Carême en confinement – Jour 11 – Devenir des adorateurs en Esprit et en Vérité (Jean 4, 23)

Toute crise peut s’avérer une chance. Le prix à, payer de. l’actuel confinement est, pour les familles, le risque de ne plus se supporter, à force de vivre les uns sur les autres, et pour les malades et anciens, le sentiment d’un isolement total – sans plus guère de visites ou de vie sociale.

La seule façon de vivre cela « par le haut » est de renforcer sa vie intérieure. Nous, les catholiques, vivons notre foi de façon sacramentelle et communautaire. C’est une Grâce. Cependant, elle ne peut faire de nous des croyants « de rites », qui ne vivent pas intérieurement. « Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. » (Jean 4, 23)

Que nous vivions en famille ou isolés, à nous de profiter de ce confinement pour redécouvrir, en ce temps de carême, la force de la prière solitaire, de la méditation de l’Ecriture, ou de la lecture d’un livre qui nourrisse notre foi.  

Ultime signe avant la Pâques – 5e dimanche de Carême, Année A

« Lazare, viens dehors ! » (Jean 11, 1-45)

Ecrire que Jésus a ressuscité Lazare, n’est pas théologiquement correct. Si le Christ a ramené son ami à la vie, cela ne l’a pas rendu immortel. Quelques années plus tard – Lazare a connu la mort pour de bon, comme chacun de nous. Alors seulement a-t-il vécu la résurrection à la suite du Seigneur. La résurrection ne peut donc advenir qu’à la fin de notre vie terrestre : ressusciter, c’est traverser la mort… Il s’agit donc de d’abord mourir.

Il n’empêche – le rappel du tombeau de Lazare, constitue l’ultime signe du Royaume. Celui que la Pâques du Christ viendra sceller et accomplir. « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort;et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

A méditer en ce temps de confinement, alors que rode une pandémie qui tue.

Carême en confinement – Jour 10 – Le Pape, seul sous la pluie

La journée fut agitée pour moi, de par les futurs changements annoncés au sein du Conseil épiscopal de Liège. Et pourtant, c’est tout autre chose qui a frappé mon imagination. Tout d’abord l’éditorial du journaliste Fabrice Grosfilley, qui rend le drame du coronavirus tellement concret. Et puis à 18h ce soir, cette image d’un pape, seul sous la pluie, devant une place Saint-Pierre vide. Il prie. Il implore. Il bénit. 

Je les entends persiffler d’ici, les railleurs: dérisoire religion, qui oppose un ostensoir au virus. Ben oui – nous ne sommes pas une religion hollywoodienne, peuplée de super-héros qui gagnent toujours à la fin. Nous sommes une religion d’un Christ crucifié, «  scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Cor 1, 23). Le Pape n’est pas un magicien qui vient conjurer la pandémie. Il est un pasteur qui marche avec son peuple en souffrance, sous la pluie battante d’une ville qui pleure. 

Changements au sein du Conseil épiscopal du diocèse de Liège

J’exprime ma gratitude à l’abbé Alphonse Borras pour tout le travail accompli comme Vicaire général durant près de deux décennies. Où en serait notre diocèse, sans sa politique courageuse et visionnaire de remodelage paroissial et de renouvellement des ministères au sein de nos assemblées? Je remercie Mgr Jean-Pierre Delville pour sa confiance et confie ma future mission de Vicaire général à la prière du diocèse. 

L’annonce de ce changement dans le diocèse de Liège tombe en plein confinement, alors que les coeurs et les esprits sont tournés vers la lutte contre la pandémie. Le processus de succession étant lancé avant l’arrivée du coronavirus, il a fallu l’annoncer, mais les éclaircissements sur d’éventuelles évolutions viendront plus tard. En cette période de confinement, j’aiderai notre Evêque à poursuivre les consultations à distance en vue de la constitution du futur Conseil épiscopal. 

Comme Mgr Delville l’a écrit, il espère pouvoir communiquer à ce sujet aux alentours de la Pentecôte. 

Carême en confinement – Jour 9 – Pépites d’amour

Je suis touché par l’initiatives des jeunes du village de Charles, le jeune homme de 20 ans, tombé accidentellement dans la Meuse. Confinement oblige, seuls les plus proches ont pu assister à ses funérailles. Mais ses nombreux amis ont décoré l’église avec des photos, dessins et uniformes de mouvements de jeunesse. Quel créativité pour dire sa proximité.

Je suis aussi émerveillé par ses jeunes d’un autre village, qui ont envoyé un message à tous les aînés du coin: « si vous avez besoin de service pour faire des achats, ou toute autre mesure, nous sommes là. »  

Oui, les temps sont rugueux. Mais ils révèlent aussi le meilleur en l’homme.  

Carême en confinement – Jour 8 – Le droit d’avoir peur

Cette crise voit fleurir de nombreux actes de courage et d’abnégation. Mais également des comportements qui vont au-delà de la légitime prudence. Ces actes sont expliqués par leur auteur de toutes sortes de façons, mais la réalité est qu’ils sont mus par la peur. Et alors? Nous avons le droit d’avoir peur au milieu d’une pandémie qui nous dépasse. Surtout si nous avons des enfants à charge ou un conjoint qui compte sur nous. 

Si j’ai personnellement – et tant qu’à présent – pas trop peur, cela n’est pas dû à un courage plus grand que la moyenne. Il y a le fait que je n’ai personne à charge et puis aussi, que je ne regarde pas la TV. Je ne suis donc pas abreuvé d’images et de commentaires anxiogènes. De plus, ma vocation spirituelle m’a donné de régulièrement travailler le fait que je sois mortel. C’est sans doute quelque chose que j’ai mieux intégré que nombre d’autres: un jour, ma vie se finira. Je ne suis nullement pressé de partir, mais je sais que cela fait partie de la vie. J’ai donc apprivoisé que la mort nous rode tout autour. 

Ceci étant dit – je le répète: chacun a le droit d’avoir peur dans cette crise. Le vrai courage consiste à se l’avouer et de ne pas laisser cette peur nous dominer. 

Bon courage à chacun. Prenez soin de vous. 

Carême en confinement – Jour 7 – Routine, tensions et solidarité.

Hier j’ai oublié d’écrire ma petite chronique quotidienne du confinement. Quand on commence à perdre de vue ses bonnes intentions, c’est que la routine s’installe. Et, de fait, le confinement devient, petit à petit, une routine. Même les médias ne savent plus trop de quoi parler. Traiter un autre sujet que le coronavirus avec trop de longueur, semble déplacé. Mais à force de ne parler que de la pandémie… A un moment donné, les sujets s’épuisent.

Par contre, j’observe que les nerfs commencent à être à vif. Certains craquent et dépriment, pris d’une forme de sinistrose, voire même de panique. D’autres s’indignent: contre le manque de prévoyance de ceux qui nous gouvernent, contre « les gens » qui ne respectent pas le confinement, contre les curés qui ne célèbrent plus de Messes, contre…Nous ne sommes qu’au début du confinement. Il va falloir se serrer le coudes.

Heureusement, il y a tant de gestes de solidarité qui font chaud au coeur. Je pense ainsi à une amie, qui m’a téléphoné en me disant qu’elle allait me coudre un masque. Sympa, non? Et puis, il y a cette voix… Voix qui me donne la chair de poule et qui a bercé toute une génération. Elle s’était confinée depuis des années… Hier, Jean-Jacques Goldman est sorti de son silence pour dire « merci ». Et cela vaut le soleil de printemps. 

Carême en confinement – Jour 5 – Laetare

Ce quatrième dimanche du temps de carême – la mi-carême – est le dimanche de la « laetare », c’est-à-dire de la joie. Traditionnellement, les médias nous en parlent via les carnavals de mi-carême, dont celui de Stavelot. Rien de tout cela en cette année de pandémie… 

Et pourtant, ce temps de confinement et de peur devant un virus inconnu et incontrôlable, est peut-être justement une occasion pour se rentrer sur la vraie joie. Celle qui vient de l’intérieur et qui défie les deuils et les larmes. Pas la joie bête et béate du type qui sourit en disant « tout va bien », alors que cela ne va pas bien du tout. Non, la joie de la femme ou l’homme qui vit de l’intérieur. Qui sait que ce monde passe et que toute vie est fugace, mais que chaque moment d’intensité d’amour, est un gage de l’Eternité. 

Et si… Et si ce minuscule petit virus qui met notre monde orgueilleux à genoux, était l’occasion de redécouvrir un autre mode de civilisation que cette société de consommation, qui épuise les ressources de la planète? 

Alors, soyons forts pour que personne ne nous ravisse la vraie joie. C’est ce qu’exprime si bien le poème « Invictus » de William Henley:

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce à Dieu quel qu’il soit,
Pour mon âme invincible et fière. 

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Sous les coups du hasard,
Ma tête saigne mais reste droite.

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et bien que les années menacent,
Je suis et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Carême en confinement – Jour 4 – Exagéré, le confinement?

L’Italie a franchi la barre des 4800 victimes. C’est beaucoup. Et pourtant, ce pays de 60 millions d’habitants compte chaque année 8000 victimes de la grippe saisonnière. Alors, pourquoi pareil confinement, qui met l’économie à genoux?  

Parce que les statistiques de la grippe saisonnière sont connues et que le système de santé publique les a intégrées. Pour le Covid-19, par contre, l’inconnue règne. En l’absence de vaccin, personne ne peut prédire la courbe de développement de la pandémie. 

Et puis, les hôpitaux ne sont pas équipes (respirateurs, etc) pour accueillir un afflux inattendu de malades des voies respiratoires. Aucun médecin ne veut avoir à faire le choix entre deux malades: celui qu’il sauvera et celui qu’il laissera mourir étouffé. 

Enfin, si les soignants sont mis à genoux par la fatigue ou la contagion, c’est tout le système de santé publique qui croule. 

D’où le confinement, afin de retarder la propagation du virus – confinement que même le Royaume-Uni vient d’adopter. Conclusion: soyons disciplinés et portons les soignants dans notre coeur et nos prières. 

« Il n’y a pas pire aveugle… » – 4e dimanche de Carême, Année A

« Je suis venu dans le monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas, puissent voir et que ceux qui voient deviennent aveugles » (Jean 9, 1-41)

Le 4° dimanche de Carême est traditionnellement appelé dimanche de la laetare, c’est-à-dire dimanche de la joie. Notre société n’a pas le coeur en fête en ce temps de confinement qui nous fait jeûner, même d’Eucharistie. Et pourtant, ce dimanche invite à la joie intérieure. Se retrouver confiné en famille, être poussé à vivre plus lentement et plus solidaire… peut-être cela nous ouvrira-t-il les yeux?

Peut-on imaginer une joie plus grande que celle d’un aveugle-né qui retrouve la vue ? C’est ce qui advient dans l’évangile de ce dimanche. Avec – cependant – un curieux retournement. L’aveugle voit, mais les docteurs de la loi – dont la fonction est justement de faire voir au peuple les chemins de Dieu – sont aveugles devant l’évidence. « Il n’y a pas pire aveugle, que celui qui ne veut pas voir », dit la sagesse populaire. Curieux paradoxe : C’est ceux qui se pensent les plus clairvoyants, qui se révèlent être les plus aveugles. Nos plus gros défauts sont en général ceux que nous refusons de voir. Ils nous dominent d’autant plus. A méditer en cette moitié de Carême…