Carême en confinement – Jour 14 – Les élèves et leurs parents…

Ce jour, c’était l’anniversaire de mon neveu et filleul. Je téléphone donc au jeune adolescent et nous parlons de choses et d’autres. Il me dit qu’il a du travail scolaire, car chaque jour, les professeurs lui envoient des devoirs. « Cela fait plus ou moins de boulot que quand tu es en classe ? », lui demande-je. « Plus » me répond-il. Je souris, et lui raconte que les séminaristes à Namur font exactement la même récrimination. Comme quoi…

Plus tard dans la journée, je parle avec son père, qui est mon frère cadet. « Je vois que l’école suit les choses avec lui », lui dis-je. « Tu ne crois pas si bien dire », me répond-il. « Sa mère et moi passons des soirées entières à l’aider. J’ai dû signaler à l’école que, vu nos emplois du temps professionnels, nous ne savions plus suivre. » 

Bref, pour élèves comme parents… vivement le retour à l’école 😉. 

Carême en confinement – Jour 13 – Le vrai poids des choses


S’il y a un truc qu’une crise majeure comme celle que nous traversons nous apprend, c’est le vrai poids des choses.

Tant d’événements, qui ordinairement nous occuperaient le coeur et l’esprit, sont remis sans effort à leur juste place. Ainsi, je suis honoré par la confiance de mon évêque, qui m’a confié une nouvelle mission. Et pourtant, ma tête est ailleurs. Auprès de ceux que j’aime et pour lesquels je ne puis m’empêcher de m’inquiéter. 

Par contre, il suffit d’un rien pour émouvoir. Un chat dans un arbre, un lapin dans un fossé, un corbeau dans un parc, le reflet d’un pont dans la Meuse… Et je me surprends à sourire comme le gosse que je n’ai jamais tout à fait cessé d’être. 

Comment sortirons-nous de tout ceci? Recentré sur l’Essentiel ou renvoyé au monde des apparences et du superficiel? Seul l’avenir nous le dira. 

Carême en confinement – Jour 12 – Mais il y a l’humour…


Depuis les origines de l’humanité, trois démarches permettent à l’humain de prendre recul par rapport à la réalité qui s’impose à lui: la religion, qui creuse et célèbre le sens du réel ; l’art, qui vise à saisir et reproduire la beauté du réel ; et l’humour, qui s’amuse face aux paradoxes et impasses du réel.

Au coeur de cette terrible pandémie, l’humour vit bien. Comme tant d’autres, je reçois chaque jour sur mon smartphone, des dizaines de vidéos cherchant à faire sourire en ce temps sombre. Ce matin, une des étudiantes siciliennes qui loge dans le bâtiment où je me trouve, racontait en riant que dans son village, il y a des drones avec caméra et haut-parleur, pilotées par le maire du lieu. Ceci lui permet, dans son accent rocailleux de rappeler ses concitoyens à l’ordre quand ils ne respectaient pas le confinement, en les appelant chacun par leur prénom. Don Camillo et Peppone, à l’heure du Covid, en quelque sorte… 

Oui, cette pandémie fait peur. Mais tant que les hommes trouveront l’énergie d’en rire, ils tiendront debout.   

Carême en confinement – Jour 11 – Devenir des adorateurs en Esprit et en Vérité (Jean 4, 23)

Toute crise peut s’avérer une chance. Le prix à, payer de. l’actuel confinement est, pour les familles, le risque de ne plus se supporter, à force de vivre les uns sur les autres, et pour les malades et anciens, le sentiment d’un isolement total – sans plus guère de visites ou de vie sociale.

La seule façon de vivre cela « par le haut » est de renforcer sa vie intérieure. Nous, les catholiques, vivons notre foi de façon sacramentelle et communautaire. C’est une Grâce. Cependant, elle ne peut faire de nous des croyants « de rites », qui ne vivent pas intérieurement. « Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. » (Jean 4, 23)

Que nous vivions en famille ou isolés, à nous de profiter de ce confinement pour redécouvrir, en ce temps de carême, la force de la prière solitaire, de la méditation de l’Ecriture, ou de la lecture d’un livre qui nourrisse notre foi.  

Ultime signe avant la Pâques – 5e dimanche de Carême, Année A

« Lazare, viens dehors ! » (Jean 11, 1-45)

Ecrire que Jésus a ressuscité Lazare, n’est pas théologiquement correct. Si le Christ a ramené son ami à la vie, cela ne l’a pas rendu immortel. Quelques années plus tard – Lazare a connu la mort pour de bon, comme chacun de nous. Alors seulement a-t-il vécu la résurrection à la suite du Seigneur. La résurrection ne peut donc advenir qu’à la fin de notre vie terrestre : ressusciter, c’est traverser la mort… Il s’agit donc de d’abord mourir.

Il n’empêche – le rappel du tombeau de Lazare, constitue l’ultime signe du Royaume. Celui que la Pâques du Christ viendra sceller et accomplir. « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort;et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

A méditer en ce temps de confinement, alors que rode une pandémie qui tue.

Carême en confinement – Jour 10 – Le Pape, seul sous la pluie

La journée fut agitée pour moi, de par les futurs changements annoncés au sein du Conseil épiscopal de Liège. Et pourtant, c’est tout autre chose qui a frappé mon imagination. Tout d’abord l’éditorial du journaliste Fabrice Grosfilley, qui rend le drame du coronavirus tellement concret. Et puis à 18h ce soir, cette image d’un pape, seul sous la pluie, devant une place Saint-Pierre vide. Il prie. Il implore. Il bénit. 

Je les entends persiffler d’ici, les railleurs: dérisoire religion, qui oppose un ostensoir au virus. Ben oui – nous ne sommes pas une religion hollywoodienne, peuplée de super-héros qui gagnent toujours à la fin. Nous sommes une religion d’un Christ crucifié, «  scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Cor 1, 23). Le Pape n’est pas un magicien qui vient conjurer la pandémie. Il est un pasteur qui marche avec son peuple en souffrance, sous la pluie battante d’une ville qui pleure. 

Changements au sein du Conseil épiscopal du diocèse de Liège

J’exprime ma gratitude à l’abbé Alphonse Borras pour tout le travail accompli comme Vicaire général durant près de deux décennies. Où en serait notre diocèse, sans sa politique courageuse et visionnaire de remodelage paroissial et de renouvellement des ministères au sein de nos assemblées? Je remercie Mgr Jean-Pierre Delville pour sa confiance et confie ma future mission de Vicaire général à la prière du diocèse. 

L’annonce de ce changement dans le diocèse de Liège tombe en plein confinement, alors que les coeurs et les esprits sont tournés vers la lutte contre la pandémie. Le processus de succession étant lancé avant l’arrivée du coronavirus, il a fallu l’annoncer, mais les éclaircissements sur d’éventuelles évolutions viendront plus tard. En cette période de confinement, j’aiderai notre Evêque à poursuivre les consultations à distance en vue de la constitution du futur Conseil épiscopal. 

Comme Mgr Delville l’a écrit, il espère pouvoir communiquer à ce sujet aux alentours de la Pentecôte. 

Carême en confinement – Jour 9 – Pépites d’amour

Je suis touché par l’initiatives des jeunes du village de Charles, le jeune homme de 20 ans, tombé accidentellement dans la Meuse. Confinement oblige, seuls les plus proches ont pu assister à ses funérailles. Mais ses nombreux amis ont décoré l’église avec des photos, dessins et uniformes de mouvements de jeunesse. Quel créativité pour dire sa proximité.

Je suis aussi émerveillé par ses jeunes d’un autre village, qui ont envoyé un message à tous les aînés du coin: « si vous avez besoin de service pour faire des achats, ou toute autre mesure, nous sommes là. »  

Oui, les temps sont rugueux. Mais ils révèlent aussi le meilleur en l’homme.  

Carême en confinement – Jour 8 – Le droit d’avoir peur

Cette crise voit fleurir de nombreux actes de courage et d’abnégation. Mais également des comportements qui vont au-delà de la légitime prudence. Ces actes sont expliqués par leur auteur de toutes sortes de façons, mais la réalité est qu’ils sont mus par la peur. Et alors? Nous avons le droit d’avoir peur au milieu d’une pandémie qui nous dépasse. Surtout si nous avons des enfants à charge ou un conjoint qui compte sur nous. 

Si j’ai personnellement – et tant qu’à présent – pas trop peur, cela n’est pas dû à un courage plus grand que la moyenne. Il y a le fait que je n’ai personne à charge et puis aussi, que je ne regarde pas la TV. Je ne suis donc pas abreuvé d’images et de commentaires anxiogènes. De plus, ma vocation spirituelle m’a donné de régulièrement travailler le fait que je sois mortel. C’est sans doute quelque chose que j’ai mieux intégré que nombre d’autres: un jour, ma vie se finira. Je ne suis nullement pressé de partir, mais je sais que cela fait partie de la vie. J’ai donc apprivoisé que la mort nous rode tout autour. 

Ceci étant dit – je le répète: chacun a le droit d’avoir peur dans cette crise. Le vrai courage consiste à se l’avouer et de ne pas laisser cette peur nous dominer. 

Bon courage à chacun. Prenez soin de vous. 

Carême en confinement – Jour 7 – Routine, tensions et solidarité.

Hier j’ai oublié d’écrire ma petite chronique quotidienne du confinement. Quand on commence à perdre de vue ses bonnes intentions, c’est que la routine s’installe. Et, de fait, le confinement devient, petit à petit, une routine. Même les médias ne savent plus trop de quoi parler. Traiter un autre sujet que le coronavirus avec trop de longueur, semble déplacé. Mais à force de ne parler que de la pandémie… A un moment donné, les sujets s’épuisent.

Par contre, j’observe que les nerfs commencent à être à vif. Certains craquent et dépriment, pris d’une forme de sinistrose, voire même de panique. D’autres s’indignent: contre le manque de prévoyance de ceux qui nous gouvernent, contre « les gens » qui ne respectent pas le confinement, contre les curés qui ne célèbrent plus de Messes, contre…Nous ne sommes qu’au début du confinement. Il va falloir se serrer le coudes.

Heureusement, il y a tant de gestes de solidarité qui font chaud au coeur. Je pense ainsi à une amie, qui m’a téléphoné en me disant qu’elle allait me coudre un masque. Sympa, non? Et puis, il y a cette voix… Voix qui me donne la chair de poule et qui a bercé toute une génération. Elle s’était confinée depuis des années… Hier, Jean-Jacques Goldman est sorti de son silence pour dire « merci ». Et cela vaut le soleil de printemps.