« Un Amour qui transfigure » – 2e dimanche de Carême, Année C


« Ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante » (Luc 9, 28b-36)

« Etre transfiguré », signifie que le « plus-en-nous » se révèle. Son contraire est : « être défiguré ». Si le péché défigure, l’amour transfigure.  

La transfiguration de Jésus sur la montagne, c’est l’expérience de l’infinie puissance d’amour de Dieu qui s’exprime à travers Lui. Difficile de décrire ce que les trois apôtres ont vu, mais  leur Maître leur est apparu d’une « blancheur éclatante ».  A ses côtés Pierre, Jacques et Jean ont perçu la présence de Moïse, qui donna la loi, et d’Elie, modèle des prophètes. En effet, en Christ sont récapitulés la loi et les prophètes – et donc toute l’histoire sainte d’Israël. Alors, résonna la Voix. Aujourd’hui encore, elle nous dit : « Celui-ci est mon Fils… Ecoutez-le »

A travers le désert… – 1er dimanche de Carême, Année C

«« Il fut conduit par l’Esprit à travers le désert » (Luc 4, 1-13)

Carême… A la suite du Christ, l’Esprit nous conduit 40 jours au désert. Le désert est retour à l’essentiel : Qu’est-ce qui me rend plus vivant ?

Le désert est aussi le lieu où la tentation reçoit son vrai visage : « Ordonne à ses pierres de devenir du pain ». Vais-je vivre pour les biens matériels, plutôt que spirituels ? Tentation de l’avoir.« Prosterne-toi devant moi et je te donnerai les royaumes de la terre » Vais-je vivre en m’asservissant à la logique du prince de ce monde ? Tentation du pouvoir. « Jette-toi en bas du pinacle du temple et les anges viendront pour te porter ». Vais-je vivre en cherchant à séduire la galerie ? Tentation du valoir.  

« Le Carnaval est fini »…

Avec le carnaval, les humains se déguisent, afin de se rappeler tous les masques que la vie leur fait porter. Quand se termine le carnaval et que commence le carême – avec le mercredi des cendres – s’ouvre une période de 40 jours, où le chrétien apprend à quelque peu décoller ses masques, afin que paraisse davantage son vrai visage – celui d’un enfant de Dieu. « Le carnaval est fini » est une phrase attribuée au pape François, le soir de son élection, refusant de mettre la lourde étole pontificale, brodée d’or. Apocryphe ou non – l’important est ailleurs. Notre Eglise traverse des turbulences, qui invitent à jeter bas les masques. 

Cet après-midi, Frédéric Martel, auteur du livre à sensation « Sodoma »  était interviewé sur la radio RTBF (Première). Je tenterai de revenir sur son enquête plus longuement dans quelques mois (par manque de temps). Je pense que la limite fondamentale de son regard sur les choses, est qu’il vient des sciences humaines (il est sociologue) et se borne à une approche de science humaine. Pour lui la chasteté, c’est de la sublimation et de la frustration. Psychologiquement, il a totalement raison. D’ailleurs, pas de fidélité dans un couple sans une égale dose de sublimation et de frustration. Ce que Martel ne voit pas (il n’est pas croyant), c’est la dimension spirituelle. Que l’on retrouve tout autant chez un Dalai Lama ou un Mathieu Ricard (moine chaste, pourtant proclamé par les médias « l’homme le plus heureux du monde »). Les sciences humaines cherchent les conditions du bien-être humain – une forme de confort mental et physique. La spiritualité, elle, creuse la quête de bonheur. Et cela est tout autre chose. Pour un chrétien, il y a une résurrection qui passe par la croix. « Scandale pour les Juifs. Folie pour les païens » (1 Cor. 22). Et cela, l’auteur de Sodoma ne le saisit pas. Par contre, Martel a un regard juste sur une forme de mensonge et d’hypocrisie qui peut gangréner l’Eglise et ce, à toute époque. Il ne s’agit pas de juger des personnes vivant une double vie (on doit, par contre, juger – bien évidemment – les actes d’abuseurs sexuels, que la justice doit punir), mais d’aider l’Eglise à sortir de la duplicité et du mensonge. Donc, de faire en sorte que ses membres baissent un peu le masque. « Celui qui fait la vérité, vient à la lumière » (Jean 3, 21).

Personnellement, je suis bien plus bouleversé encore par le documentaire – diffusé ces jours-ci sur Arte – d’Eric Quintin et Marie-Pierre Raimbault, sur l’exploitation sexuelle des religieuses dans l’Eglise. A la fin de la vision, j’étais submergé par la honte et avais même une envie de vomir. Parfois tendancieux dans son récit, le documentaire n’invente rien. Je regrette d’ailleurs que cette enquête n’aille pas assez loin. Une large partie dénonce des abus en Occident, du fait de prêtres en situation de pouvoir. Cela reste des dérapages graves, mais heureusement plutôt exceptionnels. La fin du documentaire parle d’un phénomène qui semble bien plus répandu: la misère sexuelle de religieuses issues de pays en voie de développement (dont celles qui viennent étudier à Rome, sans moyens financiers). Ce volet mériterait un réel approfondissement. Et cela ne se fera qu’en donnant une plus large voix au chapitre à des femmes, dans des responsabilités d’Eglise. Je ne pense pas ici à l’ordination (à laquelle beaucoup semblent tout réduire). Je parle d’une culture de la co-responsabilité. Comme on en vit déjà dans diverses paroisses, ou associations catholiques. L’Eglise doit respirer de ses deux poumons sexués. Ici aussi, des masques doivent tomber, qui confondent trop souvent paternité spirituelle avec patriarcat infantilisant. 

« Les yeux du cœur » – 8e dimanche de l’Année, Année C

«Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? »  (Luc 6, 39-45)

En ce dimanche de Carnaval, le folklore invite à mettre des masques. Ceci appelle à se moquer de tous les masques que la vie nous fait porter. Et qui, souvent, nous collent à la peau. 

Le regard est ce sens humain qui permet de voir au-delà des apparence, afin de sonder le cœur des choses. Et, pourtant, si régulièrement, nos yeux restent englués dans le faux-semblant des apparences. 

Convertissons donc notre regard, afin de regarder le monde et nos frères avec les yeux du Christ. 

Dialogue de sourds. En effet…

Bien sûr que la presse a le droit d’être critique. Envers l’Eglise aussi. En matière de pédophilie, surtout. Mais je reste songeur face aux titres et conclusions de l’interview du cardinal De Kesel par le quotidien « le Soir » de ce jour : « Les silences embarrassés du chef de l’Eglise de Belgique », suivi d’un commentaire, intitulé « Dialogue de sourds ». 

Je rappelle que l’Eglise n’est pas le monde politique. Ses responsables ne sont pas issus d’élections et donc, ne sont pas forcément à l’aise dans la communication médiatique. Ce n’est pas ce qui leur est d’abord demandé: leur rôle n’est pas d’être de grands communicateurs, mais de vrais pasteurs. Le cardinal Danneels avait une aisance naturelle face aux médias: il répondait à toute question dans un style simple et avec un ton nuancé. Mgr Léonard était tout sauf timide et ses formules-chocs faisaient de lui, ce que les journalistes appellent : «  un bon client ».  Le cardinal De Kesel est, quant à lui, un homme réfléchi. S’exposer au feu des questions de la presse n’est pas son naturel. C’est pourquoi, il est moins présent dans les médias – comme le lui reprochait, il y a quelques mois encore, le journaliste (chrétien) Christophe Deborsu. Et ceci explique aussi ses « longs silences » durant l’interview… Il réfléchit. Il sait que le moindre mot sera scruté et que la moindre formule maladroite allumera un incendie. Pourquoi ne pas voir en un homme qui se tait avant de répondre (dans une langue qui, de surcroît, n’est pas sa langue maternelle…)  quelqu’un qui mûrit sa réponse? Pourquoi décrire ce silence comme « embarrassé »? Notre monde n’a-t-il plus de place que pour des «  beaux parleurs » qui ont la formule prête face à toute question? Soit dit en passant, un responsable catholique qui ne serait pas quelque part « embarrassé » par la crise des abus sexuels, m’inquièterait bien davantage.  

Je pense, de surcroît, que nombre de rédactions ne se rendent pas compte à quel point, ceux qui ne vivent pas « pour et par » le regard médiatique, ont une sainte crainte de sortir – bien malgré eux – la petite phrase qui tue : un moment d’inattention, une formule malheureuse et la twittosphère s’enflamme. On aura beau ensuite corriger comme ont veut, rien n’y fera. Vous êtes cloué au pilori.  Le cardinal Barbarin avait eu cette formule totalement malheureuse face à certains abus sexuels : « Grâce à Dieu, les faits sont prescrits ». Il aura eu beau par la suite s’en excuser, corriger le tir et s’expliquer… Rien n’y fit. Aujourd’hui, cette « petite phrase » lui colle à la peau, médiatiquement parlant, et est même devenue le titre du film de François Ozon. 

Plus loin encore, la critique du « Soir » se fait sur le fond: «  Pour Jozef De Kesel, l’enjeu de ce sommet était donc que le reste du monde arrive au « stade » de la Belgique. Pas que l’Eglise avance davantage. Pas qu’elle prenne plus de mesures. Pas qu’elle sanctionne plus durement. Systématiquement, l’homme se retranche derrière la Justice – c’est heureux car elle devance alors la justice divine – et derrière Rome. »  J’avoue ne pas comprendre. L’Eglise de Belgique a suivi les recommandations d’une commission parlementaire et a dédommagé des cas d’abus prescrits par la loi civile. Je ne dis pas que tout est donc parfait dans le meilleur des monde. Rien ne sera jamais réparé quand un mineur a été abusé. Mais que signifie la critique de la rédaction ? Que veut-on? Que Mgr Vangheluwe perde son état clérical? Mgr Harpigny a récemment rappelé dans la presse que l’Eglise de Belgique l’a souhaité, mais que la décision ne relevait pas de son domaine. De toute façon, cela ne changera rien à son statut – sa pension d’évêque ne dépendant pas de la décision romaine. Et dans son livre, le neveu abusé, souhaite par-dessus tout que cet oncle disparaisse de son existence. Ce que permet son actuel confinement dans un couvent, tenu secret. 

Vous avez dit ‘dialogue de sourds’? En effet. 

Sommet au Vatican sur les abus sexuels: « ils ont des yeux… »

Il fallait s’y attendre. Des voix se disent déçues du sommet au Vatican: «  trop de belles paroles, pas assez d’actes » . Je puis comprendre pareille réaction quand ce sont des victimes qui parlent, car leur souffrance est à vif. Mais il est clair que ce sommet n’allait pas, une fois pour toute, régler le problème des abus sexuels commis au sein de l’Eglise. Son objectif était de mettre ce crime clairement à l’ordre du jour de toutes les conférences épiscopales du monde. Et de ce point de vue-là, le résultat est atteint.

Ensuite? Des procédures adéquates devront être mises sur pied dans toutes les conférences épiscopales et ce, sous la supervision du Vatican. Plus fondamentalement, je pense qu’une participation plus grande de fidèles laïcs, dont des femmes, dans ces procédures, permettra de sortir d’un regard trop homogène de la part d’un corps ecclésiastique exclusivement masculin et célibataire. C’est également de ce côté-là qu’il me semble qu’une réforme du Vatican (et des diocèses) portera ses fruits. A côté d’évêques et de prêtres, une plus importante proportion des autres états de vie doit avoir voix au chapitre. Ainsi, au conseil épiscopal du diocèse de Liège, dans lequel je siège, je suis impressionné par l’apport spécifique des laïcs qui en font partie, et particulièrement des femmes. Il y a là un « autre regard » qui donne de dépasser le piège de l’aveuglement sélectif par habitude ou esprit de corps.  

C’est d’ailleurs une plus grande diversité des états de vie, qui permettra de répondre adéquatement à un livre comme « Sodoma » de Frédéric Martel. Je pense que l’auteur pèche par excès, en voyant partout ce qu’il cherche. A force de faire une enquête sur les homosexuels au Vatican, il finit par en déceler… derrière chaque placard:  les prélats homophobes seraient des homosexuels refoulés et les prélats gay-friendly des homophiles sublimés. Un peu court. Ceci étant dit, l’auteur n’est pas un zozo et son enquête solide. Bien sûr qu’il y a des homosexuels dans l’Eglise et donc au Vatican et, sans doute, en plus forte proportion qu’ailleurs. (Et cela, n’empêche en rien de donner de saints prêtres et évêques.) Mais il y a probablement aussi, au sommet de l’Eglise, une « fermentation propre aux internats de garçons »… Je m’explique: si dans les prisons, sur des navires et parmi les moines et clercs, il y a plus de séduction intra-masculine (chaste ou non),  c’est aussi et avant tout dû… à l’absence de femmes. Je pense donc que plus de femmes, et aussi de couples chrétiens, dans toutes les instances de l’Eglise ne pourra qu’être bénéfique pour rééquilibrer sainement les rapports humains dans l’Eglise.  Enfin et, par-dessus tout, il faut encourager un regain de prière authentique, car – sans une spiritualité solide – la vie chrétienne s’affadit en jeux de pouvoir… et le célibat pour le Royaume paraît absurde et donc invivable. 

« Ils ont des yeux et ne voient pas » (Matthieu 13, 13) Cette phrase m’habite ces derniers temps. Tant de mal se fait sur cette terre, simplement parce que l’humain, enfermé dans son narcissisme parasité par le péché, ne voit pas ce qui se déroule sous ses yeux. Demandons donc à l’Esprit de nous rendre vigilants. 

« La folie de la Croix »– 7edimanche de l’Année, Année C

« Aimez ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent (…) Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. »  (Luc 6, 27-38)

Petit test : combien de temps par jour, beaucoup d’entre nous passent-ils à dire du mal de leur prochain ? Surtout de ceux à qui nous en voulons, parfois bien légitimement. Avec pour excuse : « tout le monde fait ainsi ». De fait, le phénomène est universellement humain. Est-il, pour autant, chrétien ? Relisons l’Evangile de ce dimanche avant de répondre. 

Evidemment, ce n’est pas évident de prier pour celui qui vous pourrit la vie. Mais la prière, c’est accueillir le Souffle de l’Esprit et, seul l’Esprit nous donne de quitter nos logiques mondaines pour épouser celles du Royaume.

L’actuel sommet au Vatican sur les abus sexuels dans l’Eglise, invite cependant à ne pas confondre les niveaux : le pardon et la prière ne sont possible que dans la vérité et le respect de la justice.  

Chaud devant…

Ce samedi midi, j’invite à déjeuner des amis français à qui je faisais visiter la belle ville de Liège. Le soleil est radieux et le patron du restaurant nous invite à manger en terrasse. Un de mes amis enlève son pull-over et se retrouve en chemise. Un 16 février… « C’est du jamais vu », dit l’un de nous. « C’est inquiétant », ajoute un autre. « Comme un chant de cygne de la création », murmure le troisième. 

Je laisse chacun contester qu’il y ait danger, car les débats climato-sceptiques me fatiguent. Me viennent cependant les paroles du Christ sur la maison bâtie sur le roc. (Matthieu 7, 24-27) Il y a urgence de rebâtir pour les générations futures, une société sur un roc autrement plus durable que notre modèle actuel. A défaut, il s’agira de se construire une vie spirituelle en béton, afin de tenir intérieurement quand dévaleront les torrents des eaux qui montent et que la tempête tropicale soufflera. Chaud devant… 

« Jésus réveille »– 6e dimanche de l’Année, Année C


« Malheur pour vous qui êtes repus maintenant… » (Luc 6, 17-26)

La version des « béatitudes » chez Luc, est plus courte et aussi plus incisive. Jésus y déclare « heureux » ceux qui sont en détresse et « malheureux » ceux qui sont comblés par la vie. 

Il ne s’agit pas d’une éloge masochiste de la souffrance, mais bien d’un appel à rester spirituellement en éveil. « Pauvres de nous » si nous vivons une petite vie bien pépère, en ne se préoccupant que de sa petite personne. Heureux celui qui connaît le poids d’une vie consacrée à la recherche de vérité intérieure et à l’aide au prochain, surtout le plus fragile. 

La vie l’apprend : les personnes qui vivent en égoïstes ne sont pas heureuses et finissent souvent bien seules.