«  Transfiguration » – 2e dimanche de Carême, Année B

« Il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille » (Marc 9, 2-10)

Transfiguration – c’est le contraire de défiguration. Le péché, le mal, la souffrance,… –défigurent. Pour comprendre, il suffit d’observer les « tronches » de personnes qui sont submergées par la haine.  L’amour, le pardon, la bienveillance,… – transfigurent. Regardez une photo de Mère Térésa de Calcutta : son regard est comme un brasier qui nous révèle le meilleur de nous-mêmes.

La transfiguration de Jésus sur la montagne, c’est l’expérience de l’infinie puissance d’amour de Dieu qui s’exprime à travers Lui. Difficile de décrire ce que les trois apôtres ont vu, mais ils ont ressenti leur Maître comme « plus blanc que blanc » – et ce n’était pas dû à quelques poudres à lessiver miracles – avec à ses côtés Moïse, qui donna la loi, et Elie, modèle des prophètes. Pierre, Jacques et Jean pressentent donc que le Christ récapitule la loi et les prophètes et donc toute l’histoire sainte d’Israël. Ils ont envie de rester dans cet état de béatitude : « dressons trois tentes », dit Pierre. Mais non, il faut redescendre de la montagne et poursuivre sa route. Une expérience de transfiguration est faite pour nous nourrir spirituellement et nous fortifier. Pas pour nous retirer du monde.

«  Bas les masques » – 1er dimanche de Carême, Année B

« L’esprit Le pousse au désert. Et dans le désert Il resta quarante jours, tenté par Satan » (Marc 1, 12-15)

Le Carnaval est le temps des masques. Chacun se moque gentiment de la condition humaine qui nous fait si souvent jouer la comédie : farce trompeuse des séductions de l’avoir, du pouvoir ou du valoir. Le Carême est le temps du désert. Lieu où sont démasqués Satan et ses tentations. Là, l’Esprit murmure Sa Parole à notre âme. Pendant quarante jours, Il nous invite à nous libérer de tous ces masques qui nous collent à la peau et nous étouffent. Afin qu’apparaisse enfin notre vrai visage : celui d’enfant du Père, appelé à la ressemblance du Christ.

Trois chemins sont proposés pour y parvenir : le jeûne (de nourriture, de TV, de smartphone…) qui crée de l’espace en soi ; le partage (d’argent, de temps, d’écoute…) qui offre de l’espace à l’autre ; la prière (silencieuse, récitée, seul ou en communauté…) qui ouvre à l’espace spirituel.

Saint Valentin – L’amour en Carême – La Libre p.41

Ce mercredi 14 février est le mercredi des cendres, qui marque l’entrée en carême, ainsi que… le jour de la saint Valentin.
C’est sous ce double thème qu’est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre  en p.41
Pour la lire, cliquez sur Saint Valentin – L’amour en Carême
Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression et saint Carême aux lecteurs de ce blog.

«  Jésus purifie » – 6e dimanche de l’Année, Année B

« Si tu le veux, tu peux me purifier. » Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » (Marc 1, 40-45)

A chaque époque ses maladies, dites « honteuses » : maladies qui frappent non seulement le corps, mais qui stigmatisent aussi la personne. Le sida, l’épilepsie, la maladie mentale,… A l’époque de Jésus, il s’agissait de la lèpre. Auprès du peuple juif, fort préoccupé de pureté rituelle, elle passait pour une impureté. Pour des raisons tant hygiéniques que religieuses, les lépreux étaient mis au ban de la société et ne pouvaient s’approcher des personnes saines. Le lépreux de ce passage d’évangile transgresse l’interdit en se jetant aux pieds du Christ. En le purifiant, Jésus pose bien plus qu’un acte guérisseur : Il rétablit cet homme dans sa dignité.

Le Christ vient nous guérir de toutes nos lèpres : sous Son regard, personne n’est impur. Et Il nous invite à en faire autant : Ce sans-grade, ce sans-papier, ce sans-abri,… c’est mon frère en humanité. En ce temps de Carnaval, enlevons nos masques de bien-pensants et regardons chaque homme – de cœur à cœur.

«  Jésus prie » – 5e dimanche de l’Année, Année B

 « Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus le leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait ». (Marc 1, 29-39)

La semaine dernière, ce qui frappait ceux qui écoutaient Jésus, était le fait qu’Il enseignait « avec autorité ». Ce dimanche, l’évangéliste souligne un autre trait de la personnalité du Fils de l’homme : « il priait ».

En ce temps-là, la prière collective au temple ou à la synagogue était familière aux Juifs, mais cette forme solitaire de prière – ce « cœur à cœur » dans un lieu désert avec le Père – cela frappait les esprits. Et même – cela dérangeait un peu : « Tout le monde te cherche », lui lance Simon, comme en reproche. Comprenez : « Tu es une vedette maintenant. Alors, va dans la lumière ! ». Mais non, le Christ se retire longuement pour communier à son Père dans l’Esprit. Ce faisant, Il se plonge spirituellement dans la Source de son être et identité.

Si le Fils de Dieu ressentait dans son humanité le besoin de régulièrement se retirer pour longuement prier, cela nous rappelle que la prière individuelle est vitale pour réveiller la grâce de notre baptême. Nous objectons si facilement : « Je n’ai pas le temps de prier ». La vérité est que nous ne prenons pas le temps de prier. Déjà, rien que 10 minutes de prière solitaire tous les jours – cela change une vie. Sur 24 heures, qui d’entre nous n’a même pas 10 petites minutes à consacrer à Dieu ?

Franc-Maçonnerie et parlementaires: réactions qui en disent long

Je ne résiste pas à la tentation de citer quelques réactions à l’article paru hier sur mon blog. La première fut publiée sur ‘twitter’, la seconde sur mon blog. Elles vont dans un sens diamétralement opposé et relèvent pourtant d’un même état d’esprit. Celui qui prône la liberté d’expression… pour ceux qui pensent comme vous. Et le droit de se taire pour les autres. C’est la logique qui prévaut dans bien des régimes « forts » sur la planète. 
Je rappelle ici que la démocratie ne repose pas uniquement sur le droit pour la majorité à gouverner. Elle implique aussi la droit pour la minorité à librement s’exprimer. 
 
Réaction 1:
Vous vous trompez gravement. La franc-maçonnerie n’est pas un « corps intermédiaire » mais un club strictement privé (et occulte) qui en plus ne concerne qu’une infime minorité de citoyen, tous issus de vieilles élites et bourgeoisies. Ses agissements ici sont anti-démocratiques.
Il serait d’ailleurs bon de rappeler que l’Eglise a toujours condamné la franc-maçonnerie.
On ne peut pas se dire catholique et défendre la franc-maconnerie.
 
Réaction 2:
Je me permets de réagir à votre tribune, publiée sur le site de La Libre « Franc-Maçonnerie et parlementaires: la paille et la poutre ». Je tiens tout d’abord à préciser que je suis certes athée, libre-penseur, mais pas du tout franc-maçon. Je ne peux qu’être étonné de vos propos et de votre prise de position. Vous semblez oublier que, pour ce que j’en sais, la franc-maçonnerie vise à la réflexion personnelle nourrie de discussions et de travaux collectifs, sur une base de valeurs humanistes et démocratiques. Nous sommes loin des dogmes professés par un état extérieur dans lequel ni l’élection du dirigeant, ni la direction de l’état ne suivent les pré-requis du siècle des Lumières. De plus, si les citoyens, dont je suis, sont très attentifs aux interventions de l’Eglise dans les affaires qui relèvent de l’administration de l’Etat, cela provient sans doute d’une analyse de notre histoire, lointaine (les guerres de religion), plus proche (l’Eglise prenant position, en chaire, afin d’influencer le vote des femmes, récemment élevées au statut d’électrices), très proche (la dépénalisation de l’avortement… dont les tentatives récentes de remises en question sont interpellantes) et future (ouvrons donc le débat sur la gestation pour autrui…). Vous admettrez que ces exemples (non exhaustifs et réduits à la Belgique) ne peuvent que m’inciter à la plus grande prudence par rapport à cette Eglise (et, par extension, à toutes les Eglises et maîtres à penser), lorsque, enfin replacée dans la sphère privée qu’elle n’aurait jamais dû quitter, elle tente de revenir aux affaires publiques… Si j’examine l’histoire je ne trouve par contre pas de faits ni d’influences aussi comparables que je puisse imputer à la  Franc-Maçonnerie, en tant que groupe organisé et structuré. Mais, sans doute, le camion de poutres qui gênait votre globe oculaire vous a-t-il empêcher de considérer tous les éléments du débat… J’espère donc avoir contribué à soigner utilement votre champ de vision.

Une frontière et des illégaux…

Le drame des illégaux en Belgique a au moins un résultat positif: celui de rehausser le niveau du débat politique.  Bart De Wever, reconnu par les sondages au nord du pays comme l’intellectuel le plus influent de Flandre, a posé le dilemme comme un choix entre des frontières ouvertes (position de la gauche politique, selon lui) et le maintien de la sécurité sociale (qui croulerait si on devait accueillir trop d’immigrants).  A cela, répondit Paul Magnette, mais surtout François Gemenne, qui – lui – prône l’ouverture des frontières:
Je rejoins François Gemenne dans son premier argument: les, immigrants ne sont pas qu’une charge financière pour une communauté nationale. A terme, ils enrichissent celle-ci.
Quant au concept politique de « frontière », je ne me retrouve pas dans la dichotomie « frontière ouvertes » vs. « frontières fermées ». La meilleure image pour définir une « frontière » fut, selon moi, un jour utilisée par une parlementaire écolo, dont je ne me rappelle pas le nom. Elle disait qu’une frontière est comme une peau. Elle donne au corps de respirer par des échanges avec le monde extérieur, tout en filtrant ces échanges. Cela explique la politique parfois protectionniste de l’Union européenne vis-à-vis des états non-membres – politique qui ne peut jamais aboutir à un refus de commercer avec eux (sauf en cas de  sanctions politiques).
En économie, comme pour l’immigration, c’est cependant au niveau européen qu’une politique efficace peut être menée. Espérons donc que le tandem Marcon-Merkel/Schulz réussisse son pari de relance du projet européen.
Enfin, les lois n’effacent jamais le devoir d’humanité. Je salue donc tous ces concitoyens qui veillent sur les migrants illégaux et parfois même, les accueillent chez eux. Ces nouveaux bons Samaritains nous donnent une belle leçon d’Evangile.

Franc-Maçonnerie et parlementaires. La paille et la poutre.

Imaginons un courrier d’évêque, écrivant à tous les parlementaires baptisés catholiques: « Chers frères et soeur dans le Christ, de par votre appartenance à l’Eglise, je vous demande de ne pas voter telle loi ». Je pense que cela ferait du pétard et que, dans les rangs appartenant à ce qu’on nomme en Belgique « les laïques », de nombreuses voix s’élèveraient pour stigmatiser l’ingérence religieuse dans les affaires temporelles.
Il est donc tentant d’en faire autant, en apprenant qu’un courrier émanant du Droit Humain, la deuxième obédience maçonnique en importance du pays, a été envoyé à tous les parlementaires fédéraux, leur demandant de ne pas voter la loi sur les visite domiciliaires pour y trouver des immigrants en situation irrégulière sur notre territoire. Un courrier qui commence par « Mon très cher Frère, Ma très chère Soeur… »  
Et bien non. Je pense que cette loge maçonnique est dans son rôle. Sans entrer ici dans le fond du débat, elle juge que le projet de loi en question touche aux valeurs que ses membres se doivent véhiculer et leur communique donc son avis.  Personnellement, je pense qu’il eut été plus judicieux de s’exprimer  sous forme de communiqué, interview ou carte blanche – comme le font les évêques pour des questions d’ordre politique. Il n’empêche, à l’instar d’une Eglise, d’un syndicat  d’une mutuelle, d’une ONG, d’un club sportif,… , une Loge maçonnique est un « corps intermédiaire », soit un principe associatif qui fait partie de ce que l’on nomme « la société civile ». A ce titre, et même si son objectif premier n’est pas politique (pas plus que cela n’est l’objectif d’une Eglise), elle intervient parfois dans le domaine du débat public et, ce faisant, participe donc au débat politique… comme le fait l’Eglise catholique.
Lors de contacts amicaux que j’entretiens avec certains maçons, d’aucuns m’expliquent de bonne foi que la maçonnerie est d’ordre philosophique et initiatique et qu’elle ne fait pas de politique. Pour certains maçons, surtout ceux appartenant aux grades supérieurs, cela est vrai. Mais il serait hypocrite de dire que cela correspond à la réalité entière. Comme le déclare aujourd’hui au quotidien « le Soir » Edouard Delruelle, lui-même franc-maçon: «Voir une loge envoyer un courrier à d’autres maçons, des parlementaires en l’occurrence, pour défendre des valeurs qu’elle juge mises à mal, ce n’est pas rare. (…) Exemple : dans les années nonante, la loge dont je fais partie avait pris l’initiative pour convaincre un maximum de francs-maçons de soutenir la loi sur l’euthanasie, on avait envoyé un courrier aux autres loges en ce sens, et invité des parlementaires pour en discuter. Tout cela pour faire avancer un combat que nous estimions important. » 
Bref, en un mot comme en mille: Entre les mandataires politiques et les citoyens, se trouve la société civile – bien nommée en néerlandais ‘middenveld’ champ du milieu  »). Certains membres de cette société civile choisissent d’intervenir dans le domaine politique. Ils en ont le droit et parfois même le devoir moral. Le prochain franc-maçon qui reprochera donc à l’Eglise catholique d’intervenir pour donner son avis dans un débat démocratique, aura droit de ma part – comme unique réponse – au rappel…  de la parabole de la paille et de la poutre (Matthieu 7, 3).
 

«  Jésus fait autorité » – 4e dimanche de l’Année, Année B

« On était frappé par son enseignement, car Il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes ». (Marc 1, 21-28)

Une chose frappe son auditoire: Jésus n’enseigne pas comme les scribes qui commentaient les écritures en se référant à d’autres scribes. Non, Il parle en homme qui a autorité – qui est « auteur » de Sa parole : « On vous a dit… Eh bien, moi je vous dit » (Matthieu 5, 21). Ce qu’Il dit ne sort pas des livres, mais du tréfonds de Son âme. Pareille autorité Lui donne de poser les gestes qui annoncent le Royaume – c’est-à-dire de « guérir » – et cela, même un saint jour de repos – car « le Fils de l’homme est Maître, même du Sabbat » (Marc 2, 28).

D’où cela lui vient-il ? Le Christ répond : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé » (Luc  4,18).

Nous ne sommes pas le Christ, mais – en tant que baptisés – nous avons part à son Esprit. Demandons donc à l’Esprit de nous remplir de l’autorité du Seigneur. Non pas pour devenir « autoritaires », mais pour – à notre tour – être témoin de la Bonne Nouvelle.