Une frontière et des illégaux…

Le drame des illégaux en Belgique a au moins un résultat positif: celui de rehausser le niveau du débat politique.  Bart De Wever, reconnu par les sondages au nord du pays comme l’intellectuel le plus influent de Flandre, a posé le dilemme comme un choix entre des frontières ouvertes (position de la gauche politique, selon lui) et le maintien de la sécurité sociale (qui croulerait si on devait accueillir trop d’immigrants).  A cela, répondit Paul Magnette, mais surtout François Gemenne, qui – lui – prône l’ouverture des frontières:
Je rejoins François Gemenne dans son premier argument: les, immigrants ne sont pas qu’une charge financière pour une communauté nationale. A terme, ils enrichissent celle-ci.
Quant au concept politique de « frontière », je ne me retrouve pas dans la dichotomie « frontière ouvertes » vs. « frontières fermées ». La meilleure image pour définir une « frontière » fut, selon moi, un jour utilisée par une parlementaire écolo, dont je ne me rappelle pas le nom. Elle disait qu’une frontière est comme une peau. Elle donne au corps de respirer par des échanges avec le monde extérieur, tout en filtrant ces échanges. Cela explique la politique parfois protectionniste de l’Union européenne vis-à-vis des états non-membres – politique qui ne peut jamais aboutir à un refus de commercer avec eux (sauf en cas de  sanctions politiques).
En économie, comme pour l’immigration, c’est cependant au niveau européen qu’une politique efficace peut être menée. Espérons donc que le tandem Marcon-Merkel/Schulz réussisse son pari de relance du projet européen.
Enfin, les lois n’effacent jamais le devoir d’humanité. Je salue donc tous ces concitoyens qui veillent sur les migrants illégaux et parfois même, les accueillent chez eux. Ces nouveaux bons Samaritains nous donnent une belle leçon d’Evangile.

Franc-Maçonnerie et parlementaires. La paille et la poutre.

Imaginons un courrier d’évêque, écrivant à tous les parlementaires baptisés catholiques: « Chers frères et soeur dans le Christ, de par votre appartenance à l’Eglise, je vous demande de ne pas voter telle loi ». Je pense que cela ferait du pétard et que, dans les rangs appartenant à ce qu’on nomme en Belgique « les laïques », de nombreuses voix s’élèveraient pour stigmatiser l’ingérence religieuse dans les affaires temporelles.
Il est donc tentant d’en faire autant, en apprenant qu’un courrier émanant du Droit Humain, la deuxième obédience maçonnique en importance du pays, a été envoyé à tous les parlementaires fédéraux, leur demandant de ne pas voter la loi sur les visite domiciliaires pour y trouver des immigrants en situation irrégulière sur notre territoire. Un courrier qui commence par « Mon très cher Frère, Ma très chère Soeur… »  
Et bien non. Je pense que cette loge maçonnique est dans son rôle. Sans entrer ici dans le fond du débat, elle juge que le projet de loi en question touche aux valeurs que ses membres se doivent véhiculer et leur communique donc son avis.  Personnellement, je pense qu’il eut été plus judicieux de s’exprimer  sous forme de communiqué, interview ou carte blanche – comme le font les évêques pour des questions d’ordre politique. Il n’empêche, à l’instar d’une Eglise, d’un syndicat  d’une mutuelle, d’une ONG, d’un club sportif,… , une Loge maçonnique est un « corps intermédiaire », soit un principe associatif qui fait partie de ce que l’on nomme « la société civile ». A ce titre, et même si son objectif premier n’est pas politique (pas plus que cela n’est l’objectif d’une Eglise), elle intervient parfois dans le domaine du débat public et, ce faisant, participe donc au débat politique… comme le fait l’Eglise catholique.
Lors de contacts amicaux que j’entretiens avec certains maçons, d’aucuns m’expliquent de bonne foi que la maçonnerie est d’ordre philosophique et initiatique et qu’elle ne fait pas de politique. Pour certains maçons, surtout ceux appartenant aux grades supérieurs, cela est vrai. Mais il serait hypocrite de dire que cela correspond à la réalité entière. Comme le déclare aujourd’hui au quotidien « le Soir » Edouard Delruelle, lui-même franc-maçon: «Voir une loge envoyer un courrier à d’autres maçons, des parlementaires en l’occurrence, pour défendre des valeurs qu’elle juge mises à mal, ce n’est pas rare. (…) Exemple : dans les années nonante, la loge dont je fais partie avait pris l’initiative pour convaincre un maximum de francs-maçons de soutenir la loi sur l’euthanasie, on avait envoyé un courrier aux autres loges en ce sens, et invité des parlementaires pour en discuter. Tout cela pour faire avancer un combat que nous estimions important. » 
Bref, en un mot comme en mille: Entre les mandataires politiques et les citoyens, se trouve la société civile – bien nommée en néerlandais ‘middenveld’ champ du milieu  »). Certains membres de cette société civile choisissent d’intervenir dans le domaine politique. Ils en ont le droit et parfois même le devoir moral. Le prochain franc-maçon qui reprochera donc à l’Eglise catholique d’intervenir pour donner son avis dans un débat démocratique, aura droit de ma part – comme unique réponse – au rappel…  de la parabole de la paille et de la poutre (Matthieu 7, 3).
 

«  Jésus fait autorité » – 4e dimanche de l’Année, Année B

« On était frappé par son enseignement, car Il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes ». (Marc 1, 21-28)

Une chose frappe son auditoire: Jésus n’enseigne pas comme les scribes qui commentaient les écritures en se référant à d’autres scribes. Non, Il parle en homme qui a autorité – qui est « auteur » de Sa parole : « On vous a dit… Eh bien, moi je vous dit » (Matthieu 5, 21). Ce qu’Il dit ne sort pas des livres, mais du tréfonds de Son âme. Pareille autorité Lui donne de poser les gestes qui annoncent le Royaume – c’est-à-dire de « guérir » – et cela, même un saint jour de repos – car « le Fils de l’homme est Maître, même du Sabbat » (Marc 2, 28).

D’où cela lui vient-il ? Le Christ répond : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé » (Luc  4,18).

Nous ne sommes pas le Christ, mais – en tant que baptisés – nous avons part à son Esprit. Demandons donc à l’Esprit de nous remplir de l’autorité du Seigneur. Non pas pour devenir « autoritaires », mais pour – à notre tour – être témoin de la Bonne Nouvelle.

Allemagne – Ouf! Mais….

Par une courte majorité de 53%, le parti social-démocrate allemand (SPD) a accepté d’entamer des négociations pour former un gouvernement avec la chancelière Merkel. « Ouf! » se dit l’Union européenne, le président Macron en tête. Martin Schulz peut être loué d’avoir fait primer l’intérêt de la chose publique, devant celui de son parti. Jamais, depuis Mitterrand et Kohl un axe Paris-Berlin aussi pro-européen ne gouvernera les deux piliers de l’Europe. Tous les astres sont donc alignés pour faire avancer le projet européen en direction d’une plus grande cohésion financière, d’une cohérence fiscale et d’un projet social.
Ouf, donc!…

Mais…
Mais… si cette occasion unique de relancer le projet européen devait être gâchée en bas calculs politiques nationaux, la vengeance des urnes sera terrible. A bonne entendeur…

«  Jésus embauche » – 3e dimanche de l’Année, Année B

«Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.» (Marc 1, 14-20)

Dimanche dernier, nous recevions comme Evangile le récit de l’appel des premiers disciples d’après Saint Jean. C’est sans doute la version la plus historique : Ils étaient disciple du Baptiste et puis ont suivi Jésus. Ce dimanche, nous entendons la version de Saint Marc (assez proche de celle de Matthieu et de Luc). Les disciples sont en train de pêcher – c’est leur métier – et « paf ! » Jésus passe par là et les recrute pour devenir des « pêcheurs d’hommes ». Du coup, ils plantent là leur père et leurs filets et ils le suivent.

Cet épisode correspond sans doute davantage à une expérience spirituelle. En découvrant Jésus, les disciples ont saisi que plus rien ne serait comme avant. « Hareng-boulot-dodo », c’était bien. Mais l’Evangile, c’est la vie. Du coup, leur existence bascule. Il y a un avant Jésus et un après.

Les baptisés d’aujourd’hui ne sont pas tous appelés à lâcher leur profession – les vocations à se consacrer entièrement à l’Evangile restent l’exception – mais une fois que l’on a croisé le regard du Christ, plus rien ne doit être comme avant. A sa manière, chaque baptisé est appelé à être un « pêcheur d’homme ». Sur les sentiers de l’Evangile, il n’y a pas de chômage, de pause-carrière ou de pension. Avec Jésus, c’est le plein-emploi au service du Royaume de l’Amour. En cette semaine de l’unité, rappelons-nous que cela vaut aussi chez nos frères et sœurs orthodoxes, protestants, anglicans, coptes,…

« Page Facebook de Jésus » – 2e dimanche de l’Année, Année B

« Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez et vous verrez. » (Jean 1, 35-42)

Le temps de la Nativité se termine et – jusqu’au début du carême – nous commençons le cycle des dimanches, dits « ordinaires ». Les prêtres et diacres portent des vêtements liturgiques verts – couleur de l’espérance. Ce n’est donc pas par hasard que l’Evangile de ce dimanche parle de l’appel des premiers disciples, car en ce début d’année 2018 – Il appelle chacun de nous.

Que faire pour ressentir l’appel du Christ ? Le chercher – comme les deux premiers disciples. Mais chercher ne suffit pas. Lorsque nous ressentons Sa présence spirituelle, il s’agit de prendre du temps pour mieux le connaître. C’est ce que permet la prière, la lecture de la Bible, ou encore la pratique dominicale de l’Eucharistie.

Quand des jeunes (ou des moins jeunes) se cherchent sur « Facebook », ce n’est pas avant tout pour connaître l’adresse internet de l’autre, mais bien pour mieux découvrir qui est cet autre. Cependant, rien ne remplace une rencontre. C’est ce qui arrive avec les premiers disciples. Jésus leur demande : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi, où demeures-tu ? » Ce faisant, ils ne demandent pas son adresse, mais cherchent à découvrir qui Il est. Alors, Jésus leur dit : « Venez et vous verrez. » (Jean 1, 35-42)

Epiphanie du Seigneur, Année B

« Les mages ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe ». (Matthieu 2, 1-12)

« Epiphanie » signifie en grec : « manifestation ». Dans le calendrier chrétien, cette fête est plus ancienne que celle de la Nativité (fixée en 354 par le pape Libère à la date du solstice d’hiver – soit le 25 décembre). Jusqu’au milieu du IVe siècle, se célébrait au cours de l’épiphanie toutes les manifestations du Christ sur terre : de sa naissance à son premier miracle, lors des noces de Cana.

Aujourd’hui, l’Eglise latine fête l’Epiphanie avec le récit des mages : elle voit dans le périple de ces trois sages suivant l’étoile depuis fort loin, le signe de la manifestation de la lumière du Christ à toutes les nations. En ce dimanche de l’Epiphanie, prions donc spécialement avec nos frères chrétiens du monde entier. Race, langue, culture nous séparent – mais le Christ est la grande lumière qui fait notre unité. Comme les mages, venons l’adorer et offrons-lui, avec cette année nouvelle –  toutes nos réussites (l’or), tous nos échecs et souffrances (la myrrhe, qui est un herbe amère) et toutes nos prières (l’encens, qui est ce parfum dont la fumée monte vers le ciel).

Oui, mettons-nous en route en 2018. Suivons l’étoile. Allons vers l’Enfant de la crèche, qui manifeste la lumière de l’amour de Dieu pour notre monde.

Religion privée = privé de religion – La Libre p.39

Ce jeudi 4 janvier est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre  en p.39

Je l’avais intitulée « Religion privée = privé de religion », mais elle fut rebaptisée par le journal. Pour lire cette chronique, cliquez sur « La religion n’est pas une affaire privée » 

Merci à la rédaction de La Libre de m’offrir cet espace d’expression et meilleurs voeux aux lecteurs de ce blog.

« Noël dans la joie et dans la peine » – Nativité du Seigneur, Année B

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2, 1-14)

Toutes les mamans le savent : une naissance peut être douloureuse. La raison en est que le petit d’homme naît avec une boîte crânienne fort développée, qui – en quittant le sein maternel – fait souffrir sa maman bien plus que cela n’arrive dans le monde animal. Et pourtant, rien de plus joyeux qu’une naissance. Même si… les parents savent que les épreuves ne font que commencer. Mettre un enfant au monde, c’est l’accompagner des années durant, dans les rires comme dans les pleurs.

Joie et souffrance… Il y a un peu des deux dans la fête de la Nativité. Il y a la joie de la naissance du Sauveur. Le Verbe de Dieu se fait petit enfant : par Marie, le Sauveur est mis au monde pour porter l’Amour divin aux hommes. Comme le proclament les anges : « Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur ». Une joie réelle, donc, mais qui n’immunise pas de la souffrance. Les icônes orthodoxes de la Nativité nous le rappellent avec leurs crèches en forme de sépulture : la mise au monde du Sauveur n’esquive pas les épreuves et les croix.

Voilà pourquoi, la fête de Noël s’adresse tant aux personnes qui sont dans la joie qu’à celles qui vivent dans la peine. Et cette année, comment ne pas penser tout particulièrement à la Syrie et à l’Irak, ainsi qu’à tous ceux qui souffrent de l’austérité ? Oui, même pour eux résonne en ce jour le chœur des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

« Fiat ! » – 4e Dimanche de l’Avent, Année B

« Que tout se passe pour moi selon ta parole » (Luc 1, 26-38)

Les deuxième et troisième dimanches de l’Avent, Jean le Baptiste est le personnage au centre des passages d’Evangile, lus au cours des eucharisties dominicales. Le quatrième et dernier dimanche avant la Nativité, il s’agit de Notre-Dame. Pour expliquer la place de Marie dans l’histoire du salut, prenons un exemple : seul l’eau peut désaltérer, mais sans un réceptacle (bouteille, verre, mains,…), impossible de boire. Il en va de même pour l’œuvre de Dieu : seul l’Esprit de Dieu régénère le monde, mais comment pourrait-il le faire si personne ne lui ouvre son cœur ? Et comment l’Esprit pourrait-il totalement se donner, si quelqu’un ne l’accueille pas en plénitude et sans aucune réserve mentale ou arrière-pensée? Hélas – de par le péché – le « oui » des hommes est bien fragile : si souvent, nous disons « oui, mais… », « oui, sauf si… », « oui, à moins que… », « oui, à condition que… ».  Rien de tel chez Marie. Le « oui » de la Vierge de Nazareth est libre, clair et limpide. Il ouvre grand les portes à l’Esprit de Dieu. « Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». Alors la Vierge dit : « Fiat ! Je suis la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole. »