Carême en confinement – Jour 3 – Plus rien ne doit être comme avant.

Un confrère prêtre a attiré mon attention sur une conférence de Bill Gates en 2015. Celui-ci avertissait que la grande menace des temps à venir, n’était pas une guerre nucléaire, mais un nouveau virus de la grippe. Visionnaire, le milliardaire ajoutait que nous n’étions pas du tout préparé à pareille éventualité et que le coût – tant humain, qu’économique – d’une pandémie, serait dévastateur. L’avertissement  s’est perdu dans le flot des infos. Et puis, cinq années plus tard…

Nous sortirons de cette crise sanitaire avec le temps, mais la récession économique qui nous attend sera cruelle. Comme le déclarait Bruno Colmant dans les colonnes de l’Echo de la Bourse mardi dernier, pour affronter celle-ci, les Etats devront retrouver leur rôle de protecteurs des peuples, de stratèges des politiques industrielles et de garant de la répartition des richesses. 

Ceci devra aller de pair avec une relance intelligente du projet européen. Par exemple, dans le domaine de la santé. Chacun saisit qu’il est stupide d’avoir (comme c’est actuellement le cas) une politique de lutte contre le coronavirus, différente en Belgique et au Pays-Bas. Comme si le Covid s’arrêtait aux frontières… 

Et puis, n’oublions pas cette autre urgence, qui nous vaut encore plus de mises en garde du monde scientifique: le réchauffement climatique et la perte de biodiversité. Ici également, l’Union européenne et les nations qui la composent, devront être pro-actives et entreprendre les énormes investissements nécessaire pour accompagner la transition. 

L’actuelle crise du coronavirus risque de durer. Une fois que nous l’aurons traversée, le risque est que chacun veuille retrouver « sa petite vie d’avant », comme membre d’une société de consommation, avec pour moteur un marché économique mondialisé, refusant toute balise. Ce serait une fatale erreur. Pour sauver la civilisation, plus rien ne devra être comme avant. 

Carême en confinement – Jour 2 – De silence et de bruit

Cet après-midi, je confère le sacrement des malades à une personne âgée. En vélo, je traverse le boulevard d’Avroy. L’artère centrale de Liège m’apparaît comme je ne l’ai jamais vue: vide et silencieuse. A la maison de repos, j’ai reçu une permission spéciale. On m’habille en cosmonaute avec masque et on prend ma température. La discipline de chacun m’impressionne. Qui a dit que nous étions un peuple de je-m’en-foutistes? 

Ce soir, à ma fenêtre donnant sur la Meuse, il est huit heures. Un tonnerre d’applaudissement surgit de partout. Je me joins à la joyeuse cohue, pour remercier les soignants de ce pays, tous en premières lignes. Qui a dit que nous étions un peuple cynique et ingrat? 

En ce jour de la saint Joseph, patron de la Belgique, je lui confie notre Royaume. Sans oublier l’Europe: comment ne pas mentionner l’Italie? Sans perdre de vue, non plus, le monde entier: l’épidémie s’approche du continent africain. Comment résistera-t-il, lui qui n’a pas notre système de santé?  

In memoriam René Follet

En début de semaine, est décédé discrètement un homme de grande valeur, que j’ai eu la chance de le rencontrer quelques fois. 

Timide et intérieur, René Follet est un dessinateur BD trop méconnu. Les aînés se rappelleront de ses « Belles histoires de l’Oncle Paul », publiées dans le journal, Spirou. Mais René Follet ne s’est jamais attaché à créer une série avec un personnage, d’où sa faible notoriété. Pour lui, seule comptait la force d’un dessin.  

Les plus jeunes l’ont redécouvert grâce à l’amitié qui l’unissait au dessinateur breton Emmanuel Lepage. Ce dernier pratique, comme René Follet, la technique de la mise en couleur directe de ses dessins. L’art des plus grands. « Les voyages d’Ulysse » et « les voyages de Jules » sont des albums de collaboration entre les deux hommes, d’une puissance visuelle hors du commun. 

René était croyant. Il a retrouvé son épouse dans la Pâque éternelle. Qu’il repose en paix. 

Carême en confinement – Jour 1 – Coup de colère

Chers lecteurs de ce blog, 

L’époque d’urgence sanitaire et le confinement général décrété par notre gouvernement, est propice au partage via les réseaux sociaux. Voilà pourquoi, je vais tenter d’écrire tous les jours un petit billet d’ambiance. 

Aujourd’hui, je souhaite exprimer ma colère. Je suis épaté par le dynamisme des médias catholiques, face à la crise sanitaire que nous traversons. La télévision KTO multiplie les les émissions de circonstances; la radio RCF a mis sur pied (en Belgique, comme en France) une émission de circonstance: « Serrons-nous les coudes » passe ainsi tous les matins entre 9h et 11h sur 1RCF (DAB) et sur RCF-Liège et Bruxelles. Une émission de qualité qui laisse la place aux auditeurs. L’hebdomadaire « Dimanche » va être accessible à tous en format PDF pendant la crise. Enfin, le site d’information « Cathobel » fait son maximum pour relayer une information utile en ce temps de crise sanitaire, où les offices religieux sont suspendus, à ses milliers d’abonnés. 

D’où ma colère, parce que de « petits comiques » ont trouvé drôle? utile? jouissif? (choisissez) de lancer une cyber-attaque sur le site « Cathobel » et d’ainsi le neutraliser depuis bientôt 24 heures. C’est déjà lamentable en soi, mais cela devient odieux en ce temps de confinement. « Cathobel »  est un vecteur de communication et de contact important pour de très nombreux chrétiens et non-chrétiens. Attaquer cela est contraire à toutes les valeurs d’une société un peu civilisée.

J’ai du mal à m’imaginer le profil de ceux qui s’amusent à ce genre de chose… Geek frustré ? Etudiants en informatique aussi bêtes que désoeuvrés? Anticléricaux maladifs?  Franchement, cela me dépasse. 

« Prie pour celui qui te pourrit la vie », enseignait le Christ (Matthieu 5, 44). En ce temps de Carême et de confinement, il y a de quoi prier. 

Jeûne eucharistique: « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle… » (Matthieu 21,42)

Je lis ça et là, sur les réseaux sociaux, des commentaires amères sur la décision de nos évêques de supprimer le culte publique, sauf pour mariages, baptêmes et funérailles en petit comité. Il fallait s’y attendre.

Je comprends l’étonnement, voire le désarroi. Et puis, comme toute décision, elle est sujette à débat ou critique. Moi-même, je mentirais si je prétendais qu’elle ne m’a pas prise par surprise. Si cette mesure inédite prive nombre de fidèles de participer à l’Eucharistie, elle touche le prêtre que je suis dans son identité liturgique. 

N’oublions cependant pas l’urgence sanitaire. Cette décision n’a pas été prise à la légère, ou de gaité de coeur par (comme je lis) un haut-clergé devenu fonctionnaire. Elle a été assumée par nos évêques (tout comme par le métropolite orthodoxe ou le responsable anglican), qui savaient que ce ne serait pas facile à comprendre et qu’ils seraient critiqués. (S’ils ne l’avaient pas prise, ils auraient aussi été critiqués).  

Si je puis donc entendre de sincères plaintes, il me fatigue le ton de nombre de donneurs de leçons, qui savent toujours tellement mieux que tous les prélats du monde (sauf ceux qui pensent comme eux) ce qu’il faut faire pour sauver l’Eglise. Prenons garde de nous penser les infaillibles dépositaires de l’inspiration divine…

Ce matin, à l’occasion de ma dernière célébration en publique pour quelques semaines, l’Evangile se voulait avertissement. «  La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle… », lance le Christ.En ce temps de carême, qu’elle est donc notre Pierre d’angle? Une liturgie, si elle belle soit-elle? Un sacrement, source de Grâce? … Ou le Christ, lui-même? 

En voyant ce jour mon agenda tout chamboulé par toutes ces annulations d’activités planifiées ou conférences préparées, je me suis senti renvoyé vers le silence et l’écoute. Vers le désert du carême. Vers un jeûne que je n’avais pas choisi, ni souhaité, mais qu’il m’était demandé d’accepter dans la paix. Tel est le message que j’adresse à tous ceux qui vivent mal la décision de nos évêques. Demandez-vous: quelle est ma Pierre d’angle?  

« L’eau vive » – 3e dimanche de Carême, Année A

« Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire » (Jean 4, 5-42)

Elle est touchante la rencontre entre le Christ et cette femme. Jésus brise un double tabou: A l’époque, un homme ne parlait pas avec une femme seule et un Juif ne s’adressait pas une Samaritaine. Qu’importe – Jésus lui demande à boire. La femme s’étonne et le prend de haut. Alors, le Fils de l’homme lui parle d’une autre eau. Celui qui en boira n’aura plus jamais soif, car cette eau n’apaise pas la soif du corps, mais celle de l’âme. Il s’agit de l’Esprit – qui donne d’adorer Dieu en « esprit et vérité ».  

Les disciples sont perplexes et gênés par la scène. Jésus leur reproche leur aveuglement : « Regardez les champs qui se dorent pour la moisson ». De fait – voici que cette femme à la vie maritale peu orthodoxe, devient le premier apôtre de Samarie.   

« Lumière d’En-Haut » – 2e dimanche de Carême, Année A

« Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la lumière » (Matthieu 17, 1-9)

Transfiguration – c’est le contraire de défiguration. Le péché – défigure. Il suffit d’observer les « tronches » de personnes qui sont submergées par la haine.  L’amour, le pardon, la bienveillance,… – transfigurent. Regardez une photo de Mère Térésa de Calcutta : son regard est comme un brasier qui nous révèle le meilleur de nous-mêmes.La transfiguration de Jésus sur la montagne, c’est l’expérience de l’infinie puissance d’amour de Dieu qui s’exprime à travers Lui. Difficile de décrire ce que les trois apôtres ont vu, mais ils ont ressenti leur Maître comme rayonnant d’une Lumière d’En-Haut. A ses côtés – Moïse, qui donna la loi, et Elie, modèle des prophètes. Les disciples pressentent donc que le Christ récapitule la loi et les prophètes et, dès lors, toute l’histoire sainte d’Israël. « Dressons trois tentes », dit Pierre. Ils ont envie de rester dans cet état d’extase et de bien-être. Mais non, il faut redescendre de la montagne et poursuivre sa route. Une expérience de transfiguration est faite pour nous nourrir spirituellement et nous fortifier. Pas pour nous retirer du monde. Poursuivons donc notre chemin de Carême

« Carême – le temps du plus » – 1er dimanche de Carême, Année A

« Il fut conduit par l’Esprit à travers le désert » (Matthieu 4, 1-11)

Carême… A la suite du Christ, l’Esprit conduit les chrétiens 40 jours au désert. Le désert est le lieu où la tentation reçoit son vrai visage : « Ordonne à ses pierres de devenir du pain ». Vais-je vivre pour les biens matériels, plutôt que spirituels ? Tentation de l’avoir. « Prosterne-toi devant moi et je te donnerai les royaumes de la terre » Vais-je vivre en m’asservissant à la logique du prince de ce monde ? Tentation du pouvoir. « Jette-toi en bas du sommet du temple et les anges viendront pour te porter ». Vais-je vivre en cherchant à séduire la galerie ? Tentation du valoir.  

Carême… Un temps que notre société de consommation associe traditionnellement à un « moins » – soit tout ce dont je vais « devoir me priver ». En réalité, le carême est le temps du « plus ». Il signifie un retour à l’essentiel pour plus de vie. Celui qui choisit – 40 jours durant – de renoncer à ce qui distrait des vrais enjeux, fêtera Pâques avec une intensité spirituelle… en plus.   

L’économie entre en carême…

Pendant le temps du Carnaval, les hommes se déguisent, histoire de se moquer de tous les masques que la vie leur font porter. Avec le temps du Carême, chacun est invité à enlever ses masques, afin que notre vrai visage apparaisse – celui d’un enfant de Dieu. Pour ce faire, 40 jours durant, des efforts de jeûne, de partage et de prière sont proposés. 

Après le Carnaval des résultats boursiers « excellents » de l’année 2019, le coronavirus fait entrer l’économie en Carême. Cette semaine est la pire depuis la crise de 2008 (-12% de moyenne sur les bourses). Et ce n’est pas fini. 

La cause? Les analystes pointent du doigt, l’incertitude que ce petit virus fait planer sur l’économie. Je pense qu’il ne faut pas confondre symptôme et explication. Qu’un virus – inquiétant certes, mais peu mortel comparé à la grippe – donne une fièvre de panique à toute l’économie, est le signe que celle-ci repose bien trop sur le sable de la spéculation, plutôt que sur le roc de l’économie réelle. 

Le temps du Carême pour l’économie s’annonce, dès lors, comme un douloureux retour à la dure réalité. L’économie baisse le masque, afin qu’apparaisse son vrai visage. Un temps de jeûne, donc. Et de partage avec ceux qui seront les plus durement touchés? Il faut l’espérer, pour éviter que leur colère ne renverse tout. Et, sait-on jamais, également un temps de prière? Retrouver les valeurs spirituelles, alors que tant de promesses matérielles s’écroulent sous nos yeux… 

Jusque à quand durera ce temps de carême pour l’économie et jusqu’où ses affres se feront-elles sentir? Nul ne sait. Le coronavirus ne semble fatal que pour les organismes déjà fragiles. Tout dépend donc du diagnostic que nous posons sur la santé de l’économie mondiale… A cet égard, je n’ai pas assez de compétence pour me prononcer, mais les informations que je glane, ne sont pas de nature à me rassurer.