« Le Dieu qui marche » – 3° dimanche de Pâques, Année A

« Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et Il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. » (Luc 24, 13-35)

Ce samedi, il y aura une marche dans les rues de Liège à l’occasion de la translation vers la cathédrale des reliques de la bienheureuse Marie-Thérèse Haze. La marche est une des plus anciennes activités de l’homme. En effet, c’est quand nos lointains ancêtres hominidés ont commencé à se redresser et à marcher sur leur deux jambes, que le cerveau humain s’est développé.

Durant sa vie publique, Jésus marcha beaucoup avec Ses disciples. Et une fois encore, sur le chemin d’Emmaüs, le Ressuscité marche pour rejoindre deux d’entre eux. Ceux-ci – aveuglés de tristesse – ne Le reconnaissent pas. Pas à pas, le Vivant va réchauffer leur cœur et ranimer leur foi. Quand ils Le reconnaîtront enfin – Jésus se dérobera à leurs yeux pour les renvoyer vers les autres membres de l’Eglise.

Tout au long de ce mois de mai, des jeunes feront leur Première Communion, Profession de foi ou confirmation. Prions pour ces chrétiens en herbe. Le Christ marche avec eux le long des chemins de leur jeune vie. Puissent-ils Le reconnaître chaque jour davantage, pour pouvoir proclamer comme les disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’Il nous parlait sur la route, et qu’Il nous faisait comprendre les Ecritures ? »    

« Denial » (« Le procès du siècle ») – Ma page FaceBook et les populistes…

Demain sort sur nos écrans « Denial », film de Mick Jackson – un film qui raconte le procès britannique où l’historienne juive américaine Deborah Lipstadt, eut à prouver l’existence de la Shoah pour répondre à l’accusation en diffamation de l’auteur négationniste britannique David Irving. Rarement un film – que je n’ai forcément pas encore vu – a éveillé en moi une telle tempête d’émotions et de souvenirs. Le film de deux heures semble une réussite et il est conseillé d’aller le voir avec les jeunes générations. Une critique cependant : l’acteur Timothy Spall, qui incarne Irving, n’était sans doute pas le choix le plus heureux. Non pas, parce qu’il manque de talent. Il en a. Mais parce que son physique plutôt musqué ne fait pas droit au charme de David Irving. Antony Hopkins, Gary Oldfield ou Michael Caine auraient, sans doute, mieux représenté le magnétisme qui se dégageait de David Irving…

En effet, ce n’est pas parce que quelqu’un joue le mauvais rôle, qu’il est forcément laid. Je sais de quoi je parle. C’était en 1980 – vingt années avant le procès de Deborah Lipstadt – et pourtant, je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais étudiant au United World College of the Atlantic, au Pays de Galles – collège international créé par Kurt Hahn, un pédagogue juif-allemand ayant fui Hitler avant la guerre. Tous les vendredis soir était invité un orateur. Un jour, il fut annoncé que David Irving serait notre hôte. A l’époque, l’écrivain sulfureux n’était pas encore négationniste. Il n’en clamait pas moins qu’Hitler ignorait tout de la solution finale et qu’il offrirait mille livres sterling à quiconque lui prouverait le contraire. La venue d’Irving déclencha des polémiques, mais la tradition de débat libre du collège était bien établie. Nous recevions d’ailleurs, à d’autres moments, des communistes, soutenant les guérillas du moment. Piqué par la curiosité, je me portai volontaire pour être un des trois étudiants chargés de recevoir l’hôte. Je passai donc deux heures avec David Irving. Homme aimable et souriant, mais au discours tellement à rebrousse-poil de tout ce que j’étais et vivais dans ce collège. Je l’entends encore nous dire, assis dans un fauteuil dans la tour Saint-Donat du collège en buvant une ‘cup of tea’ : ‘I’m a moderate fascist’. Ou encore, devant une étudiante éberluée : « Pour moi, les femmes – c’est Kinder, Küche, Kirche ». La nostalgie du troisième Reich, énoncée avec le flegme britannique.

Je n’étais pas encore l’admirateur de Churchill que je suis devenu. J’ignorais donc à l’époque, que je me trouvais face à son plus terrible critique. Pour Irving, qui publia un livre en deux volume sur la question (‘Churchill’s war’), c’est l’ego de Winston – ce « criminel de guerre » – qui causa la seconde guerre mondiale et la perte de l’empire britannique. A cette charge, ma réponse ne vint que bien plus tard. Par contre, en 1980 mon sang bouillonnait face à ce que je ressentais comme un « mensonge spirituel ». (Pour rappel – le mensonge spirituel est une vérité partielle tintée d’erreurs. La vérité endors votre méfiance et vous amène vers l’erreur.) Tout en m’occupant avec politesse de mon hôte, je lui tirai les vers du nez pour découvrir ses arguments par rapport à sa conférence du soir. Profitant de deux heures de battements durant lesquelles il se reposa, je décidai de rater le repas du soir et me dirigeai vers la bibliothèque du collège, où j’avais repéré les mémoires d’Albert Speer ‘Inside the third Reich’. Je me plongeai dans sa lecture, cherchant à trouver une preuve que le Führer « savait » pour l’holocauste. Des affirmations en ce sens se trouvent chez Speer. Le soir donc, au moment des questions, je me levai et – le cœur battant – lui envoyai mes arguments au visage. Il me dévisagea avec un sourire placide et satisfait et me dit devant le collège réuni : « Mon garçon, c’est un argument historique qui peut valoir 50 cents… mais certainement pas mille livres ». Je ne me compare pas au courage d’une Deborah Lipstadt. Je n’étais qu’un adolescent impétueux et loin d’être le seul à réagir ce soir-là. Pourtant, je me souviens de ma colère de l’époque comme si c’était hier.

Si je raconte cette anecdote ce soir, c’est parce que j’en ai tiré deux principes : Comme dans ces collèges, il faut laisser s’exprimer même les défenseurs d’opinions douteuses, plutôt que de les censurer. Cependant, il s’agit de répondre à leurs arguments par des contre-arguments. Et surtout, il nous faut démasquer le « mensonge spirituel », ce mélange de vrai et de faux. Ceci explique que, suite au premier tour des élections françaises, je laisse sur ma page FaceBook ouverte à des opinions populistes, parfois fort « limites ». Plusieurs me disent : « Tu devrais faire le ménage ». Moi, je réponds – répondez-leur, bon sang ! A quoi servirait mon blog et ma page FaceBook, si ne s’y expriment que des personnes qui me ressemblent ?

Pour être clair – je ne suis pas un « Macroniste aigu ». L’homme me plait, car brillant, indépendant et courageux et surtout – européen convaincu. Cependant, j’ai connu Blair et Obama et donc – je deviens méfiant envers ceux qui portent d’énormes espoirs avec un « look beau gosse » et un sens rhétorique certain. La réalité les ramène aux difficultés de la gestion publique. Je ne suis pas certain qu’un président Macron ferait mieux que Sarkozy ou Hollande. Je puis donc entendre toutes les critiques. Cependant, même si je ne les censure pas, je signale aux populistes du moment que mon sang bouillonne quand je lis que Macron serait pourri parce qu’ayant travaillé pour la banque « Rothschild »… Comme si une banque moins juive serait plus propre. Ou qu’il serait dangereux, car proche de « Soros », autre financier juif. Mais – bon sang ! – ces nationalistes/populistes, chevaliers-pourfendeurs de la finance apatride internationale sont les premiers à traiter de communiste égaré le pape François quand il s’en prend à cette même finance. Où est leur logique ? Et ils soutiennent l’actuel président américain, qui – comme chacun le sait – n’a aucun lien avec le capitalisme.

Bref – oui au débat et à la parole offerte pour chacun. Même pour ceux donc les idées me hérissent. Mais qu’au lieu de me reprocher cette ouverture, chaque démocrate débatte avec eux pied à pied, afin de patiemment démasquer les mensonges et contre-vérités. La docte indignation ne suffit pas. C’est d’un éveil citoyen dont notre société a besoin. A mon petit niveau, je tente de m’y employer… Trente-sept années plus tard, le calme sourire et le regard condescendant d’Irving sont une des raisons qui me poussent à alimenter un blog et une page FaceBook.

 

 

 

 

« Notre jumeau » – 2° dimanche de Pâques, Année A

« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu !» (Jean 20, 19-31)

Le prénom Thomas signifie « jumeau ». Et de fait, l’apôtre Thomas est un peu notre frère jumeau : comme lui, nous aimerions bien « un peu voir », histoire d’« un peu plus croire ».

Mais il s’agit d’un piège : celui qui voit, est convaincu. Il ne devient pas pour autant plus croyant. La foi chrétienne est une adhésion du cœur bien plus encore que de l’intelligence. Elle met en mouvement et transforme une vie. Ainsi, celui qui déclare « croire en quelqu’un », ne dit pas tant qu’il est convaincu que cette personne existe, mais bien qu’il est assuré que cette personne est digne de confiance. De même, la foi chrétienne n’implique pas tant de « croire que Dieu existe ». D’ailleurs beaucoup disent : quand je vois le monde comme il ne tourne pas rond – même s’Il existe – à quoi ce Dieu me sert-il ? Non, la foi, c’est avant tout saisir dans son cœur que « j’existe pour Dieu ». Depuis ma conception, ce Dieu de l’alliance marche avec moi. En Jésus, Il a donné Sa vie par amour pour moi. Ce n’est que cela qui donne de tomber à genoux comme Thomas et de s’écrier : « mon Seigneur et mon Dieu ! »

« Soyez sans crainte ! » – Nuit et jour de Pâques, Année A

« Vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici. Il est ressuscité ». (Matthieu 28, 1-10)

La mort biologique est la seule certitude humaine que nous ayons. Tous nous allons mourir. Même Jésus, le Verbe divin fait homme, a connu la mort – la mort horrible et injuste de la croix. Cependant, si la mort est certaine, elle n’est pas ultime. Tel est le credo de Pâques. « Vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici. Il est ressuscité ». Les baptisés ne se contentent pas de croire en une vie après la mort. Ils annoncent aussi une vie avant la mort. L’Esprit du Christ rend vivant. Dans un monde qui insidieusement nous transforme en momies – enfermés dans les tombeaux de l’avoir, du pouvoir et du valoir – l’Esprit souffle sur notre âme et nous éveille à la Vie.

Pâques signifie « passage ». Passage par la mort vers une vie plus vive – une vie en Dieu. Tel est le grand signe de la résurrection du Christ, prémisse et gage de notre propre résurrection. Dès maintenant ne laissons pas la peur paralyser vies. « Soyez sans crainte !», dira l’ange aux femmes.  Ne faisons pas du sur-place, mais allons de l’avant en enfants de la résurrection : « Il vous précède en Galilée. Là, vous le verrez ». Alléluia !

« Mystère d’un printemps après l’hiver » – La Libre 13 avril p.45

Ce jeudi 13 avril – jeudi saint – est parue dans le quotidien La Libre en p.45, ma chronique du mois, rédigée à l’occasion de Pâques.

Pour le lire, cliquez sur: « Mystère d’un printemps après l’hiver ».

Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression.

 

Prêtre…

Je reviens de la belle célébration de la Messe chrismale en la cathédrale de Liège. Eglise bondée (750 fidèles ?) et nombre important de prêtres et de diacres (140 ?). Certains, qui par fatigue en ces jours pastoralement chargés ou par ressentiment contre une décision diocésaine, n’étaient plus venus depuis longtemps – sont revenus.
Depuis le bout des stalles de la cathédrale, je vis cette célébration avec intensité. J’observe autour de notre évêque et deux de ses confrères émérites, les prêtres et diacres qui sont rassemblés. Ils sont de tous âges, styles, options ecclésiales, couleurs de peau, responsabilités pastorales, réussites et échecs,…
Il y en a en soutane, en clergy, en croix de Taizé, en jeans et col roulé…. Il y en a qui prient beaucoup et d’autres un peu moins. Il y en a des classiques et des originaux. Il y en a qui sont pleins de vertus et d’autres aux défauts apparents. Il y en a à la théologie droite et d’autres au credo quelque peu « buissonnier ». Il y en a qui sourient et d’autres qui ont le visage fermé. Il y en a qui m’apprécient et d’autres, sans doute, que j’énerve. Il y en a qui, peut-être, disent du bien de moi et d’autres qui, sans doute, parfois me critiquent. Qu’importe – tous sont mes frères de prêtrise.

A ce moment-là, je pense surtout à tous ceux qui ne sont pas là. Ceux qui ont déjà rejoint la maison du Père. Ceux qui sont malades ou que le grand âge retient. Comme ce confrère de 99 ans, qui fêtait ce jour son jubilé de… 75 ans d’ordination. Il y a aussi ceux qui sont en dépression ou en burnout. Je n’oublie pas, non plus, ceux qui ont été écarté du ministère, voire condamnés par la justice, suite un écart de conduite ou délit de mœurs. Il y a enfin ceux qui ont quitté le ministère, mais qui restent prêtre dans le cœur de Dieu.

Il y a encore ceux qui exercent leur ministère au loin, comme missionnaire au service des jeunes Eglises. Ce soir, comme à chaque Messe chrismale, je pense en particulier à un ami prêtre, qui est parti, il y a quelques années, dans la brousse africaine. En sortant de la Cathédrale, je l’ai appelé. Le téléphone et les mails abolissent la distance. Cela nous permet d’échanger et de nous soutenir. Sa force spirituelle m’aide à supporter ce qui semble lourd. Il m’écrit ce qu’il fait dans ces cas-là : « J’ai besoin de prier et je le fais. J’allume une bougie comme un cierge pascal et je remets toutes ces pensées sous le signe de la résurrection. Cela me fait du bien… Avec ce « cierge pascal » allumé, tout peut se transformer, la main est passée du côté de Dieu. »
C’est en communion avec lui – et tous les autres – que j’ai réitéré ce soir, avec les évêques, prêtres et diacres présents dans la cathédrale, mon engagement :

« Seigneur Jésus,
ton cœur est toujours plein d’amour
pour notre monde dispersé
comme un troupeau sans pasteur.
Nous te rendons grâce pour la force de ton Eprit
Qui te consacre aux services de nos frères.
Donne-nous d’aller jusqu’au bout de l’amour,
Sans compter.
Rends-nous soucieux les uns des autres,
Fais-nous travailler à la mission de ton Eglise :
Qu’elle réalise la mission que le Père t’a confiée
Et que tu veux réaliser par l’Esprit-Saint.
Et donne-nous, par-dessus tout, de te bénir
Pour le soin que tu prends de tout homme
Aujourd’hui et pour les siècles des siècles. »

J’ai prononcé ces paroles avec gratitude pour cet appel à la prêtrise qui m’est tombé dessus, il y a plus de trente années.
Gratitude aussi, pour toutes les personnes que le Seigneur a mis sur ma route et qui ont façonné, chacun à leur façon, mon cœur de prêtre.
Gratitude enfin, pour l’Esprit qui m’a accompagné et protégé dans les jours de joie comme dans les jours de peine.

Alors – priez pour vos évêques, vos prêtres et vos diacres. Et priez avec eux. Les critiquer est si facile. Et c’est parfois mérité. Mais est-ce cela qui édifie l’Eglise ?
Et puis – demandez au Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Il y avait ce soir aussi 6 séminaristes dans la cathédrale. Les prémices de l’Eglise de demain. Priez aussi pour eux et pour ceux entendront encore cet appel fort et fou, à devenir « pêcheur d’homme ».

 

Un petit avant-goût de Pâques

Bien sûr que tout ne va pas bien. Et trop souvent même – hélas – pas bien du tout. Mais tout ne vas pas, non plus, toujours mal.

Je regardais hier soir, sur internet, les clips de campagne de la présidentielle française. Chaque candidat en appelle, à sa façon, aux espoirs des citoyens, en promettant une société plus juste, plus digne de l’humain. Il existe donc bien, en chacun de nous, un rêve de monde meilleur.

C’est pourquoi, j’ai été touché par les réactions des supporters de Dortmund et de Monaco, suite à l’attentat sur le sol allemand contre le bus des joueurs du club local. Il y eu des supporters de Monaco scandant – en signe de soutien – le nom du club rival. Il y eu des supporters de Dortmund invitant les fans rivaux à loger chez eux, vu que le match avait été remis d’un jour.

Dans un monde du sport souvent pourri par le fric et les affaires, ceci fait chaud au cœur. Tout ne va pas bien en ce bas-monde – il est vrai. Mais l’homme continue à nous surprendre pour le meilleur. Il est donc vital de s’investir pour qu’une civilisation digne de l’humanité s’établisse chaque jour davantage.

Par son incarnation et son amour jusque dans la passion, le Christ nous montre la voie. Et Pâques scelle la victoire sur tous les spectres qui hantent nos nuits et les peurs qu’ils charrient. Un Matin se lève.

III – Journée diocésaine du Chantier Paroissial du diocèse de Namur Luxembourg – Le thème : « Des églises, un patrimoine religieux, la mission des unités pastorales ».

Ce 18 avril a eu lieu à Beauraing une intéressante journée sur l’avenir des églises. Je remercie Isabelle Leclercq, directrice du service des fabriques d’église du diocèse de Liège d’avoir fait ce rapport et de me permettre de le publier sur ce blog. EdB

L’avenir de nos églises est en jeu ; toute réflexion sur le sujet mérite d’être  écoutée, partagée. Cette 7éme journée diocésaine à Beauraing  était animée par Christian Pacco, Président de la Commission Art –Culture et Foi de Namur. Cette conférence fait bien les liens entre le patrimoine religieux, la dynamique des unités pastorales,  l’avenir des églises et donc des fabriques d’église.

Christian Pacco établit les constats et dégage des pistes pour l’avenir de nos paroisses.

Les constats :
– Le changement de la pratique religieuse,  la sécularisation,  le manque de prêtres font qu’il se dégage des églises « prioritaires », dès lors se pose la question : que va t-on faire des églises qu’on n’occupe plus ou très peu.
– Les églises = un patrimoine qui a du sens.
– Les questions se posent différemment pour les églises rurales et les églises de ville.
– La question de la réaffectation des bâtiments de culte est  à l’ordre du jour. Si on excepte les églises considérées comme prioritaires et les églises classées, environ la moitié des églises devraient être réaffectées. Les solutions de réaffectation (bibliothèque,  habitat,  conservatoire de musique) ne sont pas multipliables à l’infini.
-La question du coût des églises dans un budget communal est  souvent évoquée mais  doit être relativisée au vu de la réalité des chiffres : le coût de l’entretien et de la restauration des églises ne représente même pas 1 % du budget communal.

Par ailleurs, le financement des édifices du culte n’est pas le financement des cultes, c’est aussi le financement d’un patrimoine collectif dont la majorité appartient aux communes.

La situation actuelle :
– La position des communes vis-à-vis du culte est profondément modifiée depuis le décret du 13 mars 2014. Celles-ci disposent désormais d’un  réel pouvoir d’intervention sur les crédits alloués aux budgets des organes chargés de la gestion du temporel du culte.
– La crainte de l’islam modifie le comportement des gens : suivant le sondage du soir plus de  60% des personnes se déclareraient catholiques (contre 43% il y a 6 ans )
– il y a des phénomènes de masse, l’effet «  Pape François », celui des grandes manifestations populaires (JMJ) qui entrainent un regain d’intérêt pour le culte
–   on constate un «  changement d’échelle » : il n’y a plus d’école dans le village,  plus de café, plus personne dans l’église.

Par contre le « maillage paroissial » n’a pas été modifié. On pourrait dire que l’infrastructure immobilière de l’Eglise ne correspond plus à la vie chrétienne aujourd’hui.

Cependant cela ne veut cependant pas dire que l’église a perdu tout son sens : au contraire : le cœur du village, c’est l’église, qui reste une référence collective. L’église est le lieu visible de la rencontre avec Dieu, elle est le lieu de mémoire des évènements principaux de la vie, l’église est un patrimoine transmis.

Les enjeux du patrimoine chrétien :

L’enjeu culturel :
la culture chrétienne est en danger, sa transmission n’est plus assurée.
– la culture chrétienne fait comprendre l’histoire, elle est nécessaire pour le savoir vivre ensemble, le patrimoine est  l’aspect visible  de la culture chrétienne

L’enjeu spirituel: le patrimoine raconte le mystère de Dieu

Assumer l’héritage :   A qui revient la responsabilité de l’héritage lorsqu’il n’y a plus de pratique ? Il y a une responsabilité sociétale, et c’est une chance à saisir pour que les églises participent au renouveau sociétal.

L’Eglise aujourd’hui :
Historique Primitivement l’église était le bâtiment de tous, elle s’est ensuite cloisonnée au moyen âge tout en restant aussi un lieu de protection. Avec le Concile de Trente l’église est le reflet de la présence de Dieu, tout l’espace est saint. Au 19ème siècle  les églises sont totalement vouées à la liturgie, elles sont ouvertes en permanence, le prêtre est présent. Dans les années 60 avec la nouvelle liturgie, le mobilier perd de sa signification,  une partie devient purement décorative (chaire de vérité, banc de communion, confessionnaux).

aujourd’hui : constats :

– le réseau paroissial n’est plus en adéquation avec la pratique
– l’église continue à porter du sens
– les églises ne peuvent devenir des musées elles doivent être ouvertes

Ce qu’elles devraient être :

Lieu d’accueil de partage, de tolérance de prière, de réflexion- Lieu ouvert à tous et tout le temps.
Un lieu qui donne l’image du Christ ressuscité, l’image d’un christianisme plus vivant, plus joyeux.
Un lieu qui témoigne de la vie locale, des joies (anniversaire, mariage, partage), des peines de toute la communauté villageoise.

Enjeux :

Resituer au cœur de la communauté villageoise/ de quartier un lieu visible de la présence de Dieu
Restituer  à la  communauté toute entière un lieu historique d’expérience sociale et spirituelle.
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L’avenir n’est pas facile mais plein de défis parce nos églises sont porteuses de sens.

(Isabelle Leclercq – 25/03/17)                

Pourquoi je récuse le débat en gants de boxe

Je me souviens… C’était le soir du décès de Jean-Paul II, sur le plateau de la RTBF. Quand le présentateur demanda au président du Centre d’Action Laïque de l’époque, si le pape défunt était un homme de gauche ou de droite, sa réponse fusa : d’extrême-droite ! « Cet homme est fou », pensai-je. (Nous sommes pourtant devenus copains par la suite). Mais pas du tout. Il marquait les esprits par son outrance, afin de faire bouger le curseur médiatique dans le sens souhaité. Tels ces avocats (il en était) qui demandent 1 million de dédommagement pour leur client en espérant en obtenir 100 000.

De nos jours, le débat en gants de boxe a le vent en poupe, grâce aux réseaux sociaux. Dans un monde de surinformation, seule la punchline – la formule-choc – se fait entendre. Le brave gars qui tente : « je pense qu’il faut prendre du recul pour analyser les choses avec sérénité » est inaudible. Ou alors, son approché sera disqualifiée comme « discours d’équilibriste », voire « chèvrechoutiste ». Pour passer dans les médias, il s’agit au contraire de s’époumoner en hurlant : « Scandaaaallll ! Inacceptable ! Pire qu’Hitler ! »

L’avenir appartiendrait donc à ceux qui s’expriment en 140 caractères, sans s’encombrer du fardeau des nuances… voire de l’exactitude. Il y a pourtant là un péril mortel pour la démocratie. La majorité n’y gouverne légitimement, que si la minorité jouit du droit de cité. La décision politique arbitre, en effet, entre des valeurs concurrentes. Lorsque la balance penche d’un côté, l’autre point de vue n’en devient pas risible pour la cause. Réfugiés ? Arbitrage entre la sauvegarde de vies en danger, d’une part et la capacité d’accueil d’une société, de l’autre. Avortement ? Arbitrage entre la fragile dignité d’une vie humaine à naître, d’une part et la détresse d’une grossesse non-désirée, de l’autre. Abattage ? Arbitrage entre la condition animale, d’une part et les besoins alimentaires – ainsi que les prescrits religieux – de l’autre. Sur ces différents sujets, les avis peuvent diverger, mais éliminer comme non-pertinent le point de vue minoritaire – alors que celui-ci ne contrevient ni à l’ordre public, ni aux bonnes mœurs – équivaut à nier la pleine citoyenneté de ceux qui l’expriment. Bref, c’est une façon de les reléguer à une forme de dhimmitude.

Il est donc heureux que des citoyens rappellent le droit des immigrés face aux politiques migratoires plus restrictives. Il est donc important que des « Marches pour la vie » sensibilisent à la dignité de toute vie humaine naissante, devant le risque de banalisation de l’avortement. Il est, enfin, utile que le point de vue de minorités religieuses soit entendu, dans le salutaire débat sur un plus grand respect de la condition animale. Car sans une véritable écoute du contradicteur, tout engagement social devient violence. Chèvrechoutiste d’affirmer cela ? J’assume.

 

« Eli, Eli, lama sabactani ?» – Dimanche des Rameaux et de la Passion, Année A

« Mais Jésus, poussant à nouveau un grand cri, rendit l’Esprit. Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas. » (Matthieu 26 et 27, 14-66 et 11-54)

Avec le dimanche des Rameaux débute la « Semaine Sainte », c’est-à-dire la sainte semaine des chrétiens. La semaine qui résume notre foi en un Dieu qui aime l’humanité de façon déraisonnable. Un Dieu crucifié par amour, qui pardonne les péchés jusqu’à son dernier souffle, car « ils ne savent pas ce qu’ils font ». De cet Amour fou, les rameaux qui orneront les crucifix de nos maisons, sont le rappel tout au long de l’année.

Ne vivons pas cette semaine de façon distraite. Participons dans la mesure du possible aux offices de la semaine sainte et au chemin de croix dans les rues de Liège. Ainsi, nous retrouverons-nous pour célébrer la Pâques du Christ avec un cœur de ressuscité.