celui qui voit, est convaincu. Il ne devient pas plus croyant, pour la cause. La foi chrétienne est une illumination intérieure, bien plus que la conclusion d’un raisonnement. Elle n’explique pas tant le monde, mais donne de le voir avec la perspective d’En-Haut. Ainsi, celui qui déclare « croire en quelqu’un », ne dit pas tant qu’il est convaincu que cette personne existe, mais bien qu’il est assuré que cette personne est digne de confiance. De même, la foi chrétienne n’implique pas tant de « croire que Dieu existe ». (D’ailleurs beaucoup disent : quand je vois comment ce monde ne tourne pas rond – même s’Il existe – à quoi ce Dieu me sert-il ?) Non, la foi, donne de saisir dans son cœur que « j’existe pour Dieu ». Depuis ma conception, Il fait alliance et marche avec moi. En Jésus, Il a donné Sa vie par amour pour moi. Ce n’est que cela qui donne de tomber à genoux comme Thomas et de s’écrier : « mon Seigneur et mon Dieu ! »

Allez voir le film « La prière ». 

Résolution de Carême oblige, ce n’est que hier soir que j’ai été voir avec des amis « La prière », le film de Cédric Kahn. Pour rappel, il s’agit de l’histoire de Thomas, jeune toxicomane, qui entre dans une communauté d’hommes qui se guérissent de leur dépendance par le travail, la vie communautaire et… la prière. Le film s’inspire de plusieurs réalités dans l’Eglise catholique, dont la communauté du « Cenacolo », fondée par une religieuse italienne, soeur Elvira (dont s’inspire le personnage de soeur Myriam dans le film – lire ci-dessous).
 
Je vous invite à aller voir ce film, car il sonne terriblement juste. En effet, quoi de plus difficile, surtout aujourd’hui, de filmer une démarche spirituelle aussi exigeante, sans tomber dans le cliché, le niais, le comique, ou le moqueur? Ici, rien de tout cela.  Chaque acteur et chaque scène, sonne « juste ». Comme prêtre depuis 26 ans, à aucun moment ne me suis-je dit en regardant le film: « mais non, ce n’est pas ainsi que cela se passe ». Tout sonne vrai et rien n’est « too much ». Pas même la scène d’amour assez explicite et sensuelle (mais nullement vulgaire), qui au début m’avait troublée. Je me suis d’abord dit: qu’est-ce que cela vient faire dans le film? Une façon de s’assurer de l’audimat? Ce matin, avec le recul, elle m’apparaît avoir sa place. Elle rappelle que ces jeunes ex-toxicomanes, qui passent leurs journées le chapelet à la main, ne sont pas devenus pour autant des anges. La part corporelle, voire même animale, de ces âmes que le Ciel attire, reste soulignée. Pas de rédemption en niant l’incarnation. C’est aussi ce que semble dire la fin du film, quand le jeune Thomas se décide d’entrer au séminaire et puis, sur le chemin, fait demi-tour pour retrouver sa copine. Aucune conclusion quant à son avenir (Finira-t-il prêtre? Va-t-il vivre en couple?)  mais un rappel qu’aucune vocation ne se construit sur la seule exaltation d’une expérience forte (il avait survécu à une chute et nuit solitaire en montagne). L’appel de Dieu, quel qu’il soit, se reçoit et se mûrit avec le temps et… la prière. (Je me souviens d’un jeune toxicomane, dans une de mes paroisses de stage comme séminariste. Tout le monde le déclarait « perdu ». Il est aujourd’hui prêtre après avoir été accueilli au Cenacolo). 
 
Car le personnage central du film n’est pas le jeune Thomas, si excellent soit-il. Pas, non plus «  Dieu », assez discret dans cette fiction (le réalisateur se dit agnostique). Au centre du film, il y a… la prière. Et celle-ci – par-delà ses expressions (beaux chants religieux portés par les voix d’hommes, récitations de chapelet, Eucharisties et rumination des psaumes) – est présentée comme un chemin de libération intérieure pour laisser une Vérité d’En-Haut nous guérir de ce qui étouffe nos vies. «  Arrête de te mentir », lance la soeur Myriam au jeune Thomas avec une certaine rudesse. Et c’est bien cela, le chemin sans concession, le chemin tout à la fois âpre et lumineux de la prière: un coeur à coeur qui nous donne assez de confiance en l’Amour reçu pour arrêter de nous mentir, afin que la «  Vérite nous rende libre » (Jean 8,32). C’est le message du film et il ne vaut pas que pour les ex-toxicomanes. Nous vivons tous des dépendances, qui nous coupent des sources de la Vie et de la Joie. 
 
Pour info: Soeur Elvira et le Cenacolo
Rita Agnese Petrozzi, connue sous le nom de Sœur Elvira est née en Italie en 1937. Religieuse de la charité de Sainte Jeanne-Antide Thouret, elle voit son désir grandir de fonder une œuvre pour les jeunes désespérés en recherche du sens de leur vie. Durant de longues années, ses supérieures lui demandent de renoncer à ce projet, pour lequel elle n’a pas de compétence. Dans la confiance et l’obéissance, elle obtient finalement leur permission, en 1983, de commencer son projet : le Cenacolo est né. Les premiers accueillis au Cenacolo sont de jeunes toxicomanes, affamés d’autre chose. Sœur Elvira se souvient : « C’étaient des jeunes avec des yeux éteints et avec la mort dans le cœur, qui me demandaient non des médicaments, mais la joie de vivre ! » Sœur Elvira consciente « qu’une thérapie uniquement humaine n’aurait pas rassasié leur cœur », décide de recourir à la prière pour raviver en eux l’espérance. Malgré les premiers pas incertains et les erreurs inévitables, elle ne baisse pas les bras, intimement convaincue que «  les œuvres de Dieu naissent dans le silence et ne font pas de bruit ». Le 15 juin 2015 , le Cardinal Stanislaw Rylko, Président du Conseil Pontifical pour les Laïcs, a signé le décret de reconnaissance définitif du Cenacolo comme Association Privée Internationale de Fidèles. Source: http://www.comunitacenacolo.it/fr/
 

Les cloches ne sonneront plus comme avant.

Le dimanche de Pâques tombe cette année un 1er avril. 
Le vicariat pour les affaires temporelles du diocèse de Liège rappelle qu’il s’agit de la date choisie pour opérer un changement d’habitude dans la manière de sonner les cloches de nos églises. 
 
En effet, dans un souci de collaborer à la neutralité de l’espace public, afin de ne discriminer personne, ces cloches cessent désormais d’avoir un usage religieux.
En clair, elles ne pourront plus annoncer les offices, mariages, funérailles ou heures de l’angélus. 
 
L’évêché invite les curés et membres des conseils de fabriques à ne plus faire sonner de cloches que pour des usages citoyens, ne prêtant pas à contestation.
Nous conseillons ainsi que leur sonnerie marque les grands moments de la vie de nos concitoyens, soit le l’heure d’ouverture des magasins et celui de leur fermeture.
En outre, le temps des soldes et des black Friday, qui sont des journées importantes dans la dynamique du vivre-ensemble, devraient à chaque fois, être ponctués d’une belle envolée sonore.
Les vraies mauvaises nouvelles, tel une baisse de la consommation, pourraient – elles – être accompagnées par la sonnerie du glas.
 
Le diocèse de Liège souhaite, par cette réforme, contribuer à édifier un espace citoyen digne de l’humain. 
Le 1er avril nous avait habitué à son lot de blagues potaches au goût douteux. Cette fois, il fera date comme un moment de réelle avancée dans la dynamique citoyenne.   

«  Alléluia ! » – Nuit et jour de Pâques, Année B

« Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. » (Marc 16, 1-7)

La mort biologique est la seule certitude humaine que nous ayons. Tous nous allons mourir. Même Jésus, le Verbe divin fait homme, a connu la mort. Et la mort horrible et injuste sur une croix.

Mais pour nous chrétiens, la mort n’est pas une réalité ultime.  C’est ce que les chrétiens proclament à la face du monde depuis plus de 2000 ans : « Ne vous effrayez pas. C’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici. »  

Pâques signifie « passage ». Passage par la mort vers une vie autre, une vie plus vive, une vie en Dieu. Telle est le grand signe que nous donne la résurrection du Christ, prémisse et gage de notre propre résurrection. Dés maintenant, ne laissons pas la peur, l’égoïsme et les ténèbres prendre pied dans nos vies. Vivons en enfants de lumière. Christ est ressuscité. Alléluia !

Le Mystère, plutôt que le merveilleux – La Libre p.41

Ce jeudi saint 29 mars est parue ma chronique du mois (… d’avril) dans le quotidien La Libre  en p.41.  Pour lire cette chronique, cliquez sur « Le Mystère, plutôt que le merveilleux »

Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression et sainte fête de Pâques aux lecteurs de ce blog.

« Eloï, Eloï,…» – Dimanche des Rameaux et de la Passion, Année B

« La sixième heure étant venue, il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Eloï, Eloï, lama sabachthani? ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? (…) Jésus, ayant poussé un grand cri, expira. Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré de la sorte, dit: Assurément, cet homme était Fils de Dieu.». (Marc 14, 1-15, 47. Marc 15, 1-39)

Avec le dimanche des Rameaux débute la « Semaine Sainte », c’est-à-dire la sainte semaine des chrétiens. La semaine où est résumé le mystère de notre foi en un Dieu qui aime l’humanité à en mourir. De cet Amour fou qui transfigure nos péchés, les rameaux qui orneront les crucifix de nos maisons, sont le rappel tout au long de l’année.

Ne vivons pas cette semaine de façon distraite. Si nous le pouvons, participons aux offices de la semaine sainte et au chemin de croix dans les rues de Liège. Ainsi, nous retrouverons-nous pour célébrer la Pâques du Christ avec un cœur de ressuscité.

Le film « la prière » : la religion, opium du peuple?  

Je n’ai pas encore eu l’occasion de visionner le film « la prière » de Cédric Kahn. J’en parle cependant, car à peine sorti dans les salles, il agite les débats. Et le fait que son réalisateur soit agnostique, mais nullement hostile à la foi, brouille les lignes traditionnelles entre cathos et libres-penseurs.
Pour rappel, il s’agit de l’histoire de Thomas, un jeune breton de 22 ans, dépendant de la drogue, qui rentre dans une communauté catholique, où l’amitié, le travail et la prière sont les seuls antidotes.
La critique du film est bonne, mais j’ai été frappé par la question posée par une journaliste, écrivant hier dans les colonnes du quotidien bruxellois « Le Soir » : « A propos du personnage le jeune Thomas a-t-il vraiment trouvé sa voie ou a-t-il troqué sa drogue (l’héroïne) contre une autre (la religion) ? Cela pousse à s’interroger sur l’essentiel : donner un sens à sa vie. »
 
Ici, le doigt est mis sur une des questions-clés de l’époque: L’humain est-il un « individu », soit un être qui se suffit à lui-même? Dans ce cas, tout ajout (amour, religion, engagement) peut devenir une contrainte, voire être perçu comme toxique… un « opium », qui empêche la liberté.
Ou bien, l’humain est une « personne », soit fondamentalement un être de relation? Dans ce cas, toute mise en relation authentique: celle du couple, celle de l’amitié, celle de l’engagement social et politique, et celle de la spiritualité vécue au travers d’une religion (pour le croyant) ou de convictions (pour les athées et agnostiques), est un chemin de libération et de naissance à soi-même. Tout le contraire d’une drogue, qui – elle – est l’archétype de l’aliénation et de la perte d’identité.
Je ne nie donc pas que la religion puisse à un moment donné servir de produit de substitution pour un toxicomane qui cherche à s’en sortir. Ceci n’en fait pas pour autant une drogue.
A la longue, cependant, un chemin de foi est le contraire d’une drogue. Il n’endort pas. Il éveille à la vie.
Pour comprendre cela, il s’agit de se guérir d’un dogme issu de la société de consommation : celui qui voit en tout homme un être se suffisant parfaitement à lui-même, invité à chercher son bonheur sans trop tenir compte des autres et sans « perdre trop de temps » à se poser des questions de sens ultimes.

«  Mourir pour vivre » – 5e dimanche de Carême, Année B

« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit.  ». (Jean 12, 20-33)

Pâques signifie « passage ». Nous sommes tous des passants : embryon, enfant, adolescent, adulte, vieillard,… Du point de vue de la matière, nous passons de la vie à la mort. Parfois de manière brutale et beaucoup trop tôt. Mais pour tous, la mort terrestre est la seule issue biologique dont nous soyons assurés.

Cependant, il existe un autre regard : celui de l’Esprit (ou de l’esprit avec un petit « e », car ce qui suit vaut aussi – de façon adaptée à leurs convictions – pour les agnostiques et les athées). Spirituellement nous ne vivons pas pour mourir, mais sommes au contraire appelés à mourir pour vivre. Chaque décision que nous prenons est une mort à tous les possibles que pareille décision élimine, en vue de vivre le choix que nous avons fait.

Comment choisir ? Ici, le Christ nous enseigne Sa voie radicale – le chemin de la Pâques : mourir à tout ce qui est repli sur soi pour vivre de la seule réalité spirituelle qui ne passe pas, car elle vient de Dieu et retourne à Dieu – l’amour. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit.  ». Précision : Il ne s’agit pas de l’amour sentimental ou fusionnel, mais bien de l’amour qui donne et reçoit en vérité. Un amour à l’image de la Trinité – éternel échange d’amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit. Le chemin de la Pâques est un chemin exigeant et souvent à contre-courant de notre société de consommation. Mais il n’a rien de masochiste. Il s’agit au contraire d’un chemin de résurrection et de vie : « Celui qui aime sa vie (c’est-à-dire égoïstement) la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle ». 

«  Laetare – La joie de l’Evangile » – 4e dimanche de Carême, Année B

 « Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». (Jean 3, 14-21)

Le 4° dimanche de Carême – moment de la mi-carême – est aussi appelé Laetare, c’est-à-dire dimanche de la joie. Non pas une joie provoquée par des excitants externes, mais une joie qui rayonne de l’intérieur. Telle est la joie qu’éprouve celui ou celle qui accepte de se laisser regarder par le Christ en croix. Le Crucifié pose sur chacun de nous un regard sans complaisance, mais aussi sans jugement. Un regard d’amour inconditionnel, qui murmure : « Voilà qui tu es, par-delà tous tes masques. Sache que tel que tu es, Je t’aime ». Celui qui fuit ce regard « est déjà jugé », car il s’enfonce dans les ténèbres de ses propres mensonges et ne vit qu’au niveau des apparences. Au contraire, celui qui accueille le regard du Christ ne cherche plus d’excuses. Il désire la divine Lumière : « celui qui agit selon la Vérité, vient à la lumière ». Telle est l’expérience du salut. « Amazing grace » (grâce surprenante)  chante une vieil hymne écossais – en poursuivant : « j’étais perdu et maintenant, je suis trouvé ». D’où la « joie de l’Evangile » – comme l’appelle notre pape François.

«  Nettoyage de printemps » – 3e dimanche de Carême, Année B

« Il n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme : il connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme » (Jean 2, 13-25)

Le « doux Jésus » n’était pas mièvre. Il décide d’organiser un grand « nettoyage de printemps » dans le temple de Jérusalem et en chasse les marchands sans ménagement: « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ! » En s’attaquant aux juteuses rentrées que ce commerce fournissait à la classe sacerdotale, le Nazaréen se fait de puissants ennemis. Ils seront les premiers acteurs de sa condamnation.

Quand ils lui demandent de justifier son acte, Jésus répond : « Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai ». Ses adversaires le trouvent présomptueux, mais ne comprennent pas que le nouveau temple – c’est le Christ. En effet, c’est en Lui que la présence du Père se manifeste pleinement.

Par notre baptême, nous faisons partie de ce corps spirituel du Christ qui est l’Eglise. Pourtant, notre cœur reste souvent un lieu de marchandage et de sombres trafics. Le Christ n’en est pas dupe car « Il connaît le cœur de l’homme ». Voilà pourquoi, son Esprit nous invite durant ce temps de carême à entreprendre – à notre tour – un grand nettoyage de printemps, afin de vivre Pâques avec une âme qui soit un temple digne du Père.