Sans ‘gilet jaune’, mais plus rugueux que saint Nicolas – 2e dimanche de l’Avent, Année C

« L’an quinze du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, et Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, et Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean, le fils de Zacharie, dans le désert. »(Luc 3, 1-6)

Avec l’Avent nous sommes entrés dans une année liturgique nouvelle, consacrée à l’évangéliste Luc. Cet intellectuel grec, disciple de Paul, aime situer son propos dans le temps et dans l’espace. Lisons l’extrait de ce dimanche : Il y retrace règnes et pontificats. Comme pour mieux souligner un paradoxe. Au cœur de ces dynasties, qui complotent et se jalousent, un événement d’un autre type advient. La Parole fut adressée à Jean. Alors, jaillit un cri : « Préparez les chemins du Seigneur ! »

Qui se souvient de Lysanias, prince d’Abilène ? Par contre, la voix du Baptiste – elle – résonne toujours. Plus rugueuse que celle du grand saint Nicolas, elle n’en est pas moins pertinente. En ce temps de l’Avent, accueillons-la dans nos déserts spirituels. Et, alors que s’entend à Paris ou à Bruxelles le cri des « Gilets jaunes », prions pour une société qui s’écoute et qui partage. A défaut, notre monde se transformera en désert social, de par ses affrontement sourds et aveugles. 

In memoriam – Robert Stéphane (RTBF)

Robert Stéphane – administrateur-général émérite de la RTBF – faisait partie de la vie du quartier liégeois où j’habite. Un jour, il m’invita à partager un repas avec lui. Ce fut l’occasion d’échanges et de souvenirs. Ses yeux malicieux pétillaient d’intelligence. Il était animé d’une curiosité taquine, mais nullement malveillante. Un peu Tintin reporter, mais doté de l’esprit de Tchantchès.
Depuis, nous nous saluions toujours avec cordialité, en échangeant quelques paroles complices. Il y a quelques jours encore, je l’apercevais boulevard Piercot, ayant garé sa voiture de façon audacieuse et portant une caisse en se dépêchant… Tel un jeune homme.
Et voilà qu’il prend congé de ce monde, alors qu’il semblait tellement vivant. Puisse-t-il reposer en paix. Je prie pour lui et pour les siens. Avec son grand passage, cet éternel découvreur n’est peut-être pas au bout de ses surprises.

Le temps du Réveil – 1er dimanche de l’Avent, Année C

« Restez éveillés et priez en tout temps». (Luc 21, 25-36)

Nos pays vivaient quelque peu assoupis. En Europe, la guerre était loin et concernait les autres. Et puis… il y eu ce réveil : attentats, immigrations massives, paupérisation, gilets jaunes, bouleversements climatiques…. Ceci nous invite à nous ressaisir. Qu’est-ce qui fonde notre civilisation ? La consommation matérielle ou les valeurs spirituelles ? «Restez éveillés et priez en tout temps». Comment célébrerons-nous Noël cette année ? Comme la fête du pouvoir d’achat ou telle une nouvelle naissance ?

Le temps de l’Avent tombe à pic. Ce temps de préparation à la Nativité est destiné à nous sortir de la torpeur. Le réveil de Dieu a sonné : Soyons prêts à accueillir l’Enfant dans la crèche. Une belle façon de s’y préparer, est d’offrir un calendrier de l’Avent à ceux qu’on aime. Ou encore, d’installer chez nous une couronne de l’Avent. Chaque semaine elle s’illumine d’une bougie de plus. Une invitation à éclaircir notre cœur, afin qu’il devienne une crèche, laissant un peu de place à l’Enfant-Dieu.  

Roi couronné de Vérité – 34° dimanche, Année B

« Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix ». (Jean 18, 33-37)

Pilate – l’homme fort de la région – regarde le Prisonnier qui lui est livré: « Alors, tu es roi ? »Il y a dans la question du gouverneur de la curiosité, de l’incompréhension et sans doute un peu d’ironie. Celle des hommes de pouvoir, qui ne comprennent que le langage du glaive. « Le pape, combien de divisions ? » souriait Staline. Mais Staline est mort dans un isolement total. Son entourage le craignait trop pour intervenir médicalement. L’enfer terrestre, en quelque sorte. Le Christ, lui, marche vers Sa mort – libre et aimant. « Ma royauté ne vient pas de ce monde… Je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité ». En ce dimanche du Christ-Roi, dernier dimanche de l’année liturgique, ne nous trompons donc pas de royaume. Face aux apôtres de la terreur et du fondamentalisme, il faut se défendre. Mais sans haine et en ne laissant pas la peur diriger nos vies. La Vérité ne s’impose pas par la violence, mais par la puissance de l’Amour. « Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix ».   

Veillez… – 33° dimanche, Année B

« Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ». (Marc 13, 24-32)

En cette fin d’année liturgique (dimanche prochain, c’est le « Christ-Roi », dernier dimanche de l’année liturgique), les lectures parlent des « fins dernières » en usant de ce qu’on appelle le style apocalyptique: « Le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel ». Les amateurs de prédictions sont friands de coller une date sur la fin du monde. Au lieu de jouer à cela, veillons à l’avenir de notre planète et prions pour l’avenir climatique du monde. Pour le reste, ne cherchons donc pas à fixer des échéances, mais vivons chaque instant avec une réelle intensité spirituelle. Car la vie est courte et fragile. Celui qui remet les décisions importantes « à plus tard », court le risque qu’un beau jour, il soit « trop tard ». A l’heure des réseaux sociaux, la mort soudaine d’un jeune est encore plus « stupéfiante ». Un instant plus tôt, il ou elle communiquait sur des bagatelles en toute légèreté sur sa page Facebook. Quand on est jeune, la mort semble bien abstraite. Puis soudainement, le fil de la vie se rompt et la page Facebook se remplit de messages de condoléances des copains. Oui, la vie est courte et fragile. A chaque génération, ses guerres, tragédies et catastrophes. Une seule chose est durable et permanente : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas ».

Impôt sur la fortune – 32° dimanche, Année B

 « Ils ont pris sur leur superflu. Elle a pris sur son indigence ». (Marc 12, 38-44)

Les Juifs pieux contribuaient au culte du temple de Jérusalem en fonction de leur fortune. Si Jésus fait l’éloge d’une pauvre veuve qui ne dépose que deux piécettes, plutôt que des notables qui versent de grosses sommes, ce n’est pas de sa part une exaltation de la pauvreté, ou… une invitation à moins donner à la collecte. Ce que le Christ souligne, c’est qu’un don a plus de prix quand il requiert ce dont nous sommes indigents. Un riche qui verse une grosse somme, ne le sentira que peu. Cette pauvre veuve, qui a du mal à boucler ses fins de mois, donne – quant à elle – une part de ce qui lui est nécessaire pour vivre.

De la même façon, une personne « overbookée », montre à ses enfants qu’ils comptent, en leur consacrant du temps. Et un baptisé qui croule sous les activités, se rappelle l’importance de Dieu en dégageant du temps pour la prière. D’ailleurs, soyons francs : Quand quelque chose est vraiment important, nous nous donnons les moyens pour l’obtenir. Et souvent, nous y parvenons. Voilà pourquoi les adolescent(e)s qui n’ont « vraiment pas le temps » d’étudier et encore moins de prier, trouvent souvent du temps pour leur amoureux(se) et leurs loisirs… J

Judéo-christianisme pour les nuls – 31° dimanche, Année B

« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu ». (Marc 12, 28-34)

Les théologiens de l’époque aimaient se lancer dans de longues dissertations religieuses. Il y avait chez les Juifs 613 commandements : 365 négatifs (« tu ne dois pas ») et 248 positifs (« tu dois »). Le scribe qui interroge Jésus, lui demande donc : « Quel est le plus grand de ces commandements ? »La réponse du Seigneur ne se fait pas attendre : « Aimer – Dieu, son prochain, soi-même. »Pourquoi ? Parce que « Dieu est amour »(1 Jean 4, 8). Comme nous sommes créés à Son image (Genèse 1, 27), l’amour est source de toute vie authentique. Tous les autres commandements dépendent donc de l’invitation à aimer. Saint Paul le rappelle: « J’aurai beau avoir toute la science de la terre et du ciel, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. »(1 Co 13).

Contrairement aux illuminés sectaires et leurs enseignements mystérieux, Jésus parle un langage simple… Mais d’autant plus exigeant. En effet, « aimer » c’est tout donner. Le scribe a donc raison quand il ajoute que cela vaut mieux que tous les sacrifices. Le Christ le souligne, en lui lançant avec approbation:  « Toi, tu n’es pas loin du royaume de Dieu ».

« La communion des saints, la résurrection de la chair, la vie éternelle » – Toussaint et commémoration des défunts

 «Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 1-12)

L’Eglise catholique fête ce dimanche 1ernovembre tous ses saints, soit ces défunts – connus ou anonymes – qui ont été perméables à l’amour divin sur terre et qui participent désormais à la plénitude du ciel. Leur course terrestre s’est achevée, mais ils sont tout sauf spirituellement morts. En Dieu, ils sont plus-que-vivants. Voilà pourquoi à ceux qui les invoquent, ils servent de premiers de cordée sur le chemin de la conversion. La communion des saints est cette solidarité profonde qui unit spirituellement les vivants sur terre et les vivants en Dieu.

L’Eglise catholique commémore ce lundi 2 novembre plus largement tous les défunts, soit la multitude d’hommes et de femmes qui ont vécu leur grand passage. L’Eglise invite à prier avec eux, mais aussi pour eux. En effet, tout comme l’œil qui sort de la cave doit s’habituer à la lumière éclatante du soleil, de même beaucoup ont besoin d’une transition qui dilate leur cœur – état que l’Eglise du moyen-âge appela le « purgatoire ». La prière pour les défunts est donc une expression de la solidarité spirituelle qui unit les pèlerins de la terre à ceux du ciel.

Le culte des saints et la prière pour les défunts sont bien davantage que des fioritures de notre foi de baptisé. En voyant le nombre impressionnant de nos contemporains qui – en ce début de XXIe siècle – visitent encore les cimetières, nous constatons que l’affection pour « ces chers disparus » rejoint une intuition spirituelle profonde. En priant pour un défunt, nous l’accompagnons sur le chemin de notre commune destinée en espérance – la pleine communion dans l’Amour trois fois saint. Alors, l’adieu devient « à-Dieu ».

La sainteté – cette musique intérieure 

Si vous avez dans votre famille un enfant ou adolescent qui apprend à jouer du violon, de la guitare ou de la flute, vous savez qu’il s’agit de supporter le bruit de ses gammes, jonchées de fausses notes.
Ce n’est qu’au terme d’infinies heures d’efforts poursuivis, qu’émergera l’enchantement d’une mélodie qui touche les coeurs et les âmes.
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Il en va de même avec la sainteté. Nous sommes tous des oeuvres d’art en devenir, qu’un chapelet de conditionnements et de lâchetés, font « sonner faux » à bien des occasions.
Ce n’est qu’au terme d’une lente et continue soumission au Souffle de Dieu, qui nous apprenons à « jouer juste » de notre musique intérieure.
Les grands saints sont les virtuoses. La plupart d’entre nous, tentons simplement de faire émerger quelque chose de la mélodie de la Grâce.
J’en fais quotidiennement l’expérience: des personnes dont je connais le caractère avec ses travers, font « ce qu’elles peuvent » avec leur humanité cabossée.
Et puis – soudainement – c’est l’enchantement: un mot, une parole, un geste, un silence….  Et cette personne se fait brièvement prophète.
Comme élevée au-dessus d’elle-même, elle interprète un court instant la mélodie de l’Esprit.
Avec tous nos frères les saints, prions l’Esprit de nous donner de rechercher cette musique, qui chante au creux de nos âmes.
Afin d’en réjouir le monde.
A la gloire du Père.