« Là où est ton trésor, là sera ton cœur » – 17° dimanche, Année A

« Ayant trouvé une perle de grande valeur, il vend tout ce qu’il possède, et il achète la perle». (Matthieu 13, 44-52)

La parabole du trésor dans le champ et celle de la perle rare, sont des illustrations de la conversion. L’homme ou la femme qui fait l’expérience spirituelle du Christ, comprend intérieurement que tout le reste n’aura de la valeur qu’en fonction de l’unique nécessaire. A la manière du jeune amoureux qui abandonne le confort de la vie célibataire pour sa belle, le disciple du Christ change de vie – non par devoir – mais par désir. Comme l’écrira quatre siècles plus tard saint Augustin : « Donne-moi quelqu’un qui aime et il sentira la vérité de ce que je dis. Donne-moi un homme tourmenté par le désir, donne-moi un homme passionné, donne-moi un homme en marche dans ce désert et qui a soif, qui soupire après la source de l’éternelle patrie, donne-moi un tel homme, il saura ce que je veux dire. »

La parabole du filet plein de poisson, que l’on trie sur le rivage – explique que le chrétien est ensuite invité à faire un tri dans sa vie pour choisir ses priorités : Qu’est-ce qui est au service de l’Evangile et qu’est-ce qui m’en détourne ?  « C’est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux, est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien ». 

« Divine patience » – 16° dimanche, Année A

«Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson». (Matthieu 13, 24-43)

Quel point commun entre les trois paraboles de ce dimanche : le bon grain et de l’ivraie, la graine de moutarde et le levain dans la pâte ? Un même appel à la confiance et à la patience – comme dans la parabole du semeur de la semaine dernière.

Face à l’impatience de ses disciples qui veulent que « cela bouge et que Dieu règle leur compte aux méchants », Jésus explique que Son Père prend patience avec les hommes. Tel ce propriétaire qui laisse le bon grain et l’ivraie pousser ensemble jusqu’à la moisson. Tel ce jardinier qui sème une minuscule graine de moutarde. Il sait qu’avec du temps et de l’entretien, elle deviendra un arbre puissant. Telle cette femme qui met un peu de levain pour faire monter toute la pâte.

Dans une société qui nous habitue au « tout, tout de suite » et à l’impatience de la télécommande (dès qu’une émission TV m’embête, je « zappe » sur autre chose), l’Esprit invite à la persévérance dans nos engagements et à la patience envers nous-mêmes et les autres. Comme Dieu est patient envers chacun de nous.   

En cette veille de fête nationale, prions aussi pour notre pays et ceux qui le gouvernent. Que nos hommes politiques pratiquent cette patience et persévérance en vue du bien commun.  

« La confiance du Semeur » – 15° dimanche, Année A

 «Voici que le semeur est sorti pour semer…». (Matthieu 13, 1-23)

Nous connaissons tous l’explication de la parabole du semeur, telle qu’elle se trouve en l’évangile selon saint Matthieu. Elle est juste et judicieuse, mais sans doute ne date-t-elle pas de Jésus, mais bien de l’époque de la rédaction de l’évangile – quelque quarante années plus tard. Il s’agissait alors d’encourager la jeune Eglise, faisant face aux premières persécutions : « Soyez comme une bonne terre ! Ne vous découragez pas et ne laissez pas les soucis du monde, vous détourner de l’Evangile. » Voilà un message d’encouragement, qui invite à être une « bonne terre, qui accueille la semence ».

Quand Jésus raconte la parabole, le contexte est cependant différent. Il est suivi par des jeunes disciples, qui croient qu’Il est le Messie et comprennent d’autant moins que « rien ne bouge ». Ils le harcèlent donc de questions : « Quand vas-tu prendre le pouvoir ? Chasser les Romains ?  Rétablir un culte juste et la place du royaume d’Israël face aux nations ? » Face à tant d’impatience, Jésus répond : « Mon Père – lui – ne raisonne pas comme vous : Il sème Sa parole à tous vents. Pour les bons comme pour les méchants. Il sait qu’une partie de la semence ne germera pas. Mais Il garde confiance. Celle qui tombera en terre et portera du fruit, rapportera au centuple. » Ici, l’accent de la parabole est mis sur la confiance – un message qui murmure à notre âme : Tel le Père, soyons des semeurs d’amour et d’Evangile à tous vents – auprès des bons, comme des méchants.     

La sagesse du Petit Prince – 14° dimanche, Année A

 «Ce que Tu as caché aux sages et aux savants, Tu l’as révélé aux tout-petits». (Matthieu 11, 25-30)

Si « le Petit Prince » de Saint-Exupéry est un tel succès littéraire mondial, c’est parce que ce petit livre touche du doigt une réalité fondamentale : « les grandes personnes », soit les humains qui se prennent trop au sérieux, passent à côté de l’essentiel de la vie.

Dans le monde de la spiritualité chrétienne, sainte Thérèse de Lisieux a rappelé la même chose. Il ne s’agit nullement d’un éloge de l’infantilisme, mais bien d’un plaidoyer pour l’enfance spirituelle. Seul l’adulte libre et responsable peut comprendre que face au Mystère ultime (« Dieu » pour le croyant, « la Réalité » pour les autres), il est comme un enfant – appelé à se recevoir avec gratitude et confiance.

Alors seulement, nous sentons-nous un peu moins écrasé par le poids de nos vies – parfois pourtant pétries de souffrance – à commencer par le poids de notre propre ego. « Venez à Moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et Moi, Je vous procurerai le repos. »      

Eglises chrétiennes : vivre d’Esprit ou d’imposture…. – La Libre p.33

Ce vendredi 3 juillet est parue ma chronique du mois dans le quotidien La Libre en p.33

Pour la consulter, cliquez sur : « Eglises chrétiennes : vivre d’Esprit ou d’imposture…. » 

Merci à La Libre de m’offrir cet espace d’expression. 

Indépendance du Congo – Homélie du Cardinal-Archevêque de Kinshasa

Indépendance Tcha Tcha…? Pas vraiment. S’il y a un point sur lequel le courrier du roi des Belges (au président congolais) et l’homélie du cardinal-archevêque de Kinshasa se rejoignent, c’est que chacun balaie devant sa porte. Le souverain belge devant la porte belge. Le prélat congolais devant la porte congolaise. Lisez cette homélie… C’est tout sauf de la langue de buis. EdB

Homélie de Son Eminence Fridolin Cardinal AMBONGO BESUNGU, Archevêque Métropolitain de Kinshasa, le 30 juin 2020 à l’occasion du 60ème anniversaire de l’Indépendance de la RD Congo Liturgie de la Parole du mardi 30 juin 2020 (60 ans de l’Indépendance de la RDC) 

Excellence Monseigneur le Vicaire Général, Chers Frères et Soeurs dans le Seigneur, Chers Compatriotes 

1. La RD Congo, notre pays, célèbre aujourd’hui un jour exceptionnel : le 60ème anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Nous n’avons pas le droit d’oublier ce jour qui a été l’aboutissement de tant de sacrifices et du sang versé par les vaillants fils et filles du Congo. 

2. Comme nous l’avions entendu dans la première lecture, à la sortie d’Egypte, Moïse avait dit aux Israélites : « Souvenez-vous de ce jour » (Ex 13,3.8). Et nous peuple Congolais, nous avons ce grave devoir de mémoire, de nous souvenir de ce jour. Seulement, l’événement que nous célébrons aujourd’hui est aussi, en partie, à la source de notre malheur d’aujourd’hui. Contrairement aux pays voisins, l’indépendance du Congo, obtenue le 30 juin 1960, a été une indépendance plus rêvée que réfléchie : alors qu’ailleurs, on réfléchissait sur le sens de l’indépendance, on préparait les gens aux conséquences de l’indépendance ; nous, au Congo, nous rêvions l’indépendance ; de telle sorte que notre indépendance a été rêvée avec émotion, avec passion, avec l’irrationalité, au point qu’à ce moment-là, nous ne savions pas ce qui nous attendait le lendemain. La conséquence sur le comportement des Congolais qui ont eu à accéder des responsabilités continue encore à se vérifier aujourd’hui. 

3. Rêver de l’indépendance signifiait pour les Congolais de l’époque : accéder à l’indépendance pour occuper les postes des Blancs, s’asseoir sur les sièges des Blancs, jouir des avantages qui étaient réservés aux Blancs et pas aux Indigènes à l’époque. Accéder à l’indépendance signifiait pour beaucoup, la fin des travaux forcés, justement ; mais au-delà des travaux forcés, l’indépendance était comprise comme la fin de tous les travaux salissants. A l’indépendance, nous ne ferons plus des travaux de terre, nous serons tous des chefs. Nous allons occuper les postes des blancs. Le lendemain de l’indépendance, et cela s’est vérifié avec la décision de la zaïrianisation : les Congolais ont occupé les postes des Blancs. Et étant donné qu’ils ne comprenaient rien de ce que faisaient les Blancs quand ils occupaient tel ou tel poste, l’exercice d’autorité, l’exercice des charges, que ce soit des charges politiques ou dans le socio-économiques ou dans l’administration a été compris comme l’occasion de jouir comme les Blancs. 

4. Ainsi, l’exercice d’autorité au Congo a été compris comme une occasion de jouissance. On accède au pouvoir pour jouir, non pas rendre service à ceux qui sont sous ma responsabilité mais pour jouir comme le Blanc. Alors que ce dernier, quand il était assis sur ce fauteuil, il ne faisait pas que jouir. Il travaillait. Il comprenait le sens de son travail. Nous, par contre, nous avons mis de côté le service à rendre aux autres et nous avons mis l’accent sur la notion de la jouissance. 

5. Un regard rapide sur les soixante ans qui viennent de se passer montre que ce grand rêve des Congolais a été progressivement brisé par une série des faits et événements. Nous avons connu la succession des régimes autocratiques qui arrivent au pouvoir comme les colons sans aucun souci de la volonté du peuple et cela continue jusqu’aujourd’hui : par la force, les guerres ou par la ruse, la fraude et en installant un système égoïste dans la gestion de la chose publique au lieu de promouvoir le bien-être commun du peuple congolais à qui on estime qu’on a aucun compte à lui rendre parce que ce n’est pas à grâce de lui qu’on est arrivé au pouvoir. On ne se sent pas du tout redevable à ce peuple. A cela s’ajoutent la culture de l’impunité pour les grands. On sanctionne les petits qui volent une poule, qui vole une chèvre, qui donne un coup à quelqu’un. Il peut se retrouver à Makala. Les grands, c’est l’impunité total. Heureusement que il y a quelque chose qui commence à bouger. Il y a l’acharnement de la majorité parlementaire actuelle à faire main basse sur la CENI et la Magistrature. Ce sont des pratiques qu’on ne peut jamais tolérer. Parce que nous savons que de ces deux Institutions, dépendent l’indépendance du peuple. Et ses principes sont consacrés dans l’Etat de droit. Quand on parle de l’Etat de droit, il y a ces principes-là : l’indépendance de l’organe qui organise les élections et l’indépendance de la Justice, de la Magistrature. Si vous n’avez pas ces deux-là, oubliez l’importance qu’on puisse accorder au peuple. 

6. Comment comprendre que 60 ans après son accession à la souveraineté internationale, le peuple congolais continue à s’appauvrir au point d’être classé aujourd’hui parmi les peuples les plus misérables de la terre. L’inviolabilité de son territoire n’est vraiment pas garantie et le projet de la balkanisation du Congo toujours à l’ordre du jour. Quand nous regardons tout ce qui se passe à l’Est du pays, la situation à Ituri, avec l’insécurité organisée, malheureusement par certains responsables à partir de Kinshasa ; la situation à Beni-Butembo, avec les ADF-NALU qui sont toujours là. Comment expliquer que toute une armée du pays comme le Congo ne soit pas capable de déloger ces quelques individus qui sont dans la brousse à Beni. Et pourtant, vous vous en souviendrez qu’au mois de janvier, l’Armée avait solennellement annoncé ici la fin de ces Mouvements ADF-NALU qu’elle avait pris le contrôle de tout le territoire et qu’elle les avait mis hors d’état de nuire. Pourtant, ils sont toujours là et toujours menaçants. Il ya la situation au Sud-Kivu, dans le Diocèse d’Uvira, autour de Minembwe, où les Armées des pays voisins viennent s’affronter chez nous : Rwanda et le Burundi. Et que dire de la situation au Tanganyika : même la Zambie qui, jusque , est considérée comme un pays ami, se permet d’occuper notre territoire. La vérité est que le Congo qui a 9 voisins, tous sont présents chez nous : soit par leurs Armées, c’est la plus part des cas ; soit par leurs immigrés. Nous savons que derrière les immigrés se cache la politique d’occupation de notre pays. C’est le cas de Grand Nord, avec les réfugiés venant de Centre-Afrique et avec les éleveurs Mbororo. Quant à la spoliation de ses ressources naturelles, elle se fait au grand jour, avec la complicité des certains Congolais, sans que la population ne puisse en profiter réellement. 

7. Nous devons bien le reconnaître, chers frères et soeurs, après 60 ans d’indépendance, le constat est sans appel : nous avons honteusement échoué. Nous n’avons pas été capables de faire du Congo un pays plus beau qu’avant. Nous n’avons pas aidé notre peuple à redresser son front plus que jamais courbé. En tout, nous avons collectivement failli. 

8. Que devons-nous faire ? L’évangile de ce jour nous invite à la responsabilité. Car chacun de nous aura à rendre compte devant Dieu de ce qu’il aura fait de ses talents, de ce beau pays aux potentiels immenses : qu’avez-vous fait de votre pays ? C’est la question qui nous sera posée lorsque nous présenterons devant le Tribunal Suprême. Qu’avez-vous fait de toutes ces richesses, de toutes ces potentialités que je vous ai données gracieusement. A question, ce n’est pas la classe politique qui va aider le pays à sortir de la détresse. Nous devons sortir de cette mentalité comme on l’entend souvent à la cité : que le Président ou le Gouvernement vienne faire ceci ou cela. Ce sont des comportements irresponsables. C’est le peuple lui-même. 

9. Nous savons très bien que la coalition CACH-FCC qui est au pouvoir depuis plus d’une année. Cette coalition sait très bien comment elle avait foulé au pied la volonté du peuple pour en arriver là. La coalition sait. Maintenant, ses membres le disent. Malgré tout, le peuple avait fini par se résigner et accepter le fait accompli. Un peu comme dans le récit de Jacob qi avait volé la bénédiction destinée à son frère aîné Esaü (cf. Gn 27), le peuple espérait que du mal originel pouvait sortir un bien. Malheureusement, le constat est là. 

10. Il n’y a de coalition au pouvoir que de nom. De part et d’autre, c’est le désamour, le coeur n’est plus à l’ouvrage. Au lieu de travailler ensemble autour d’un programme commun de gouvernement, les Coalisés ne se font plus confiance. Ils ont développé un rapport dangereux de rivalité qui risque d’entrainer tout le pays dans le chaos définitif. Pendant ce temps, l’action gouvernementale est complètement paralysée et le service légitime à rendre à la population est sacrifiée. Le peuple est abandonné. En définitive, la coalition au pouvoir a perdu sa raison d’être. Elle devrait normalement disparaître. C’est de la responsabilité de ceux qui se sont coalisés, le Président et le Président sortant, de faire éclater cette coalition qui conditionne le développement de notre pays. Et aussi longtemps que cette coalition sera là, il n’y a rien à espérer de nos Gouvernants. C’est inacceptable. 

11. Nous dénonçons les velléités actuelles, surtout de la Majorité parlementaire actuelle, qui tendent à remettre en question les espoirs de la population pour un pouvoir judiciaire réellement indépendant et au service du pays, et non des individus, et aussi pour une CENI au-dessus de tout soupçon. Sur ces deux points : la position de l’Eglise Catholique est claire. 

1) Autour de la question de la CENI, nous notons de la part de la Présidente de l’Assemblée Nationale une attitude de mépris vis-à-vis de l’Eglise Catholique, de l’Eglise Protestante et de la population congolaise. Ces deux Eglises qui représentent plus de 80% de la population congolaise ont dit non à la nomination d’un personnage qui a déjà fait ses preuves dans les fraudes électorale. Malgré le non de ces deux Eglises, Madame la Présidente continue tranquillement à faire croire au peuple les Confessions religieuses se sont réunies pour signer un document pour la candidature de ce Monsieur qui était le cerveau-moteur du système Naanga. Nous n’en voulons pas. 

2) La deuxième preuve du mépris que l’Assemblée Nationale a pour le peuple, c’est par rapport à ces trois lois Minaku-Sakata. Le peuple n’en veut pas. L’Eglise Catholique, l’Eglise protestante, les Associations Civiles se sont prononcées massivement contre ces lois qui ne visent qu’à protéger ceux qui se sentent coupables. Et là, nous notons aussi une attitude de mépris, d’arrogance qui a caractérisé l’ancien système. Nous ne l’acceptons pas. Dès lors, et à l’occasion de la célébration de l’indépendance de notre pays, je lance cet appel à l’ensemble de notre peuple, de notre population, à la Société Civile, à l’Eglise Catholique qui est déjà à l’ordre de marche, à l’Eglise Protestante à s’élever, à redresser le front pour faire barrage à ces velléités qui n’ont comme unique objectif que de protéger les intérêts partisans de ceux qui ne veulent pas d’une justice juste. Les jours à venir seront difficiles. Et je tiens ici à demander au peuple de se tenir en ordre de marche. Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils s’obtiendront à faire passer ces lois et ce personnage à la tête de la CENI, il faudra qu’il nous trouve sur leur chemin. On ne peut pas continuer, après 60 ans de l’indépendance du pays, à gouverner par défi, par mépris du peuple, par mépris de l’Eglise Catholique et de l’Eglise Protestante. 

12. Que par l’intercession de nos Bienheureux Martyrs, Isidore Bakanja et Marie-Clémentine Anuarite, Dieu libère le Congo de tous ceux qui l’écrasent et le conduise à sa pleine souveraineté. 

+ Fridolin Cardinal AMBONGO BESUNGU, ofm cap Archevêque Métropolitain de Kinshasa 

« Qui perd gagne » – 13° dimanche, Année A

«Qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera». (Matthieu 10, 37-42)

Avec le début des mois d’été, beaucoup vont tenter de prendre du repos, après le confinement et la pandémie. Nous en avons besoin.

Attention cependant de faire du loisir et des vacances l’idéal de notre vie. Vivre uniquement en fonction d’un épanouissement égoïste, est un piège. Bien vite, cette « vie de rêve » étouffe l’âme. Seul ce qui nous tire vers le Haut, offre un bonheur durable. Et souvent, ceci passe par le renoncement, voire le sacrifice : aider son prochain, servir les plus démunis, vivre radicalement les Béatitudes,… 

Qui accepte de « perdre » un peu de son confort de vie au nom du Christ et de Son Evangile, « gagne » bien davantage – car il devient spirituellement plus vivant. 

« En plein soleil » – 12° dimanche, Année A

 «Ne craignez pas…» (Matthieu 10,26-33)

La saison du soleil s’annonce, alors que nous avons vécu à l’ombre du confinement depuis près de trois mois. La crainte d’une deuxième vague de pandémie nous taraude. Cette peur est légitime, mais ne peut nous paralyser. Apprenons à vivre au grand jour – en plein soleil.

« Ne craignez pas ! » dit le Christ. Vous êtes dans la main du Père. « Même les cheveux de votre tête sont tous comptés ». La seule chose qui pourrait nous perdre, c’est de renoncer à notre dignité d’enfant de Dieu. Ou comme le rappelle Jésus : ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais bien ceux qui pourraient vous faire perdre votre âme.

L’Appel du 18 juin et la (non-)formation du Gouvernement fédéral belge…

En ce 80° anniversaire de l’appel du 18 juin, je souhaite établir un lien entre cet événement fondateur de la « France libre » et l’actuelle (non-)formation du Gouvernement fédéral belge. Quel lien? Beaucoup de lecteurs concluront que « de Gaulle, au moins, était un homme d’Etat. Tandis que nos bras cassés actuels… »  Je juge, quant à moi, pareille analyse trop courte, en ce qu’elle dédouane à bon marché le premier intéressé: l’électeur. Or, s’il est bien une chose dont de Gaulle et Churchill – les deux pères symboliques de la démocratie moderne en Europe – étaient persuadés, c’est que l’électeur n’a pas toujours raison. En ce 18 juin ’40, une grande majorité de Français soutenait Pétain. En cas de vote sur le sujet, combien auraient à l’époque soutenu le fameux « Appel du 18 juin » dont chacun se réclame aujourd’hui ?

Ceci lève un voile sur la difficulté actuelle de la (non-)formation du Gouvernement fédéral belge. Si on suit le message de l’électeur, il faut former un gouvernement avec les deux plus grands partis du pays: la NVA au nord et le PS au sud. Mais alors, dira l’électeur wallon, le PS trahit le coeur de son discours politique. Et l’électeur du nord dira la même chose des nationalistes flamands, qui ont fait du gouvernement sans le PS, leur marque de fabrique. Combien n’ont pas reproché au CVP de papa, devenu CD&V, d’être un parti accroché au pouvoir, prêt à naviguer à gauche comme à droite au gré des scrutins, pour rester aux manettes? Exit donc le leadership des chrétiens-démorates en Belgique fédérale. En nu? Wat gedaan?  

Soit l’électeur accepte que les deux grands partis mangent leurs promesses électorales, soit il accepte qu’une opposition soutienne un gouvernement fédéral minoritaire, soit il demande que l’on refédéralise le jeu politique avec une significative circonscription électorale fédérale, soit il choisit que l’on régionalise à fond le pays… avec une plus grande disparité de niveaux de vie entre les régions. Le vieux Belgicain que je suis, n’est certainement pas acquis à la dernière option. Cependant, il s’agit de trancher. Décider de de pas décider et de continuer à se regarder en chien de faïence pendant des mois encore, est la plus mauvaise des politiques. Cela aussi, l’appel du 18 juin nous le rappelle.  

Bref, il est un peu facile pour l’électeur et les éditorialistes de tous bords, de se lamenter à chaque pas que nos politiciens font. On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Il y a une direction à prendre et un prix à payer pour la suivre. Reste à trouver le « Général » ou « les Généraux » qui prendra (/ont) sur lui (/eux) de faire un «Appel » pour sortir la Belgique de l’impasse. Un ou des politique(s) prêt(s) à en payer le dur prix de solitude, tout en maintenant le cap dans la tempête… Charles de Gaulle, priez pour la Belgique.