Le rôle précieux et ingrat des fabriques d’église

Suite à l’affaire de la Collégiale Sainte-Waudru de Mons où un ouvrier du lieu a maladroitement «  restauré » des oeuvres d’art, il y a de l’émoi dans tous les sens. Comment réagir?

1. Si l’Eglise de Belgique a créé pour la partie francophone du Royaume, le CIPAR (Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux: https://cipar.be), c’est justement pour conseiller les fabriques d’église en matière de patrimoine. Dans les diocèses, le CIPAR est relayé par une Commission d’art sacré (à Liège: commission.artsacre@evechedeliege.be).  Il est dommage que la fabrique d’église en question n’ait pas songé à se faire conseiller par cet organe, qui a une grande expertise.

2. La ville de Mons a communiqué de manière surprenante, en signalant qu’elle n’était pas propriétaire de la Collégiale, mais que c’était la fabrique d’église. Ceci est incompréhensible. Pour rappel: à la Révolution française, toutes les églises ont été nationalisées. La propriété des bâtiments sacrés est ainsi passée aux communes. Lors du concordat avec le Pape, Napoléon n’a rien rendu, mais il a affecté les églises au culte. Sauf exception à prouver, toutes les églises construites avant 1804 sont donc propriété communale. Pour les églises construites après cette date, tout dépend: si elles sont construites sur un terrain communal, elles sont communales; si elles sont construites sur un terrain fabricien, elles sont fabriciennes. Pourquoi les communes n’aiment-elles pas trop reconnaître cet état de fait? Pour moins devoir s’en sentir responsables. Les communes ont souvent des budgets pour plein de choses, mais moins pour entretenir les églises, si prestigieuses soient-elles…

3. Une fabrique d’église n’est pas un « organe d’Eglise ». Il s’agit d’un établissement public, créé par la loi et sous tutelle publique (de l’évêché aussi, mais également des communes et des services du gouverneur). Cet établissement public a la responsabilité des lieux de cultes, quel qu’en soit le propriétaire. Outre le curé, le bourgmestre ou l’échevin du culte est membre de droit de toute fabrique d’église. La commune a donc « un oeil » dans tout ce que fait une fabrique. Si elle n’use pas de ce droit de regard prévu par la loi (certains échevins du culte interviennent trop peu/pas du tout dans la vie des fabriques), elle n’en porte donc pas moins une part de responsabilité dans des décisions inadéquates qui seraient prises par le Conseil de fabrique.

4. Le bon peuple aime à croire à la richesse des évêchés « qui possèdent toutes ces églises ». Mais non : que le propriétaire soit la commune ou la fabrique, ces bâtiments appartiennent au domaine public et non aux diocèses. Les fabriciens sont donc des bénévoles qui gèrent gratuitement des biens publics. Ce sont rarement des professionnels et les responsabilités que l’on fait peser sur leurs épaules sont écrasantes. Ce n’est pas un blanc-seing pour accepter le n’importe quoi, mais cela mérite respect et encouragement. Si demain les communes doivent remplacer les fabriciens par des fonctionnaires payés par elles, leur budget s’en ressentirait bien plus lourdement. Voilà pourquoi, je tiens à redire toute ma gratitude à tous ces fabriciens et fabriciennes, qui ont un rôle ingrat et tellement précieux au service de toute la collectivité. Car, c’est une autre vérité trop oubliée: si elles sont affectées au culte catholique, les églises n’appartiennent pas aux Catholiques. Elles sont ouvertes à toute la population. Toute personne, quel que soit sa conviction, y est bienvenu dans sa quête de silence, d’intériorité, de beauté… de Mystère.    

7 réflexions sur « Le rôle précieux et ingrat des fabriques d’église »

    1. Très Cher Abbé, J’ai réagi maladroitement suite à ce fait suite à un article alarmiste et montré de l’ingratitude par rapport au travail fourni par les fabriques d’Eglise et le bénévole. Merci à elles et lui. L’erreur est humaine et celui qui offre son temps pour aider l’Eglise ne doit pas être blâmé par autrui sinon c’est de l’ ingratitude. Que tous se portent bien. Nicolas Semaille

  1. Merci, Eric, pour l’exemple qui peut servir d’apprentissage aux fabriciens bénévoles. Volontiers, je fais suivre pour information aux membres des 4 FE de notre Up. Un rappel de l’histoire de l’église aide parfois à plus de compréhension et ouvre un dialogue nécessaire entre les parties, toutes gestionnaires d’un patrimoine précieux et témoin de l’humanité en marche.

  2. Je suis guide bénévole à la Collégiale St Jean l’Evangéliste à Liège et ai constaté de nombreux dégâts (chute de plafonnages….vitres brisées,électricité douteuse.. Que fait la ville de LIEGE ?

  3. Merci, Eric pour ton article éclairant. Pour ma part et bien modestement,j’aimerais dire que suite à l’accident que j’ai eu à cause d’un médicament (Effexor) à travers lequel j’ai démoli ma Peugeot 108, j’ai trouvé, pour 1500 euros, une Peugeot 206 dont je suis très content. Je sais que ce que j’écris n’intéressera pas ceux qui me lisent, mais quand on est un peu comme Colombo et fan de Peugeot…

    1. Pardon, Eric. Je n’ai fait que considérer les choses d’un point matériel tandis que toi, tu les voyais au niveau de l’immatériel. Pardon pour mon manque de foi et surtout prie pour moi qui suis cet homme solitaire qui en manque tellement. Que Dieu te bénisse et te garde, Eric

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