« La porte des enfants »– 21° dimanche, Année C


 « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». (Luc 13, 22-30)

Vous souvenez-vous du conte de Lewis Carroll ? Afin d’accéder au « Pays des Merveilles », la jeune Alice doit passer par une minuscule porte. Pour y parvenir, une seule solution : diminuer de tailleC’est un peu cela, le thème de la « porte étroite ». Le Christ avertit ceux qui se gonflent, parce que : « Nous avons mangé et bu en ta présence ». Confits d’orgueil, ces bienpensants sont trop gros pour passer la porte du Salut. Le Maître leur répondra : « Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal ».

Comment faire alors ? Telle Alice au pays des merveilles, nous devons nous faire petits : « Amen, je vous le dis, si vous ne devenez pas comme les enfants, vous n’entrerez jamais dans le royaume des cieux » (Matthieu 18, 3) Dieu est Père. Il ne faut pas de ticket d’entrée pour rencontrer son papa. Seulement un peu d’amour et beaucoup de confiance. Seul celui qui vient à la rencontre du Père en ouvrant les bras, tel un enfant – entrera par la porte étroite.  

« Allumer le feu »– 20e dimanche, Année C

 « Je suis venu apporter un feu sur la terre… ». (Luc 12, 49-53)

S’il y a bien un cliché concernant les cathos qui a la vie dure, c’est celui qui veut que ceux-ci soient « gentils ». Le mot prend ici une connotation doucereuse. Celle que l’on retrouve avec la voix éthérée de quelques célébrants ou dans les sourires mièvres de plusieurs pieuses âmes.

En ce sens-là, Jésus n’a rien d’un « gentil ». Le Christ est la bonté faite homme, mais sans rien de tiède ou de fade en lui. « Allumer le feu !»…  A la manière de la chanson de Johnny Halliday, le Fils de l’homme rappelle que sa parole n’est pas du guimauve. Elle divise. Elle choque. Elle remue. « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ».Pour celui qui le prend au sérieux, l’Evangile du Christ – ressemble au scalpel du chirurgien. Ca tranche. Ca fait mal. Mais ça guérit.        

Pour celui qui le prend au sérieux, l’Evangile du Christ – ressemble au scalpel du chirurgien. Ca tranche. Ca fait mal. Mais ça guérit.        

Sans philosophie, pas de démocratie

Ce 11 juillet paraissait dans le quotidien « le Soir » un article sur le recours en annulation devant la cour constitutionnelle, introduit par « Citoyens pour la vie » (nom de l’association de fait sous laquelle se sont regroupées sept personnes physiques) contre la loi du 15 octobre 2018 sortant l’avortement du code pénal. Sans surprise, le Centre d’action laïque a décidé d’introduire un « mémoire en tierce intervention ». La sortie du droit pénal de l’avortement et la volonté de transformer sa dépénalisation en «  soin sanitaire » est un dossier sur lequel travaille depuis des années Sylvie Lausberg, directrice de la cellule Etude et Stratégie du CAL, depuis peu également présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique. Pour Sylvie Lausberg, un tel recours rappelle qu’il subsiste « quelques groupuscules anti-choix, bien organisés, et qui ont une stratégie commune en Europe ». « Cela montre qu’il y a bien une bataille engagée autour de ce droit pivot. Il s’agit, à nouveau, d’insérer dans la législation des considérations religieuses de l’existence. Et ça, nous nous y opposons. »

 J’ai hésité de réagir à cet article. Par manque de temps, mais aussi parce que je sais d’expérience que les réseaux sociaux s’en emparent dans une bataille rangée entre pro-vie et pro-choix, souvent sous la forme d’un dialogue de sourds qui étouffe le fond de la question, que – une fois encore – je souhaite ici poser. De plus, je me sens mal à l’aise avec les outrances de langage des plus virulents militants dans ces débats… dans les deux camps. (Ainsi, je récuse comme inappropriés, les termes « meurtre » pour un avortement et « assassinat » pour une euthanasie, utilisés par les ultras pro-vie). 

Cette question, je l’avais un jour posée à Sylvie Lausberg dans un débat sur l’avortement qui se tenait à l’ULB et ne reçut pas de réponse. Alors voici, une fois encore: je veux bien accepter que pour nourrir la vision « sacrée » de toute vie humaine, depuis sa naissance jusqu’à son décès, la foi religieuse qui est la mienne, joue une part. Il n’empêche: le socle de base de toute démocratie humaniste sont les droits de l’homme. Et ceux-ci reposent sur le caractère inviolable de toute vie humaine. La question que je pose et reposerai donc aussi longtemps qu’il le faudra, est de savoir sur quels critères philosophiques, et donc à partir de quand, une société fonde la reconnaissance du caractère « humain » et donc inviolable de quelqu’un. A sa naissance? Pourquoi? Trois mois avant la naissance? Pourquoi? Ceux qui, comme moi, répondent « depuis sa conception », affirment philosophiquement que la dignité humaine ne se négocie pas. Quid des autres?

Il est trop court de répondre: parce que le parlement l’a ainsi décidé. C’est une réponse « politique » qui laisse la place à toutes les dérives totalitaires – un parlement pouvant prendre des décisions terribles, comme l’histoire le démontre. Refuser de répondre à pareille question philosophique, en argumentant que ce serait entrer dans un débat religieux, c’est laisser un élément fondateur de toute société humaniste, à l’arbitraire de la majorité idéologique du moment. Bref – un un mot comme en mille – si le débat démocratique ne doit entrer dans des considérations théologiques sur le début et la fin de la vie, il ne peut faire l’économie du débat philosophique sur la question.

Se contenter de dénoncer ceux qui agitent « des considérations religieuses » sur le début ou la fin de la vie, est une stratégie visant à décrédibiliser tout opposant. Et une façon de masquer sa propre peur du débat sur une question aussi fondamentale. Il est en effet plus simple de déclarer que l’on a gagné le débat des idées et que l’on est soutenu par la majorité de la population (ce qui est correct), que de justifier sur quelles bases philosophiques, on milite pour faire de l’avortement un simple droit sanitaire. Sauf à faire appel à la magie: il n’y aurait qu’un amas de cellule dans le ventre, jusqu’à ce que la femme qui porte l’embryon le décide. Et là – pouf! – apparaît, par magie un être humain doté de droits inviolables.  

Pour être complet, je rappelle qu’il en va de même pour toute vie humaine: se battre pour la dignité de l’embryon humain et se désintéresser du sort des migrants qui se noient en Méditerranée, ou encore du réchauffement climatique, de la perte de biodiversité et de ses conséquences sur l’humain, c’est faire preuve d’un humanisme… à géométrie variable. 

Une société démocratique digne de ce nom, n’échappe pas aux grands débats philosophiques. Et ceux-ci ne se mènent pas à coup de slogans et de partis-pris idéologiques.  Facile à écrire. Mais à vivre concrètement…

« L’âme en repos »– 16° dimanche, Année C


 «Tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses». (Luc 10, 38-42)

L’Evangile de ce dimanche, raconte l’échange entre Marthe – qui aimerait que sa sœur cadette donne un coup de main à la cuisine – et Jésus, qui répond : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée ».Je m’imagine la suite : Marthe plantant là ses casseroles en disant – « Dans ce cas, Seigneur, tu iras te le préparer tout seul, ton repas… » Je plaisante, bien sûr. Jésus ne reproche pas à Marthe son dévouement et ses talents domestiques. Et Dieu sait qu’il en faut pour faire tourner une maison. Ce qu’Il rappelle, c’est qu’il n’est pas bon de vivre avec une âme inquiète, qui  s’agite pour mille et une choses – sans jamais se mettre au repos.

Toutes les machines ont un bouton « off »et souvent même un bouton « pause ». Apprenons à laisser le monde parfois tourner sans nous. Mettons-nous l’âme en mode « pause », afin de revenir à l’Essentiel : Comme Marie, tenons-nous aux pieds de Jésus et écoutons sa parole. Le temps des vacances sert aussi à cela. 

A l’occasion de la fête nationale qui vient, prions aussi pour notre pays, qui se cherche des gouvernements. Que ces mois d’été insufflent à ses dirigeants la sagesse nécessaire.   

« Dis-moi de qui tu te sens proche et je te dirai qui tu es »– 15° dimanche, Année C


 «Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ?». (Luc 10, 25-37)

« Et qui donc est mon prochain ? » demande le docteur de la loi à Jésus. Pour répondre, le Christ raconte la parabole du bon Samaritain. Puis, Il renverse la question : «Lequel des trois, à ton avis, s’est senti proche de cet homme ? »Le prêtre et le lévite n’étaient pas de mauvaises personnes. Simplement, en croisant la route de ce voyageur agressé par des bandits, ils se disent : « C’est bien triste, mais que puis-je faire ? Et si je le touche, je perds ma pureté rituelle. » Bref, tous deux ne se sentent pas suffisamment concernés par sa mésaventure pour y remédier. Le Samaritain – lui – pense : « Si cela m’arrivait, qu’est-ce que j’aimerais que l’on fasse pour moi ? » 

La leçon de Jésus est claire : Nous ne pouvons pas sauver le monde entier, mais quand quelqu’un agonise sur notre route, sentons-nous proche de lui. Et demandons-nous : « Si cela m’arrivait, qu’est-ce que j’aimerais que l’on fasse pour moi ? »

La moisson est abondante…

« La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2). Tel est l’Evangile de ce dimanche.

Arrivant ce soir à l’église de Spa, je vois une patrouille de scouts en hike (« marche d’exploration »  pour les profanes), qui se repose contre la porte d’entrée du lieu de culte. Ce sont des jeunes « normaux », buvant des limonades et regardant les écrans de leur smartphone. En vieux scout, je m’approche et leur parle. Ils sont vraiment sympas, mais le devoir m’appelle et je vais me vêtir pour l’office. Je reviens ensuite, revêtu de l’aube et de l’étole et échange encore quelques mots avec eux, toujours assis à l’entrée du bâtiment – où rentrent les fidèles. Mais l’heure est là et la Messe commence.

A ma grande surprise,, alors que l’office est déjà entamé, leur CP (« chef de patrouille » – responsable de 16-17 ans) fait signe à sa patrouille d’entrer et ces jeunes assistent à l’office depuis le fond. Ils y resteront jusqu’au’à l’offertoire. Des adolescents qui prennent pareille décision de nos jours, sans ordre de parents ou d’animateurs, ce n’est pas rien. Il va de soi que j’adapte mon homélie aux hôtes du jour, ce qui me vaut des sourires et des regards complices de leur part.

Je pense que nous devrions trouver le moyen de former de jeunes animateurs chrétiens, hommes et femmes, pour assurer le soutien spirituel aux camps de mouvements de jeunes en été. Le nombre de prêtres aumôniers de jeunes est hélas devenu bien insuffisant. Au lieu de se lamenter, envoyons de jeunes apôtres laïcs visiter les camps. Le fait que ma patrouille scoute du jour ne soit restée que pour les lectures et l’homélie, a ravivé en moi le constat que ces jeunes ont faim et soif de la Parole, tout en n’étant pas encore prêts à vivre pleinement les sacrements – qui impliquent une maturité chrétienne plus développée.    

« La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux »…. Rarement un Evangile s’est aussi parfaitement réalisé sous mes yeux reconnaissants et étonnés. « Has been » le Christ et l’Evangile? Pas vraiment – bien au contraire. 

« Jamais seul »– 14° dimanche, Année C

 «Je vous envoie comme des agneaux au milieux des loups». (Luc 10, 1-20)

Jésus envoie ses disciples en mission. Les modalités de celle-ci peuvent – aujourd’hui encore – nous inspirer : Le Maître les envoie par paire de deux. Nous ne sommes jamais chrétiens tous seuls, mais en couple, en famille, en équipe, en unité pastorale, en Eglise. Il leur commande de ne pas s’encombrer de superflu : ni sac, ni sandales,… Celui qui annonce l’Evangile, ne doit pas s’encombrer de formules savantes ou de programmes compliqués. Il s’agit d’annoncer la Bonne Nouvelle – et puis c’est tout.

Et le mot-clef de cette annonce, c’est « la paix soit avec vous ».Si le message est accueilli, le Christ invite à rester. Sinon, ce n’est pas un drame. Dans ce cas, Jésus conseille aux disciples de passer leur chemin, sans se décourager et sans reproches envers ceux qui les rejettent. Il s’agit, en effet, d’être doux comme l’agneau et non pas agressif comme le loup. En effet, ce n’est pas le succès de la pastorale, qui doit nous préoccuper, mais bien de savoir que Dieu veille sur chacun de nous, car nos « noms sont inscrits dans les cieux ».  

Si d’aventure, la mission l’entraine ailleurs, le disciple du Christ garde dans son cœur et sa prière, le visage de ceux qu’il a côtoyés et dont les « noms sont inscrits dans les cieux ».