Marche pour la Vie : « Heureux les doux »

Environ 3000 participants ont marché cet après-midi à la « Marche pour la Vie ». J’y ai participé. Ce qui m’a le plus frappé, c’est son caractère paisible et serein. Nul anathème, ni condamnation parmi cette foule multicolore comptant de très nombreux jeunes. Cela m’a fait penser à la béatitude : « Bienheureux les doux ». En effet, la véritable autorité s’exprime – non pas par l’agressivité – mais dans la douceur. La douceur qui émane de celles et ceux qui vivent une conviction paisible. C’est ce que j’ai ressenti chez les jeunes organisateurs de cette deuxième « Marche pour la Vie ». Je leur tire mon chapeau. Et je rassure les 300 à 500 contremanifestants du jour. Comme le disait Roger Lallemand : « il ne s’agit pas de problème politique ». De fait, la vaste majorité de la population belge est actuellement pour le status quo quant au droit à l’avortement. Non, avant d’être un problème politique, il s’agit d’un problème de valeur. Et le simple fait que l’on puisse à nouveau paisiblement évoquer la question de la défense de la vie à naître, est une belle victoire pour la démocratie. Ce qui tue le débat citoyen, c’est la dictature du conformisme social qui voudrait qu’un état de fait ne puisse même pas être interrogé avec une ferme douceur. Bienheureux donc les doux…

Enseignement (le Soir p.17): Cours philosophiques ou cours de philosophie ? Débat. Modèle « patchwork »

Dans « le Soir » de ce 25 mars (p.17), Pierre Bouillon signe un article faisant le point sur une proposition de décret, qui reprend une idée, initiée en son temps par Hervé Hasquin.
Ci-dessous un résumé de l’article :

« En septembre 2009, quatre députés MR (dont Richard Miller) ont déposé une proposition de décret visant à créer un « cours de philosophie et d’histoire culturelle des religions ». Ce cours serait organisé à hauteur d’une heure par semaine, au 3e degré du secondaire (les 5e et 6e années). Le projet vient d’être analysé par le Conseil consultatif supérieur des cours philosophiques. Créé en 2005, cet organe réunit des représentants des cours de religion, des syndicats, des réseaux, de l’inspection, etc. Son avis est négatif, même si certains membres du Conseil en question penchent en faveur du projet – c’est le cas de la CGSP ou de la Fapeo (les parents des élèves de l’enseignement officiel). Le Conseil consultatif relève que les cours philosophiques actuels (les traditionnels cours de religion/morale) « réservent une large place à des préoccupations comme l’exercice d’une citoyenneté critique et responsable, la réflexion épistémologique autour des savoirs et des différents types de discours, l’argumentation et la conceptualisation, l’intelligence du dialogue… » Richard Miller estime que le cours d’histoire qu’il propose aiderait à lutter contre les intégrismes. Le Conseil réplique : « Les responsables des cours de religion estiment d’expérience qu’on ne lutte pas contre les intégrismes convictionnels par un enseignement purement cognitif du fait religieux. Un tel enseignement ne pourrait prendre en compte les composantes psychoaffectives liées au radicalisme convictionnel. Il favoriserait au contraire leur radicalisation. » Le Conseil consultatif relève : « C’est avec la légitimité de celui qui partage une conviction et la vit qu’on lutte le plus efficacement contre les courants intégristes ; c’est parce que les enseignants partagent la même identité religieuse, les mêmes référents culturels et théologiques que leurs élèves, qu’ils peuvent se faire accepter par les plus radicaux d’entre eux pour les amener à nuancer leurs convictions et à prendre conscience de la légitime diversité convictionnelle. » (…) On tape sur le clou : « Se pose la question de la crédibilité d’un cours d’une heure par semaine qui n’aurait que très peu d’impact. » Par terre, Richard Miller ? Nullement. « Cet avis ne me surprend pas. Le Conseil regroupe les différents cours de religion et de morale, dont ma proposition trouble la quiétude. Le système sel protège. » (…) L’élu MR rappelle que le système actuel a été fondé dans les années 50, à l’occasion du Pacte scolaire. « Nous ne sommes plus du tout dans ce contexte-là. Je respecte les religions. Mais s’en tenir à une organisation où l’on sépare les enfants selon leurs convictions philosophiques, c’est les amener à penser que les croyances sont là pour diviser les gens. Moi, je veux un cours où tous les enfants sont réunis. Le modèle actuel n’est plus suffisant. » Maintenant que le Conseil consultatif a livré son avis, le texte MR va reprendre son cours. Le débat va ainsi s’entamer en commission enseignement du parlement de la Communauté française. « Je suis ouvert à tous les avis, pour améliorer le texte, à condition que l’on envisage un cours bien distinct. (…) Mais, aujourd’hui, nous voilà tous devant une grande responsabilité. Ou l’on se borne à organiser des cours de religion et morale qui séparent les enfants. Ou nous créons, parallèlement au système actuel, un cours qui donne aux enfants les outils intellectuels, culturels qui conditionnent le “vivre ensemble”. » ■

Existe-t-il une troisième voie ? A titre personnel, moi qui ai connu les deux réseaux scolaires, je proposerais encore autre chose, du moins dans le réseau officiel. (Mais ceci serait peut-être aussi applicable dans le réseau libre): Je garderais les cours convictionnels, car ils offrent des racines aux élèves, ce dont ils n’ont jamais eu tant besoin. Cependant, je ferais en sorte que durant le 3e degré du secondaire (les 5e et 6e années) un cours philosophique sur deux soit « collectif ». C’est-à-dire que les élèves des différents cours philosophiques se retrouveraient ensemble pour partager sur un sujet en commun et ceci – sous la modération collective de leurs différents professeurs. Ainsi, les élèves pourraient être invités à présenter aux autres un point particulier de leur tradition religieuse et/ou laïque, ou encore à envisager en commun certains enjeux moraux à partir des différents regards convictionnels. L’autre cours – « séparé » – permettrait à chaque courant d’évaluer la discussion commune et de relancer des idées pour la prochaine rencontre. Il ne faudrait surtout pas chercher à noyer les différences et éventuelles confrontations entre élèves au nom du « politiquement correct », mais bien insister sur l’apprentissage d’une culture du débat respectueux. Ainsi formerait-on les citoyens de demain pour notre démocratie plurielle. Pourquoi cette idée ? Parce que mon expérience personnelle (en 5° et 6° année de secondaire, je me trouvais dans un collège international qui pratiquais quelque chose de cela – voir www.uwc.be) m’a appris que le contact engagé et non pas « neutre » avec d’autres convictions, permet au jeune de se réapproprier ses racines propres, tout en l’immunisant contre la tentation fondamentaliste. Il ne s’agit donc pas de promouvoir un modèle « melting pot », qui voudrait gommer les différences, mais bien un modèle « patchwork » qui donne de comprendre par le concret de la rencontre que nos couleurs sont différentes, mais que – bien loin de constituer une menace – pareille diversité nous enrichit.

Marche pour la Vie : « Frappez sur le ballon. Pas sur les joueurs ! »

Dans un billet d’opinion publié ce jour dans la Libre (pp.54-55) en réaction à l’opinion du mardi (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/650175/marcher-pour-la-vie.html) , un collectif s’en prend à l’initiative de la deuxième « Marche pour la Vie » de dimanche : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/650799/qui-defend-vraiment-le-droit-a-la-vie.html. Sans doute est-ce dû à l’urgence de répondre avant ce WE au billet de mardi (parvenir à faire publier dès le vendredi une réponse à une opinion parue trois jours plus tôt, est – je le concède – un prouesse), mais je suis frappé par la faiblesse des arguments utilisés :

• D’abord, ce billet ne répond pas aux plaidoyer des organisateurs de la « Marche pour la Vie ». Ceux-ci regrettent la banalisation de l’avortement, acte grave qui met en jeu l’inviolabilité d’une vie à naître. Le billet, lui, dénonce la détresse sanitaire et médicale des femmes ayant eu jadis recours aux « faiseuses d’ange » pour avorter. Or, il serait possible de maintenir l’interdit social d’avorter au nom de la dignité de toute vie, tout en permettant aux femmes qui souhaitent le transgresser (ou qui vivent un de ces cas-limites qui sont régulièrement agités en guise d’argument), de vivre cela dans de bonnes conditions sanitaires. Ceci aussi donnerait la possibilité de mieux accompagner celles qui chercheraient d’autres voies : garder l’enfant à naître avec une aide de la collectivité, permettre son adoption,…
• Ensuite, ce billet rejette l’argument principal des marcheurs pour la vie… sans autre argument que de dire qu’il s’agit d’un « axiome ». Je les cite : « D’autre part, ils affirment que ce droit en menace un autre, plus important encore : celui de vivre. (… Cette affirmation) repose sur un axiome qui consiste à dire que l’embryon, dès sa conception, a qualité de personne humaine et que dans tout conflit d’intérêt, serait-ce avec la femme enceinte qui le porte, son existence ne peut en aucun cas être menacée ». Il ne s’agit pas d’un axiome. Il s’agit d’une question fondamentale en démocratie, qui s’applique à mille et une autres situations : La vie humaine est-elle totalement inviolable – ou seulement relativement inviolable ?
• Enfin et surtout, je regrette que cette opinion contradictoire oublie une des bases du débat démocratique constructif. Il existe un dicton en néerlandais qui dit : « de bal spelen, niet de man ». Traduction libre : « frappez sur le ballon, pas sur les joueurs ». C’est l’argumentation des faibles que de contredire leurs opposants en les décrédibilisant par la caricature et le cliché. Cela ne grandit pas les auteurs de l’opinion publiée en ce jour de parler sans plus d’ «argumentation fallacieuse des opposants à la légalisation de l’avortement ». C’est un peu facile, pour s’opposer aux jeunes universitaires qui organisent courageusement la deuxième « Marche pour la Vie », d’évoquer la sombre figure de Nicolae Ceaucescu.

Un débat serein et respectueux est-il donc possible sur la question de l’avortement? Je pense que oui. J’ai vécu cela dans l’ouvrage coécrit en joute amicale avec le professeur ULB Baudouin Decharneux : « Une cuillère d’eau bénite et un zeste de soufre » (éditions EME). Ci-dessous je reproduis une partie de nos argumentations respectives. Je ne partage pas le point de vue de mon contradicteur et ami. Cependant, il n’a pas besoin pour s’imposer de traiter mon propos de « fallacieux ». Du coup, son argumentation donne matière à réflexion. Je suggère aux défenseurs du « droit à l’avortement » de plutôt faire appel à des plumes de ce format pour réagir l’année prochaine à la troisième « Marche pour la Vie ».

« Une cuillère d’eau bénite et un zeste de soufre » (pp.22-25)

• Eric de BEUKELAER: « Avec l’avortement nous touchons à un des sujets les plus cruciaux du débat politique. Normal : Il s’agit d’un enjeu de vie ou de mort ; la question qui consiste à définir à partir de quand la vie humaine est inviolable et donc protégée par la loi. L’humanisme dont se réclament, avec d’autres, les catholiques ne tergiverse pas avec ce respect : Selon ses critères, la vie humaine est inviolable depuis son origine naturelle (conception) et ce, jusqu’à sa fin naturelle (mort). Limiter ce droit, c’est se lancer sur une pente glissante – slippery slope, disent les britanniques – pour l’état de droit : Quand la vie humaine devient « conditionnellement » inviolable (avant autant de semaines, la vie de l’embryon dépend de la volonté de sa mère à le garder ou non…), cette valeur centrale pour notre civilisation des droits de l’homme, perd son caractère « sacré » pour devenir relative à nos besoins du moment. J’accepte que d’autres citoyens ne partagent pas cet avis, mais je m’énerve quand ils dénaturent le plaidoyer qui est ici fait. Non, il ne s’agit pas d’imposer sa religion à des femmes enceintes – comme j’entends beaucoup trop souvent déclarer – mais bien de défendre l’inviolabilité de toute vie humaine au nom d’un humanisme sans concession. L’enjeu n’est donc pas religieux, mais philosophique et politique. C’est à ce niveau-là que doit se situer le débat, s’il se veut honnête. Je précise cependant qu’une conviction forte ne peut bannir le bon sens et l’humanité. Dans les chambres d’hôpital, des thérapeutes se trouvent souvent bien seuls face à tant de drames humains à gérer. Il faut de la retenue et beaucoup de pudeur avant de condamner ce qu’ils ont décidé de faire en âme et conscience. La défense de l’humain est un idéal avec lequel il n’y a pas à transiger. N’en faisons pas pour la cause un système sourd qui juge, sans entendre le cri des hommes. J’ai rencontré des millionnaires américains – catholiques bon teint – qui ne voulaient pas entendre parler d’avortement, mais n’imaginaient pas non plus, hélas, de financer une sécurité sociale un tant soit peu élaborée, pour aider les filles mères. A chacun – et donc à moi-même – s’adresse l’avertissement du Christ : « Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les Pharisiens : faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. » (Matthieu 23, 2-4) (…)».
• Baudouin DECHARNEUX : « L’interruption volontaire de grossesse est certes un sujet sérieux. La question de la limite, ou plutôt de l’impossibilité de fixer la limite entre la vie et la mort, a toujours fait l’objet de grands débats. Il n’est aucune société durable qui ne pose la question des curseurs balisant les moments cruciaux de l’existence. De façon générale, les défenseurs du droit à l’interruption volontaire brandissent, comme je l’ai fait, la liberté des femmes à disposer de leurs corps. L’argument me semble irréfutable. Sauf, qu’en général, aucune société ne donne à ses ressortissants la liberté de disposer de leur corps… C’est vrai, il est difficile de tenir en toute logique une position qui oscille entre l’enfant-roi (voire l’embryon roi) et de l’autre revendiquer le droit à l’avortement. On est pas humain parce que les autres le décident… Les pourfendeurs de l’avortement brandissent, eux, le droit à la vie comme un absolu qui ne se négocie pas. C’est sans doute fort moral. Sauf qu’aucune société ne concède ce droit à ses concitoyens. Les adeptes du « tu ne tueras point » feraient bien de lire la Bible en hébreu, ils exhiberaient une autre maxime pour étayer leur injonction. Il est piquant de constater que les milieux les plus réactionnaires fustigeant les infâmes avorteurs, revendiquent la peine de mort créent des commandos anti-avortement parfois fort violents, adoptent des postures militaristes… J’en suis arrivé à penser que l’important réside plutôt dans la tension. Que diraient mes amis religieux si, d’un jour à l’autre, tous les laïques (à la Belge) s’exclamaient : « d’accord, vous avez raison. Cet impératif est non négociable ». Qu’est-ce qu’on fait de la légitime défense, des accidents de la route, des « bavures » militaro-policières, des guerres chirurgicales,… On en sait. La vie est un absolu. (…) »

Regards croisés sur l’Occident.

• Je trouve équilibrée et nuancée la réflexion de l’eurodéputé Philippe Lamberts, parue ce 24 mars dans La Libre (p.52):

« Des finances publiques équilibrées, cela veut dire : des dépenses responsables et des recettes justes et efficaces. Le problème, c’est que l’on ne marche que sur la jambe des dépenses : il faut les couper. Et sur les recettes, on ne dit rien. Si on veut s’assurer des recettes fiscales décentes, il nous faut une approche européenne : une taxe sur la transaction financière, une taxe sur l’énergie,… Ensuite, il faut se demander comment on met à contribution le secteur financier. Bien sûr, il y a taxe sur les transactions financières, impôts sur les banques et tout, mais comment ramène-¬t-¬on le diable de la finance dans sa boîte ? Il y a deux poids deux mesures. On dit au citoyen, travailleur, locataire social que cela ne peut pas continuer, qu’il doit faire des efforts. Mais tout le monde doit être mis à contribution, aussi fort et tout de suite. Des coupes dans les budgets publics cela a aussi un impact. Parce que derrière, il y a des êtres humains. Il nous faut une gouvernance économique européenne, il nous fait une fiscalité européenne, il nous faut remettre le diable financier dans sa boîte ».

• J’ai été secoué par la réflexion de Mahmoud Senadji, ancien professeur à l’Ecole supérieure des arts à Alger, publiée sur le site oumma.com : http://oumma.com/Libye-les-lecons-de-la-tyrannie?utm_source=Oumma+Media&utm_campaign=7c75a1d00d-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email. Il critique durement le régime libyen, mais ajoute : « Plus qu’être tristes, nous avons mal. Mal de voir des bombardiers occidentaux sillonner le sol libyen, car cela éveille en nous des souvenirs douloureux ». Pourquoi ? « Nous dénonçons les frappes militaires occidentales car ces pays sont soupçonnés, à juste titre, de n’agir que pour leurs intérêts stratégico-économiques et non de secourir des vies humaines, mais est-ce vraiment une découverte que nous faisons maintenant ? L’expansion économique est au cœur de l’Occident depuis sa naissance en 1492. La justification juridique, intellectuelle, médiatique ne fait que suivre et servir la force impériale. La philosophie du capitalisme est une logique de guerre. Celle-ci est même menée, d’une façon « soft » au sein des pays occidentaux : qu’en est-il lorsqu’il s’agit d’autres peuples, et de surcroît des Arabes, détenteurs de richesses en plus ?… »
Evidemment, une voix de musulman, ce n’est pas la voix de tout l’islam. Cependant, ce texte dit selon moi quelque chose de symptomatique quant à la perception que certains musulmans ont de l’Occident. Perception que je trouve exagérée, voire injuste (lire le post « Zorro et la realpolitik »), mais pas non plus totalement dénuée de fondement.
Est-ce ce genre de perception qui explique que la plus haute institution de l’islam sunnite, l’université Al-Azhar, dont le siège est au Caire, ait annoncé en janvier qu’elle suspendait ses relations avec le Vatican ? Réagissant à la demande du pape de protéger les chrétiens d’Egypte, Al-Azhar expliqua dans un communiqué que «le gel des relations a été provoqué par les attaques répétées contre l’islam du pape Benoît XVI (…). Le pape a répété que les musulmans opprimaient les non-musulmans vivant avec eux au Moyen-Orient».
Conclusion personnelle : Je ne crois pas au « choc des civilisations », mais ce genre de déclaration montre à quel point nous avons parfois du mal à nous comprendre.

A world out of control

I am inclined to take an optimistic view on matters. And yet, the latest series of events make me somewhat nervous. This world seems to be getting out of control. Near-to-bankrupt Western powers intervene militarily in the East with ideals, but apparently no clear plan of action. Gambling economics had to be reformed after the 2008 crash, but none of this has happened: high profits, short term thinking and wild speculation are still the rule of the game. Confidence is low and gold has never been so high. The middle class is anxious. The precarious become poor. Social violence is on the rise, with populism and regional egoism as a result. And now this bomb exploding in the heart of Jerusalem, triggering off once again the most symbolic of all regional conflicts. With all this, we nearly tend to forget Japan’s radioactive emissions and the ‘mother of all political challenges’: global warming. Some expect the end of the world to knock at our door by December 2012. I rather await strong political leaders with common sense and love for their fellow brethern. Christ taught us: ‘Take Heart; I Have Overcome the World’ (John 16:33).

Coup de pouce inattendu à la Marche pour la Vie :-)

C’est par mail que j’ai appris qu’une contremanifestation pour défendre le « droit des femmes à l’avortement » se tiendrait ce dimanche, même jour (27 mars) et même heure (15h), à quelques encablure de la place royale, lieu de départ de la «Marche pour la Vie ». Au programme des contremanifestants : échassiers, fanfare, château gonflable, goûter (offert) et discours politiques. Le motif ? « Montrons-leur que nous sommes nombreux-ses à être pour le choix ! »
Je tiens à rassurer les organisateurs de cette contremanifestation: Nos concitoyens sont en effet nombreux à être favorable au droit à l’avortement. Beaucoup ne souhaitent d’ailleurs pas que cette question éthique de premier plan vienne à nouveau chatouiller leur conscience. Je me rappelle un débat à ce sujet, l’année dernière sur les plateaux TV de la VRT. Dans l’émission « Fara », je me trouvais face à la sénatrice Marleen Temmerman, gynécologue, connue au nord du pays pour sa défense du droit à l’avortement. Le débat était franc, mais serein. A un moment donné, il y eut l’intervention d’un autre invité, venu sur le plateau pour parler de tout autre chose. Il représentait le monde de l’entreprise et était étiqueté comme proche d’un parti flamand aux idéaux démocrates et chrétiens. Cet invité me lança, avec une infinie condescendance dans le regard : « Enfin, il faut un peu vivre avec son temps. J’ai une fille de 17 ans. Je sais de quoi je parle ». Voilà pour moi l’argument-roi qui érige la paresse intellectuelle au rang de dogme social : « Il faut vivre avec son temps ». Je m’imagine fort bien quelque docte maître-esclavagiste des colonies, lançant en plein 18e siècle au jeune idéaliste, venu lui reprocher de réduire des hommes au rang d’animal domestique : « Il faut bien vivre avec son temps ». Non, Monsieur. La démocratie mérite d’autres arguments que celui de la poussive convenance aux mœurs du moment. Evidemment, qu’il s’agit de tenir compte de la culture dans laquelle nous vivons. Mais pas pour tout subir. La force des démocraties est de parfois forcer le destin. Quand Mitterrand et Badinter firent abolir la peine de mort contre la majorité de l’opinion publique française, ils en savaient quelque chose.
C’est là que la démarche des organisateurs de la « Marche pour la Vie » me bluffe. Ces jeunes universitaires – ils pourraient être mes enfants – sont « bien de leur temps ». Ils sont parfois fougueux – privilège de l’âge – mais nullement extrémistes et certainement pas fachos. Leur appel citoyen veut réveiller les consciences endormies par cette simple vérité : nous avons tous été un embryon. Une société qui ne reconnaît pas la dignité et le caractère inviolable de toute vie humaine à naître, ébranle le socle humaniste sur lequel elle est fondée.
Ces jeunes ne sont pas des agitateurs. Ils veulent propager leur message en invitant à une paisible marche. Pour attirer du monde, ils ne font pas appel à des échassiers, ou à une fanfare. Ils n’installeront pas de château gonflable et n’offriront pas le goûter. Et puis surtout : il n’y aura pas de discours politiques. Je leur avais prédit que cette seconde marche pour la vie ne recueillerait sans doute pas une grande attention de la part des médias. En effet, ce n’est plus la première du genre et la presse se lasse vite. De plus, avec l’actualité internationale dramatique du moment, les rédactions ont d’autres priorités un dimanche après-midi de printemps. Grâce à cette contremanifestation, je pense maintenant qu’il en sera autrement. La polémique est médiatique. Les organisateurs de la contremanifestation ont donc donné un sympathique coup de pouce à l’initiative courageuse des jeunes organisateurs de la « Marche pour la Vie ». Ce n’était sans doute pas leur but, mais ça – il fallait y penser avant.

Libye : La génération des génocides (le Soir 22 mars p.14)

Un regard intéressant et bien documenté de Jean-Paul Marthoz, Journaliste et essayiste, sur un courant de pensée influent dans l’administration américaine actuelle. Celui-ci fait écho à mon post: « Zorro et la realpolitik »

(…) Toutefois, les acteurs décisifs de ce drame (intervention en Libye aux Etats-Unis) se trouvaient (…) au sein même de l’administration démocrate, parmi ceux que l’on appelle les liberal hawks (« les faucons de gauche »), nommés par Obama en 2009 au Département d’Etat et au Conseil national de sécurité (NSC). Ces hauts responsables appartiennent à une génération formée au sein de la « communauté des droits humains ». Façonnée par la mémoire de l’Holocauste et par l’antitotalitarisme, entrée en politique lors des années 1980-1990, elle a été choquée par la passivité de la communauté internationale lors des génocides qui ont ensauvagé la fin du XXe siècle : au Cambodge, au Guatemala, au Kurdistan irakien, au Rwanda, en ex-Yougoslavie. Et elle a fait le voeu d’agir contre ce que Daniel Jonah Goldhagen, dans son dernier livre Worse Than War a appelé « l’éliminationnisme », « la volonté d’un Etat d’éliminer des peuples ou des groupes». Prix Pulitzer 2003 pour son monumental A Problem from Hell, une étude de l’Amérique face aux génocides, Samantha Power, responsable des droits humains au sein du NSC, a mené la charge. A côté d’elle, des personnes marquées elles aussi par l’histoire des massacres de masse et par l’inaction américaine : Susan Rice, l’ambassadrice à l’ONU, membre de l’administration Clinton lors du génocide rwandais ; Michael Posner, secrétaire d’Etat adjoint aux droits de l’homme et ancien directeur de l’ONG Human Rights First ; Harold Koh, le conseiller juridique du Département d’Etat et ancien doyen de la Faculté de droit de Yale ; David Pressman, chargé des crimes de guerre et de la protection des civils au NSC et ancien conseiller de la Cour suprême rwandaise ; Gayle Smith, directrice des affaires humanitaires au NSC et co-fondatrice de Enough, une ONG engagée dans la lutte contre les atrocités de masse en Afrique centrale et au Darfour. Ces dernières semaines, leur interaction a été constante avec les ONGde droits humains, en particulier Human Rights Watch, dont le directeur, Kenneth Roth, a défini dans un essai publié en 2004 les critères d’une intervention militaire au nom de la « responsabilité de protéger les populations civiles en danger ». Cette « pédagogie de l’ingérence » établit sept principes essentiels : l’intervention ne peut avoir lieu qu’en cas de violations massives et en cours des droits de l’homme
; elle doit être la dernière option raisonnable pour stopper les tueries ; elle doit poursuivre prioritairement un objectif humanitaire ; les résultats escomptés doivent être supérieurs à ceux qu’entraînerait l’inaction ; elle doit être menée dans le strict respect du droit humanitaire international ; elle doit recevoir – idéalement – l’approbation du Conseil de sécurité des Nations unies et viser, en premier lieu, à répondre aux intérêts de la population du pays concerné. La semaine dernière, les menaces du colonel Kadhafi ont réveillé le spectre des horreurs passées. Pour la « génération des génocides», Benghazi ne pouvait en aucun cas figurer sur la liste infâme des massacres perpétrés en toute impunité, aux côtés de Choeung Ek, Panzos, Halabja, Gikondo, Vukovar ou Srebrenica. ■

Marcher pour la vie (La Libre 22 mars pp.54-55)

Dr Cécile Deneyer, Monique Roisin, Eléonore Delwaide, Monique de Thysebaert, Anne Schaub, Michel Ghins, Charles Delhez, Bénédicte Gillis, Eric de Beukelaer, Carine Brochier, Laetitia Pouliquen, Xavier Muller, Dr Timothy Devos
et les moins de 30 ans : Michel de Keukelaere, Coralie Schaub, Domitille Trufin, Amandine Stas, Aude Gosset, Amandine Balland, Dominique Héron.
Collectif “marchforlife”

Ce dimanche 27 mars 2011, la deuxième Marche pour la vie partira de la place Royale à Bruxelles. L’année dernière, l’événement avait réuni près de 2000 participants. Les médias en parlèrent, insistant sur la présence du nouvel Archevêque. Derrière les commentaires de presse perlait souvent une incompréhension : plus de 20 ans après le vote de la loi dépénalisant l’avortement et mis à part quelques intégristes obtus, quel citoyen normalement constitué pouvait encore remettre en question “le droit fondamental de toute femme à disposer de son corps” ? Poser les termes d’un
débat, c’est choisir son terrain. Parler d’avortement en termes de “droit de disposer de son corps”, c’est obscurcir le fait que toute IVG met en jeu un autre droit, bien plus important encore : celui de vivre. Une société fondée sur les droits humains peut­elle déclarer sans mauvaise conscience qu’une vie commençante n’est pas inviolable durant le premier tiers de la grossesse (12 semaines), comme c’est le cas actuellement en Belgique ? Avec cette vie, nous partageons une même dignité. A ce titre, elle requiert notre total respect et solidarité.
A cela, il est régulièrement objecté que – bien entendu – l’avortement est un mal, mais qu’il s’agit du “moindre mal” face à certaines grossesses non planifiées. Tel fut l’objectif annoncé par le législateur : la dépénalisation partielle de l’interruption de grossesse était prévue comme un recours exceptionnel pour répondre à la détresse de la femme dans certaines conditions strictes. Or, comme il était à prévoir, la volonté du législateur fut détournée. Une illustration éclatante de ceci est offerte par la récente circulaire envoyée – en violation du principe de neutralité – par l’administration de la Communauté française à toutes les écoles, afin de servir d’outil didactique aux élèves du secondaire. Cette circulaire était intitulée “Droit à l’avortement en Belgique”. Or, parler aux élèves d’avortement en termes – non
plus de dépénalisation – mais bien de “droit” constitue déjà en soi un dangereux glissement sémantique. Celui­ci trompe les jeunes générations en banalisant un acte grave aux conséquences psychologiques non négligeables (1). Cette banalisation est renforcée par la quasi gratuité de l’avortement. Pour des adultes, celui­ci est même moins cher que la contraception. En effet, sur un coût total de 413,10 euro, la femme qui se fait avorter devra débourser 3,20 euros (et 7 vignettes de mutuelles). Au­delà du délai légal, la brochure rappelle même qu’un avortement reste légalement possible aux Pays­Bas et ceci jusqu’à deux tiers de la grossesse (24 semaines, soit la limite de viabilité). A la question “Trop tard… Quelle solution ?”, la brochure suggère deux options aux élèves : recourir à l’avortement ou proposer l’enfant à l’adoption. Nulle mention n’est faite de la condition d’“état de détresse” imposée par la loi. Le simple fait de tomber enceinte en étant jeune semble impliquer pareil état de détresse. Ensuite, alors que la brochure renseigne abondamment sur les possibilités d’avortement (avec des mots aseptisés tels que “contenu de l’utérus”, ou d’“ovule fécondé”), aucune information n’est fournie sur les modalités d’une proposition à l’adoption. Aucune réflexion, non plus, sur le fait que les couples désireux d’adopter sont nombreux et doivent souvent se diriger vers l’étranger, par manque de possibilités en Belgique (2). Enfin et surtout, la première possibilité semble la grande absente de cette brochure : “je garde l’enfant… comment la société peut-elle m’aider ?” Pour couronner le tout, à la question de savoir quelles sont les menaces qui pèsent sur l’évolution de l’avortement, les élèves apprendront dans le dossier pédagogique que le danger vient des “lobbys religieux au
Parlement européen”. Ben voyons. Vous avez dit : respect de la neutralité ?
Face aux protestations, les promoteurs de là­dite brochure ont argumenté que celle­ci était neutre, car uniquement informative. S’il en est ainsi, nous proposons qu’une autre brochure informative soit également envoyée à tous les établissements scolaires, en ce compris ceux du réseau officiel. En résumé, voici quels en seraient les arguments : “Il n’y a pas de bien plus précieux que la vie humaine. Voilà pourquoi, celle­ci se doit d’être protégée dès son origine. Ceci implique d’éduquer chaque élève à être responsable de sa sexualité. Bien davantage qu’une hygiène du corps, la sexualité est appelée à être langage de l’âme. En cas de grossesse non planifiée d’une élève, la première chose à faire, est d’accueillir la jeune fille et de l’écouter, sans jamais la culpabiliser. Il est également important de lui rappeler que l’avortement, présenté par certains comme une possibilité, n’est pas pour autant une réponse adéquate. Que le chemin qui consiste à porter cette grossesse à terme, afin de garder l’enfant ou, à défaut, de le confier pour adoption, est sans doute plus difficile à court terme. Qu’à long terme, cependant, cette voie est davantage porteuse de sens et donc de bonheur, car elle permet de sauvegarder une vie à naître”. Pareil message ne serait nullement contraire à la ”neutralité”, vu qu’il respecte l’esprit de la législation sur la dépénalisation de l’avortement, qui considérait celui­ci comme un ultime recours et non comme un droit banalisé. Pourtant, il y a fort à parier qu’envoyé par l’administration à tous les établissements scolaires, il provoquerait un tollé général et que d’aucuns exigeraient la démission de la Ministre. Pourquoi ? Parce que nous vivons dans une société où la mentalité abortive s’est généralisée et où l’avortement est banalisé. Tous ceux qui pensent que, bien loin d’être une avancée, pareille banalisation est une atteinte à la valeur sacrée de toute vie humaine, sont invités à se joindre ce dimanche 27 mars à 15h à la Marche pour la vie (3). Elle se veut une démarche citoyenne paisible, moderne et décomplexée. En effet, bien loin d’être passéiste, la défense de la vie est et reste un combat d’avant garde. La défense de la vie n’est d’ailleurs le monopole, ni des cathos, ni des chrétiens, ni même des croyants. Elle rassemble des citoyens conscients qu’un des socles de notre civilisation est la défense de l’inviolabilité de toute vie humaine.

(1) Un dossier sur les conséquences psychologiques de l’avortement, publié par l’Institut Européen de Bioéthique peut être consulté sur http://www.iebeib.org/fr/document/les­consequencespsychologiques­de­lavortement248.html
(2) Signalons le beau film “Juno”, maintenant disponible en vidéothèque. Il montre l’exemple d’une jeune fille enceinte qui confie son enfant dès la naissance à l’adoption.
(3) http://www.marchforlife.be

Zorro et la realpolitik

Dans sa chronique http://www.rtbf.be/info/chroniques/chronique_libye-une-guerre-ethique-rapide-aerienne?id=5811493#newsArticlePane, Edouard Delruelle, président adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme écrit : « Vendredi soir, lors du débat de la « Semaine de l’Info », j’avais exprimé mon scepticisme au sujet de cette intervention militaire ; mais j’avais le sentiment d’être en complet décalage avec l’enthousiasme unanime de notre Parlement, des éditorialistes, de l’opinion publique, qui semblaient tous approuver comme un seul homme cette intervention militaire en Libye. Bon, depuis que les opérations ont débuté, des voix commencent à se faire entendre pour s’interroger sur l’objectif réel de ces frappes aériennes. Objectif humanitaire : secourir les populations civiles ? Ou objectif politique : déterrer Kadhafi de son bunker ? Et dans les deux cas, comment faire l’économie, à terme, d’une occupation terrestre de la Libye, avec le risque d’enlisement que cela comporte ? Et puis si la communauté internationale décide d’intervenir chaque fois qu’un dictateur tape du gourdin sur son propre peuple, il y a du pain sur la planche : Sarkozy et Pieter De Crem sont attendus demain au Yémen, au Bahreïn, pour ne rien dire de la Côte d’Ivoire, où Laurent Gbagbo réprime allègrement ses adversaires depuis plusieurs mois dans une indifférence grandissante. En fait, ce qui est horripilant avec ces ingérences, c’est qu’elles se présentent comme des opérations morales, et non comme des opérations politiques. Depuis quelques semaines, on nous décrit Kadhafi comme un monstre patibulaire, Barbe-Bleue sanguinaire qui défierait l’humanité, si bien que le conflit de Libye serait un conflit entre le Bien et le Mal. Kadhafi est effectivement un monstre patibulaire, mais avec lequel nous avons signé de juteux contrats pendant 40 ans, et sur lequel nous comptions encore il y a un mois pour renvoyer à grands coups de baston les immigrés africains dont nous ne voulions pas. Aujourd’hui, on lâche Kadhafi pour des raisons qui sont politiques et non pas morales : l’Occident n’a pas vu venir les révolutions arabes et a peur de perdre le contrôle dans la région ; la répression du peuple libyen est une occasion unique pour l’Occident de mettre le pied dans la région (qui regorge de pétrole, by the way), et il est probable qu’il y restera un bout de temps. Je ne dis pas qu’il faut rester les bras ballants. Une alternative, par exemple, c’eût été d’armer l’opposition libyenne, de lui donner les moyens de renverser elle-même le clan Kadhafi. Il n’est d’ailleurs pas trop tard pour le faire. Mais qu’on ne nous fasse pas croire (encore une fois) à la fable de la guerre éthique, rapide, aérienne. La bonne conscience humaniste, en l’espèce, relève au mieux de la naïveté, au pire de l’hypocrisie. N’oublions pas la formule célèbre de Clauzewitz : « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Posons-nous donc la question : de quelle politique cette guerre est-elle la continuation ? Quant à moi, je reste à ce jour incapable de répondre à cette question ».

Je ne partage que partiellement ce point de vue. Evidemment, il y a la realpolitik. Celle qui a voulu que l’Occident soutienne le régime libyen et profite de ses petro-dollars. Celle qui a permis de nous allier à des régimes autoritaires, car ils nous semblaient le rempart contre le fondamentalisme. Mais – même en politique – le calcul froid n’est pas la seule donnée du problème. La preuve ? Votons-nous uniquement pour des politiciens en fonction de notre raison et de calculs intéressés ? Partiellement, oui. Mais toutes les études démontrent que nos motifs ne sont pas que rationnels. Consciemment ou non, l’émotion joue un grand rôle : les électeurs votent aussi en fonction de l’aura qu’un candidat dégage de par sa capacité à nous enthousiasmer pour une cause. Eh bien, nos élus sont fabriqués de la même glaise que nous. Ce ne sont pas des robots. C’est donc le même cocktail qui dirige les grandes et petites décisions politiques : le calcul et la raison y jouent une part importante – c’est la realpolitik – mais l’influence de la passion et de l’intuition ne sont pas à négliger. En nombre de nos dirigeants occidentaux – comme en la plupart d’entre nous – il y a un Zorro qui sommeille. Un justicier au grand cœur qui rêve de casser la gueule aux méchants pour secourir la veuve et l’orphelin. Oui, comme le déclare Clausewitz, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Mais non, la politique n’est pas que realpolitik. Consciemment ou non, il s’y dévoile une part d’émotion, de passion et même… d’idéal. Parmi les raisons de l’intervention en Libye, ne négligeons donc pas la voix de la conscience torturée de l’Occident face aux printemps arabes qui nous réveillent d’une certaine forme de cynisme politique, allié au fait que le régime libyen entre parfaitement dans le rôle du méchant. Bref, il n’a pas trop fallu pousser pour que Zorro se réveille en nos chefs d’états et de gouvernements – et ceci sous les applaudissements de l’opinion publique. La bonne conscience humaniste ne relève donc pas « au mieux de la naïveté et au pire de l’hypocrisie ». Par contre, là où je rejoins le président adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, est qu’on ne peut faire une guerre « propre »: aérienne, rapide… chirurgicale. Toute guerre – si éventuellement « justifiée » soit-elle – contient sa dose de barbarie. On ne se lance pas impunément, et la fleur au fusil, dans pareille aventure. Ces dernières années, l’Occident a démontré que sa capacité à commencer des interventions militaires n’avait d’équivalent que sa difficulté à les conclure. Pour le bien du peuple libyen et pour le rayonnement des valeurs humanistes, prions qu’il en aille différemment cette fois-ci.

Eenzaamheid en integriteit

Ik kende de deken van Kortrijk niet, maar de dood van een medepriester, op een paar jaren na mijn tijdgenoot, laat niet onverschillig. Omwille van feitelijkheden waarmee ik geen zaken heb en waarschijnlijk ook gebukt onder een verborgen vorm van depressie zou de man uit het leven zijn gestapt. Merkwaardig is dat we het hier niet hebben over een armzalige en verlegen pasterke die zijn weg niet vond bij de mensen. De deken was zachtmoedig, bemind en populair. Een succesvolle priesterleven is dus geen garantie tegen wanhoop. Men kan tegelijkertijd troostend optreden t.a.v. allen een troosteloos eenzaam door het leven gaan. “Wat hij voor anderen heeft kunnen doen, heeft hij niet voor zichzelf kunnen doen », zei bisschop De Kesel gedurende de uitvaart. « Aan deze vorm van eenzaamheid is hij ten onder gegaan. »
Eenzaamheid behoort tot elk menselijk leven. Celibatair of gehuwd, we blijven allen ergens een raadsel voor onze medemensen en eigenlijk ook een beetje voor onszelf. Deze “terra incognita” is de zetel van onze eigenheid. De kerkvaders noemden dit “de interne woestijn”. In deze woestijn blaast Gods Geest, om het ziel te inspireren dat luistert naar zijn stem. Geestelijke eenzaamheid is dus noodzakelijk en zelfs gezond. Daarom heeft een mens nood aan stilte en moet een gelovige tijd maken voor gebed.
Maar er bestaat een dodelijke vorm van eenzaamheid. Het heet “vervreemding”, een vorm van geestelijke kanker dat elke levensrelatie aantast: relatie tot de anderen, relatie tot God en relatie tot zichzelf. Wie ten prooi valt aan vervreemding, verliest de weg naar zijn eigen ziel. Zelfdoding kan dan een wanhopige poging worden om zichzelf te herwinnen. De tegengif heet “integriteit”. Deze is een vorm van intieme dialoog met zijn eigen ziel, met naaste vrienden en – voor de gelovige – met God. Wanneer donkere wolken boven ons leven zweven, deugt het niet om alleen maar met anderen bezig te zijn. Christus zei niets anders: “Bemin je naaste… begin met jezelf”. Met de jaren ervaar ik hoe moeilijk dit soms kan zijn, zelfs voor wie gelooft. Daarom moeten we blijven bidden voor wijlen de deken van Kortrijk en voor allen die lijden onder het juk van de vervreemding.