« Nous finirons ensemble » …. Ou pas


Il y a quelques jours, j’ai été voir « Nous finirons ensemble », le dernier film de Guillaume Canet. C’est un film touchant sur l’amitié après de nombreuses années, que je conseille à chacun d’aller voir avec des amis-amies de longue date. Ce que je fis.
J’ai passé un excellent moment. Il n’empêche, j’ai deux regrets et une critique:

Premier regret – Arrivé à la cinquantaine, dans ce film, pas un seul couple d’amis n’a tenu la longueur. Tous sont séparés ou divorcés. Nous vivons au XXI° siècle et il s’agit d’un milieu libéral parisien et pas de petits cathos. Je comprends donc les divorces. (Il y en a d’ailleurs aussi chez les cathos) Mais tous les couples… Pas un seul qui ne tienne sur la durée. Même pas un tout petit couple… Dommage. Faut-il définitivement ranger le « mariage durable » dans la catégorie des films « mission impossible »? 

Deuxième regret – L’alcool coule à flot. Une fois encore, je ne m’imagine pas cette joyeuse bande boire de l’eau bénite et du lait de chèvre. Moi-même, j’aime un bon verre – et deux et trois – en vacances. Mais de là à boire comme ils font… Est-ce vraiment nécessaire, quand on sait la capacité d’identification qu’engendre le cinéma?

Ma critique – Le tabac. Après « Intouchable », « Grâce à Dieu », et autres… voici encore un film français où la cigarette est omniprésente. Le sommet est atteint quand le personnage de François Cluzet déclare « avoir arrêté de fumer depuis dix ans », pour se mettre à re-fumer dans le film. Je ne prône pas un retour à la ligue de vertu, où les personnage se doivent d’adopter des comportement de bisounours. Mais tout de même: à quoi cela sert-il de dépenser des millions en campagnes de prévention contre la cigarette, pour avoir une promotion en direct du tabac dans les salles obscures? Moyennant « mécénat » du film par l’industrie du tabac? Si quelqu’un peut répondre sur cette question, j’en serais heureux.

Bref, un fort bon film, mais…. Pour « finir ensemble », il s’agit de s’en donner les moyens.  

« Parole de berger » – 4° dimanche de Pâques, Année C

« Mes brebis, personne ne les arrachera de ma main » (Jean 10, 27-30)

C’est une expérience que font des professeurs, les éducateurs, les hommes et femmes consacrés, les prêtres… et les parents. Un jeune que l’on a connu démuni à l’enfance et rebelle a l’adolescence, nous confie – devenu adulte : « Tu sais, sans toi je ne serais pas celui que je suis. Tu as été là quand j’avais besoin de toi ». Alors, une immense fierté et gratitude nous envahit. Nous sentons que nous avons été un berger pour ce plus jeune. 

Le Christ, Lui, est le Berger du chemin qui mène vers le Père. Il s’engage envers ses brebis et ne les laissera pas tomber : « Moi, je les connais. Elles me suivent. Personne ne les arrachera à ma main ».  Il est le bon berger et nous conduit vers le Père. 

En ce dimanche des vocations, prions pour que – aujourd’hui encore – des jeunes entendent la voix du bon Pasteur et se mettent à sa suite.  Afin de devenir bergers à leur tour pour leurs frères. Comme époux et parents pour la plupart. Par un célibat généreux pour d’autres. Comme prêtres, religieux ou religieuses pour certains. Autant de chemins de sainteté différents pour suivre l’unique Pasteur.  

In memoriam – Jean Vanier

Le hasard dresse parfois de cruelles coïncidences… 

Aux Assises de Liège se juge l’affaire glauque et poisseuse de Valentin, jeune handicapé mental léger qui fut torturé toute une nuit par ses « potes », avant d’être menotté et jeté dans la Meuse, où il se noya. Comment des jeunes gens sans casier judiciaire ont-ils pu se rendre coupable d’une horreur aussi gratuite? Mystère du mal.

Au même moment, Jean Vanier termine sa course terrestre. L’homme voua son existence à rendre leur humanité à ses frères handicapés mentaux. Avec eux, il avait choisi de faire communauté au sein de l’Arche, tout simplement, dans la joie, les larmes et la prière. Un jour, sans doute, Jean Vanier sera canonisé. Parce qu’il a fait de sa vie un témoignage d’amour gratuit. Mystère du Royaume. 

« Un vieux couple, n’est pas un couple vieux »– 3° dimanche de Pâques, Année C


« Est-ce que tu m’aimes ? »(Jean 21, 1-19)

Regardons certains vieux couples. Ils ne vivent plus les émois des premières années, mais leur amour a grandi – à travers crises et épreuves – vers une tendre complicité. Même centenaire, l’élan de leur cœur est resté jeune. Il existe d’autres couples qui fonctionnent malheureusement plutôt par habitude, par résignation, voire par ennui. Ce n’est pas forcément de leur faute. La vie est parfois cruelle. Mais la réalité est là : leur amour a mal vieilli. 

Il en va de même pour la foi de notre baptême. Sommes-nous restés chrétiens par habitude, par résignation et par ennui ? Ou bien  – à travers crises et épreuves – notre complicité avec le Christ s’est-elle renforcée ? Tel est le sens de la question, trois fois posée par le Christ, à son apôtre Pierre – qui l’avait par trois fois renié : « M’aimes-tu par habitude ou du fond de tes entrailles ? »Et Pierre de se rendre compte de l’indigence de son amour. Il pleure, mais répète : « Seigneur, tu sais tout – ma lâcheté et mes peurs – mais tu sais aussi que je t’aime ».Et parce que cet homme faible et pécheur aime le Christ, Celui-ci le confirme dans sa mission de chef de l’Eglise : « Sois le berger de mes brebis ». 

Si notre amour pour le Christ a mal vieilli et que nous nous découvrons chrétien plus par habitude que par joie profonde, revenons à la Source. Prions l’Esprit pour qu’Il rajeunisse l’élan de notre cœur. 

« Notre jumeau »– 2° dimanche de Pâques, Année C


« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu !» (Jean 20, 19-31)

Le prénom Thomassignifie « jumeau ». Et de fait, l’apôtre Thomas est un peu notre frère jumeau : comme lui, nous aimerions bien « un peu voir », histoire d’« un peu plus croire ». 

Mais il s’agit d’un piège : celui qui voit, est convaincu. Il ne devient pas, pour autant, plus croyant. La foi chrétienne est une adhésion du cœur bien plus que de l’intelligence. Elle met en mouvement et transforme une vie. Ainsi, celui qui déclare « croire en quelqu’un », ne dit pas tant qu’il est convaincu que cette personne existe, mais bien qu’il pense que cette personne est digne de confiance. De même, la foi chrétienne n’implique pas tant de « croire que Dieu existe ». D’ailleurs beaucoup disent : quand je vois ce monde qui ne tourne pas rond – même s’Il existe – à quoi ce Dieu me sert-il ? Non – la foi donne avant tout de saisir dans son cœur que « j’existe pour Dieu » : Depuis ma conception, ce Dieu de l’alliance marche avec moi. En Jésus, Il a donné Sa vie par amour pour moi. 

Ce n’est que cette assurance qui donne de tomber à genoux comme l’apôtre Thomas et de s’écrier : « mon Seigneur et mon Dieu ! » 

« Ils ne savent pas ce qu’ils font »– Dimanche des Rameaux et de la Passion, Année C


« Et il disait : ‘Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne.’ Jésus lui dit : ‘Amen, je te le déclare, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.’ » (Luc 22, 14-23, 56. Luc 23, 1-49)

Avec le dimanche des Rameaux débute la « Semaine Sainte », c’est-à-dire la sainte semaine des chrétiens. La semaine qui résume notre foi en un Dieu qui aime l’humanité de façon déraisonnable. Un Dieu crucifié par amour, qui pardonne les péchés jusqu’à son dernier souffle, car « ils ne savent pas ce qu’ils font ». De cet Amour fou, les rameaux qui orneront les crucifix de nos maisons, sont le rappel tout au long de l’année. 

Ne vivons pas cette semaine de façon distraite. Participons dans la mesure du possible aux offices de la semaine sainte et (si vous le pouvez) au chemin de croix dans les rues (ainsi : à Liège, le soir du vendredi saint). Ainsi, nous retrouverons-nous pour célébrer la Pâques du Christ avec un cœur de ressuscité.  

« Grâce à Dieu » – film de François Ozon

« Grâce à Dieu », le film de François Ozon, commence à être diffusé en Belgique. Normalement, je m’abstiens d’aller au cinéma (un de mes hobbys) en carême, mais ici, j’ai fait une exception. Le sujet de la pédophilie au sein de l’Eglise me touche de trop près, pour que je fasse l’impasse. Il y a dix ans, c’était la Belgique qui était dans l’oeil du cyclone avec la démission-choc de l’évêque de Bruges. Comme porte-parole des évêques, je me trouvais alors en première ligne. 

Le film d’Ozon n’est pas dénué de petites faiblesses, propres à une production à modeste budget. Ainsi, pour la scène de la confirmation (tournée dans une église belge), l’accessoiriste a sorti des chasubles de musée. Il aurait pu emprunter des vêtements liturgiques actuels. Plus troublant, voici (encore) un film français où les acteurs fument énormément. Cela souligne la souffrance des protagonistes, mais constitue malgré tout une publicité déguisée pour l’industrie du tabac (volontaire?).  

Ceci étant dit, quant au fond, « Grâce à Dieu  » est un film puissant, parce qu’il n’est pas une fiction à thème. Il se contente de raconter le drame de l’abus sexuel, en suivant le vécu et le regard des victimes. Cette sobriété rend la narration plus dure encore. En sortant de la salle du cinéma un peu groggy, je sentis le regard lourd de certains spectateurs, apercevant mon clergyman. 

J’avais été visionner le film avec 3 amis: deux femmes et un homme.  L’homme était troublé, mais soulignait que l’époque avait changé. Une des deux amies se demandait ce que nous transmettions dans l’éducation, pour qu’un enfant ne puisse pas dire « non » à un adulte pervers. L’autre amie ne comprenait pas que le père Preynat n’ait pas été arrêté par l’Eglise: comment a-t-on pu le laisser faire tant de victimes? Moi-même, je mentirais si je niais ma honte en sortant de la salle obscure. En effet, je ne puis – malgré tout – que me sentir solidaire de cette Eglise institutionnelle qui, face à l’évidence, semble une fois de plus sourde et aveugle.

Et l’évidence est qu’un pédophile patenté ne peut rester au contact avec des enfants, surtout dans une fonction aussi symboliquement chargée que celle de prêtre… N’importe qui, avec un minimum de bon sens, sait cela. Alors, une institution où – par excellence – les enfants devraient être en sécurité… comment a-t-elle pu l’oublier ?   J’ai surtout été marqué par cette scène du film (apparemment vécue) où Alexandre, la première victime a avoir porté plainte, est invité par la psychologue du diocèse à prier avec son agresseur… Quelle confusion des genres! Dans ce genre de situation, la cicatrisation des blessures ne peut être envisagée, si ce n’est dans la vérité et la justice. 

Isabelle de Gaulmyn, responsable pour l’information religieuse du quotidien La Croix est originaire de Lyon et a fréquenté le groupe scout, où a sévi le père Preynat. Elle est donc plus légitime que moi pour expliquer ce qui s’est passé, ce qu’elle a fait par un livre, mais aussi sur son blog ici et encore ici

Personnellement, en guise d’explication c’est bien la notion de « cléricalisme » dont parle si souvent notre Pape, qui me vient à l’esprit. Et ce, dans une double dimension:

Le cléricalisme comme esprit de caste, qui aveugle face aux évidences. Ainsi, ces militaires qui refusent de voir des crimes de guerre ; ces économistes qui nient des situations béantes d’injustices sociales; ces politiques qui ne comprennent plus ce qu’est le bien commun… Bref, chaque fois que « l’entre-soi » brouille le sens du réel. Les responsables de l’Eglise de Lyon ne sont pas des monstres. Mais ils sont devenus les rouages myopes  d’un système qui se préserve, et que seule l’action extérieure de la justice a pu gripper. A leur place, aurais-je été plus lucide? 

La seconde dimension du cléricalisme, est celle qui donne de confondre l’institution avec l’Eglise, en tant que peuple de Dieu. A la fin du film, le fils d’Alexandre demande à son père: « Papa, tu crois toujours en Dieu? » Bien sûr que je comprends l’interrogation du jeune homme et, qu’à sa place, j’aurais eu la même. Mais la véracité du christianisme ne dépend pas de la crédibilité du clergé. C’est le cléricalisme qui donne de confondre les deux. Je me souviens de la remarque d’un intellectuel catholique flamand, face à la vague d’apostasies (appelée improprement « débaptisations ») qui a suivi le scandale de l’évêque de Bruges: « Je ne vois pas en quoi les turpitudes d’un prélat de Flandre occidentale affecteraient la question de savoir si – oui ou non – le Christ est Fils de Dieu et mon Sauveur ». Ce chrétien laïc avait compris que la sainteté de l’Eglise découlait de Dieu, qui seul est saint. Et que c’est sur Sa sainteté que tous les baptisés – laïcs comme clergé – se greffent. Comme me dit un jour ma mère: « plus je fréquente l’Eglise et plus je crois en Dieu. Sans Lui, il serait impossible qu’elle se maintienne, avec la médiocre qualité de leadership de nombre de ces clercs ». C’était dit avec humour… et amour, mais cela fait mouche.   

Miséricordieuse vieillesse…– 5edimanche de Carême, Année C

« Ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés » (Jn. 8, 1-11)

L’histoire de la femme adultère révèle toute la finesse psychologique de Jésus. Au lieu de plaider l’acquittement de la coupable « car il faut bien être chrétien – n’est-ce pas mon bon Monsieur ? »,Jésus met une condition à sa lapidation : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ».

Avec humour, l’évangéliste note : « Ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés ». La vieillesse a cela de bon, qu’elle rend souvent l’homme plus lucide sur lui-même… Et parfois même, plus miséricordieux envers les autres. 

D’autant plus qu’un chrétien sait que Celui qui est sans péché, ne jette – Lui – jamais la pierre : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »     

Tsunami boursier en vue…. – La Libre p.39

Ce vendredi 5 avril est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre en p.39. 

Attention – pour une raison mystérieuse, une coquille s’est insérée dans la version papier: « L’alternative à ce new deal est cependant pas un retour aux années 1930… » Ce « pas » doit être supprimé, bien entendu.  

Pour lire la chronique, cliquez sur « Tsunami boursier en vue ». Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression. 

#Brexit : la solution – enfin – trouvée

Il suffisait d’y penser et d’aucuns s’interrogent: comment personne n’y a-t-il songé plus tôt? Ce 1er avril, un accord vient d’être conclu, qui règle définitivement l’épineux dossier du #Brexit. 

En effet, rien de plus simple: au lieu de gérer la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, c’est l’intégration de l’Union dans l’Empire britannique qui est devenue effective. Le président du Conseil de Sa Majesté, Lord Donald Tuskson, a déclaré être enchanté de cette solution. Nous citons ici ses paroles exactes, qui résument bien la situation: ‘I jolly dare say, old chap, this is rather something, isn’t it? ‘ Quant au président de la Commission de Sa Majesté, le très honorable John-Claude McJuncker esq., il a décrété que toute activité s’arrêterait au Berlaymont, chaque jour à cinq heures précises, afin de prendre le thé. Enfin, ceci règle la difficile question du changement d’horaire: ce sera dans toute l’Europe l’heure de Greenwich. Of course

Seul petit souci: à la surprise de tous les politologues, Dublin a déclaré ne pas accueillir cette solution avec un enthousiasme exagéré (termes exacts utilisés: ‘with undiluted pleasure’). Heureusement, Londres a apaisé les esprits, en annonçant qu’il règlerait aisément ce détail, vu que le Gouvernement de Sa Majesté comptabilise quelques siècles d’expérience en la matière.