« Esprit de liberté » – Solennité de l’Ascension, Année A


« Et moi, Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 16-20)

Si le Ressuscité avait voulu nous garder sous sa coupe, Il se serait contenté d’apparaître de temps en temps dans les églises ou au coin des rues. Plus besoin d’Evangile, de Vatican, de curés et chacun serait convaincu… Convaincu, oui. Croyant, non. Il faut être libre pour vivre l’aventure de la foi. Le Christ – qui est Liberté suprême – ne s’impose pas à notre conscience. Avec l’Ascension, Il retourne dans la gloire de Son Père et nous envoie Son Esprit. C’est cet Esprit de liberté qui nous guide vers toutes les nations, pour annoncer la Bonne Nouvelle et baptiser au nom du Père, du Fils et de l’Esprit. Neuf journées séparent l’Ascension de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit. Prions chacune de ces neuf journées. Demandons que le Souffle de Dieu nous renouvelle.  Avec l’Esprit, le Christ « est avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

#Manchester

La terreur est aveugle, bien sûr. Et il n’y a pas de petites victimes.

Mais l’explosion à Manchester frappe la jeunesse. Notre avenir….

Ce matin, mes pensées et prières vont vers le peuple britannique.

Soyons unis pour ne pas céder à la peur et défendre nos libertés et valeurs. United we stand. Divided we fall.  

« L’Esprit de vérité » – 6° dimanche de Pâques, Année A

« Le monde est incapable de Le recevoir, parce qu’il ne Le voit pas et ne Le connaît pas ; mais vous, vous Le connaissez, parce qu’Il demeure auprès de vous et qu’Il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins.» (Jean 14, 15-21)

Les récentes élections présidentielles en France, ont fait couler beaucoup d’encre. Un chrétien se doit de prendre au sérieux son devoir de citoyen et aller voter en âme et conscience. Il n’est pas vrai que « voter ne sert à rien ». Ceux qui ont goûté à la dictature en savent quelque chose.

Si la politique est importante, elle n’est pourtant pas toute-puissante. En effet, la recherche laborieuse du bien commun, n’apporte pas le salut. Un politicien peut promettre une vie meilleure, mais pas la paix de l’âme. Ceci est de l’ordre de l’Esprit – un Don que le Christ fait à ceux qui le Lui demandent. La vie de baptisé n’est pas brodée de promesses électorales. D’ailleurs, les chrétiens ne souffrent pas moins que les autres et Jésus, lui-même, a fini sa vie humaine sur une Croix. Non – le Sauveur ne promet qu’une chose : l’Esprit de vérité. Qui accueille l’Esprit, n’est plus orphelin. Même au cœur de la détresse la plus noire, il goûte à une Présence d’amour infini.

Président Macron – « Le Roy te touche, Dieu te guérit »

La longue interview que donna en 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, à l’Hebdo, mérite d’être lue. Il en ressort que le nouveau président de la République française est – et la chose est assez rare pour être soulignée – un homme formé en philosophie. Je ne crois pas en « l’homme politique providentiel » et la page de son action au sommet de l’Etat reste à écrire. Cependant, il n’est pas ce jeune homme post-moderne, simplement issu de l’air du temps, que certains ont décrit. Il y a chez Macron une perception de la complexité du monde et du rôle de l’action politique en son sein. J’en cite quelques extraits :

« Toute la difficulté du politique aujourd’hui réside dans ce paradoxe entre la demande permanente de délibération, qui s’inscrit dans un temps long, et l’urgence de la décision. La seule façon de s’en sortir consiste à articuler une très grande transparence horizontale, nécessaire à la délibération, et à recourir à des rapports plus verticaux, nécessaires à la décision. Sinon, c’est soit l’autoritarisme, soit l’inaction politique. »

« On a énormément de mal à rehausser le politique au niveau de la pensée. Il est saisissant de voir que, dans le moment que nous vivons, on pense si peu l’État. Nous restons dans une approche très régalienne. Le réduire à cette dimension régalienne n’est pas suffisant. Il faut élargir la réflexion sur le rôle que doit avoir l’État dans le temps, dans ses territoires, dans la régulation sociale. Comment reconstruire notre imaginaire politique et notre régulation sociale à la lumière de ce qu’est notre économie et notre société ? Le travail reste à faire. »

« Je pense qu’il doit exister plus d’échanges, de passages, de traduction entre la philosophie et la politique. L’idéologie, c’est exactement cela : un travail de traduction, né de la nécessité de transmettre et de faire circuler d’un espace à l’autre. Il faut donc des concepts de passage. Ce n’est jamais parfait. C’est comme la lecture de la traduction française d’un texte anglais : ce n’est pas exactement l’original, mais un travail intellectuel a été accompli, qui permet de comprendre et fait toucher du doigt cet autre espace imaginaire et esthétique. C’est la même chose en politique : si on laisse les philosophes dans leur espace et les politiques dans le leur, on manque cette interface de traduction qu’est l’idéologie. »

« Les gens protestent car il y a un vide. La démocratie s’incarne toujours de manière imparfaite, à des moments historiques, dans des formes plus ou moins violentes et antagonistes. La République française est une forme d’incarnation démocratique avec un contenu, une représentation symbolique et imaginaire qui crée une adhésion collective. Or, on peut adhérer à la République. Mais personne n’adhère à la démocratie. Sauf ceux qui ne l’ont pas. La vraie difficulté aujourd’hui, c’est que le concept est vide et laisse place à des prurits identitaires toujours plus forts : les Bonnets Rouges en Bretagne, les zadistes à Notre-Dame-des-Landes ou ailleurs. Ce sont des mouvements d’identification. »

« La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la norma­lisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce ­malentendu. »

Son discours d’investiture l’illustre. Emmanuel Macron se veut un président « royal », qui rassemble la nation et donne sens et direction au vivre-ensemble. Jamais élu avant le mandat suprême et figure publique se démarquant de toutes les tendances politiques, l’ancien assistant de Paul Ricoeur a le profil adéquat pour y parvenir. « Le Roy te touche, Dieu te guérit » disait-on dans l’Ancien Régime. Quelque chose de cela, semble en train de renaître sous les ors de la République. Pour quel résultat ? « Wait and see », disent les voisins d’Outre-Channel. Je souhaite bonne chance au nouveau président. Vive la France et… vive l’Europe.

 

 

« Le miroir et l’icône » – 5° dimanche de Pâques, Année A

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie… Qui Me voit, voit le Père » (Jean 14, 1-12)

Nous ressemblons tous un peu à la belle-mère de Blanche-Neige, obsédés par notre image (notre look, disent les jeunes) : « Miroir, miroir – dis-moi si je suis le plus beau, la plus belle ? » Chercher à se rassurer en comblant notre besoin narcissique de plaire, est un des puissants ressorts de la société de consommation. Les publicités jouent à fond sur ce mécanisme : « Portez ces vêtements de marque… Roulez avec telle voiture… Votre look en sera amélioré. » Si nous n’y prenons garde, même Dieu en est réduit à devenir un miroir idéalisé. Les catholiques conservateurs prient un Dieu de l’ordre établi.  Les chrétiens progressistes invoquent un Jésus guérillero. Bref, dans les deux cas, une image du divin qui renforce les besoins narcissiques.

Le Christ, Lui, invite à une conversion – un renversement des perspectives. Si nous croisons Son regard en Esprit et Vérité, nous n’y verrons pas un miroir, mais une icône: « Qui Me voit, voit le Père ». Accepter de cheminer sous ce Regard de feu, c’est se décentrer de ses petites certitudes narcissiques, pour se recentrer sur notre Vérité profonde – celle d’enfant du Père. Et naître à la vie spirituelle : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

Blues Marine et blanc Macron

Lors du duel télévisé, la redoutable politicienne qu’est la présidente du FN, a montré ses limites face à son challenger. Perdue dans son paquet de fiches, elle semblait se noyer, telle une étudiante en examen oral, qui bat le beurre et bluffe pour tenter de faire illusion. Sa violence verbale et ses ricanements sonnaient comme des appels à l’aide. Malgré la distance qui me sépare de tout ce qu’elle représente, je n’arrive cependant pas à trouver Marine Le Pen antipathique. Si elle n’était pas la fille de son père, elle aurait pu devenir une dynamique chef d’entreprise. Mais voilà – elle a assumé l’héritage et est devenue le porte-drapeaux de la France qui a le blues. La France de ceux qui ne se sentent plus chez eux dans la mondialisation et qui se replient. La carte du vote FN est frappante. C’est celle d’une certaine France profonde, éloignée des centres urbains cosmopolites. Eloignée aussi de l’Atlantique – cet horizon sur le monde.

Face à elle, le nouveau président se présente comme une page blanche. Le blanc est la couleur qui apparaît quand on fait tourner toutes les couleurs. Comme son maître Ricoeur, l’homme a une puissante capacité de synthèse des couleurs politiques, en se déclarant tout à la fois de droite, de gauche et du centre. Je ne me considère pas un idiot, mais je sais reconnaître mon maître. La personnalité de ce « même pas » quadragénaire est hors du commun. Il a l’intelligence d’un Giscard, le pragmatisme d’un Blair et l’allant d’un Obama. Mais tout cela ne suffira pas pour convaincre ses compatriotes en souffrance. Le blanc est aussi la couleur de tous ceux qui n’ont pas voté pour un des deux candidats au deuxième tour de la présidentielle. S’il ne trouve pas le ton juste et le geste qui rejoint, Macron représentera à leurs yeux, l’arrogance des premiers de classe allié au cynisme de l’argent apatride. A cet égard, son discours présidentiel inaugural – grave et solennel – est de bonne augure. Je souhaite bonne chance au nouveau président de la République française. Puisse-t-il inscrire une France forte au cœur d’une Europe forte. Pour conclure, je trouve impressionnante la culture religieuse de celui qui demanda le baptême à 12 ans, pour ensuite devenir agnostique. Ainsi, il n’est pas anodin d’entendre un homme de 39 ans parler d’ « antienne » et de « in petto ». Ce qu’il fera de cet héritage, reste à écrire.

 

Blog : bilan du mois d’avril

Ce mois d’avril 2011, ce blog recevait 3689 visites et 5483 pages étaient visionnées En avril 2012, il y eut 4063 visites pour 6280 pages visitées. En avril 2013, 4415 visites pour 6323 pages vues. En avril 2014, 2884 visites pour 3379 pages vues. En avril 2015, il reçut 2394 visites pour 3799 pages vues. En d’avril 2016, il reçut 3329 visites pour 5604 pages vues. Ce mois d’avril 2017, il reçut 3318 visites pour 5214 pages vues.

Le lectorat belge compte 2475 visites. La France repasse en 2° position et suit avec 355 visites et le Royaume-Uni avec 159 visites.

L’article le plus fréquenté fut « Démission d’un jeune évêque » du 7 avril avec 833 visites. Vient ensuite « Pourquoi je récuse le débat en gants de boxe » du 8 avril avec 376 visites et « Prêtre » du 12 avril avec 296 visites.

Merci aux lecteurs pour leur fidélité et commentaires.

… Et suite au mois prochain!

« Appelé par son nom » – 4° dimanche de Pâques, Année A

« Il marche à leur tête et elles Le suivent, car elles connaissent Sa voix » (Jean 10, 1-10)

C’est une expérience que font les professeurs, les éducateurs, les hommes et femmes consacrés, les prêtres… et les parents. Un jeune que l’on a connu démuni à l’enfance et rebelle à l’adolescence, nous confie – devenu adulte : « Tu sais, sans toi je ne serais pas celui que je suis. Tu as été là quand j’avais besoin de toi ». Alors, une fierté nous envahit, car nous comprenons que nous avons été berger.

Le Christ est le Berger du chemin qui mène vers le Père: « Il marche à la tête du troupeau et ses brebis Le suivent, car elles connaissent Sa voix ». J’ai compris cette parole, il y a une vingtaine d’années. Je faisais une marche dans les Causses – la région la plus désertique de France. Là ne poussent que des cailloux et des chardons. Je vis par une brûlante journée, ce vieux petit berger avec un vieux petit chien et un vieux petit troupeau. Le troupeau s’approcha et j’entendis que – de sa voix rauque – il appelait chacune des brebis par son nom. Et celles-ci reconnaissaient sa voix. Ainsi le Christ : Il appelle chacun par son nom. Heureux celui qui reconnaît Sa voix. Il est le bon berger.

En ce dimanche des vocations, prions pour que – aujourd’hui encore – des jeunes entendent la voix du bon Pasteur et se mettent à sa suite.  Afin de devenir bergers à leur tour pour leurs frères. Comme époux et parents pour la plupart. Par un célibat généreux pour d’autres. Comme prêtres, religieux ou religieuses pour certains. Autant de chemins de sainteté différents à la suite de Celui qui guide le troupeau vers le Père.

La religieuse et la colère…

Ce samedi 29 avril, il y eut la translation des reliques de la bienheureuse Marie-Thérèse Haze, fondatrice des Filles de la Croix, vers la cathédrale de Liège, où elle repose désormais, plus accessible à la dévotion du peuple de Dieu. Ce fut une belle fête, saluant une rayonnante figure de notre Eglise. Fille du secrétaire du dernier prince-évêque de Liège, sa famille avait connu l’exil et la pauvreté, suite à la révolution liégeoise. La petite Jeanne aurait pu se nourrir de ressentiment et de colère en se réfugiant dans la nostalgie et le désir de revanche. Au lieu de cela, elle se lancera dans l’éducation des filles de condition modeste et fonda un institut de vie consacrée, en devenant sœur Marie-Thérèse. Aujourd’hui, les Filles de la Croix fleurissent en Inde et au Pakistan, ainsi que dans divers pays d’Afrique. Un archevêque pakistanais m’expliquait l’importance des écoles catholiques dont s’occupent les religieuses dans son pays. La majorité de leurs élèves sont des musulmanes, qui ainsi profitent d’une éducation de qualité et d’une ouverture d’esprit. Quand on pense que la première chose que font les Talibans, c’est d’interdire la présence de filles à l’école, l’actualité d’un institut comme celui fondé il y a plus de 150 ans par Marie-Thérèse Haze, saute aux yeux. Ce n’est donc pas sans raisons que le pape Jean-Paul II la béatifia.

Comment ne pas faire le lien entre cet événement et le débat qui fait rage sur ma page FaceBook depuis qu’il y est question du second tour des élections françaises ? Pour la première fois – alors que je suis adepte du débat anglo-saxon, ouvert et sans tabou – j’ai dû intervenir plus vigoureusement et supprimer des publications qui franchissaient un peu trop allègrement ce que je considère comme la « ligne rouge ». Par contre, j’ai laissé les commentaires m’accusant de sortir de mon rôle et d’être partisan. Il est vrai que j’aurais pu confortablement me tenir à l’écart de ces échéances politiques capitales. J’avais toutes les bonnes excuses pour le faire, en tant que citoyen belge et comme prêtre catholique. C’est d’ailleurs ma ligne de conduite habituelle, même lors du referendum « Brexit » dont l’enjeu m’était affectivement plus proche, vu mon attachement au Royaume-Uni. Le temps semble révolu où le grand cardinal Lustiger parlait du FN comme d’une « résurgence du paganisme le plus cynique et le plus dangereux ». Et le mouvement « En Marche! » n’est pas pour un chrétien synonyme d’avènement béat du Royaume. De plus, celui-ci peine à se faire entendre par ceux qui dénoncent un capitalisme sans âme, ni visage. D’où les absentions massives dans le camp de la « France insoumise » et la tentation d’anciens communistes à oser un « vote de rupture ». Enfin – et là, je rejoins mes critiques – l’Eglise n’a pas à donner des consignes de vote. Les citoyens sont assez grands pour décider tout seul.

Pourtant, cette fois – et en conscience – je ne puis me taire. Il s’agit d’un scrutin qui engage la civilisation dans laquelle j’ai grandi et en laquelle je crois. Si l’Eglise n’a pas à entrer dans des luttes partisanes, sa doctrine sociale défend un idéal politique. Le scrutin français déterminera l’avenir de l’Union européenne. Les catholiques du continent ne peuvent simplement assister en spectateurs muets à un choix qui engage le cœur même de ce projet de paix. Comme citoyen, je défends donc l’idée européenne contre un nationalisme frileux – moi qui prie pour la béatification de Robert Schuman. Non seulement, un repli sur les frontières nationales serait néfaste pour l’économie française, mais il condamnerait les nations membres de l’Union à l’insignifiance. Et relancerait à terme des guerres économiques sur notre vieux continent – voire la guerre tout court.

Cependant, ce n’est même pas cette conviction qui me motive à parler. Le citoyen que je suis, n’est pas infaillible et d’autres feront des analyses politiques différentes. Plus profondément en moi, il y a ce que le chrétien et le prêtre ressent. Et qui est d’ordre spirituel. C’est à ce niveau-là, que je souhaite surtout m’exprimer. Une chose me glace – c’est la « petite musique » qui accompagne les arguments de tant de catholiques identitaires. J’y décèle un ton incantatoire et une fuite du réel dans un passé recréé. D’où une rhétorique qui ne s’embarrasse pas des contradictions et autres « faits alternatifs ». Le moteur de tout cela est le même que celui qui a prévalu durant les années ’30 et qui sévit aujourd’hui en Russie, en Turquie, aux Etats-Unis, en Inde,… Il s’agit d’une colère nourrie par le ressentiment et la peur d’une société nouvelle, qui est en train de naître dans la douleur. Je ne parle pas ici d’une « sainte colère » – celle qui se dresse contre l’injustice. Non, il s’agit de cette colère, qualifiée par l’Eglise de « péché capital ». Se greffant sur un narcissisme blessé, elle se décharge en violence et détruit le lien social en se créant un adversaire fantasmé – en guise de bouc-émissaire.

La noire colère est le sentiment que ressassent nombre de ceux qui se sentent les laissés pour compte du continent numérique. C’est à ce peuple que s’adresse la « petite musique » des populistes, qui invitent au repli et désignent à leur vindicte – c’est selon – les élites profiteuses, les immigrés musulmans, l’Europe sourde, la mondialisation sans sécurité… Aveuglés par la colère, ces concitoyens ingurgitent les discours simplistes, qui chantent que tout est la faute de « l’autre » et qu’ils seront enfin protégés. D’où la détestation de la société ouverte et multiculturelle qui a façonné notre Europe sur les ruines de la dernière guerre mondiale et la chute du mur de Berlin. D’où la séparation mortifère de la société entre « eux » et « nous ». C’est pareille colère qui amena, en d’autres époques, des chrétiens généreux et idéalistes à commettre des crimes avec une parfaite bonne conscience. Si pareille colère emporte l’élection ce dimanche, je crains une nouvelle ère de glaciation politique sur notre continent.

Je confie donc les échéances électorales françaises à l’intercession de la bienheureuse Marie-Thérèse Haze. Jamais elle ne fut une nostalgique de l’ancien régime, alors que la révolution avait ruiné sa famille et causé la mort prématurée de ses parents. Jamais, cette perdante du nouveau monde ne laissa l’humiliation et la colère lui dicter une conduite. Au contraire, accueillant le XIXe siècle tel qu’il s’offrait, elle se mit à l’écoute de l’Esprit pour y bâtir concrètement le Royaume du Christ, au service des plus démunis. En ce début de XXIe siècle, plutôt que de se réfugier dans un forteresse emmurée par la peur, que les catholiques imitent son exemple.