« Consubstantiel au Père » : la nouvelle traduction du Missel met-elle fin à une « hérésie »?

Depuis le début de l’Avent, une nouvelle traduction du Missel entre en vigueur. Fort bien. Parmi les changements, le credo de Nicée-Constantinople, reprend la formule latine du Christ « consubstantialis Patris », soit « consubstantiel au Père ». Ceci met-il fin  à une hérésie, comme l’affirment d’aucuns ? Proclamer, comme on le faisait jusqu’ici dans l’ancienne traduction, que « Jésus est de même nature que le Père », serait-il dogmatiquement incorrect?Je ne pense pas. Que du contraire.

La formule originelle (et donc en langue grecque) du concile de Nicée (an 325) et de Constantinople (an 381) est « homoousios », ce qui signifie que Jésus est « de même être » que le Père. En latin, cela a donné « consubstantiel », ce qui n’est pas totalement la même chose. Car le synonyme grec du latin « substantia » est « hypostasis », que le credo grec utilise pour désigner les trois Personnes divines , le Père , le Fils et l’Esprit.  Le credo grec affirme donc qu’en Dieu il y a une «Ousia » (un seul Etre) et trois « Hypostases » (traduction libre: trois principes d’identité). La traduction exacte en latin aurait été une « Essentia » et trois « Substantiae ». Au lieu de cela , le latin a proclamé une « Substantia » et trois « Personae ». Cfr une chronique de 2016 parue dans La Libre.

C’est grave, docteur? Non, car les formules dogmatiques ne font qu’effleurer le Mystère infini de Dieu, comme je l’ai par ailleurs récemment rappelé, également dans le quotidien La Libre.  Mais, de grâce, ne prétendons pas que la formule « de même nature que le Père », proclamée depuis des décennies par le peuple des fidèles, était hérétique. Elle était une traduction. moins historique, mais pas pour autant moins judicieuse. Je n’ai aucun souci avec la nouvelle traduction, mais c’est faire de la fort mauvaise dogmatique que de déclarer « hérétique » l’ancienne.   

16 réflexions sur « « Consubstantiel au Père » : la nouvelle traduction du Missel met-elle fin à une « hérésie »? »

  1. En français courant « de même nature » signifie « semblable ». C’est comme cela que le comprenait nombre de fidèle: Jésus ressemble au Père. Or c’est précisément contre les « homéens » qui admettait une ressemblance du Fils et du Père, que le Concile de Nicée a proclamé que le Fils et le Père était un seul être.

    1. Oh, il ne faut pas donner un sens faible à « ressemblance, « semblable ». C’est le contexte culturel et textuel qui fait le sens d’un terme ! Par exemple, on pourrait aussi ( surtout) se référer à la Lettre aux Philippiens – un des rarissimes endroits du NT (et peut-être le plus ancien !) où il y a un peu de vocabulaire philosophique: il y est dit que Jésus est  » en morphè théou » , « en forme de Dieu ». La « morphè », c’est la forme, dans un sens proche de celui que lui donnait Platon: ce qui détermine une réalité, fait d’elle ce qu’elle est . Je pense que dans notre vocabulaire courant, les mots « essence » ou « identité » conviendraient; mais sur chacun des deux, il y a des analyses très complexes…

  2. Si on avait conservé le latin comme langue de la liturgie, tous ces problèmes ne se poseraient pas.

    Le fait de vouloir inculturer la liturgie était une erreur qui a semé la division plus que l’unité que la langue latine contribuait à garantir. Aujourd’hui, un catholique de langue française qui se rend dans un pays où une région dont il ne parle pas la langue ne peut plus valablement suivre la messe. Sans compter qu’on est quasiment dans une situation « protestante » où à chaque lieu de culte correspond un rite différent, selon les sensibilités du prêtre qui officie, certains s’autorisant toutes les excentricités.

    Mais pendant ce temps-là, c’est sur les tradis que l’on tape…

    1. Euh… Je vis dans un diocèse où les tradis sont fort bien acceptés. Ce qui ne va pas, c’est de stigmatiser « les autres ». Depuis les origines de l’Eglise, il existe de grandes différences entre apôtres. Relisez l’engueulade que saint Paul file à saint Pierre… en Galates 2, 11. Ce qui a permis à l’Esprit de souffler, c’est qu’ils demeuraient en communion malgré tout, sans s’anathématiser.

      1. Je me référais au dernier Motu Proprio du pape François. C’est un texte très dur qui s’en prend de manière violente au monde tradi. Dans le même temps, rien n’est fait dans le chef de Rome pour contrer les nombreux abus liturgiques. Seuls le pape émérite et le cardinal Sarah ont essayé, en vain, de faire bouger les lignes en prônant une réforme de la réforme. Je pense que cette dernière est nécessaire.

        Un certain clergé « soixante-huitard » pense qu’on attire les jeunes en « faisant jeune », en « traduisant » pour mieux les faire comprendre des formules théologiques jugées trop complexes. C’est se méprendre lourdement. Les jeunes cherchent de la radicalité, du sacré, de la verticalité. Ce n’est pas pour rien que des jeunes prêtres très classiques, présents sur les réseaux sociaux et sur YouTube, dont certains portent la soutane, rencontrent un vif succès. Allez à la FSSPX, ils font 4 messes chaque dimanche et l’assemblée est plus jeune que dans la plupart des églises de Bruxelles ou d’ailleurs. Bref, je crois que beaucoup font fausse route en voulant faire jeune, moderne, plus simple, plus accessible.

        Pour répondre à Madame Masereel, les missels bilingues sont une aide précieuse pour suivre la Messe en latin. Certes, cela demande plus d’efforts, c’est moins directement accessible mais une fois qu’on a goûté à une belle liturgie et à la beauté des formules latines, on est content d’avoir fait ce petit effort. C’est comme dans une ascension en montagne : le chemin est escarpé mais le sommet en vaut la peine.

        1. Bonjour,
          Puis-je vous rappeler que la beauté est aussi culturelle, pour les uns ceci est beau et parle au cœur pour les autres non …
          Pour certains, l’art roman est le sommet pour d’autres il s’agit du baroque… où des arts premiers …
          Personnellement, aujourd’hui dans la liturgie, j’ai besoin de comprendre le sens des mots que je proclame … et pourtant il fut un temps où la liturgie monastique en latin ou encore en slavon m’allait droit au cœur même si je n’y comprenais rien avec mon esprit…

          1. La beauté est culturelle… Voilà une affirmation discutable. J’ai pour ma part plutôt tendance à penser qu’il existe en ce monde du Beau, du Bien et du Vrai. Autrement dit, certaines choses seront appréciées universellement comme belles, bonnes et vraies : une sonate de Beethoven, une fresque de Léonard de Vinci, un poème de Ronsard…

            Notre époque tend à tout niveler, considérant que la dernière provocation de tel artiste « coté » constitue de l’art. Il en va de même dans la liturgie. Quand, en lieu et place du Gloria – texte mutliséculaire forgé par la Tradition et condensé de la foi chrétienne – on entend chaque dimanche dans nos assemblées des chansonnettes gnangan qui vident de sa substance le texte original, j’estime qu’on n’est ni dans le Beau ni dans le Vrai. On est dans un nivellement par le bas, sous prétexte de se rendre accessible.

            À la place, il faudrait selon moi plutôt relancer la catéchèse pour adultes. Oui, la foi chrétienne est complexe, oui les termes théologiques qui servent pas l’exprimer sont, pour certains, difficiles à appréhender. Est-ce une raison pour renoncer ? Je ne le pense pas. Du reste, cela relève aussi du devoir d’un chrétien de se former dans la foi. Certains catholiques sont multidiplômés, « bac+5 » voire davantage, mais ne connaissent pas leur foi, ne comprennent pas ce qui se joue réellement à la messe, etc. Cela ne relève-t-il d’une certaine paresse ? Je ne veux me faire le juge de personne, mais en tout état de cause, ce n’est pas en nivelant tout par le bas que l’on va redonner envie à nos contemporains de franchir le seuil d’une église. Faites entrer quiconque à Solesmes ou à Fontgombault pendant l’Office divin ou la Messe, il sera subjugué par la beauté de ce qu’il verra et entendra. Tout simplement parce que c’est beau. Et pourtant, c’est en latin et les rites – ancien ou moderne – sont scrupuleusement respectés. Le respect des normes liturgiques que des siècles de tradition ont façonnées est une manière de rendre gloire à Dieu. Ces normes n’appartiennent à personne, elles constituent un héritage à sauvegarder précieusement, telle la perle de l’évangile.

            Bien à vous.

    2. J’ai étudié le latin et le grec. Ce n’est donc pas un point de vue personnel que je défends. Mais pensez-vous à à ceux qui n’ont pas la chance de voyager et/ou qui n’ont jamais étudié un mot de latin ?

  3. Nicée, 325 AD…

    Trois siècles après la mort du Christ, trois siècles de luttes et de conflits au sein du christianisme avant de pouvoir écrire « dans le marbre » les articles de la foi.
    Comment ne pas y voir que ce qui constitue notre foi aujourd’hui est un objet construit par les hommes…?

    1. Sans vouloir entrer dans la polémique, à mon sens, Kess, (mais je peux me tromper), le symbole des apôtres est plus ancien que la Credo de Nicée. Et si les chrétiens pouvaient s’en tenir à ce symbole, ne pensez-vous pas que les chrétiens (toutes confessions confondues) devraient s’en tenir à celui-ci? Je vous dis cela par ce que que je pense que les chrétiens ont besoin d’une charpente pour leur permettre d’y voir clair quant au résumé de ce qu’est la foi chrétienne. Pardon pour ma piètre opinion que vous ne partagerai peut-être pas mais s’il vous plaît prier pour moi qui suis en décombres et qui, victime d’une profonde dépression vit le silence de Dieu. Je prie pour vous,vous sachant également dans d’épreuve, Jean-Pierre Snyers

  4. La nouvelle traduction répond également à des demandes précises formulées par « Rome » pour faire court. Il me semble que la nouvelle traduction a pour but de respecter plus fidèlement la version originale en latin.
    Dès lors, concernant le changement de consubstantiel au Père et non de même nature que le Père procède de cet objectif. D’ailleurs, le Père Eric montre dans son argumentaire que la terminologie modifiée est « juste » théologiquement et conforme au texte original en grec.
    N’oublions pas que le latin est déjà une traduction. De ce fait, la traduction va plus loin qu’une simple transposition. Cela demande d’utiliser les concepts utilisés dans la langue et qui se rapprochent au mieux du texte original. Dès lors, le français une traduction de la traduction.
    Au niveau pratique, un missel pour les fidèles en latin et français devrait être disponible. Cela existe notamment pour la Liturgie des Heures, me semble-t-il.

  5. Il y a longtemps que dans notre petite communauté, non paroissiale, lorsque nous célébrons, nous ne proclamons plus le « credo officiel ». il nous est indigeste. IL correspondait peut-être à une nécessité lorsqu’il fut rédigé, mais aujourd’hui, que signifie-t-il encore? Et, à l’époque, sa nécessité était-elle théologique ou politique Alors, honnêtement, consubstantiel ou de même nature, ou autre, cela a-t-il de l’importance? Ce qui compte, je pense, c’est que ce que nous proclamons corresponde à ce que nous vivons en communauté, en église.

    1. Là, j’ai beaucoup de peine à vous suivre.

      La naissance du Christ, Sa mort sur la croix, Sa résurrection…
      Le Dieu en trois personnes…
      Voila des articles de foi incontournables et, loin de servir une cause quelconque au quatrième siècle de notre ère, ils font partie d’une révélation faite aux hommes dans un plan divin dont la nature est éternelle.

      Que l’on soit progressiste ou conservateur dans sa pratique du catholicisme, les contours de la foi catholique sont clairs.
      Si toute une communauté s’écarte délibérément des articles centraux de la foi, bonne chance à elle mais je ne vois plus en quoi elle peut encore porter le « label » catholique.

      Au niveau des personnes il n’en va pas de même: chacun a le « droit au doute ». Et, croyez-moi, je le revendique chaque jour pour moi-même !
      Mais , sans la clarté que donne le Credo, le doute serait trop difficile.

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