La bonne, la brute et les poltrons

A juste titre, les consciences encore quelque peu éveillées sur notre terre, saluent le courage de la capitaine Carola Rackete, qui s’est mise en situation d’illégalité pour mettre en sécurité des migrants épuisés. Croisement moderne de Robin des Bois et de Surcouf, elle a le courage des rebelles et des héroïnes. 

Face à elle, la mâle figure du ministre italien Salvini, fermant ses frontières à la marée de misère qui essaie d’atteindre Lampedusa, fait aisément office de « brute ». 

Mais le portrait ne serait pas complet sans les « poltrons ». Il s’agit… de nous. L’union européenne est incapable de mettre sur pied une politique globale de gestion des migrations sauvages et laisse ses membres frontaliers, dont surtout l’Italie, fort seuls face à l’afflux de personnes à accueillir. Faut-il, dès lors, s’étonner du soutien que le ministre de l’intérieur Salvini obtient parmi sa population? Au lieu de pointer vers la paille dans l’oeil italien, contemplons la poutre dans nos yeux.

Il en va de même pour le Brésil. Chacun a beau jeu (et raison) de réprouver la « brute » présidentielle, qui veut livrer la forêt d’Amazonie aux cupides exploitants. Il n’empêche… Si cette forêt est le poumon du monde, la communauté internationale devrait rémunérer pour le maintien de ce « patrimoine mondial » le pays qui se doit de le préserver comme sanctuaire.

Les « brutes » en ce monde doivent être appelées par leur nom. A condition de ne pas oublier de nommer les « poltrons » que – trop souvent, hélas – nous sommes. 

10 réflexions sur « La bonne, la brute et les poltrons »

  1. Il y a aussi la juge d’ Agrigente ( Sicile) qui en invalidant l’ arrestation de Carola R. , l’ a fait remettre en liberté.

  2. Eric,

    Votre analyse est tout à fait pertinente, mais force est de constater que le problème de la réponse européenne au défi de l‘immigration est éminemment politique.
    Or, l‘Union Européenne reste profondément divisée sur la question avec d‘une part des pays (encore…) relativement accueillants et d‘autre part des Etats-membres prenant des attitudes profondément xénophobes renouant souvent avec un passé honteux.

    Or, les mouvements populistes ont le vent en poupe, à point tel que même les pays qui peuvent se targuer de longues traditions de tolérance et d‘ouverture au monde risquent de se replier sur eux-mêmes parce que les partis de la droite traditionnelle se radicalisent sous la pression des „populistes“ qui les talonnent.

    Il faut bien se rendre compte que les „populistes“ feront flèche de tout bois selon le public auquel ils vendent leurs messages simplistes.
    Ainsi, lorsqu‘ils s‘adressent à des foules de „croyants“, souvent chrétiens, ils savent exactement sur quels boutons pousser pour gagner leur loyauté:
    Ainsi, un Trump aux Etats-Unis se prosternant en prière avec des pasteurs protestants pour s‘assurer une base auprès de 50 millions de Evangelical Christians…
    Ainsi, un Putin (ex-colonel de la KGB et commanditaire de meurtre sur le territoire britannique) s‘entourant de dignitaires d‘une Eglise Orthodoxe Russe toute vouée à sa cause, comme elle l‘a été à celle des Tsars…
    Ainsi un Victor Orban, se vantant de sa „démocratie illibérale“ seule à même de protéger les soi-disantes „valeurs judéo-chrétiennes“ contre les hordes musulmanes „ importées par George Soros“ ….( renouant au passage avec les pires formes de propagande anti-sémite.).
    Ainsi la Pologne, l‘Autriche, la Bavière de Herr Seehofer….

    Alors, que pouvons- nous faire en tant que personnes isolées?

    Ne pas tomber dans le panneau, pour commencer.
    Pour certains, cela semble déjà un grand pas!

    Mais surtout, surtout….se méfier des politiciens jouant ( cyniquement) sur nos sensibilités religieuses pour pousser des programmes qui finiront dans une forme ou l‘autre de l‘extrême droite.

  3. Je ne partage pas cette analyse. Lorsque l’on lit les informations sur la collusion entre certaines ONG récupérant les migrants en mer et les passeurs, on se demande à bon droit quel part de responsabilité nous avons dans l’amplificaton de ces migrations. Plus l’accueil des migrants est sûr et facile, plus il y en aura. Et nos gouvernements (et population, je reconnais le côté « poltron » dont vous parlez pour la population) n’ont pas le courage de mettre des règles claires et de les faires respecter, ce qui conduit au développement de l’illégalité et les malheurs que cela entraîne.
    L’écologiste actuel explique à tout va qu’une croissance infinie dans un monde fini est impossible. De la même manière l’accueil de plus d’un milliard d’Africains en Europe n’est pas possible. Il faut donc une limite.
    Le Pape a bien dit que le premier droit d’un homme est de pouvoir vivre dans son pays, sa région d’origine. Favoriser la migration à tout va n’est pas une bonne solution.
    L’Afrique est assez mal développée, et l’Europe encourage la migration des hommes les plus dynamiques chez nous, alors que l’Afrique en a tant besoin. On répète que le capital humain est ce qui est le plus important, et l’Europe trouve bien d’accroitre la fuite de capital humain africain. L’Europe a colonisé le monde au 18e et 19e siècle, on juge aujourd’hui que c’était un pillage économique injustifiable. Accroître la migration actuelle, c’est un pillage humain pas plus justifiable (combien de fois ai-je lu que c’était nécessaire car nous n’avons pas assez d’enfants pour payer les retraites ? Faire venir des étrangers pour payer nos retraites ? Ce n’est pas de l’esclavage, mais cela y ressemble fort).
    Il me semble qu’il faudrait plutôt se concentrer sur une action en amont. La migration ne génère-t-elle pas plus de malheurs que la vie dans le pays d’origine (en faisant la différence entre des réfugiés de zone de guerre et les autres migrants, le statut n’est d’ailleurs pas le même) ?
    Lorsque je lis les déclarations du cardinal Sarah sur le sujet, je ne vois pas bien comment concilier ses propos avec l’idée qu’il faut ouvrir grand nos ports et nos pays pour l’accueil de migrants.

    1. si l’Europe avait le courage d’appliquer vraiment ses principes, à savoir la distinction entre réfugiés que la morale et le droit nous impose d’accueillir et migrants économiques que nous ne pouvons accueillir, nous ne serions pas face à cette diabolisation / sanctification (dépendant de la vision…) de cette dame. Une politique ferme est la meilleure solution pour éviter le drame de ces morts.
      Je rêve d’une Europe ferme et juste sur ses frontières mais qui dans le même temps quintuple son aide aux pays d’Afrique en veillant bien à ce que cette aide ne finisse pas dans les mauvaises poches. Alors on pourra se dire qu’on va vers un mieux.
      Mais méfions-nous d’opposer les mauvais, racistes-fascistes etc, de l’Est et les bons, libéraux-mariage et euthanasie pour tous etc, de l’Europe occidentale. On devient con à dessiner un monde en noir et blanc.

  4. Au delà des considérations en tous genres, n’ayant pas de remède à présenter pour régler cette question importante et dramatique, je me contente de saluer avec respect cette « prise de risque », cet acte posé par une « conscience » et j’espère qu’elle sera reconnue comme la personne courageuse qu’elle est !

  5. Un commentaire intéressant aujourd‘hui, dans le journal néerlandais De Volkskrant, sur ce dilemme de l‘accueil de réfugies:

    „ Je reageert vooral op lijden dat je ziet. Zo simpel is het. En misschien hoort het ook zo te zijn“

    Marian Slob, in De Volkskrant.

    1. Lors de très nombreux débats sur des forums, j’ai pu lire, p.ex., « laissez-les se noyer » ou encore « renvoyez-les d’où ils viennent », je me souviens avoir souvent répondu « vous dites cela parce que vous êtes loin mais je doute que vous restiez sur votre position si vous deviez voir les personnes se noyer en vrai, je crois même que vous voudriez intervenir »…
      Je n’ai jamais eu de réponse !

      1. L‘internet, c‘est le Cloaca Maxima des temps modernes…
        Ce qui devrait nous inquiéter le plus, par les temps qui courent, c‘est que les discours populistes tenus par des chefs d‘état en vue donnent une fausse respectabilité à des idées, théories conspiratoires et autres que des esprits dépourvus de sens critique avaleront „ hook, line and sinker“

        1. Je pense comme vous et une image de chef d’état, en particulier, se présente à mon esprit. La charité chrétienne m’empêche toutefois d’en dire plus ;-)

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