« Hygiène de l’âme »– 22° dimanche, Année B

« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qu’il le rend impur ». (Marc 7, 1-23)

En ce temps de rentrée scolaire, il est bon que nos têtes blondes reprennent de bonnes habitudes. Par exemple : bien se laver les mains avant de passer à table. Comment, dès lors, expliquer que quand des pharisiens demandent à Jésus pourquoi ses disciples prennent leur repas sans l’avoir fait, celui-ci les traite d’hypocrite ? Parce que les pharisiens pensaient qu’il suffisait de se laver les mains pour se purifier le cœur. Et Jésus d’avertir : « Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qu’il le rend impur ». S’il est utile d’apprendre à nos enfants l’hygiène du corps, il est encore plus vital d’aussi leur enseigner l’hygiène de l’âme. C’est bien de se laver les mains, mais encore mieux d’ouvrir ses mains pour partager. C’est important de se brosser les dents, mais tellement plus essentiel de ne pas ouvrir la bouche pour dire du mal de son voisin. C’est conseillé de prendre régulièrement un bain ou une douche, mais non moins nécessaire de régulièrement se replonger spirituellement dans l’eau de notre baptême. Bref, que ce temps de rentrée scolaire soit également – pour les petits comme pour les grands – un temps de redécouverte du Christ et de son Evangile.

Le Pape et la pédophilie

Sale temps pour le pape François…
Sa déclaration improvisée sur le nécessaire accueil par tout parent d’un enfant homosexuel a été médiatiquement balayée par sa mention fugace d’un possible recours à un psychiatre. Et certaines rédactions de conclure: il sous-entend que l’homosexualité est un trouble psychiatrique. La Vatican a beau expliquer et contextualiser, auprès de beaucoup le mal est fait.
Mais ce n’est pas tout: un nonce à la retraite demande à François de démissionner, en l’accusant d’avoir couvert un cardinal américain, récemment sanctionné pour pédophilie et inconduite morale.
Enfin, de nombreuses victimes de la pédophilie accusent le Pape de beaucoup parler et de peu agir.
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Loin de moi de penser que le Pape soit parfait. Ou que sa gestion du dossier de la pédophilie soit sans failles. Mais – soyons francs – qui d’entre nous peut se vanter de pouvoir gérer une question aussi délicate sans parfois commettre des faux-pas? Pas moi en tous les cas. En tant que porte-parole des évêques, j’ai eu à piloter médiatiquement  la démission de l’évêque de Bruges et ce, en trois jours. Dieu m’est témoin: à ce moment-là, j’ai agi dans l’urgence et à l’instinct. J’ai été bien conseillé et entouré, mais j’aurais tout aussi bien pu me planter magistralement. Alors, dans la position du Pape, je pense que la tâche devient titanesque. J’invite donc tous les catholiques à prier pour leur Pape, afin que l’Esprit l’inspire.
Cela est d’autant plus difficile qu’il est pris en tenaille entre une faction ultra-conservatrice qui veut l’empêcher de poursuivre sa mission et voit l’ombre d’un « lobby gay », complaisant envers la pédophilie, dans son entourage. Et de l’autre, une faction ultra-progressiste, qui veut révolutionner la vision traditionnelle de l’Eglise concernant la sexualité.
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Voici quelques pistes qui me semblent importantes pour que l’Eglise soit à la hauteur du défi de la pédophilie:
1. Il faut continuer à nettoyer les écuries d’Augias. Je ne suis donc pas choqué (mais bien sûr fort peiné) par les révélations du grand jury de Pennsylvanie. Je pense que d’autres dossiers vont continuer à sortir. Au lieu de commenter la chose en disant « vous voyez que l’Eglise ne fait rien », j’invite la presse à expliquer que ceci démontre au contraire que la culture du silence et la protection des contrevenants – c’est fini. Que cela se fasse laborieusement et maladroitement, j’en conviens. Mais il s’agit de soutenir ceux qui accompagnent ce mouvement – dont le pape – plutôt que de les clouer au pilori. Car cela fait le jeu de leurs adversaires.
2. Il s’agir de lutter contre cette maladie spirituelle, appelée par le Pape le « cléricalisme ». Elle consiste pour un clerc à se penser au-dessus du commun. Que les séminaristes soient donc éduqués à la collaboration et à l’écoute des femmes et des hommes dans la société et des baptisés dans l’Eglise.
3. Le célibat consacré (tout comme le mariage) ne peut être vécu de façon équilibrée que sur base d’une intégration harmonieuse de sa sexualité. Le fait de renoncer à fonder un couple et à vivre une sexualité active ne fait pas de vous un être angélique (ou un robot clérical) sans pulsions sexuelles et sans affectivité. De saines et saintes amitiés avec des hommes et des femmes, vécue avec la prudence voulue, ne détournent pas le prêtre de sa mission, mais l’y enracinent. Je me souviens des commentaires grivois lorsque le monde découvrit l’amitié entre saint Jean-Paul II et une philosophe américaine. Jusqu’au moment où le pape François réagit en déclarant: « Moi ce qui m’inquiète, c’est un prêtre incapable de vivre une amitié juste et saine avec une femme ».
Certains affirment que le célibat consacré est un risque en soi de dérapage, par frustration. S’il est imposé, il ne pourra épanouir. Par contre, s’il est librement accepté comme réponse adulte à un appel, je pense qu’il est porteur de sens et n’empêche pas la joie et le bonheur. D’ailleurs, le phénomène #Metoo démontre qu’une vie sexuellement « libérée », n’est – hélas – pas non plus une garantie de sexualité pacifiée et non-violente.
4. Le prêtre est un homme du spirituel et de l’invisible. S’il ne vit plus dans la prière, qui le relie à l’Esprit et à l’invisible de Dieu – il devient le plus perdu des hommes. Un vendeur de chaussures, s’il perd le goût de sa profession, agit néanmoins dans le visible et le concret et ceci le raccroche à la réalité. Un prêtre qui oublie le sens de Dieu devient – lui – un pantin pathétique. Invitons donc les prêtres à rester accroché à la prière et aidons-les sur ce chemin, en les encourageant. Et en priant pour eux.

« Crise spirituelle »– 21° dimanche, Année B

« C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ». (Jean 6, 60-69)

L’Evangile de ce dimanche se situe à un moment de crise spirituelle. Beaucoup de contemporains avaient suivi Jésus, pour des raisons humaines (ce que l’Evangile appelle « la chair ») : le prophète de Nazareth parlait bien et touchait les cœurs, Israël avait besoin d’un réformateur, ses guérisons impressionnaient, etc. Mais trop – c’est trop. En se présentant comme Pain de Vie, Jésus s’attribue une qualité divine. La réaction du public est immédiate : « ce qu’Il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! » Et Jésus de répondre : « Personne ne vient à moi, si cela ne lui est pas donné par le Père ». Or ce que donne le Père à ceux qui le Lui demandent, c’est l’Esprit. Aujourd’hui encore, nous commençons souvent à être chrétien pour des raisons bien humaines : « c’est mon éducation, il faut des valeurs, cela éduque nos gosses, etc. »Arrive cependant un moment où ces motivations terrestres ne suffisent plus. Parce qu’on est déçu par son Curé, parce qu’on n’accepte plus la morale catholique, parce qu’on est choqué par certains comportements, etc. etc. C’est la crise spirituelle. Ne reste alors que le disciple à qui l’Esprit donne de comprendre que toutes ces raisons trop humaines ne suffisent pas pour rester durablement fier de son baptême. « C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien ». Seul l’Esprit fait entrevoir la vraie raison – celle qu’exprime saint Pierre : « Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».    

« Pas de marketing…»– 17° dimanche, Année B

« Alors, de nouveau, Il se retira tout seul, dans la montagne ». (Jean 6, 1-15)

Ce Jésus n’est vraiment pas doué en matière de marketing… Il vient de faire un coup d’éclat en multipliant les pains. Les foules raffolent et en redemandent. Mieux : elles veulent en faire leur roi. Et lui, au lieu de prendre la balle au bond, que fait-il ? Il se retire, seul, dans la montagne pour prier son Père. Ses disciples – qui n’attendaient que de le voir triompher – n’ont pas dû comprendre.

Et pourtant, si Jésus multiplie les pains, ce n’est pas pour annoncer la fin des famines. L’Evangile n’est pas une assurance de gagner au win-for-life, mais une invitation à prendre le dur chemin de la conversion. La multiplication des pains annonce que le Royaume du Père est source d’abondance spirituelle et de partage fraternel. Mais le cœur humain est lent à comprendre ce que son âme pressent. Quand passe un gourou qui annonce un bonheur aussi trompeur que facile – nous sommes séduits. Tandis que le Verbe de Dieu, que les foules voulaient couronner pour de mauvais motifs, finira couronné d’épines sous les regards amusés.  

« Vous allez disparaître » – La Libre p.41

Ce lundi 23 juillet est parue ma chronique mensuelle dans le quotidien La Libre en p.41.
Son titre original est « Vous allez disparaître ». Pour la lire, cliquez que le titre (plus polémique) donné par la rédaction: « Quand un responsable politique laïque et maçon, me lance: « Vous allez disparaître »
Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression.

« Saint repos »– 16° dimanche, Année B

«Reposez-vous un peu ». (Marc 6, 30-34)

De retour de mission, les apôtres sont fatigués. En bon pédagogue, Jésus les invite à se reposer. Cela n’est pas anodin. Nous vivons dans une société de l’efficacité et du travail. En soi, ce n’est pas mauvais de faire l’éloge de l’effort. A condition, cependant, que la sacro-sainte compétitivité ne devienne pas une religion. Le « toujours plus vite, plus fort et plus intense »ne peut tenir éternellement. Nous ne sommes, ni des surhommes, ni des robots. D’où le besoin de repos, de recul, de vacances. Pas uniquement pour « ne rien faire » ou pour bronzer, mais pour nous oxygéner l’esprit. Afin de faire le point, de creuser en nous-mêmes, voire pour retrouver la source de notre baptême en écoutant davantage l’Esprit.

Les vacances, ce n’est pas forcément partir loin, ou visiter beaucoup de choses. Les vacances, c’est prendre du recul par rapport au quotidien, afin de revenir plus frais, plus disponible, plus lucide, et pourquoi pas ?… plus chrétien. Car du travail nous attend à notre retour et pas uniquement pour gagner notre croute. Il s’agit aussi de notre mission de baptisé : « Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, Il se mit à les instruire longuement ».

Quand une candidate évoque Mère Teresa…

Celles et ceux qui me connaissent un petit peu, savent que j’ai des amis dans tous les partis politiques démocratiques. Celles et ceux qui connaissent la politique belge, savent cependant que – pour toute une série de raisons liées à l’histoire – plusieurs partis politiques gardent une forte tradition laïque. En privé, je partage bien des choses avec certains responsables de ces partis de culture « laïque », mais – en public – les marqueurs sociaux soulignent  que « nous ne sommes pas du même bord »…(Je n’ai jamais totalement compris ce que cela signifiait, mais en Belgique il semble encore important d’avoir un « bord »).
Contrairement à ce qui se voit chez les Français, Britanniques ou Italiens, il reste ainsi exceptionnel de rencontrer un mandataire socialiste qui s’affiche comme catholique convaincu et pratiquant. Théoriquement parfaitement possible – bien sûr – mais en pratique…
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Sans doute que cela changera un jour, mais pour le moment, c’est ainsi en Belgique francophone. Sauf… quand les mandataires PS sont de cultures musulmanes. Alors, ils me saluent en public en soulignant qu’il est important que l’Eglise catholique poursuive sa mission et parle haut et fort dans la société.
J’en ai reçu une nouvelle preuve dans les journaux du groupe ‘Sudpresse’ de ce jour, avec l’interview de Loubna Jabakh. Cette juriste de 37 ans est propulsée sixième sur la liste PS de la commune de Saint-Josse.
Voilà une jeune femme belle et intelligente, qui ne cache pas d’avoir été élève dans l’école catholique bruxelloise pour filles par excellence : la Vierge Fidèle. Et quand le journaliste lui demande: «  Avez-vous des modèles, en politique ? », elle répond tout de go : «  Pas vraiment, non. J’ai beaucoup d’admiration pour Mère Teresa, qui a su faire preuve de l’abnégation la plus totale, tout laisser pour les autres. » 

Soyons francs… A quelques exceptions près (qui font froncer des sourcils), imaginons-nous beaucoup de mandataires de souche chrétienne (de quelque «  bord » qu’ils soient, croyants ou pas, pratiquants ou non) de n’importe quel parti politique, oser déclarer pareille chose aujourd’hui dans la presse? La réponse à cette question nous invite à creuser le rapport de déni adolescent que notre société entretient par rapport à son héritage judéo-chrétien…

Avortement – dialogue de sourd entre deux humanismes.

S’il y a bien un point commun entre le Centre d’action Laïque (CAL) et l’Eglise catholique, c’est leur opposition à la future proposition de loi sur la sortie de l’avortement du code pénal… pour des raisons diamétralement opposées. Pour le CAL, cette proposition garde des balises morales et des sanctions, culpabilisantes et infantilisantes pour les femmes. Pour l’Eglise, cet acte gouvernemental transforme la dépénalisation partielle de l’avortement en un droit fondamental à un acte médical, dont les gardes-fous finiront balayés.
La différence entre CAL et Eglise, c’est que le premier milite activement pour une sortie de l’avortement du code pénal et ce, depuis des années, alors que la seconde s’est contentée de publier un seul  communiqué prudent et circonstancié à son encontre. Ceux (et il y en a encore…) qui s’offusquent d’une ingérence des évêques dans ce domaine, feraient donc bien d’aller méditer la parabole de la paille et de la poutre. (Matthieu 7, 3-5)
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Ce que je constate chaque année avec plus d’acuité, c’est qu’il ne s’agit pas tant d’un désaccord politique entre « laïques » et « croyants ». Dans le domaine de l’avortement, nous ne parlons tout simplement plus le même langage, de par une vision différente de l’humain. Cela fut illustré ce WE de façon éminente, par le dialogue de sourd entre Karine Lalieux (PS) et Catherine Fonck (CDH) dans les colonnes du quotidien bruxellois « Le Soir ». Voilà deux femmes politiques que je trouve courageuses et engagées. La première, laïque convaincue, fulmine contre la proposition de loi. La seconde, médecin et chrétienne (mais nullement inféodée à l’Eglise catholique), la soutient – à tort, selon moi, mais avec sincérité.
Ce qui me frappe, dans leurs échanges musclés, c’est que cela va bien au-delà d’un désaccord. Elles ne parlent tout simplement pas de la même chose.
Quand Catherine Fonck pose: « Nous n’avons jamais été en faveur d’une dépénalisation complète parce que pour moi, cela signifie alors que l’avortement devient un acte médical comme un autre, alors que ce n’est pas le cas car il y a un tiers en présence, le fœtus. », Karine Lalieux lui oppose :  «  Et c’est une grande farce, qui ne fera que raviver ce qu’on disait en 1990 : c’est la morale, les croyances qui ont de nouveau pris le pas sur le choix, la détermination, la responsabilité des femmes. On dit qu’elles ne sont pas assez responsables et que comme on les prend pour des imbéciles, il faut pénaliser pour qu’elles ne fassent pas n’importe quoi. » 
Quand Fonck appuie sur le clou: «  Car il s’agit du corps de la femme, mais pas uniquement. Il y a un tiers en présence. Le fœtus. Nous considérons que ce tiers en présence, c’est aussi un cœur qui bat un cerveau qui fonctionne – il suffit de voir combien les gynécologues insistent pour mettre de la musique sur le ventre. Et là, vous ne prévoyez aucune limite : cela va de 18 semaines à la fin de la grossesse. Nous ne voulons pas que l’IVG soit un acte banal ou un acte médical comme un autre. », Lalieux tempête: «  Un acte banal ? Aucune femme ne considère cela comme aller se faire arracher une dent ! Qu’on arrête de dire cela ! C’est vraiment prendre les femmes pour des femmes légères. » 
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Quel que soit votre avis sur le fond de la question, constatons l’abîme: à aucun moment ces deux femmes ne se rencontrent-elles sur un terrain commun. La question tant philosophique que juridique à trancher dans le débat sur l’avortement, est celle de savoir si, outre le choix de la femme, il convient de tenir compte « d’un tiers » (la vie humaine à naître). Si oui, pourquoi? Si non, pourquoi? A aucun moment, Karine Lalieux n’entre-t-elle dans ce débat. Tout au plus, dit-elle qu’avorter c’est autre chose qu’arracher une dent. Bien sûr. Mais encore? Qu’est-ce qui entre donc en jeu? Pourquoi ne pas répondre?
Selon moi, nous avons ici affaire à bien autre chose qu’une opposition entre « conservateurs » et « progressistes » ou encore entre « croyants » et « laïques ». Il s’agit d’une différence d’humanisme, c’est-à-dire un autre regard sur l’humain. Les pro-choice (de droite comme de gauche) défendent la primauté de l’individu et de ses droits – ici en l’occurrence la femme et son choix. Les pro-life (avec toutes leurs nuances internes), considèrent l’humain comme une « personne », soit un être en relation. Dans le douloureux débat sur l’avortement, il y a donc pour eux à tenir compte de la relation à un tiers : la vie humaine en devenir.  
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Comparaison nest pas raison et le débat sur les migrants est d’une toute autre nature – sauf qu’il touche aussi à l’humain.  A sa façon, il oppose donc aussi opinions « pro-choice » et « pro-life »   C’est pourquoi, un même dialogue de sourd se rencontre en la matière (mais avec des forces politiques souvent inversées) entre défenseurs des frontières nationales au nom du droit des peuples à «  choisir librement »  comment disposer de leur territoire et militants de la dignité et de la vie des tiers en présence.
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Oui, il est aisé et consensuel de se proclamer humaniste. Mais il s’avère laborieux d’en tirer des conclusions concrètes communes, dans un débat qui brasse émotions, postures idéologiques et intérêts contradictoires.