Carême en confinement – Jour 8 – Le droit d’avoir peur

Cette crise voit fleurir de nombreux actes de courage et d’abnégation. Mais également des comportements qui vont au-delà de la légitime prudence. Ces actes sont expliqués par leur auteur de toutes sortes de façons, mais la réalité est qu’ils sont mus par la peur. Et alors? Nous avons le droit d’avoir peur au milieu d’une pandémie qui nous dépasse. Surtout si nous avons des enfants à charge ou un conjoint qui compte sur nous. 

Si j’ai personnellement – et tant qu’à présent – pas trop peur, cela n’est pas dû à un courage plus grand que la moyenne. Il y a le fait que je n’ai personne à charge et puis aussi, que je ne regarde pas la TV. Je ne suis donc pas abreuvé d’images et de commentaires anxiogènes. De plus, ma vocation spirituelle m’a donné de régulièrement travailler le fait que je sois mortel. C’est sans doute quelque chose que j’ai mieux intégré que nombre d’autres: un jour, ma vie se finira. Je ne suis nullement pressé de partir, mais je sais que cela fait partie de la vie. J’ai donc apprivoisé que la mort nous rode tout autour. 

Ceci étant dit – je le répète: chacun a le droit d’avoir peur dans cette crise. Le vrai courage consiste à se l’avouer et de ne pas laisser cette peur nous dominer. 

Bon courage à chacun. Prenez soin de vous. 

Carême en confinement – Jour 7 – Routine, tensions et solidarité.

Hier j’ai oublié d’écrire ma petite chronique quotidienne du confinement. Quand on commence à perdre de vue ses bonnes intentions, c’est que la routine s’installe. Et, de fait, le confinement devient, petit à petit, une routine. Même les médias ne savent plus trop de quoi parler. Traiter un autre sujet que le coronavirus avec trop de longueur, semble déplacé. Mais à force de ne parler que de la pandémie… A un moment donné, les sujets s’épuisent.

Par contre, j’observe que les nerfs commencent à être à vif. Certains craquent et dépriment, pris d’une forme de sinistrose, voire même de panique. D’autres s’indignent: contre le manque de prévoyance de ceux qui nous gouvernent, contre « les gens » qui ne respectent pas le confinement, contre les curés qui ne célèbrent plus de Messes, contre…Nous ne sommes qu’au début du confinement. Il va falloir se serrer le coudes.

Heureusement, il y a tant de gestes de solidarité qui font chaud au coeur. Je pense ainsi à une amie, qui m’a téléphoné en me disant qu’elle allait me coudre un masque. Sympa, non? Et puis, il y a cette voix… Voix qui me donne la chair de poule et qui a bercé toute une génération. Elle s’était confinée depuis des années… Hier, Jean-Jacques Goldman est sorti de son silence pour dire « merci ». Et cela vaut le soleil de printemps. 

Carême en confinement – Jour 5 – Laetare

Ce quatrième dimanche du temps de carême – la mi-carême – est le dimanche de la « laetare », c’est-à-dire de la joie. Traditionnellement, les médias nous en parlent via les carnavals de mi-carême, dont celui de Stavelot. Rien de tout cela en cette année de pandémie… 

Et pourtant, ce temps de confinement et de peur devant un virus inconnu et incontrôlable, est peut-être justement une occasion pour se rentrer sur la vraie joie. Celle qui vient de l’intérieur et qui défie les deuils et les larmes. Pas la joie bête et béate du type qui sourit en disant « tout va bien », alors que cela ne va pas bien du tout. Non, la joie de la femme ou l’homme qui vit de l’intérieur. Qui sait que ce monde passe et que toute vie est fugace, mais que chaque moment d’intensité d’amour, est un gage de l’Eternité. 

Et si… Et si ce minuscule petit virus qui met notre monde orgueilleux à genoux, était l’occasion de redécouvrir un autre mode de civilisation que cette société de consommation, qui épuise les ressources de la planète? 

Alors, soyons forts pour que personne ne nous ravisse la vraie joie. C’est ce qu’exprime si bien le poème « Invictus » de William Henley:

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce à Dieu quel qu’il soit,
Pour mon âme invincible et fière. 

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Sous les coups du hasard,
Ma tête saigne mais reste droite.

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et bien que les années menacent,
Je suis et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Carême en confinement – Jour 4 – Exagéré, le confinement?

L’Italie a franchi la barre des 4800 victimes. C’est beaucoup. Et pourtant, ce pays de 60 millions d’habitants compte chaque année 8000 victimes de la grippe saisonnière. Alors, pourquoi pareil confinement, qui met l’économie à genoux?  

Parce que les statistiques de la grippe saisonnière sont connues et que le système de santé publique les a intégrées. Pour le Covid-19, par contre, l’inconnue règne. En l’absence de vaccin, personne ne peut prédire la courbe de développement de la pandémie. 

Et puis, les hôpitaux ne sont pas équipes (respirateurs, etc) pour accueillir un afflux inattendu de malades des voies respiratoires. Aucun médecin ne veut avoir à faire le choix entre deux malades: celui qu’il sauvera et celui qu’il laissera mourir étouffé. 

Enfin, si les soignants sont mis à genoux par la fatigue ou la contagion, c’est tout le système de santé publique qui croule. 

D’où le confinement, afin de retarder la propagation du virus – confinement que même le Royaume-Uni vient d’adopter. Conclusion: soyons disciplinés et portons les soignants dans notre coeur et nos prières. 

« Il n’y a pas pire aveugle… » – 4e dimanche de Carême, Année A

« Je suis venu dans le monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas, puissent voir et que ceux qui voient deviennent aveugles » (Jean 9, 1-41)

Le 4° dimanche de Carême est traditionnellement appelé dimanche de la laetare, c’est-à-dire dimanche de la joie. Notre société n’a pas le coeur en fête en ce temps de confinement qui nous fait jeûner, même d’Eucharistie. Et pourtant, ce dimanche invite à la joie intérieure. Se retrouver confiné en famille, être poussé à vivre plus lentement et plus solidaire… peut-être cela nous ouvrira-t-il les yeux?

Peut-on imaginer une joie plus grande que celle d’un aveugle-né qui retrouve la vue ? C’est ce qui advient dans l’évangile de ce dimanche. Avec – cependant – un curieux retournement. L’aveugle voit, mais les docteurs de la loi – dont la fonction est justement de faire voir au peuple les chemins de Dieu – sont aveugles devant l’évidence. « Il n’y a pas pire aveugle, que celui qui ne veut pas voir », dit la sagesse populaire. Curieux paradoxe : C’est ceux qui se pensent les plus clairvoyants, qui se révèlent être les plus aveugles. Nos plus gros défauts sont en général ceux que nous refusons de voir. Ils nous dominent d’autant plus. A méditer en cette moitié de Carême…  

Carême en confinement – Jour 3 – Plus rien ne doit être comme avant.

Un confrère prêtre a attiré mon attention sur une conférence de Bill Gates en 2015. Celui-ci avertissait que la grande menace des temps à venir, n’était pas une guerre nucléaire, mais un nouveau virus de la grippe. Visionnaire, le milliardaire ajoutait que nous n’étions pas du tout préparé à pareille éventualité et que le coût – tant humain, qu’économique – d’une pandémie, serait dévastateur. L’avertissement  s’est perdu dans le flot des infos. Et puis, cinq années plus tard…

Nous sortirons de cette crise sanitaire avec le temps, mais la récession économique qui nous attend sera cruelle. Comme le déclarait Bruno Colmant dans les colonnes de l’Echo de la Bourse mardi dernier, pour affronter celle-ci, les Etats devront retrouver leur rôle de protecteurs des peuples, de stratèges des politiques industrielles et de garant de la répartition des richesses. 

Ceci devra aller de pair avec une relance intelligente du projet européen. Par exemple, dans le domaine de la santé. Chacun saisit qu’il est stupide d’avoir (comme c’est actuellement le cas) une politique de lutte contre le coronavirus, différente en Belgique et au Pays-Bas. Comme si le Covid s’arrêtait aux frontières… 

Et puis, n’oublions pas cette autre urgence, qui nous vaut encore plus de mises en garde du monde scientifique: le réchauffement climatique et la perte de biodiversité. Ici également, l’Union européenne et les nations qui la composent, devront être pro-actives et entreprendre les énormes investissements nécessaire pour accompagner la transition. 

L’actuelle crise du coronavirus risque de durer. Une fois que nous l’aurons traversée, le risque est que chacun veuille retrouver « sa petite vie d’avant », comme membre d’une société de consommation, avec pour moteur un marché économique mondialisé, refusant toute balise. Ce serait une fatale erreur. Pour sauver la civilisation, plus rien ne devra être comme avant. 

Carême en confinement – Jour 2 – De silence et de bruit

Cet après-midi, je confère le sacrement des malades à une personne âgée. En vélo, je traverse le boulevard d’Avroy. L’artère centrale de Liège m’apparaît comme je ne l’ai jamais vue: vide et silencieuse. A la maison de repos, j’ai reçu une permission spéciale. On m’habille en cosmonaute avec masque et on prend ma température. La discipline de chacun m’impressionne. Qui a dit que nous étions un peuple de je-m’en-foutistes? 

Ce soir, à ma fenêtre donnant sur la Meuse, il est huit heures. Un tonnerre d’applaudissement surgit de partout. Je me joins à la joyeuse cohue, pour remercier les soignants de ce pays, tous en premières lignes. Qui a dit que nous étions un peuple cynique et ingrat? 

En ce jour de la saint Joseph, patron de la Belgique, je lui confie notre Royaume. Sans oublier l’Europe: comment ne pas mentionner l’Italie? Sans perdre de vue, non plus, le monde entier: l’épidémie s’approche du continent africain. Comment résistera-t-il, lui qui n’a pas notre système de santé?  

In memoriam René Follet

En début de semaine, est décédé discrètement un homme de grande valeur, que j’ai eu la chance de le rencontrer quelques fois. 

Timide et intérieur, René Follet est un dessinateur BD trop méconnu. Les aînés se rappelleront de ses « Belles histoires de l’Oncle Paul », publiées dans le journal, Spirou. Mais René Follet ne s’est jamais attaché à créer une série avec un personnage, d’où sa faible notoriété. Pour lui, seule comptait la force d’un dessin.  

Les plus jeunes l’ont redécouvert grâce à l’amitié qui l’unissait au dessinateur breton Emmanuel Lepage. Ce dernier pratique, comme René Follet, la technique de la mise en couleur directe de ses dessins. L’art des plus grands. « Les voyages d’Ulysse » et « les voyages de Jules » sont des albums de collaboration entre les deux hommes, d’une puissance visuelle hors du commun. 

René était croyant. Il a retrouvé son épouse dans la Pâque éternelle. Qu’il repose en paix. 

Carême en confinement – Jour 1 – Coup de colère

Chers lecteurs de ce blog, 

L’époque d’urgence sanitaire et le confinement général décrété par notre gouvernement, est propice au partage via les réseaux sociaux. Voilà pourquoi, je vais tenter d’écrire tous les jours un petit billet d’ambiance. 

Aujourd’hui, je souhaite exprimer ma colère. Je suis épaté par le dynamisme des médias catholiques, face à la crise sanitaire que nous traversons. La télévision KTO multiplie les les émissions de circonstances; la radio RCF a mis sur pied (en Belgique, comme en France) une émission de circonstance: « Serrons-nous les coudes » passe ainsi tous les matins entre 9h et 11h sur 1RCF (DAB) et sur RCF-Liège et Bruxelles. Une émission de qualité qui laisse la place aux auditeurs. L’hebdomadaire « Dimanche » va être accessible à tous en format PDF pendant la crise. Enfin, le site d’information « Cathobel » fait son maximum pour relayer une information utile en ce temps de crise sanitaire, où les offices religieux sont suspendus, à ses milliers d’abonnés. 

D’où ma colère, parce que de « petits comiques » ont trouvé drôle? utile? jouissif? (choisissez) de lancer une cyber-attaque sur le site « Cathobel » et d’ainsi le neutraliser depuis bientôt 24 heures. C’est déjà lamentable en soi, mais cela devient odieux en ce temps de confinement. « Cathobel »  est un vecteur de communication et de contact important pour de très nombreux chrétiens et non-chrétiens. Attaquer cela est contraire à toutes les valeurs d’une société un peu civilisée.

J’ai du mal à m’imaginer le profil de ceux qui s’amusent à ce genre de chose… Geek frustré ? Etudiants en informatique aussi bêtes que désoeuvrés? Anticléricaux maladifs?  Franchement, cela me dépasse. 

« Prie pour celui qui te pourrit la vie », enseignait le Christ (Matthieu 5, 44). En ce temps de Carême et de confinement, il y a de quoi prier. 

Jeûne eucharistique: « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle… » (Matthieu 21,42)

Je lis ça et là, sur les réseaux sociaux, des commentaires amères sur la décision de nos évêques de supprimer le culte publique, sauf pour mariages, baptêmes et funérailles en petit comité. Il fallait s’y attendre.

Je comprends l’étonnement, voire le désarroi. Et puis, comme toute décision, elle est sujette à débat ou critique. Moi-même, je mentirais si je prétendais qu’elle ne m’a pas prise par surprise. Si cette mesure inédite prive nombre de fidèles de participer à l’Eucharistie, elle touche le prêtre que je suis dans son identité liturgique. 

N’oublions cependant pas l’urgence sanitaire. Cette décision n’a pas été prise à la légère, ou de gaité de coeur par (comme je lis) un haut-clergé devenu fonctionnaire. Elle a été assumée par nos évêques (tout comme par le métropolite orthodoxe ou le responsable anglican), qui savaient que ce ne serait pas facile à comprendre et qu’ils seraient critiqués. (S’ils ne l’avaient pas prise, ils auraient aussi été critiqués).  

Si je puis donc entendre de sincères plaintes, il me fatigue le ton de nombre de donneurs de leçons, qui savent toujours tellement mieux que tous les prélats du monde (sauf ceux qui pensent comme eux) ce qu’il faut faire pour sauver l’Eglise. Prenons garde de nous penser les infaillibles dépositaires de l’inspiration divine…

Ce matin, à l’occasion de ma dernière célébration en publique pour quelques semaines, l’Evangile se voulait avertissement. «  La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle… », lance le Christ.En ce temps de carême, qu’elle est donc notre Pierre d’angle? Une liturgie, si elle belle soit-elle? Un sacrement, source de Grâce? … Ou le Christ, lui-même? 

En voyant ce jour mon agenda tout chamboulé par toutes ces annulations d’activités planifiées ou conférences préparées, je me suis senti renvoyé vers le silence et l’écoute. Vers le désert du carême. Vers un jeûne que je n’avais pas choisi, ni souhaité, mais qu’il m’était demandé d’accepter dans la paix. Tel est le message que j’adresse à tous ceux qui vivent mal la décision de nos évêques. Demandez-vous: quelle est ma Pierre d’angle?