Pensée du soir – Leaders d’espérance…

J’ai passé une riche journée en Campine ce jour, et plus exactement au prieuré de Corsendonk. J’y étais invité dans le cadre de l’université d’été pour étudiants du supérieurs et jeunes professionnels catholiques de la session « Lead ». C’est une première, organisée par dix jeunes, ayant mis sur pied un beau programme, de façon très professionnelle. Une centaine de jeunes hommes et femmes entre 20 et 30 ans, participent à cette session de plusieurs jours. Je fus touché par leur enthousiasme et cette façon de vivre sa foi de façon décomplexée, mais nullement repliée.

La journée de ce jeudi était consacrée à la politique. Des représentants importants de plusieurs partis prirent parole. Il était rassurant de constater que les analyses politiques de ces jeunes divergeaient, comme partout dans la société. Mais tous essaient de se situer en baptisés, disciples du Christ. En les entendant débattre et s’interpeller, je pensai au beau discours de Jean-Claude Juncker, hier au parlement européen, invitant à vaincra sa peur et à avoir du courage. C’est bien ce que tente de faire pareille session : former des « leaders d’espérance » pour demain. Chapeau bas. www.SessionLEAD.be

Pensée du soir – God save the Queen

Alors que le drame des réfugiés, qui frappent à nos portes, secoue l’Europe, cela peut prêter à sourire de consacrer de l’attention au record de longévité de la reine Elisabeth II. Pourtant, le sujet invite à une réelle réflexion politique.

Ce n’est pas par immaturité nationale que le Royaume-Uni honore sa souveraine. La monarchie place au sommet de l’Etat, non pas un principe rationnel – celui qui a recueilli le plus de voix – mais un principe émotionnel : la personne choisie par le destin pour symboliser la nation. Ce n’est pas idiot, surtout quand le monarque remplit son rôle avec le sens du devoir de Sa Majesté britannique.

La popularité de la Reine est due à sa personnalité et à ses mérités. Depuis plus de 63 ans, Sa Majesté incarne de façon so British, le stoïcisme, le sens du devoir, l’art de l’understatement ( Rappelons-nous le « annus horribilis speech » : ‘1992 is not a year on which I shall look back with undiluted pleasure’…) et le sens de l’humour (Quel autre monarque aurait accepté de jouer la James Bond girl aux côtés de Daniel Craig, à l’occasion de l’ouverture des jeux olympiques de Londres ?)

Cela découle également de cette sage répartition des tâches Outre-Manche : Tout le pouvoir au politique, tous les fastes de l’Etat au symbolique. Au Royaume-Uni, la pompe va au monarque qui n’exerce pas la moindre once de pouvoir. Son rayonnement est de l’ordre de l’affection. Par équilibre, la politique est rabaissée symboliquement : Downing street ressemble à une bâtisse de notaire et son occupant n’a pas le droit de s’asseoir lorsque le souverain s’adresse au parlement.

Cela est, enfin, sans doute dû au fait que la Reine soit… une femme. Je l’ai déjà exprimé plusieurs fois sur ce blog : Sans nullement diminuer le mérite des rois actuels, je pense que les reines ont – dans un monde politique encore largement masculin – un avantage dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Loin d’être perçue comme une potentielle rivale du politique, elles incarnent plus naturellement l’adhésion nationale – selon leur âge – comme la fille, la sœur ou la mère de la nation. Ce n’est donc, selon moi, pas un hasard si au Royaume-Uni les plus grands rois furent… des reines. Longue vie, Majesté.

Pensée du soir – L’enclos des fusillés.

A la demande de mon évêque – que je remplaçais en ma qualité de doyen du lieu – j’ai participé ce jour aux « fastes de la police » de Liège. Il s’agit d’une journée de commémoration des policiers tombés en état de service, mais aussi également une journée du souvenir. Celle-ci débuta dans « l’enclos des fusillés », près de la citadelle de Liège, où durant la dernière guerre, la Gestapo emprisonna et fusilla de nombreux résistants.

J’étais ému de voir les autorités civiles et militaires se recueillir, entouré de bataillons en arme et d’une centaine d’enfants des écoles fondamentales de la ville. Les têtes des petits étaient blanches, noires ou café au lait. Il devait y avoir là de jeunes chrétiens, musulmans, juifs et sans religions. J’étais ému, quand les anciens combattants allèrent déposer des gerbes, en tenant par la main quelques-uns de ces écoliers. Il y avait là comme un passage de mémoire. J’étais émus quand – dans la Liège volontiers laïque, voire anticléricale – la dernière gerbe fut déposée par un officiel de la ville et le représentant de l’évêque (votre serviteur) sur la tombe du chanoine Mathieu Voncken, l’aumônier des fusillés, qui demanda à être inhumé parmi eux.

Si je raconte cela, c’est parce que – en vivant cette matinée – je me suis dit qu’il n’est pas vrai que nos contemporains deviennent cyniques et ne croient plus en rien. Il n’est pas vrai, non plus, que nous sommes en train de perdre toute identité nationale. Pas vrai que les jeunes se fichent du passé. Tout ne va pas bien – certes – mais de belles valeurs sont encore véhiculées dans nos cités d’Europe. Parmi celles-ci, il y a le patriotisme. Et comme l’écrivait Romain Gary : « Le patriotisme c’est l’amour des siens. Le nationalisme c’est la haine des autres. »

 

Blog : bilan du mois d’août

En août 2012, ce blog recevait 3213 visites pour 5059 pages vues ; pour août 2013, pas de données ; en août 2014 3275 visites pour 3937 pages vues. Ce mois d’août 2015, il reçut 1052 visites pour 2876 pages vues.

Le lectorat belge compte 2008 visites. La France suit avec 341 visites et le Canada avec 68 visites.

L’article le plus fréquenté fut « In memoriam » du 21 août avec 299 visites. Vient ensuite « Péchés capitaux » du 12 août avec 183 visites et « Crise spirituelle » du 21 août avec 99 visites.

Merci aux lecteurs et suite au mois prochain.

« Effata ! » – 23° dimanche, Année B

 « Il fait entendre les sourds et parler les muets ». (Marc 7, 31-37)

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus guérit un sourd-muet avec un peu de salive et une parole étonnante, citée pour cette raison en version originale: « Effata ! », c’est-à-dire « ouvre-toi ». Jésus n’a pas guéri tous les sourds-muets de son époque. Par son geste, Il fait comprendre qu’Il vient délivrer l’homme de sa surdité et de son mutisme spirituel. Le dicton énonce avec justesse : « Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ». Et de fait, quand on me demande quel est mon pire défaut, je réponds que c’est sans doute celui dont je n’ai pas encore conscience. Tant que je le nie, mon péché me domine et me rend aveugle, sourd et muet. Je me contente d’objecter avec véhémence : « mais non, je ne suis pas comme ça ! » Par contre, le jour où je prends conscience de ce travers – je « vois » mon défaut, « j’entends » les reproches de mon entourage, « j’exprime » une demande de pardon. Vous l’aurez compris : Jésus n’est pas là pour nous conforter dans le sentiment que nous sommes des « gens biens ». Il n’a pas, non plus, pour mission de nous reprocher que nous sommes des « vauriens ». Non, Il vient à notre rencontre par l’Esprit et dit : « Ouvre ton cœur. Afin que tes oreilles entendent ce que tu n’entendais pas et que ta langue exprime ce qu’elle n’arrivait pas à dire ». « Effata !ouvre-toi ».

« Hygiène de l’âme » – 22° dimanche, Année B

 « Ce qui sort de l’homme, voilà ce qu’il le rend impur ». (Marc 7, 1-23)

En ce temps de rentrée scolaire, il est bon que nos têtes blondes reprennent de bonnes habitudes. Par exemple : bien se laver les mains avant de passer à table. Comment, dès lors, expliquer que quand des pharisiens demandent à Jésus pourquoi ses disciples prennent leur repas sans l’avoir fait, celui-ci les traite d’hypocrite ? Parce que les pharisiens pensaient qu’il suffisait de se laver les mains pour se purifier le cœur. Et Jésus d’avertir : « Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qu’il le rend impur ». S’il est utile d’apprendre à nos enfants l’hygiène du corps, il est encore plus vital d’aussi leur enseigner l’hygiène de l’âme. C’est bien de se laver les mains, mais encore mieux d’ouvrir ses mains pour partager. C’est important de se brosser les dents, mais tellement plus essentiel de ne pas ouvrir la bouche pour dire du mal de son voisin. C’est conseillé de prendre régulièrement un bain ou une douche, mais non moins nécessaire de régulièrement se replonger spirituellement dans l’eau de notre baptême. Bref, que ce temps de rentrée scolaire soit également – pour les petits comme pour les grands – un temps de redécouverte du Christ et de son Evangile.

Blog : bilan du mois de juillet

En juillet 2012, ce blog recevait 3502 visites pour 4158 pages vues ; en juillet 2013 3316 visites pour  4477 pages vues ; en juillet 2014 6696 visites pour 7864 pages vues. Ce mois de juillet 2015, il reçut 2762 visites pour 3428 pages vues.

Le lectorat belge compte 1538 visites. La France suit avec 221 visites et le Royaume-Uni avec 111 visites.

L’article le plus fréquenté fut « Cigale orthodoxe et fourmi protestante » du 5 juillet avec 241 visites. Vient ensuite « Contre le lavage de cerveau » du 20 juillet avec 213 visites et « Qu’est-ce que la théologie » du 14 juillet avec 181 visites.

Merci aux lecteurs et suite au mois prochain.

 

In memoriam Jean-Claude Guyot, Michel Franchimont et le P.André Pirard SJ

Durant les vacances, j’ai appris le décès de Jean-Claude Guyot, parti un 31 juillet à 53 ans, des suite d’un cancer. Collaborateur de la faculté de Comu de l’UCL, ce Liégeois au rire puissant fut aussi le premier webmaster du site de l’Eglise francophone de Belgique www.catho.be. C’est à cette époque que je fis sa connaissance, en ma qualité de porte-parole des évêques. A son épouse et à ses quatre filles je présente mes plus chrétiennes condoléances. Jean-Claude était un chrétien à la foi profonde et aux options déterminées. Animateur du prieuré de Malèves-Sainte-Marie (aux côtés de l’abbé Ringlet), il appelait de ses vœux « une Eglise plus en phase avec le siècle ». Il savait que je ne partageais pas toutes ses options, mais il était le contraire de ces idéologues qui ne peuvent s’entendre qu’avec ceux qui partagent leur avis. J’ai eu avec lui de belles discussions, ponctuées de ce rire qui résonne désormais parmi les anges. A Dieu, cher Jean-Claude. Et merci pour tout ce que tu as apporté à la communication de l’Eglise de Belgique.

Ce mercredi 19 août, j’ai célébré en la collégiale Saint-Jacques de Liège, les funérailles de Me Michel Franchimont, le père de la réforme de la procédure pénale en Belgique. Il connut son passage paisiblement à l’âge de 86 ans. Devant une assemblée très importantes, entourant sa veuve et ses trois enfants, et comptant le bourgmestre de Liège, le président du conseil provincial et de très nombreuses autres personnalités, j’ai rappelé que ce brillant juriste, fut également un authentique intellectuel chrétien – qui non seulement pratiquait sa foi, mais également la priait et l’informait par de nombreuses lectures. Je me souviens de beaux partages que j’ai eu avec cet éminent professeur d’université, qui n’oubliait pas qu’il était d’abord un fils de l’Eglise.

Le lendemain, jeudi 20 août, je concélébrais – en ma qualité de curé-doyen – aux funérailles du père André Pirard SJ, en l’église Saint-Christophe de Liège. Ce prêtre poli et quelque peu guindé fut 46 années durant surveillant au collège Saint-Servais. J’ai appris qu’il connaissait chacun des élèves par son nom et son histoire. Il n’était donc pas surprenant que l’église fut pleine à craquer d’anciens et actuels élèves de « son » collège. Il y avait à là au moins quatre générations qui communiaient dans une même reconnaissance. Le P.Pirard avait vraiment la fibre du jésuite-éducateur. Ces funérailles me firent penser au beau film « Good bye Mr. Chips ».

 

 

« Crise spirituelle » – 21° dimanche, Année B

 « C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ». (Jean 6, 60-69)

L’Evangile de ce dimanche se situe à un moment de crise spirituelle. Beaucoup de contemporains avaient suivi Jésus, pour des raisons humaines (ce que l’Evangile appelle « la chair ») : le prophète de Nazareth parlait bien et touchait les cœurs, Israël avait besoin d’un réformateur, ses guérisons impressionnaient, etc. Mais trop – c’est trop. En se présentant comme Pain de Vie, Jésus s’attribue une qualité divine. La réaction du public est immédiate : « ce qu’Il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! » Et Jésus de répondre : « Personne ne vient à moi, si cela ne lui est pas donné par le Père ». Or ce que donne le Père à ceux qui le Lui demandent, c’est l’Esprit. Aujourd’hui encore, nous commençons souvent à être chrétien pour des raisons bien humaines : « c’est mon éducation, il faut des valeurs, cela éduque nos gosses, etc. » Arrive cependant un moment où ces motivations terrestres ne suffisent plus. Parce qu’on est déçu par son Curé, parce qu’on n’accepte plus la morale catholique, parce qu’on est choqué par certains comportements, etc. etc. C’est la crise spirituelle. Ne reste alors que le disciple à qui l’Esprit donne de comprendre que toutes ces raisons trop humaines ne suffisent pas pour rester durablement fier de son baptême. « C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ». Seul l’Esprit fait entrevoir la vraie raison – celle qu’exprime saint Pierre : « Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».