Sale temps pour le pape François…
Sa déclaration improvisée sur le nécessaire accueil par tout parent d’un enfant homosexuel a été médiatiquement balayée par sa mention fugace d’un possible recours à un psychiatre. Et certaines rédactions de conclure: il sous-entend que l’homosexualité est un trouble psychiatrique. La Vatican a beau expliquer et contextualiser, auprès de beaucoup le mal est fait.
Mais ce n’est pas tout: un nonce à la retraite demande à François de démissionner, en l’accusant d’avoir couvert un cardinal américain, récemment sanctionné pour pédophilie et inconduite morale.
Enfin, de nombreuses victimes de la pédophilie accusent le Pape de beaucoup parler et de peu agir.
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Loin de moi de penser que le Pape soit parfait. Ou que sa gestion du dossier de la pédophilie soit sans failles. Mais – soyons francs – qui d’entre nous peut se vanter de pouvoir gérer une question aussi délicate sans parfois commettre des faux-pas? Pas moi en tous les cas. En tant que porte-parole des évêques, j’ai eu à piloter médiatiquement la démission de l’évêque de Bruges et ce, en trois jours. Dieu m’est témoin: à ce moment-là, j’ai agi dans l’urgence et à l’instinct. J’ai été bien conseillé et entouré, mais j’aurais tout aussi bien pu me planter magistralement. Alors, dans la position du Pape, je pense que la tâche devient titanesque. J’invite donc tous les catholiques à prier pour leur Pape, afin que l’Esprit l’inspire.
Cela est d’autant plus difficile qu’il est pris en tenaille entre une faction ultra-conservatrice qui veut l’empêcher de poursuivre sa mission et voit l’ombre d’un « lobby gay », complaisant envers la pédophilie, dans son entourage. Et de l’autre, une faction ultra-progressiste, qui veut révolutionner la vision traditionnelle de l’Eglise concernant la sexualité.
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Voici quelques pistes qui me semblent importantes pour que l’Eglise soit à la hauteur du défi de la pédophilie:
1. Il faut continuer à nettoyer les écuries d’Augias. Je ne suis donc pas choqué (mais bien sûr fort peiné) par les révélations du grand jury de Pennsylvanie. Je pense que d’autres dossiers vont continuer à sortir. Au lieu de commenter la chose en disant « vous voyez que l’Eglise ne fait rien », j’invite la presse à expliquer que ceci démontre au contraire que la culture du silence et la protection des contrevenants – c’est fini. Que cela se fasse laborieusement et maladroitement, j’en conviens. Mais il s’agit de soutenir ceux qui accompagnent ce mouvement – dont le pape – plutôt que de les clouer au pilori. Car cela fait le jeu de leurs adversaires.
2. Il s’agir de lutter contre cette maladie spirituelle, appelée par le Pape le « cléricalisme ». Elle consiste pour un clerc à se penser au-dessus du commun. Que les séminaristes soient donc éduqués à la collaboration et à l’écoute des femmes et des hommes dans la société et des baptisés dans l’Eglise.
3. Le célibat consacré (tout comme le mariage) ne peut être vécu de façon équilibrée que sur base d’une intégration harmonieuse de sa sexualité. Le fait de renoncer à fonder un couple et à vivre une sexualité active ne fait pas de vous un être angélique (ou un robot clérical) sans pulsions sexuelles et sans affectivité. De saines et saintes amitiés avec des hommes et des femmes, vécue avec la prudence voulue, ne détournent pas le prêtre de sa mission, mais l’y enracinent. Je me souviens des commentaires grivois lorsque le monde découvrit l’amitié entre saint Jean-Paul II et une philosophe américaine. Jusqu’au moment où le pape François réagit en déclarant: « Moi ce qui m’inquiète, c’est un prêtre incapable de vivre une amitié juste et saine avec une femme ».
Certains affirment que le célibat consacré est un risque en soi de dérapage, par frustration. S’il est imposé, il ne pourra épanouir. Par contre, s’il est librement accepté comme réponse adulte à un appel, je pense qu’il est porteur de sens et n’empêche pas la joie et le bonheur. D’ailleurs, le phénomène #Metoo démontre qu’une vie sexuellement « libérée », n’est – hélas – pas non plus une garantie de sexualité pacifiée et non-violente.
4. Le prêtre est un homme du spirituel et de l’invisible. S’il ne vit plus dans la prière, qui le relie à l’Esprit et à l’invisible de Dieu – il devient le plus perdu des hommes. Un vendeur de chaussures, s’il perd le goût de sa profession, agit néanmoins dans le visible et le concret et ceci le raccroche à la réalité. Un prêtre qui oublie le sens de Dieu devient – lui – un pantin pathétique. Invitons donc les prêtres à rester accroché à la prière et aidons-les sur ce chemin, en les encourageant. Et en priant pour eux.