Pensée du soir – God save the Queen

Alors que le drame des réfugiés, qui frappent à nos portes, secoue l’Europe, cela peut prêter à sourire de consacrer de l’attention au record de longévité de la reine Elisabeth II. Pourtant, le sujet invite à une réelle réflexion politique.

Ce n’est pas par immaturité nationale que le Royaume-Uni honore sa souveraine. La monarchie place au sommet de l’Etat, non pas un principe rationnel – celui qui a recueilli le plus de voix – mais un principe émotionnel : la personne choisie par le destin pour symboliser la nation. Ce n’est pas idiot, surtout quand le monarque remplit son rôle avec le sens du devoir de Sa Majesté britannique.

La popularité de la Reine est due à sa personnalité et à ses mérités. Depuis plus de 63 ans, Sa Majesté incarne de façon so British, le stoïcisme, le sens du devoir, l’art de l’understatement ( Rappelons-nous le « annus horribilis speech » : ‘1992 is not a year on which I shall look back with undiluted pleasure’…) et le sens de l’humour (Quel autre monarque aurait accepté de jouer la James Bond girl aux côtés de Daniel Craig, à l’occasion de l’ouverture des jeux olympiques de Londres ?)

Cela découle également de cette sage répartition des tâches Outre-Manche : Tout le pouvoir au politique, tous les fastes de l’Etat au symbolique. Au Royaume-Uni, la pompe va au monarque qui n’exerce pas la moindre once de pouvoir. Son rayonnement est de l’ordre de l’affection. Par équilibre, la politique est rabaissée symboliquement : Downing street ressemble à une bâtisse de notaire et son occupant n’a pas le droit de s’asseoir lorsque le souverain s’adresse au parlement.

Cela est, enfin, sans doute dû au fait que la Reine soit… une femme. Je l’ai déjà exprimé plusieurs fois sur ce blog : Sans nullement diminuer le mérite des rois actuels, je pense que les reines ont – dans un monde politique encore largement masculin – un avantage dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Loin d’être perçue comme une potentielle rivale du politique, elles incarnent plus naturellement l’adhésion nationale – selon leur âge – comme la fille, la sœur ou la mère de la nation. Ce n’est donc, selon moi, pas un hasard si au Royaume-Uni les plus grands rois furent… des reines. Longue vie, Majesté.

6 réflexions sur « Pensée du soir – God save the Queen »

  1. Spectacle bizarre aujourd’hui, celui de Nicola Sturgeon, Scottish First Minister et Head of the Scottish National Party, accueillant Sa Majesté en Ecosse. Le « body language » du Duc d’Edingbourg en disait long…

    1. Permettez-moi de citer un texte de Gustave Thibon. « Aux époques classiques, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et soutenaient les hommes qui les représentaient. La monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre, le mariage plus que les époux. Cela rendait possible parfois de mépriser un roi ou un pape sans que le principe de la monarchie ou de la puissance pontificale fût infirmé […] Aujourd’hui, comme dans toutes les périodes de décadence, nous assistons au phénomène inverse: les institutions ne sont tolérées et aimées que dans l’individu ». Autrement dit, on respectait le roi parce qu’il représentait la monarchie. Aujourd’hui, on ne respecte la monarchie que si on aime le roi (ou la reine). Attentions aux « principes émotionnels » si destructeurs et tellement contraires à ce qui fait notre grandeur: l’usage de la raison.

    2. Permettez-moi de citer un texte de Gustave Thibon. « Aux époques classiques, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et soutenaient les hommes qui les représentaient. La monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre, le mariage plus que les époux. Cela rendait possible parfois de mépriser un roi ou un pape sans que le principe de la monarchie ou de la puissance pontificale fût infirmé […] Aujourd’hui, comme dans toutes les périodes de décadence, nous assistons au phénomène inverse: les institutions ne sont tolérées et aimées que dans l’individu ». Autrement dit, on respectait le roi parce qu’il représentait la monarchie. Aujourd’hui, on ne respecte la monarchie que si on aime le roi (ou la reine). Attention aux « principes émotionnels » si destructeurs et tellement contraires à ce qui fait notre grandeur: l’usage de la raison.

      1. @ Libert P. : je partage les mots de Thibon que vous reproduisez. Je me permets une seul bémol : les périodes de décadences sont souvent des tournants dans/de l’histoire : même si notre société actuelle occidentale peut( par)être émotionnelle et décadente : elle est « grosse » d’un monde futur dont la génétique ne nous permet pas de savoir de quoi elle va enfanter…Pour le reste, EdB est un (saxo)anglophile impénitent : on ne commente pas un sentiement.

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