« Talent caché – talent gâché » – 33e dimanche, Année A

«J’ai eu peur et je suis allé enfouir ton talent dans la terre» (Matthieu 25, 14-30)

La parabole des talents est bien connue. Et chacun s’étonne de la colère du maître. En effet, le serviteur qui n’a reçu qu’un seul talent (grosse somme tout de même) n’a rien fait de malhonnête. Il rend l’argent confié. Et pourtant, son patron le traite de « mauvais et paresseux ».
Pourquoi ? Parce que – plutôt que d’oser prendre des risques – cet homme a écouté sa peur et a caché le talent qu’il aurait pu faire fructifier. La somme d’argent vise ici nos potentialités. C’est d’ailleurs le sens que le mot « talent » a reçu dans le langage courant – suite à cette parabole.
Tous nous avons de reçu des talents. Certains plus que d’autres. Cela fait partie de la vie. Certains connaîtront l’échec. Dieu ne nous en voudra pas d’avoir essayé et échoué. La seule chose qui nous sera reprochée, c’est d’avoir caché nos talents par peur de rater. Talent caché – talent gâché.

« La fourmi n’est pas prêteuse » – 32e dimanche, Année A

«Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure» (Matthieu 25, 1-13)

La parabole des vierges sages et des vierges folles que nous recevons ce dimanche comme Evangile, ressemble un peu à la fable de la Fontaine : « la cigale et la fourmi ». Les prévoyantes ne sont pas prêteuses et refusent de passer une partie de leur réserves d’huiles aux étourdies. Du coup, ces dernières ratent la noce. Jésus ne fait pas l’éloge de l’avarice des vierges prévoyantes, mais met en garde contre l’étourderie des vierges folles. Combien de fois ne nous lamentons-nous pas en disant : « ah, si j’avais su ! » Souvent, si nous avions été attentifs, nous aurions vu… mais notre cœur dormait. Alors, réveillons-nous et écoutons ce que nous souffle l’Esprit. «Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure».

« Le piège de la fonction » – 31e dimanche, Année A

«Ne donnez à personne le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux» (Matthieu 23, 1-12)

C’est toujours un peu bizarre de commenter en théologien un texte où Jésus s’en prend au docteurs de la loi – les théologiens de l’époque. De prêcher ce dimanche sur un Evangile où sont critiqués ceux qui se mettent tout devant en longues tenues – alors que le prêtre se trouve justement tout devant en aube, étole et chasuble. De l’entendre rappeler qu’il ne faut appeler personne « Père », alors que les paroissiens m’appellent volontiers « mon père ». Suis-je donc en flagrante contradiction avec la parole du Seigneur ? Cela dépend de mon attitude… La parole du Christ ne s’adresse jamais à l’apparence, mais au cœur et à l’esprit. Il me semble bon qu’il y ait des théologiens pour commenter la Parole de Dieu, ainsi que des prêtres reconnaissables pour célébrer l’Eucharistie, sans oublier des personnes dont les chrétiens nomment la paternité spirituelle en les appelant « mon père ». Tout cela me semble conforme à l’œuvre de l’Esprit, sauf si…

Sauf si je tombe dans le piège de la fonction. Si le théologien oublie que la Parole qu’il commente n’est pas la sienne, mais celle du Père ; si le prêtre perd de vue qu’il ne célèbre pas en son nom mais au nom du Christ ; si le père spirituel se met à croire que c’est sa petite personne qui donne vie et non l’Esprit… Alors, le sacrement de l’ordre (le sacrement des personnes ordonnées : évêques, prêtres, diacre) n’est plus un signe de l’amour divin, mais il devient un mur qui fait écran entre le baptisé et le Christ. Voilà pourquoi le peuple chrétien doit prier pour ses ministres ordonnés : comme ils sont pécheurs comme tous les autres – et donc susceptible d’orgueil spirituel – seule la force de l’Esprit peut les aider à échapper, en tout ou en partie, à ce piège qui étouffe l’œuvre de Dieu.

Ceci permet aussi à chaque chrétien de comprendre que, si toute chose en ce monde peut être bonne – avoir, pouvoir, valoir – rien ni personne ne peut se prétendre absolu. Rien, ni personne ne peut prendre la place du Seul qui donne la vie en Esprit : «Ne donnez à personne le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux».

« La communion des saints, la résurrection de la chair, la vie éternelle » – Toussaint et commémoration des défunts

«Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 1-12)

L’Eglise catholique fête ce 1er novembre tous ses saints, soit ces défunts – connus ou anonymes – qui ont été perméables à l’amour divin sur terre et qui participent désormais à la plénitude du ciel. Leur course terrestre s’est achevée, mais ils sont tout sauf spirituellement morts. En Dieu, ils sont plus-que-vivants. Voilà pourquoi à ceux qui les invoquent, ils servent de premiers de cordée sur le chemin de la conversion. La communion des saints est cette solidarité profonde qui unit spirituellement les vivants sur terre et les vivants en Dieu.

L’Eglise catholique commémore ce 2 novembre plus largement tous les défunts, soit la multitude d’hommes et de femmes qui ont vécu leur grand passage. L’Eglise invite à prier avec eux, mais aussi pour eux. En effet, tout comme l’œil qui sort de la cave doit s’habituer à la lumière éclatante du soleil, de même beaucoup ont besoin d’une transition qui dilate leur cœur – état que l’Eglise du moyen-âge appela le « purgatoire ». La prière pour les défunts est donc une expression de la solidarité spirituelle qui unit les pèlerins de la terre à ceux du ciel.

Le culte des saints et la prière pour les défunts sont bien davantage que des fioritures de notre foi de baptisé. En voyant le nombre impressionnant de nos contemporains qui – en ce début de XXIe siècle – visitent encore les cimetières, nous constatons que l’affection pour « ces chers disparus » rejoint une intuition spirituelle profonde. En priant pour un défunt, nous l’accompagnons sur le chemin de notre commune destinée en espérance – la pleine communion dans l’Amour trois fois saint. Alors, l’adieu devient « à-Dieu ».

A corps et à cris… – La Libre 27 octobre p. 41

Ce vendredi 27 octobre, est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre  en p.41

Je l’avais intitulée « A corps et à cris », mais la rédaction on-line l’a retitrée. Pour lire cette chronique, cliquez sur « A corps et à cris »  .

Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression.

« S’aimer soi-même – vaste programme » – 30e dimanche, Année A

«Quel est le plus grand commandement ?» (Matthieu 22, 34-40)

«Quel est le plus grand commandement ?» A la question posée, Jésus ne réponds pas : « Tu iras à la Messe tous les dimanches » ou encore « ta conduite sexuelle sera irréprochable ». Cela ne veut pas dire que ces points moraux sont sans importance pour notre développement spirituel – car ils le sont. Cela signifie simplement que le cœur du message est ailleurs : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » Et encore : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Ces commandements sont à la base de tout développement spirituel authentique. On peut même les prendre à l’envers et commencer par le « s’aimer soi-même ». Vaste programme… Combien de fois de pieux paroissiens ne me confient-ils pas : « je ne m’aime pas ». Je leur réponds que – même si ce n’est jamais gagné – il y a là un travail spirituel à faire sur soi-même. Non pas pour s’aimer narcissiquement – au nom de l’orgueil et de l’égoïsme. Du genre « c’est moi le plus beau, le plus grand, le plus… ». Non, le défi chrétien est de s’aimer en esprit et vérité… S’aimer comme le Père du ciel nous aime.

En effet, celui qui ne s’aime pas – qui ne s’accepte pas tel qu’il est – n’aimera pas ceux qui lui sont proches. Soit il les admirera, soit il les craindra, ou encore les jalousera, etc. mais ne pourra développer avec eux une relation d’échange en vérité. Les personnes dures avec elles-mêmes sont dures avec les autres. Et puis – si je ne m’aime pas – comment aimer mon Créateur ? Pourquoi aimer l’Auteur de mon existence, puisque je n’aime pas la seule créature avec laquelle je dois vivre 24 heures sur 24 – c’est-à-dire moi-même ? Comment l’appeler « abba »« papa » – si je me trouve un enfant raté ?

S’aimer soi-même, vaste programme, mais programme de vie. Dans la mesure où j’apprends à vivre avec moi-même – comme enfant du Père céleste – j’apprends à vivre avec mon prochain comme un frère de ce même Père. J’apprends, enfin, à aimer ce Père avec un amour d’enfant. A dire : « Abba », « Papa ». Vous n’y parvenez pas ? Priez l’Esprit, sans vous décourager. Le résultat pourrait bien vous surprendre. S’aimer soi-même, vaste programme ! Mais programme de l’Esprit en nos cœurs.

Entre Marx et Maurras – 29e dimanche, Année A

«Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.» (Matthieu 22, 21)

Une fois de plus, les ennemis de Jésus essaient de le piéger : « faut-il payer l’impôt à l’occupant ? » S’il dit « oui », il est un collabo. S’il dit « non », il est un fauteur de trouble. Le Christ ne tombe pas dans le panneau. Il répond : « je ne suis pas venu pour faire de la politique et me mesurer à César. Je suis venu de Dieu pour parler de son règne. Rendez donc à César ce qui est à César, mais – surtout – rendez à Dieu ce qui lui revient : ne réduisez pas son Evangile à un programme politique ».

L’Evangile se situe entre deux extrêmes : Elle ne se désintéresse pas des questions sociopolitiques en se contentant d’enseigner la résignation aux pauvres – comme le pensaient Napoléon ou Marx. Non, l’Evangile n’est pas un « opium pour le peuple ». Au contraire, la Parole de Dieu réveille les cœurs et les consciences et elle invite le baptisé à s’engager pour un monde plus juste. Cependant, personne ne peut enfermer le Christ dans un programme politique, si généreux soit-il. C’était l’erreur du philosophe français Maurras – pourtant lui-même agnostique. Il prônait que seul était souhaitable, un système avec la religion catholique comme religion d’état. Eh bien non. Bien que devenu totalement homme, le Christ n’en vient pas moins de Dieu. Il dépasse donc toutes nos constructions humaines : « rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Des chrétiens peuvent parfois se retrouver adversaires politiques, car ils proposent – chacun de bonne foi – des solutions différentes pour gérer la cité. Cela ne les empêche pas de se retrouver le dimanche, comme frères, pour écouter ensemble la Parole et communier au Christ dans son Eucharistie.

La noce boudée – 28° dimanche, Année A

« Tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce ». (Matthieu 22, 1-14)

Pour comprendre l’Evangile de ce dimanche, il s’agit de se rappeler qu’une « parabole » n’est pas une « allégorie ». Dans une allégorie, tous les éléments correspondent, sous forme codée, à la réalité décrite. Ici, il n’en est rien : Ce roi colérique, qui massacre ceux qui ne viennent pas à la noce de son fils, n’est pas le Père du ciel. Je le répète – une parabole n’est pas une allégorie. Elle se sert d’une anecdote de la vie courante (un semeur, un berger,…) pour faire passer un message. Dans ce cas-ci, Jésus part de la mésaventure d’un des roitelets de l’époque, dont les vassaux auraient boudé la noce (un des fils d’Hérode de grand ?), pour expliquer la logique du Royaume. Le Royaume n’est pas une affaire de places réservées. Chacun y est convié, à la croisée des chemins. Une seule condition : Venir avec un vêtement de noce – c’est-à-dire avec un cœur accueillant et disponible.

Colloque #Religioptimist et #CAL : une mise au point

Dans La Libre de ce vendredi 6 octobre en p.6, je lis l’articulet suivant:  « Pourquoi le CAL n’était pas au Sénat… Comme on l’a lu dans “La Libre” de jeudi, le Centre d’action laïque n’a pas assisté au colloque interconvictionnel du Sénat. Henri Bartholomeeusen, son président, nous a précisé les raisons de cette absence. “C’est la manière dont il  a été lancé puis organisé qui nous a mis mal à l’aise. Koen Geens a annoncé sa tenue face aux médias après une réunion des cultes et de la laïcité reconnue chez Charles Michel. Il en fit part sans s’être concerté avec nous au préalable et puis a fait appel à Hervé Hasquin pour s’exprimer au nom des laïques alors qu’on sait qu’il n’est pas nécessairement sur la même longueur d’onde que nous. C’était une petite stratégie mesquine… même si sur les conclusions, nous pouvions nous retrouver d’une certaine façon.” Car “au fond, la liberté religieuse, c’est aussi celle de ne pas croire ». 
 
Précision 1: Ce colloque part d’une idée du ministre de la justice, qui proposait aux cultes reconnus d’organiser un colloque où ils pourraient présenter leur apport positif à la société. L’idée est restée plus d’un an et demi sans suite et puis les cultes ont trouvé les ressources pour y répondre favorablement. L’organisation du colloque et son programme fut intégralement de la responsabilité de ces cultes. Le ministre de la justice se borna d’y prendre la parole, à la demande des cultes (comme le fit aussi la Présidente du sénat) et d’annoncer préalablement (à la demande des cultes) ce colloque devant le premier ministre.
 
Précision 2: En tant que coordinateur de ce colloque « au nom des cultes reconnus » (que je sache, je ne travaille pas encore pour le gouvernement), j’ai souhaité inviter Hervé Hasquin. Le ministre de la justice n’a rien à voir avec un choix qui est mien et que j’assume. Je savais qu’il n’était pas d’accord avec la « ligne officielle du CAL » (curieux pour un organisme qui prône l’autonomie du choix). La raison de sa présence est qu’il s’agit d’un libre-penseur au sens noble du terme (soit un homme « libre » et « penseur ») et que son propos avait toute sa place dans un tel colloque. Il n’a jamais été question qu’il « représente la laïcité », vu que ce colloque concernait exclusivement les cultes reconnus. Je rappelle que lors du colloque organisé, il y a des mois, au sénat par la laïcité, les cultes n’ont pas, non plus, été invités à prendre la parole. D’ailleurs  ils n’ont pas été invités du tout. Nous souhaitions, au contraire, que le CAL et son pendant flamand soient présents. Le président des laïques flamands a accepté, mais s’est excusé pour des raisons familiales deux jours avant le colloque. Le 13 mai, le président du CAL fut invité dans un mail où la prise de parole de Hervé Hasquin était annoncée. Sa secrétaire me répondit le 15 mai, qu’il viendrait. Un rappel fut envoyé le 16 septembre. Bref, jusqu’au matin du 4/10, je pensais voir Henri Bartholomeeussen au colloque. Une place VIP était réservée pour lui à côté des chefs de cultes. J’ai regretté cette absence. L’homme est capable de belles ouvertures. A croire que l’appareil qu’il dirige, étouffe cela.   

Raisins amers – 27e dimanche, Année A

« Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils » (Matthieu 21, 33-43)

Dans la première lecture de ce dimanche, le prophète Isaïe reprend un vieux thème de la sagesse juive : un homme plante une vigne et s’en occupe patiemment. Hélas – les raisins de la récolte sont amers. De dépit, le vigneron se détourne du lopin de terre qu’il avait tant soigné. Et le prophète d’expliquer que cette vigne est le peuple hébreu qui attriste le Seigneur en ne respectant pas son alliance.
Dans l’évangile, Jésus reprend l’image à son compte. Et la radicalise. Le Fils de l’homme ne se fait plus d’illusions. Il sait que sa vie terrestre va bientôt finir. Pourtant, Il croit fermement que son Père ne l’abandonnera pas. Cela donne la parabole la plus autobiographique du Christ. La plus sombre aussi. Celle de vignerons qui refusent de rendre au propriétaire le fruit de sa vigne – et qui finissent même par assassiner son fils, afin de supprimer l’héritage. Cependant, la conclusion cite une autre parole de l’écriture juive : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire ».  Tout en annonçant la croix, le Nazaréen pointe vers les lueurs de Pâques.