« Non, ce n’est pas le père fouettard » – 2e dimanche de l’Avent, Année B

« A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur » (Marc 1, 1-8)

Quel est cet étrange compagnon du 2e dimanche de l’Avent ? Il habite dans le désert et est habillé d’une tunique de chameau. Vu son apparence austère et le temps du calendrier, certains enfants croiront peut-être qu’il s’agit du père fouettard.

Mais non. Cet homme ne vient pas départager les gamins sages de ceux qui sont… un peu moins sages. Sa parole rugueuse s’adresse à tous. Qui donc est ce type bizarre qui baptise dans le Jourdain ? Il est une voix qui crie dans le désert : « Préparez le chemin du Seigneur ! » 

Le temps de l’Avent c’est justement cela… Dans le désert spirituel de nos villes et de nos vies, préparer les chemins du Seigneur. Et nous de répondre à ce drôle de prophète : « Oui mais dis… pas facile, hein ! Tu ne te rends pas compte des obstacles ? Et puis, je ne suis pas un prophète professionnel. De plus, quand je parle de Dieu, on se moque de moi ». Mais nos objections ne déstabilisent pas le Baptiste. Il dit : « Si un obstacle se dresse, aplanissez la route. Ne craignez pas : Vient bientôt un plus grand que moi. Lui baptisera dans l’Esprit Saint ».

« Les sentinelles de la crèche » – 1er dimanche de l’Avent, Année B

«Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez !» (Marc 13, 33-37)

Avec le temps de l’Avent, s’ouvre une nouvelle année liturgique : nous quittons l’année durant laquelle l’Evangile selon Saint Matthieu fut lu chaque dimanche à l’église et entrons dans l’année consacrée à Saint Marc. Plus immédiatement, l’Avent est le temps de quatre semaines qui nous prépare à la Nativité.

Alors que la pandémie ouvre sur un Noël confiné, l’Eglise propose plus que jamais de préparer nos cœurs à la venue de l’Enfant de la crèche. Ce serait dommage qu’arrivé la nuit de Noël, nous nous disions soudainement – comme surpris : « déjà Noël ! » 

Un mois nous est donné, afin d’apprêter la crèche de nos cœurs à recevoir le Divin Enfant. C’est tout le symbole des couronnes de l’Avent qui ornent nos églises et – je vous y invite – également nos maisons : à chaque semaine, la lumière qui jaillit de la couronne augmente. De même, nous sommes appelés à devenir chaque semaine davantage lumineux de Noël.

L’Avent nous invite à nous ressaisir, afin que l’esprit de Noël ne se vive pas qu’une petite journée par an. Alors, soyons des sentinelles de la crèche. Il vient l’Enfant qui porte l’Amour au monde. Ne le ratons pas, parce que notre cœur somnole.  «Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez !» (Marc 13, 33-37)

Cultes – Pas un mot, ce n’est vraiment pas beaucoup…

Pas plus que les évêques de Belgique, je ne fais partie de ces catholiques qui militent en ce temps de confinement des cultes pour un retour immédiat à la Messe. Non pas parce que je m’en fiche ou que je ne souffre pas de l’absence de célébrations. Si je prône la patience et la discipline collective, c’est par solidarité avec la population et par soutien envers le personnel soignant.  Et puis aussi, par décence. Alors que tant de petits commerçants voient leur source de revenus agoniser pour cause de fermeture obligatoire, il me semblerait déplacé de pousser des revendications cultuelles. En ce temps de l’Avent qui s’ouvre, ce jeûne eucharistique – si crucifiant soit-il – peut d’ailleurs aussi être l’occasion pour les chrétiens d’approfondir la prière plus personnelle et d’aiguiser l’attention aux autres.   

Ceci étant dit, le fait que le Comité de concertation faisant hier soir le point sur les mesures de confinement en vigueur pour Noël n’ait pas dit un seul mot – pas un seul petit mot… – sur les cultes, mérite un commentaire. Je ne jette pas la pierre à nos gouvernants, tellement coincés entre virologues et lobbys socio-économiques, qu’ils ne savent plus à quels saints se vouer. Qu’aucun membre de leurs cabinets n’ai songé à leur rappeler que Noël, cela concerne aussi un tout petit peu ce truc qu’on appelle la religion, est déjà plus édifiant. 

J’entends ici, les brillants esprits – libérés de l’emprise du catholicisme de leur enfance –  me ricaner à la gueule: « enfin, vous comprenez que vous ne signifiez plus grand-chose dans ce pays ».  Bien sûr que la sécularisation et le pluralisme des convictions est passé par là. Quoi que… le catholicisme demeure encore – et de loin – la première conviction spirituelle de nos compatriotes. D’ailleurs, si tant de non-catholiques ont un rapport si particulier avec l’Eglise, rapport qui confine parfois au rejet adolescent – c’est que le cordon ombilical qu’ils ont coupé avec la religion de leurs racines, ne l’est peut-être pas tant que ça. Mais surtout – si l’évacuation de la dimension religieuse et/ou spirituelle de la société – rendait nos contemporains plus heureux, tout cela serait une bonne nouvelle. Il n’en est cependant rien. Que du contraire. J’en veux pour preuve tous les livres de méditation zen, wellness et de mindfullness qui se retrouveront sous les sapins, cette année encore. Oui, définitivement, « l’homme ne vit pas que pain »… (Matthieu 4,4)

Alors, que nous soyons catholiques ou pas, croyants ou non, rappeler l’origine religieuse de Noël et la dimension spirituelle qui s’y déploie, ne fait offense à personne. Mieux – cela fait du bien à tout le monde, car le symbole du petit Enfant de la crèche qui porte l’amour du monde, parle au coeur et ce, bien au-delà des murs des églises.

Vous savez quoi? Si les évêques de Belgique avaient été sur les barricades pour « exiger le retour au culte », plutôt que de se montrer solidaires et responsables, je suis persuadé que nos ministres auraient parlé hier soir du culte. Faut-il donc sans cesse taper du poing sur la table pour se faire respecter? Non – et le Dieu qui se fait enfant dans la crèche, est là pour nous le rappeler. Voilà pourquoi, me semblerait de mise, en ce temps qui prépare à la fête de Noël, un mot sur les cultes de la part de nos gouvernants. Un simple, tout petit mot…  

« Le Roi-nu-pieds » – Dimanche du Christ-Roi, 34e dimanche, Année A

«Chaque fois que vous l’avez fait à un de ces petits qui sont mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait» (Matthieu 25, 31-46)

En ce dernier dimanche de l’année liturgique – dimanche du Christ-Roi – l’Evangile nous fait réfléchir sur ce qu’on appelle communément « le jugement dernier ». Des générations entières ont eu l’imagination marquée par les bas-reliefs sculptés sur le portail de nos cathédrales: le Christ-Roi y trône en majesté et sépare les âmes justes de celles qui sont réprouvées. 

Mais cette représentation-là ne correspond pas pleinement à l’Evangile. Jésus est un roi dont la seule couronne est d’épine et l’unique trône, le bois d’une croix. Un roi humilié. Un roi crucifié. Un roi qui se fait le frère de tous les laissés-pour-compte de l’histoire.

L’unique question que ce Roi nous posera lors du jugement dernier, sera : Quand tu as croisé la route de ce pauvre type, nu, malade, prisonnier, affamé… l’as-tu servi comme un roi? Si tu l’as méprisé, comment pourrais-tu Me reconnaître comme ton Roi ?  Regarde-Moi : Je suis nu, malade et prisonnier. «Chaque fois que tu as fait du bien à un de ces petits qui sont mes frères, c’est donc à Moi que tu l’as fait».

« Talent caché – talent gâché » – 33e dimanche, Année A

«J’ai eu peur et je suis allé enfouir ton talent dans la terre» (Matthieu 25, 14-30)

La parabole des talents est bien connue. Et chacun s’étonne de la colère du maître. En effet, le serviteur qui n’a reçu qu’un seul talent (grosse somme tout de même) n’a rien fait de malhonnête. Il rend l’argent confié. Et pourtant, son patron le traite de « mauvais et paresseux »

Pourquoi ? Parce que – plutôt que d’oser prendre des risques – cet homme a écouté sa peur et a caché le talent qu’il aurait pu faire fructifier. La somme d’argent vise ici nos potentialités. C’est d’ailleurs le sens que le mot « talent » a reçu dans le langage courant – suite à cette parabole. 

Tous nous avons de reçu des talents. Certains plus que d’autres. Certains connaîtront l’échec. Dieu ne nous en voudra pas d’avoir essayé et échoué. Cela fait partie de la vie. La seule chose qui nous sera reprochée, c’est d’avoir caché nos talents par peur de rater. Talent caché – talent gâché.  

In memoriam Marc Metdepenningen

Sale temps pour les journalistes. Ce samedi, nous apprenions le décès de Jean-Jacques Durré, directeur des rédactions de Cathobel et ce jour, c’est celle de Marc Metdepenningen, pilier du journal Le Soir et grand spécialiste des affaires judiciaires. 

« Marcmet » est un de ces journalistes à l’ancienne que j’ai commencé à côtoyer quand j’étais porte-parole des évêques, surtout à l’occasion des scandales pédophiles dans l’Eglise. Par après, nous avons gardé un lien. Il me consultait encore deux ou trois fois par an. J’avais de la sympathie pour lui et je pense que c’était réciproque. Parfois, nous n’étions pas d’accord (cf. ma réaction en janvier dernier à un de ses billets d’humeur), mais c’était toujours dans le respect de l’autre. Marc intervenait régulièrement sur ma page FaceBook, avec un petit humour grinçant, mais jamais méchant.

C’était un timide révolté, à l’analyse fine et ferme. Sa grande érudition théologique m’intriguait. Il se piquait de parfois m’expliquer l’origine hébraïque de certains termes bibliques. Jaloux de son jardin secrets, jamais il ne m’expliqua l’origine de cette culture assez inhabituelle. Je me suis même demandé s’il n’avait pas commencé sa vie de jeune adulte comme novice dans quelque couvent… La seule fois où il fendit l’armure, ce fut en répondant à mes derniers voeux de Noël: « J’aime beaucoup la citation de ton message, même si ma chrétienté d’origine a été révoltée et repoussée par les aléas de la vie. » 

Marc a connu son grand Passage. Il a rejoint son épouse. Je prie pour lui et ses proches. Là-Haut, le Bon Dieu vient de recueillir un redoutable chroniqueur pour les pages « justices » du paradis… Elle me manquera, cette voix calme et légèrement rayée au téléphone, qui relançait un question après un court silence. A Dieu, cher Marc. Maintenant, tu sais.

In memoriam Jean-Jacques Durré

C’est avec stupéfaction que j’ai appris, il y a à peine une heure par la voix de Mgr Jean-Luc Hudsyn – évêque référent aux médias – le décès inopiné de Jean-Jacques Durré, directeur des rédactions des médias catholiques, soit de Cathobel

Il y a deux jours, Jean-Jacques m’appelait encore pour m’inviter avec Pierre Kroll à débattre de « caricatures et religion ». Il était en forme et parlait de ses projets avec enthousiasme. Et puis, ce jour, en ballade, une crise cardiaque le terrasse. 

Jean-Jacques était un homme aimable et bienveillant, un chrétien engagé et un journaliste compétent. Face au choc de sa disparition, nous sommes invités à méditer son dernier édito : « Comme croyants, nous ne devons pas entrer dans cette spirale infernale (…) Evitons de rester enfermés dans la peur, le désespoir ou la colère. Soyons des bâtisseurs de ponts et non de murs! »   

A sa famille, je présente mes sincères condoléances. A Dieu, cher Jean-Jacques. Je prie pour toi et tes proches. Je confie à ton intercession l’avenir des médias catholiques en Belgique francophone, que tu as si vaillamment servis. A Dieu donc – et merci.  

« La fourmi n’est pas prêteuse » – 32e dimanche, Année A

«Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure» (Matthieu 25, 1-13)

La parabole des vierges sages et des vierges folles que nous recevons ce dimanche comme Evangile, ressemble un peu à la fable de la Fontaine : « la cigale et la fourmi ». Les prévoyantes ne sont pas prêteuses et refusent de passer une partie de leur réserves d’huiles aux étourdies. Du coup, ces dernières ratent la noce.

Jésus ne fait pas l’éloge de l’avarice des vierges prévoyantes, mais met en garde contre l’étourderie des vierges folles. Combien de fois ne nous lamentons-nous pas en disant : « ah, si j’avais su ! »  Souvent, si nous avions été attentifs, nous aurions vu… mais notre cœur dormait.

Alors, réveillons-nous et écoutons ce que nous suffle l’Esprit. «Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure».

« La communion des saints, la résurrection de la chair, la vie éternelle » – Toussaint et commémoration des défunts

«Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 1-12)

L’Eglise catholique fête ce 1er novembre tous ses saints, soit ces défunts – connus ou anonymes – qui ont été perméables à l’amour divin sur terre et qui participent désormais à la plénitude du ciel. Leur course terrestre s’est achevée, mais ils sont tout sauf spirituellement morts. En Dieu, ils sont plus-que-vivants. Voilà pourquoi à ceux qui les invoquent, ils servent de premiers de cordée sur le chemin de la conversion. La communion des saints est cette solidarité profonde qui unit spirituellement les vivants sur terre et les vivants en Dieu.

L’Eglise catholique commémore ce 2 novembre plus largement tous les défunts, soit la multitude d’hommes et de femmes qui ont vécu leur grand passage. L’Eglise invite à prier avec eux, mais aussi pour eux. En effet, tout comme l’œil qui sort de la cave doit s’habituer à la lumière éclatante du soleil, de même beaucoup ont besoin d’une transition qui dilate leur cœur – état que l’Eglise du moyen-âge appela le « purgatoire ». La prière pour les défunts est donc une expression de la solidarité spirituelle qui unit les pèlerins de la terre à ceux du ciel. 

Le culte des saints et la prière pour les défunts sont bien davantage que des fioritures de notre foi de baptisé. En voyant le nombre impressionnant de nos contemporains qui – en ce début de XXIe siècle – visitent encore les cimetières, même en ce temps de confinement, nous constatons que l’affection pour « ces chers disparus » rejoint une intuition spirituelle profonde. En priant pour un défunt, nous l’accompagnons sur le chemin de notre commune destinée en espérance – la pleine communion dans l’Amour trois fois saint. Alors, l’adieu devient « à-Dieu ».