Mesure de foi – 27° dimanche, Année C

 Les apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » (Luc 17, 5-10)

Un jour en Afrique noire, un missionnaire assiste à la fuite de réfugiés. Dans la chaleur écrasante, un jeune garçon porte une fillette sur ses épaules. Le prêtre s’approche et lui glisse : « Jeune homme, tu portes là un bien lourd fardeau ». Le garçon répondit :  « Père, ce n’est pas un fardeau. Il s’agit de ma petite sœur. »

Quand quelqu’un nous est précieux, nous sommes capable de nous dépasser. Ainsi, la foi. Il ne s’agit pas d’un truc d’athlète spirituel qui « s’augmente » par entrainement intensif – comme le pensaient les disciples. La foi est une relation de confiance.

Dieu a foi en nous. Tel ce jeune africain portant sa sœur, Christ nous porte sur la croix. A notre tour, donnons-Lui notre confiance – notre foi. Alors,  nous déplacerons des montagnes. Ce faisant, à l’instar de ce garçon africain, nous n’auront pas l’impression de faire quelque chose d’exceptionnel. Simplement notre devoir.     

Sur le pas de ma porte… – 26° dimanche, Année C

« Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail…». (Luc 16, 19-31)

Elle est dure cette parabole du riche et du pauvre Lazare. A la fin de sa vie terrestre, l’homme fortuné finit au séjour des morts en proie à une soif terrible. Pourquoi un tel châtiment ? Ce n’est pas sa richesse qui lui est reprochée. Pas non plus le fait qu’il n’ait pas secouru tous les pauvres de la terre. « Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous » (Matthieu 26,11), reconnaissait d’ailleurs le Christ.

Non – ce qui est reproché au riche, c’est de ne pas avoir secouru ce malheureux-là, qui était couché devant sa porte. De ne pas avoir saisi qu’il était, lui aussi, un être humain. Avec un visage et un prénom : Lazare. Notons au passage que dans la parabole, c’est le riche qui n’a pas de prénom. Son égoïsme l’a dépouillé de toute humanité. C’est donc ce cœur de pierre qui l’a retranché du paradis et qui le torture comme une soif incessante.

Méditons cette parabole. Il ne nous est pas demandé de sauver le monde entier. Mais sur le pas de notre porte, des frères et sœurs attendent de notre part – qui un coup de main, qui un sourire, qui une parole d’encouragement, qui un geste de pardon, etc. Ne soyons pas aveugles comme ce riche. Conduisons-nous en chrétien – ou, tout du moins, en humain.    

Eloge du filou – 25° dimanche, Année C

 « Car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière ». (Luc 16, 1-13)

Une parabole n’est pas une allégorie. Il est souvent vain de rechercher des correspondances entre les personnages et Dieu. Il s’agit avant tout d’une anecdote, dont Jésus tire un message.

Ainsi, la parabole truculente de l’intendant qui vole son maître. Ce dernier s’en rend compte et lui annonce qu’il va le renvoyer. Le gredin met sa dernière journée de travail à profit  pour réduire les dettes des créanciers de son patron, afin que ceux-ci l’accueillent une fois qu’il sera au chômage. Quand son maître découvre l’ultime tromperie, il réagit de façon surprenante en faisant l’éloge du filou. Il se dit : « C’est un roublard – mais un roublard malin. Je vais le garder à mon service, car il me sera encore bien utile ».

Parabole immorale, s’il en est. Jésus fait-il donc l’éloge du vice ? Bien sûr que non. Mais Il nous force à réfléchir. Pour payer moins d’impôt, ou augmenter la rentabilité d’un patrimoine – les hommes redoublent de créativité. Mais lorsqu’il s’agit de se battre pour la justice, la paix ou l’annonce de l’Evangile, ils semblent démunis et dépassés : « C’est bien triste, mais le monde est ainsi fait. Que pouvons-nous y changer ? »

D’où la conclusion pleine d’humour que Jésus donne à sa parabole : Ah, si seulement les fils de la lumière avaient un peu de l’habilité des enfants de ce monde…

« Pas la fin du monde. Le début d’un monde nouveau » – 23° dimanche, Année C

« Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut être mon disciple ». (Luc 14, 25-33)
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »
L’Evangile de ce dimanche nous met mal à l’aise. Jésus serait-il un de ces illuminés qui – pour le suivre – exige de quitter femme et enfants ? Un de ces prophètes de l’apocalypse – comme on en croise à tous les carrefours ?
Que du contraire. Plutôt que la fin du monde, Jésus inaugure un monde nouveau : le Royaume de Son Père – là, où l’Esprit règne dans les cœurs. Pour faire advenir ce règne, il s’agit de comprendre qu’aucun attachement humain – si beau soit-il – ne peut prendre toute la place dans mon cœur. Car si mon conjoint ou mes enfants deviennent mon dieu, ils seront idolâtrés et empêcheront ma croissance spirituelle. Ce n’est que dans la mesure où le Christ devient la pierre angulaire de ma vie, que toute réalité terrestre – conjoint, enfants, parents, fortune, carrière, etc. – trouvera sa juste place dans mon cœur.
Alors, je goûterai la liberté spirituelle du disciple. Les vies joyeuses et lumineuses de l’athlétique Pier Giorio Frassati (1901-1925) et du geek Carlo Acutis (1991-2006), tous deux canonisés ce dimanche, illustrent bien cela. Donnons-les en exemples aux jeunes d’aujourd’hui, dont ils sont tellement proches par leur vie.

« Bulletin de vie » – 22° dimanche, Année C

« Qui s’élève sera abaissé. Qui s’abaisse sera élevé ». (Luc 14, 1-14)

En ce temps de rentrée scolaire, il est bon d’inviter nos têtes blondes à viser l’excellence académique. En effet, tous nous avons reçu une intelligence du Créateur. Il s’agit donc de la développer – chacun à notre mesure – afin de prendre notre place dans la société. Mais, malheur à nous, si nous enseignons que dans la vie, le but est d’occuper les meilleurs places – et tant pis pour les autres. Celui qui transmet cela, éduque son enfant à devenir un éternel envieux. Et l’envie – tel un feu – lui consumera le cœur et brûlera tous ceux qui s’approchent.

Telle est l’antique sagesse que Christ rappelle : Ce qui a le plus de prix dans la vie d’un homme – l’amour, l’amitié, l’honneur, le bonheur, le respect,… – ne s’achète pas. C’est gratuit. Cela n’a donc pas de prix. Un peu comme cet homme de l’Evangile qui fait un banquet pour tous les paumés de son quartier. Ceux-ci ne peuvent le remercier que par des sourires. Ils n’en seront que plus vrais. « Tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre ».

« Allumer le feu » – 20° dimanche, Année C

« Je suis venu apporter un feu sur la terre… ». (Luc 12, 49-53)

S’il y a bien un cliché concernant les cathos qui a la vie dure, c’est celui qui veut que ceux-ci soient « gentils ». Le mot prend ici une connotation doucereuse. Celle que l’on retrouve avec la voix éthérée de quelques célébrants ou dans les sourires mièvres de plusieurs pieuses âmes. En ce sens-là, Jésus n’a rien d’un « gentil ».

Le Christ est la bonté faite homme, mais sans rien de tiède ou de fade en lui. « Allumer le feu !»…  A la manière de la chanson de Johnny Halliday, le Fils de l’homme rappelle que sa parole n’est pas du guimauve. Elle divise. Elle choque. Elle remue.

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ». Pour celui qui le prend au sérieux, l’Evangile du Christ – ressemble au scalpel du chirurgien. Ca tranche. Ca fait mal. Mais ça guérit.         

« Sobriété heureuse » – 18° dimanche, Année C

« Gardez-vous bien de toute avidité ». (Luc 12, 13-21)

Sans un minimum de biens et de sécurité, pas de vie digne.

Mais au-delà ? Combien de querelles entre frères, combien de ruptures entre amis, combien de guerres… rien que pour posséder un peu plus.

La parabole de l’homme riche qui continue à amasser et meurt dans la nuit, sans avoir pu profiter de la vie, nous invite à une sobriété bienheureuse.

Un dicton populaire énonce : « on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard ». De fait, chacun de nous quittera cette vie comme il y est entré : nu et pauvre. A méditer.