Dialogue de sourds. En effet…

Bien sûr que la presse a le droit d’être critique. Envers l’Eglise aussi. En matière de pédophilie, surtout. Mais je reste songeur face aux titres et conclusions de l’interview du cardinal De Kesel par le quotidien « le Soir » de ce jour : « Les silences embarrassés du chef de l’Eglise de Belgique », suivi d’un commentaire, intitulé « Dialogue de sourds ». 

Je rappelle que l’Eglise n’est pas le monde politique. Ses responsables ne sont pas issus d’élections et donc, ne sont pas forcément à l’aise dans la communication médiatique. Ce n’est pas ce qui leur est d’abord demandé: leur rôle n’est pas d’être de grands communicateurs, mais de vrais pasteurs. Le cardinal Danneels avait une aisance naturelle face aux médias: il répondait à toute question dans un style simple et avec un ton nuancé. Mgr Léonard était tout sauf timide et ses formules-chocs faisaient de lui, ce que les journalistes appellent : «  un bon client ».  Le cardinal De Kesel est, quant à lui, un homme réfléchi. S’exposer au feu des questions de la presse n’est pas son naturel. C’est pourquoi, il est moins présent dans les médias – comme le lui reprochait, il y a quelques mois encore, le journaliste (chrétien) Christophe Deborsu. Et ceci explique aussi ses « longs silences » durant l’interview… Il réfléchit. Il sait que le moindre mot sera scruté et que la moindre formule maladroite allumera un incendie. Pourquoi ne pas voir en un homme qui se tait avant de répondre (dans une langue qui, de surcroît, n’est pas sa langue maternelle…)  quelqu’un qui mûrit sa réponse? Pourquoi décrire ce silence comme « embarrassé »? Notre monde n’a-t-il plus de place que pour des «  beaux parleurs » qui ont la formule prête face à toute question? Soit dit en passant, un responsable catholique qui ne serait pas quelque part « embarrassé » par la crise des abus sexuels, m’inquièterait bien davantage.  

Je pense, de surcroît, que nombre de rédactions ne se rendent pas compte à quel point, ceux qui ne vivent pas « pour et par » le regard médiatique, ont une sainte crainte de sortir – bien malgré eux – la petite phrase qui tue : un moment d’inattention, une formule malheureuse et la twittosphère s’enflamme. On aura beau ensuite corriger comme ont veut, rien n’y fera. Vous êtes cloué au pilori.  Le cardinal Barbarin avait eu cette formule totalement malheureuse face à certains abus sexuels : « Grâce à Dieu, les faits sont prescrits ». Il aura eu beau par la suite s’en excuser, corriger le tir et s’expliquer… Rien n’y fit. Aujourd’hui, cette « petite phrase » lui colle à la peau, médiatiquement parlant, et est même devenue le titre du film de François Ozon. 

Plus loin encore, la critique du « Soir » se fait sur le fond: «  Pour Jozef De Kesel, l’enjeu de ce sommet était donc que le reste du monde arrive au « stade » de la Belgique. Pas que l’Eglise avance davantage. Pas qu’elle prenne plus de mesures. Pas qu’elle sanctionne plus durement. Systématiquement, l’homme se retranche derrière la Justice – c’est heureux car elle devance alors la justice divine – et derrière Rome. »  J’avoue ne pas comprendre. L’Eglise de Belgique a suivi les recommandations d’une commission parlementaire et a dédommagé des cas d’abus prescrits par la loi civile. Je ne dis pas que tout est donc parfait dans le meilleur des monde. Rien ne sera jamais réparé quand un mineur a été abusé. Mais que signifie la critique de la rédaction ? Que veut-on? Que Mgr Vangheluwe perde son état clérical? Mgr Harpigny a récemment rappelé dans la presse que l’Eglise de Belgique l’a souhaité, mais que la décision ne relevait pas de son domaine. De toute façon, cela ne changera rien à son statut – sa pension d’évêque ne dépendant pas de la décision romaine. Et dans son livre, le neveu abusé, souhaite par-dessus tout que cet oncle disparaisse de son existence. Ce que permet son actuel confinement dans un couvent, tenu secret. 

Vous avez dit ‘dialogue de sourds’? En effet. 

4 réflexions sur « Dialogue de sourds. En effet… »

  1. Bonjour Mr l’abbé
    Je voudrais vous relayer ma perception de non croyant.
    Vos constats sont assez justes. Il y a eu des progrès, et pourtant il reste un dialogue de sourd.
    Le cas Vangeluwe me semble emblématique. L’église reconnaît les faits et a entamé une médiation et des dédommagements, ce qui est évidemment très bien. Mais force est de reconnaître que dans ce cas comme dans d’autred’s, le prêtre n’a pas été traité comme tout un chacun. Pas de peine de prison, je suppose vu le délai de prescription, soit. Cette personne est toujours prêtre, quelle’que soit l’autorité compétente pourra le réduire à l’état laïc. Pire, il est toujours évêque et on lui donne du Monseigneur. Loin de moi l’idée de vouloir réduire ce t homme a vivre dans un cul de basse fosse au pain et a l’eau. Mais dans l’église on devrait en principe être conscient de la force du symbole. Il est vraiment choquant de ne pas supprimer systématiquement ces titres et sacrements pour des crimes dont la gravité ne cède qu’au meurtre. Et ceci n’exclut nullement la compation, la charité ou la rédemption à mon sens.
    Cordialement,
    Th

  2. Bonjour M. l’Abbé,
    Pour ma part le malaise de De Kesel est très clair! Pour avoir été indirectement (car il n’a pas voulu prendre ses responsabilités!) confronté à lui dans une histoire de dérives sectaires au sein d’un mouvement d’Eglise, je peux affirmer, preuves à l’appuie si il le faut, qu’il est loin d’être tout blanc et droit dans ses bottes sur le sujet d’abus commis par des clercs et personnes ayant responsabilités dans l’Eglise. Le fait de le savoir pertinemment a sûrement dû influencer et peut expliquer sa réaction frileuse… Quant à « Mgr » Vangheluwe le fait qu’il n’ait pas été défroqué prouve très bien que les promesses du Vatican de « tolérance 0 » ne sont que des paroles en l’air et justifie totalement la méfiance et la question du crédit à accorder aux promesses du Pape et des cardinaux de Curie. Même si l’on pourrait bien sûr aussi s’interroger sur le fonctionnement de la Justice belge qui est encore bien trop complaisante de nos jours envers les curés criminels…

    1. Ben oui. Et ce n’est pas l’attitude de ce même archevêque à l’égard de Stéphane Mercier ou à l’égard de la FSA qui va redorer son blason. Evidemment, avec un pape aussi ambigu que celui que nous avons, comment lui-même et autres Mgr Danneels se sentent particulièrement forts. Vous avez dit « silences coupables », « relativisme doctrinal et moral », « louvoiements »?…

      1. Notre pape a hérité d’un terrible dossier. Je l’estime clair et précis dans ses declarations… Il souhaite surement apporter des changements notables dans l’église mais apparemment certains ne le comprennent pas, ne le suivent pas.

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