« Le péché contre l’Esprit »– 10° dimanche, Année B

«Il est possédé par Béelzeboul». (Marc 3, 20-35)

Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. De même, il n’y a pas pire péché que de se croire sans péché et de déclarer « mauvais » tout ce qui nous dérange.

En effet, Dieu pardonne tous les péchés, mais si je me présente devant Lui en Lui affirmant que je n’ai pas de péché et que l’action de l’Esprit – si elle me bouscule – est, inspirée par le diable… Dès lors, comment le pardon pourrait-il me rejoindre, vu que je n’en veux pas ? C’est l’avertissement que Jésus lance à ceux qui le déclarent « possédé », parce que Son œuvre et Ses paroles les dérange.

Pas de libre-examen pour les croyants…

Qu’un professeur en philosophie de l’UCL (Université Catholique de Louvain) déclare ce jour sur les ondes de la radio publique RTBF Première, dans l’émission « Et Dieu dans tout ça », que le libre-examen (dans le sens du bon usage de la raison qui « fait advenir la vérité ») n’est pas à proprement parler accessible aux croyants, voilà qui a le mérité de la franchise et de la clarté.  Je le cite: « On ne peut pas faire coexister le libre-examen et la croyance religieuse, parce que le deux termes relèvent de la pure contradiction (…) Le libre-examen c’est un affranchissement, c’est une libération, c’est une élucidation. Et je crois donc qu’il demande de se libérer des modes de la croyance religieuse ». 
Evidemment, étant croyant, je ne suis pas pleinement légitime pour lui répondre, vu que qu’il jugera que mon esprit est voilé par un certain a-priori dogmatique. 
Et que moi, de mon côté, je pense que son esprit est voilé par un certain parcours de vie.
 
Je me contente donc de tirer ici trois conclusions d’une prise au sérieux de ce qu’il énonce : 
1. Cela signifie que son université de tradition catholique, a longtemps été une forme d’imposture, du moins à chaque fois que la croyance chrétienne irriguait le savoir qu’elle prodiguait. 
2. Cela signifie que Gandhi, Martin Luther King, Mandela et l’abbé Pierre, tous croyants, n’usaient pas totalement lucidement de leur raison.
3. Cela signifie qu’un croyant est potentiellement moins bon démocrate qu’un non-croyant, la démocratie se fondant sur l’usage de la raison. Et qu’il est donc dans l’intérêt de la démocratie d’empêcher la croyance de s’étendre, au nom du bien commun. Le libre-examinisme non-religieux est, dès lors, appelé à devenir la nouvelle fondation philosophique du contrat social. Bref,… la nouvelle religion d’état.
 
Qu’il existe un libre-examnisme propre aux personnes qui ne sont pas croyantes, je serai le dernier à le contester. 
Déclarer, cependant, que seul celui qui n’est pas croyant, est capable d’un libre examen de la réalité, me semble une affirmation fort peu… libre-exaministe.   

« Deviens ce que tu reçois »– Fête du Corps et du Sang du Christ, Année B

«Ceci est mon corps… Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, répandu pour la multitude». (Marc 14, 12-26)

Le dimanche de la fête du Corps et du Sang du Christ – appelé communément « la Fête-Dieu – est d’origine liégeoise. Comme le rappela le pape Paul VI en 1965 : « elle fut célébrée la première fois au diocèse de Liège, spécialement sous l’influence de la Servante de Dieu, sainte Julienne dMontCornillon, et Notre Prédécesseur Urbain IV l’étendit à l’Eglise universelle »(encyclique Mysterium Fidei n°63).

Instituée au XIIIe siècle, cette fête rappelle que l’Eucharistie est le sacrement qui – par excellence – exprime l’Eglise : si le Christ se rend sacramentellement présent dans l’Eucharistie, c’est afin que ceux qui communient à Lui deviennent présence du Christ dans le monde. Comme l’enseignait saint Augustin aux chrétiens qui participaient à l‘Eucharistie : « Deviens ce que tu contemples, contemple ce que tu reçoisreçois ce que tu es : le Corps du Christ ».

Dans notre ardente Cité de Liège, un sang innocent a coulé ces derniers jours. L’Amour seul est clairvoyant et peut guérir notre monde de la violence aveugle. D’où la procession du Saint-Sacrement ce jeudi soir dans les rues de la ville.  Oui, vivons de l’Eucharistie et devenons ce que nous recevons.

Une petit goût de fin du monde…

Ce dimanche après-midi, je revenais de la célébration de confirmation d’un neveu, suivie d’une fête familiale. Je roulais paisiblement sur l’autoroute E40 en direction de la Cité ardente, conduisant avec l’entrain tranquille de celui qui se rend à un autre rendez-vous, mais sans être en retard. Arrivé à hauteur de Crisnée, j’aperçois un gros nuage noir. Bientôt, il se met à pleuvoir et les voitures devant moi sont à l’arrêt ou presque. Je pense à un accident. Et puis « Bang! » J’entends comme un bruit clinquant sur le toit de ma voiture. Je me demande ce qui se passe. « Bang! Bang! Bang! » Un déluge de grêlons, de la taille d’un oeuf de pigeon, s’abat autour de moi et se fracasse sur ma carrosserie avec le bruit de balles de golf. Le tout, sous une pluie torrentielle. Les voitures avancent au pas. Nombreuses sont celles qui s’arrêtent sur la bande de gauche. Ne sachant plus que faire, je les imite. Devant moi, un homme sort laborieusement de sa voiture et tente de protéger son pare-brise. En vain. Le vent fait que tout s’envole. Le tonnerre gronde. Le tout a un petit goût de fin du monde. En 54 ans, je n’ai jamais assisté à un phénomène météorologique pareil en Belgique. Ne me dites donc pas que le dérèglement climatique, c’est de la blague. J’en serai quitte avec une carrosserie bosselée que mon assurance prendra en charge. Mais ce phénomène augure-t-il des futures tempêtes de demain? Alors, je plains les agriculteurs, bien plus encore que les automobilistes.
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Ce qui suit n’a rien à voir, mais pour moi un peu quand même.
La situation politique italienne a aussi un petit côté fin « d’un » monde. L’Italie est le laboratoire politique de l’Europe. Avec Berlusconi, ils ont essayé le populisme bien avant les autres. Mais celui-ci était encore pro-européen. Aujourd’hui, il s’agit d’un populisme hostile à l‘intégration économique européenne. Avec de bons arguments, face à une monnaie tellement unilatéralement adaptée à l’Europe du nord. Mais surtout, avec le risque d’un choc systémique, dont je n’ose soupçonner l’ampleur. La dette des états est énorme. Si le marché doute de la capacité d’une bonne partie de l’Europe à honorer ses engagements, une nouvelle crise de 2008 pourrait nous atteindre.
Mais plus virulente.
Comme pour les grêlons.

« Trois fois Saint »– Sainte Trinité, Année B

«  De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ».(Matthieu 28, 16-20)

La Trinité n’est pas un problème de mathématiques. Pourtant, comme l’amour ne s’additionne pas, mais se multiplie – ne dit-on pas le « Dieu trois fois Saint » ? – chacun peut vérifier que 1 X 1 X 1, cela fait toujours 1. La Trinité : 3 Personnes divines en un seul Dieu. Mais bien plus qu’un problème de mathématique, la Trinité est Mystère d’amour. Le peu que la révélation chrétienne nous ait donné de percevoir de l’infinité de Dieu, est que celui-ci est une éternelle Relation de Don : entre le Père qui est Source de tout Don, le Fils à Qui le Don est destiné et qui le rend au Père dans l’unité de l’Esprit – qui est Don.  La Bible nous enseigne que l’homme est créé à l’image de Dieu. Voilà pourquoi nous sommes des êtres relationnels et voilà pourquoi seul le Don de nous-mêmes nous fait rejoindre notre vérité profonde. Devenir disciple du Christ et vivre son baptême, c’est dans l’Esprit s’unir au don du Fils pour devenir enfant du Père.       

Avortement: amas de cellules et déni

Dans le quotidien « La Libre » de ce jour, je lis en p.38 une position favorable à ce que l’avortement soit retiré du code pénal. Et ceci, de la bouche d’une professeure psychanalyste de l’UCL. Ses raisons? Je la cite: «  On ne peut pas comparer un enfant qui vit avec un amas de cellules qui a six semaines. Il faut faire appel au bon sens et non à l’idéologie qui s’exprime à travers la pénalisation en tant que telle. » 
Volontairement, je ne rentre pas dans le débat sur « avortement et droit pénal » (je l’ai déjà suffisamment fait), mais je m’arrête à la position intellectuelle de ce qui vient d’être énoncé.
D’abord, il n’y a pas plus idéologique que de disqualifier la position adverse d’ «  idéologique » et la sienne de « bon sens ». Quelque part, cela me fait penser aux populistes qui disent qu’on ne peut comparer la dignité humaine des migrants avec celle des vrais citoyens…. « Une question de bon sens, n’est-ce pas? »
Ensuite, ce que j’attends, c’est une argumentation en fait et en droit. En fait, à six semaines, il n’y a – de fait – pas un enfant. Mais il n’y a – de fait aussi – pas non plus, un « amas de cellules ». L’embryon est une vie humaine en devenir. En droit, la question « bête, banale et brutale » est: à partir de quand cette vie humaine en devenir est-elle inviolable? Et si ce n’est pas dès la conception, sur quelle base fixer telle limite ou telle autre ?
L’éditorial du jour de Dorian de Meeus, le rédacteur-en-chef du quotidien, publié en p.56 du journal, ne dit pas autre chose: «  Au fond, le vrai débat porte donc sur la place que le législateur attribuera à l’être humain en devenir, que ce soit 1 mois, 3 mois ou 7 mois après la conception. Mais se posera aussi la question des sanctions adaptées et proportionnées en cas de non-respect de la législation. Notre société doit s’interroger sur ce qu’elle estime être la marche du progrès. Alors qu’on planche par ailleurs aujourd’hui sur les droits des animaux, des plantes ou même des objets comme les robots, elle éprouve de grandes difficultés à considérer comme progressiste la protection de la pré-enfance. »  
Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est qu’à mon avis, cette « grande difficulté » par rapport à la protection de la pré-enfance, est due à un déni, qui empêche de clarifier l’enjeu du débat: le refus justement de voir en l’embryon humain, autre chose qu’un « amas de cellules ». Pourquoi pareil déni? Poser la question, c’est y répondre. Ce n’est pas à une psychanalyste que je dois l’apprendre.

«  Le goût de Dieu »– Pentecôte, Année B

« Quand Il viendra, lui l’Esprit de vérité, Il vous conduira dans la vérité tout entière». (Jean 15, 26 – 16, 15)

Un jour une catéchiste demanda à un enfant : « Tu aimes le chocolat ? » Réponse affirmative – bien évidemment. Elle lui dit alors : « Mais comment peux-tu me dire cela ? Il n’y a pas de chocolat ici ». Perplexité de l’enfant. La catéchiste dit alors : « Tu peux me dire cela, parce que tu as déjà goûté au chocolat et que tu as donc son goût en toi. Sans cela, le mot ‘chocolat’ resterait aussi abstrait pour toi que si je te parlais de la planète Pluton. Ainsi agit l’Esprit. L’esprit est Celui qui nous donne le goût de Dieu. Sans l’Esprit, Dieu reste loin et abstrait. Mais quand l’Esprit touche un cœur, celui-ci « goûte » l’Amour du Christ. Désormais, le goût de Dieu l’accompagnera toute sa vie. Dieu ne sera plus jamais une abstraction ». Telle est « la vérité tout entière »vers laquelle conduit l’Esprit. Il donne de saisir que Dieu n’est pas un concept, mais une présence de vie. Voilà pourquoi l’Esprit est représenté comme du feu qui éclaire et réchauffe. Comme du vent qui souffle et oxygène. Comme la terre qui porte le fruit, comme de l’eau qui désaltère. En cette Pentecôte, demandons donc à l’Esprit de nous donner le goût de Dieu.     

«  La joie de l’Evangile »– 7° dimanche de Pâques, Année B

« Je parle ainsi en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde… » (Jean 17, 11-19)

La joie est un des signes les plus sûrs de la présence de l’Esprit dans un cœur. Non pas la joie mondaine – qui est éphémère et souvent suivie de tristesse. Non pas la joie forcée de celui qui prétend que tout va toujours bien, même quand cela va mal. Non. La joie profonde. La joie spirituelle. Celle qui demeure, même quand « le monde » vous prend en grippe. La joie de celui qui se sait aimé d’un Amour qui n’est pas de ce monde.

Ne jugeons pas nos frères (et nous-mêmes) sur la joie et nous ne serons pas jugé. Mais demeurons lucides. Là où se trouve tristesse, amertume ou cynisme – l’Esprit du Vivant ne peut être présent. Là où demeure la joie – même au cœur des larmes, des injustices et des souffrances – le souffle du Crucifié-Ressuscité nous caresse le visage.

Durant l’ultime semaine qui nous sépare de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit, prions chaque jour. Demandons que le Souffle de Dieu nous procure Sa joie.

« Libres en Esprit » – Solennité de l’Ascension, Année B

« En mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains ; et s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera aucun mal… » (Marc 16, 15-20)
Si le Ressuscité avait voulu nous garder sous sa coupe, Il se serait contenté d’apparaître de temps en temps dans les églises ou au coin des rues. Plus besoin d’Evangile, de Vatican, de curés et chacun serait convaincu… Convaincu, oui. Croyant, non. Il faut être libre pour vivre l’aventure de la foi. Le Christ – qui est liberté suprême – ne s’impose pas à notre conscience. Avec l’Ascension, Il retourne dans la gloire de Son Père et nous envoie Son Esprit.
Les signes de l’Esprit ? Celui qui chasse le mauvais esprit autant que les esprits mauvais. Celui dont le langage renouvelle les relations humaines – même s’il n’est pas polyglotte. Celui qui n’a pas peur de se salir les mains – quitte à prendre à bras-le-corps toutes les vipères que la vie nous fait croiser. Celui que le poison de la médisance ou de la vanité ne tue pas…
Neuf journées séparent l’Ascension de la Pentecôte – fête du don de l’Esprit. Prions chacune de ces neuf journées. Demandons que le Souffle de Dieu nous renouvelle.