Cette déclaration soutient la sortie de l’avortement du code pénal (jusque là, rien de bien neuf), et – je cite – « refuse toute démarche visant à donner une personnalité juridique à un fœtus ».
« Refuser toute personnalité juridique au foetus » – je m’en suis déjà expliqué – est, selon moi, un signe de « déni ». Le « déni » est un mécanisme psychologique, qui consiste à refuser – par confort mental – de voir une situation en toute lucidité, avant de prendre une décision politique à son sujet.
Ainsi, le déni se retrouve chez ceux qui refusent d’accepter que notre société de consommation abîme la planète ; comme chez ceux qui ne considèrent pas que les migrants sont des humains ayant des droits…
Le fait que ces autres types de déni se retrouvent dans un tout autre spectre d’opinions politiques que celui qui touche à l’avortement, illustre que pareil mécanisme d’auto-aveuglement touche tous les humains. Et que le fait de se déclarer ‘progressiste’ ne vous en immunise pas, comme par enchantement.
Combattre le déni invite à ce surcroit de lucidité envers soi-même et ses actes, qui donne de comprendre qu’aucun d’entre nous n’a « totalement les mains propres ». Tous, en effet, sommes complices de décisions qui font du tort à d’autres. En prendre conscience, ne rend pas l’innocence, mais invite à essayer de minimiser le tort que nos actes causent à d’autres.
Ainsi, un authentique militant « pro-choice » devrait avoir comme premier objectif de diminuer, autant que possible le nombre d’avortements. Or, je ne retrouve pas cela dans la « déclaration de Bruxelles ». Pourquoi? Parce qu’un mécanisme de déni pousse à refuser de voir de voir en un foetus, autre chose qu’un paquet de cellule et donc, un simple prolongement du corps de la femme, sans statut propre. (Je ne fais que citer, les arguments qui furent alignés par mes contradicteurs).
C’est se voiler la face: le foetus est une vie humaine en devenir et donc, bien davantage qu’un simple tissu biologique. S’il n’est qu’un amas de cellule, comment expliquer qu’à un moment donné apparaît – comme par génération spontanée – un être humain? Et quand ? A partir de telle ou telle semaine, ou une fois la naissance advenue? D’ailleurs, pourquoi la naissance? Même né, l’enfant reste totalement dépendant de ses géniteurs. Dans ce cas, pourquoi ne pas décider qu’il n’y a vie humaine, qu’une fois que l’enfant a accès à la parole? Ou quand il est entré à l’âge de raison?
Accueillir humainement et d’une façon médicalement responsable, la douloureuse décision d’avorter, est une chose. Mais nier, pour la cause, qu’il y a pas en jeu une vie humaine en gestation, est et reste – quoi qu’on raconte – un acte de déni. Le premier défi que les militants « pro-choice » et « pro-life » devraient donc aborder ensemble, est la recherche de mesures capable de limiter le nombre d’avortements. Or, il n’y a apparemment pas de diminution d’avortement en Belgique, contrairement à d’autres pays européens.
La « déclaration de Bruxelles » n’en reste cependant pas au niveau du déni. Elle là va plus loin, en demandant – je cite: « la suppression, dans les législations, de la clause de conscience spécifique à l’interruption volontaire de grossesse, celle-ci étant déjà accordée à titre individuel pour tout acte médical », ainsi que d’ « exiger que toute entrave à l’accès ainsi qu’à l’information relative à l’interruption volontaire de grossesse soit sanctionnée ».
Ceci n’est pas banal. En effet, supprimer la clause de conscience et criminaliser ce qui semble viser insidieusement toute opposition démocratique à la banalisation de l’avortement, est une politique liberticide, qui étouffe le débat et la liberté d’opinion.
Ce genre de mesures n’est pas du genre à m’intimider – même si je dois un jour subir une condamnation. Une contradictrice sur twitter me lançait, avec toute la nuance d’usage dans ce genre de débat (quel que soit le camp): « tu n’as pas d’uterus, donc tu fermes ta gueule! » Je confesse, en effet, que je n’ai pas d’utérus. Et pourtant – non – je ne fermerai pas ma gueule.