« Clarté dans la nuit profonde » – Pentecôte, Année C

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en Mon nom, Lui, vous enseignera tout et Il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». (Jean 14, 15-26)

Observez la flamme d’une bougie. Elle est si petite et sa lumière est bien fragile. Un rien et elle s’éteint. Et pourtant… Placez-la dans une grande pièce sombre : elle l’illuminera. Ainsi l’Esprit de Pentecôte. Sa présence paraît parfois insignifiante au cœur de nos vies. Mais sa clarté éclaire la nuit la plus sombre. « L’Esprit Saint que le Père enverra en Mon nom, Lui, vous enseignera tout. » Un sourire – à celui qui n’attire jamais l’attention. Un merci – à celle dont le labeur semble une évidence. Un coup de main – à celui qui a déjà baissé les bras. Une écoute – de celle qui n’a rien à dire. Une visite – à celui qui se sent oublié. Un pardon –  à celle qui a tout gâché. Une prière – pour celui qui vient de nous insulter. Une pensée – pour celle qui, depuis longtemps, est décédée. Ainsi l’Esprit.

«  L’union fait la force » – 7° dimanche de Pâques, Année C

« Que tous, ils soient un, comme Père, Tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que Tu m’as envoyé. (…) Que leur unité soit parfaite. » (Jean 17, 20-26)

L’Esprit unifie. Non pas de l’extérieur, comme un moule qui donne forme à une pâtisserie. Mais bien de l’intérieur, comme la sève qui irrigue l’arbre, ou le sang qui alimente le corps. D’où l’importance d’avoir une « vie intérieure ». Comment laisser l’unité se faire en nous, si nous passons notre vie à nous agiter au milieu du bruit ? Les jeunes disent : « On s’éclate ». Cela convient pour une soirée de détente, mais pas pour toute une vie. Celui qui passe son existence à « s’éclater », finit par ne vivre qu’à la périphérie de son être. Il devient – au sens étymologique du terme – un être « excentrique », c’est-à-dire un être qui n’a plus de centre. D’où l’importance « vitale » de laisser place au creux de nos vies, à du silence et de la prière. Là, l’Esprit parle à l’intérieur de notre esprit et Il nous unifie. « Que tous, ils soient un, comme Père, Tu es en moi, et moi en toi. »

Durant l’ultime semaine qui nous sépare de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit, prions chaque jour dans le silence. Demandons au Souffle de Dieu de nous unifier.

Perspectives d’avenir pour l’Eglise – La Libre p.39

En cette veille d’Ascension, est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre en p.39.
Il s’agit de la dernière d’une série de quatre, intitulée « perspectives d’avenir »: pour l’humanité (février); pour la religion et la spiritualité (avril), pour le christianisme (avril), pour l’Eglise catholique (mai).
 
Pour la lire, cliquez sur: « Perspectives d’avenir pour l’Eglise ».

Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression.

«  En attente » – Solennité de l’Ascension, Année C

« Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une force venue d’en haut » (Luc 24, 46-53)

Si le Ressuscité avait voulu nous garder sous sa coupe, Il se serait contenté d’apparaître de temps en temps dans les églises ou au coin des rues. Plus besoin d’Evangile, de Vatican, de curés et chacun serait convaincu… Convaincu, oui. Croyant, non. Il faut être libre pour vivre l’aventure de la foi. Le Christ – qui est liberté suprême – ne s’impose pas à notre conscience. Avec l’Ascension, Il retourne dans la gloire de Son Père et nous envoie Son Esprit.

Neuf journées séparent l’Ascension de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit. Prions chacune de ces neuf journées. Demandons que le Souffle de Dieu nous renouvelle.  Soyons en attente de la Force venue d’En haut.

«  La Colombe blessée » – 6° dimanche de Pâques, Année C

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout (…) C’est la paix que Je vous laisse, c’est ma paix que Je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que Je la donne. » (Jean 14, 23-29)

La paix n’est pas un don facile. Combien de guerres et d’émeutes ? Combien de crimes ? Combien d’angoisses ? Combien de haines secrètes ? Combien de frustrations et de jalousies ? Combien de burn-out et de suicides?  Il est, en effet, plus facile de s’unifier contre un adversaire, plutôt que de s’allier avec lui. Il est, bien sûr, plus aisé de voir la mal chez son voisin, plutôt que le bien.

Voilà sans doute pourquoi le Défenseur promis par le Christ est si peu reçu en ce monde. Voilà pourquoi, si souvent, la Colombe est blessée. Nous cherchons des armes. Lui désarme. La paix qu’Il offre n’est pas celle de ce monde. Ce n’est pas la paix par destruction de l’adversaire. Mais la paix parce que je commence à le regarder comme mon frère.

«  Comme… » – 5° dimanche de Pâques, Année C

« Comme Je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (Jean 13, 31-35)

Parfois un petit mot peut transformer le sens d’une phrase. « Aimez-vous les uns les autres… » La formule peut s’appliquer à des supporters d’un club de foot ou à des fans d’une idole pop. Mais Jésus ajoute ce petit mot: « comme… », qui change tout : « Comme Je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ». Là, cela devient beaucoup plus sérieux. Car le Christ nous aime d’un amour sans concession. Un amour qui donne tout et qui va jusqu’au bout. La « gloire » de Dieu se manifeste, car Christ dit qui Il est : un Amour sans mesure.

«  Parole de berger » – 4° dimanche de Pâques, Année C

« Mes brebis, personne ne les arrachera de ma main » (Jean 10, 27-30)

C’est une expérience que font des professeurs, les éducateurs, les hommes et femmes consacrés, les prêtres… et les parents. Un jeune que l’on a connu démuni à l’enfance et rebelle a l’adolescence, nous confie – devenu adulte : « Tu sais, sans toi je ne serais pas celui que je suis. Tu as été là quand j’avais besoin de toi ». Alors, une immense fierté et gratitude nous envahit. Nous sentons que nous avons été un berger pour ce plus jeune.

Le Christ, Lui, est le Berger du chemin qui mène vers le Père. Il s’engage envers ses brebis et ne les laissera pas tomber : « Moi, je les connais. Elles me suivent. Personne ne les arrachera à ma main ».  Il est le bon berger et nous conduit vers le Père.

En ce dimanche des vocations, prions pour que – aujourd’hui encore – des jeunes entendent la voix du bon Pasteur et se mettent à sa suite.  Afin de devenir bergers à leur tour pour leurs frères. Comme époux et parents pour la plupart. Par un célibat généreux pour d’autres. Comme prêtres, religieux ou religieuses pour certains. Autant de chemins de sainteté

« Un vieux couple, n’est pas un couple vieux » – 3° dimanche de Pâques, Année C

« Est-ce que tu m’aimes ? » (Jean 21, 1-19)

Regardons certains vieux couples. Ils ne vivent plus les émois des premières années, mais leur amour a grandi – à travers crises et épreuves – vers une tendre complicité. Même centenaire, l’élan de leur cœur est resté jeune. Il existe d’autres couples qui fonctionnent malheureusement plutôt par habitude, par résignation, voire par ennui. Ce n’est pas forcément de leur faute. La vie est parfois cruelle. Mais la réalité est là : leur amour a mal vieilli.

Il en va de même pour la foi de notre baptême. Sommes-nous restés chrétiens par habitude, par résignation et par ennui ? Ou bien  – à travers crises et épreuves – notre complicité avec le Christ s’est-elle renforcée ? Tel est le sens de la question, trois fois posée par le Christ, à son apôtre Pierre – qui l’avait par trois fois renié : « M’aimes-tu par habitude ou du fond de tes entrailles ? » Et Pierre de se rendre compte de l’indigence de son amour. Il pleure, mais répète : « Seigneur, tu sais tout – ma lâcheté et mes peurs – mais tu sais aussi que je t’aime ». Et parce que cet homme faible et pécheur aime le Christ, Celui-ci le confirme dans sa mission de chef de l’Eglise : « Sois le berger de mes brebis ».

In memoriam #Arno – Notre Gainsboerreke

Je me souviens, il y a presque vingt ans, alors que j’étais porte-parole des évêques de Belgique, d’une discussion avec le cardinal Danneels concernant la scène musicale belge. « Arno est sans doute notre chanteur vivant le plus doué », lui disais-je. Le prélat me contempla étonné – Arno étant une référence inhabituelle dans le clergé. Il  ajouta avec un petit sourire amusé : « il a une voix particulière, mais je reconnais qu’il est doué ». 
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Confessons-le d’emblée: Arno était davantage pilier de comptoir que pilier d’église. Cet Ostendais de Bruxelles était un personnage breugelien, qui cachait sa timidité sous une épaisse couche de provocation et d’humour décalé, le tout imbibé de bière locale. Il suffisait cependant de gratter un peu, pour découvrir derrière le showman, l’artiste au grand coeur et à la bienveillance tout-terrain. 
Et puis surtout, le sieur Hintjes possédait une bonne dose de génie. Jane Birkin, qui lui était si proche, ne s’y trompa pas: quelque chose de l’esprit de Serge Gainsbourg coulait dans ses veines. Il suffit d’écouter leur reprise à deux voix d’ « Elisa » pour s’en convaincre: 
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Terrassé par un vilain cancer, Arno a connu son grand passage. Je ne connais pas ses convictions religieuses, mais  récemment, après avoir chanté « Les Yeux de ma mère », il confia au public qu’il allait bientôt aller la rejoindre « là-haut ».
Désormais, il découvre qu’il y a aussi une Lumière dans les yeux de notre Père.
A-Dieu Arno. Et merci. 

«  Notre jumeau » – 2° dimanche de Pâques, Année C

« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu !» (Jean 20, 19-31)

Le prénom Thomas signifie « jumeau ». Et de fait, l’apôtre Thomas est un peu notre frère jumeau : comme lui, nous aimerions bien « un peu voir », histoire d’« un peu plus croire ».

Mais il s’agit d’un piège : celui qui voit, est convaincu. Il ne devient pas, pour autant, plus croyant. La foi chrétienne est une adhésion du cœur bien plus que de l’intelligence. Elle met en mouvement et transforme une vie. Ainsi, celui qui déclare « croire en quelqu’un », ne dit pas tant qu’il est convaincu que cette personne existe, mais bien qu’il pense que cette personne est digne de confiance. De même, la foi chrétienne n’implique pas tant de « croire que Dieu existe ». D’ailleurs beaucoup disent : quand je vois ce monde qui ne tourne pas rond – même s’Il existe – à quoi ce Dieu me sert-il ? Non – la foi donne avant tout de saisir dans son cœur que « j’existe pour Dieu » : Depuis ma conception, ce Dieu de l’alliance marche avec moi. En Jésus, Il a donné Sa vie par amour pour moi.

Ce n’est que cette assurance qui donne de tomber à genoux comme l’apôtre Thomas et de s’écrier : « mon Seigneur et mon Dieu ! »