« La gifle » – 7e dimanche de l’Année, Année A

«Eh bien, moi je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. (…) Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. »  (Matthieu 5, 38-48)

Dans la logique des humains, il y a ceux que nous considérons comme alliés et ceux que nous voyons comme adversaires. Les premiers nous paraissent naturellement sympathiques, au contraire des seconds – bien plus antipathiques.

La parole du Christ bouleverse ces évidences, telle une gifle à notre bonne conscience. Accueillir le regard d’amour inconditionnel que Dieu pose sur chacune de nos vies, n’est possible qu’à celui qui pose un regard similaire sur son prochain. Si cela ne transforme pas la terre en un lieu où tout le monde « il est beau et gentil », cela fait en sorte que même l’ennemi est considéré comme un frère en Christ. Malgré nos désaccords et conflits, il s’agit de prier pour lui. Et s’il nous fait du mal – à nous de vouloir son bien.

En recommandant cela, Jésus ne nous en demande-t-Il pas trop ? A vue humaine, sans aucun doute. Seul l’Esprit peut nous inspirer un amour à la mesure de Dieu, c’est-à-dire sans mesure. Demandons donc la force de l’Esprit.

Ecoles : que faire du cours de morale ?

J’invite à lire la chronique ci-dessous de Vincent de Coorebyter, professeur à l’ULB, chronique publiée en page 15 du quotidien « le Soir » de ce jour. 

Je suis surtout frappé par la pleine reconnaissance de ce que les initiés savaient déjà. Je cite ce passage de sa chronique : «  La situation change à partir de 2012. Le Cedep qui regroupe douze associations laïques, propose alors de supprimer l’obligation de suivre un cours de religion ou le cours de morale, et réclame une formation citoyenne et philosophique pour tous qui deviendra, quelques années plus tard, le cours de philosophie et citoyenneté. La laïcité organisée renie ainsi le cours de morale, dont le public est cloisonné. Par ailleurs, au moyen d’une stratégie subtile, elle provoque l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 12 mars 2015, qui au terme d’une argumentation controversée conclut que la législation permet que le cours de morale non confessionnelle soit engagé, de sorte qu’il n’offre pas un substitut neutre aux cours de religion. » 

Et je pose une question: pourquoi la presse, si habile à décoder les enjeux souterrains, ne l’a-t-elle pas dit à l’époque? 

Dans un tout autre sujet, j’apprends que plusieurs partis de la Chambre se montrent favorable à à l’ouverture ces jours-ci, d’une enquête par le Conseil supérieur de la justice (CSJ) à propos d’une possible “influence non autorisée” qui aurait précédé le procès d’assises à Gand (procès concernant l’euthanasie de Tine Nys). En clair, d’aucuns soupçonnent le frère René Stockman, supérieur des frères de la Charité, d’avoir influencé le parquet général de Gand. Comment un religieux habitant Rome pourrait ainsi faire pression sur la haute magistrature (chose qui semble tout à fait invraisemblable), n’est pourtant expliqué par personne….  Bref, quand d’improbables rumeurs parlent d’une possible influence catholique sur la justice, le monde politique s’agite. Par contre, que le monde laïque se serve de la Cour Constitutionnelle pour faire passer son agenda, cela semble une manoeuvre tout à fait normale. 

« Selon que vous serez puissants ou misérables… » enseignait Lafontaine. Qui est puissant aujourd’hui et qui misérable? 

(La chronique de Vincent de Coorebyter)

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Si l’on réaffirme la neutralité du cours de morale non confessionnelle, il semblera faire double emploi avec le cours de philosophie et citoyenneté. Ne pourrait-on choisir de lui conférer officiellement un caractère engagé ? Et comment conserver tels quels ses programmes, à présent qu’il n’est plus soutenu par la laïcité organisée ?

C’est un enjeu dérisoire au regard de la marche du monde, mais il est révélateur des ambiguïtés de la politique belge, et plus précisément francophone.

En vertu de l’article 24 de la Constitution, qui prolonge sur ce point le Pacte scolaire, les écoles publiques doivent offrir le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle. La création d’un cours de philosophie et citoyenneté n’a pas modifié cet état de fait : elle a seulement réduit l’horaire consacré à ces cours à une heure par semaine au lieu de deux.

Le cours de morale non confessionnelle reste donc organisé. Or il se trouve que, au 1 er septembre 2021, ses enseignants devraient détenir un « certificat en didactique du cours de morale non confessionnelle » pour exercer leur fonction. Ce certificat doit donc être mis en place, mais cela suppose de répondre au préalable à une question difficile : à quoi sert encore le cours de morale, aujourd’hui ?

Lorsque l’on a commencé à organiser des écoles publiques, en 1842, l’enseignement de la religion catholique y était obligatoire. Une dispense pouvait être obtenue, mais elle obligeait les parents à manifester une sorte d’hostilité à l’égard du catholicisme, ce qui demandait du courage.

Le tournant du Pacte scolaire

Au fil du temps, les partis porteurs des valeurs laïques ont tenté de rendre le cours de religion facultatif, puis de créer un cours de morale non confessionnelle en alternative au cours de religion. La loi du Pacte scolaire, en 1959, et l’article 24 de la Constitution, en 1988, consacreront cette idée : dans les écoles publiques, un cours de « morale non confessionnelle » doit être proposé en sus des différents cours de religion.

Jusque-là, tout était clair, ou presque. Même s’il a été voulu par les partis de tradition laïque, le cours de morale non confessionnelle était conçu comme un cours neutre, ouvert à tous ceux qui ne souhaitent pas un des cours de religion qui leur sont proposés : il ne s’agissait pas d’un cours de morale laïque, destiné à défendre les principes de la laïcité organisée. Certes, le premier décret sur la neutralité de l’enseignement public, en 1994, parle d’un « cours de morale inspirée par le libre examen ». Mais cette expression doit s’entendre au sens où une démarche pédagogique fondée sur la raison suppose le libre examen. La Commission permanente du pacte scolaire a été limpide dans sa résolution du 8 mai 1963 : « Le cours de morale non confessionnelle est un guide d’action morale fondée sur des justifications sociologiques, psychologiques et historiques. Il ne fait pas appel à des motivations de caractère religieux ; il ne tend pas non plus à la défense d’une ultime conception philosophique déterminée. »

C’est la raison pour laquelle, en Communauté française, le cours de morale n’est pas contrôlé par le monde de la laïcité. Alors que les chefs de culte fixent les programmes des cours de religion, en choisissent les enseignants et organisent l’inspection de ces cours, ce sont les pouvoirs publics qui assument ces prérogatives pour le cours de morale. Comme le disent les libellés législatifs et constitutionnel, le cours de « morale non confessionnelle » n’est pas censé être assimilé à un cours de morale laïque.

Pour autant, le monde de la laïcité organisée a toujours porté un intérêt particulier à ce cours, et en a soutenu le développement en créant la Fédération des amis de la morale laïque en 1969 et le Conseil de la morale laïque en 1998. Plus encore, au fil de glissements successifs, la pratique s’est banalisée de rebaptiser ce cours en « cours de morale laïque », et les programmes officiels adoptés en 2002 et en 2005 (selon le niveau d’enseignement) comportent des références explicites à la laïcité dans leurs premières pages voire, en 2005, dès la première ligne (« Un programme pour le cours de morale laïque ! »). En outre, d’éminents juristes considèrent que les décrets sur la neutralité de l’enseignement public autorisent les professeurs de morale à être aussi engagés que leurs collègues de religion. Cette lecture me paraît discutable, mais elle traduit bien le fait que, pendant plusieurs décennies, le monde de la laïcité a vu dans le cours de morale un relais pour ses valeurs.

L’obligation d’une alternative

La situation change à partir de 2012. Le Cedep qui regroupe douze associations laïques, propose alors de supprimer l’obligation de suivre un cours de religion ou le cours de morale, et réclame une formation citoyenne et philosophique pour tous qui deviendra, quelques années plus tard, le cours de philosophie et citoyenneté. La laïcité organisée renie ainsi le cours de morale, dont le public est cloisonné. Par ailleurs, au moyen d’une stratégie subtile, elle provoque l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 12 mars 2015, qui au terme d’une argumentation controversée conclut que la législation permet que le cours de morale non confessionnelle soit engagé, de sorte qu’il n’offre pas un substitut neutre aux cours de religion. Pour la Cour, le caractère laïque du cours de morale a fini par l’emporter, ce qui impose de créer une alternative aux cours de religion et de morale : cette alternative prendra la forme d’une deuxième heure par semaine d’enseignement de la philosophie et de la citoyenneté, pour les parents ou les élèves qui ne veulent pas des autres cours.

Quel programme ?

Nous en sommes là aujourd’hui, et l’ambiguïté est criante.

Aucun décret, et encore moins la Constitution, n’a officialisé la transformation du cours de morale non confessionnelle en un cours de morale laïque. Dans leur grande majorité, les professeurs de morale ne sont pas liés au monde de la laïcité, qui lui-même ne se reconnaît plus dans leur cours. Tout est donc en place pour rendre au cours de morale sa neutralité originelle, et pour interdire à ses enseignants d’utiliser le flambeau laïque ou de préparer leurs élèves à la fête laïque de la jeunesse.

Mais, si l’on réaffirme la neutralité du cours de morale non confessionnelle, il semblera faire double emploi avec le cours de philosophie et citoyenneté, et en particulier avec sa deuxième heure. On pourrait donc choisir, à l’inverse, de conférer officiellement un caractère engagé au cours de morale. Mais peut-on conserver tels quels ses programmes, à présent qu’il n’est plus soutenu par la laïcité organisée ?

Que faire du cours de morale ? C’est la question à laquelle le gouvernement devrait répondre, avant de mettre en place un certificat en didactique du cours de morale non confessionnelle.

Vincent de Coorebyter Professeur à l’ULB

« Accomplir la loi » – 6e dimanche de l’Année, Année A

« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » (Matthieu 5, 17-37)

L’humain est prompt à se fixer des règles de vie en société… et à juger son prochain qui les transgresse. Le Christ ne remet pas en cause la loi, issue de la tradition croyante en Israël. Mais alors – objectent ses critiques – pourquoi guérir le jour du Sabbat ou pardonner à la femme adultère ? Jésus répond qu’il existe un accomplissement de la loi. Il est de l’ordre de la Grâce, c’est-à-dire de la vie de l’Esprit. La Grâce révèle que tout humain est quelque part dans la transgression. Tel, parce qu’il a pensé mal de son prochain. Tel autre, parce qu’il a secrètement désiré la femme de son voisin. Bref – personne n’est justifié par ses œuvres, mais chacun peut être sauvé, en accueillant dans son âme un Amour plus grand. Alors – sa vie devient bienveillance et pardon.          

« Le goût de Dieu » – 5e dimanche de l’Année, Année A

« Vous êtes le sel de la terre. » (Matthieu 5, 13-16)

L’Esprit-Saint nous donne le goût de Dieu. Pas un goût doucereux, qui fait de nous des béni-oui-oui.  Pas un goût amère, qui fait de nous d’éternels frustrés. Pas un goût fade, qui fait de nous des êtres apathiques. Mais bien un goût pimenté. Un goût qui réveille. Un goût qui éveille à la vie, au sens de Dieu et à l’amour des hommes.

Les chrétiens sont moins nombreux aujourd’hui ? Indéniablement – mais nul besoin de mettre beaucoup de sel sur les aliments. Une petite pincée suffit. A condition que ce sel ait du goût, car « si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien ».          

« Lumière des nations » – Présentation du Seigneur

« Mes yeux ont vu le salut, que tu as préparé à la face des peuples. » (Luc 2, 22-40)

Quarante jours après la Nativité, l’Eglise célèbre la présentation de l’enfant Jésus au temple. Ce faisant, Marie et Joseph se conforment à l’usage qui voulait que les parents offrent leur premier-né au Seigneur, puis le rachètent par un don symbolique (pour les couples au revenu modeste : un couple de tourterelles ou deux petites colombes)

Cet épisode est chargé de sens : Voici que le Christ – présence de Dieu sur terre – rentre dans le temple, qui en Israël est la demeure de Dieu. Avec la présentation de l’Enfant-Dieu au temple, la première alliance – scellée avec le peuple élu – rencontre l’alliance nouvelle et éternelle pour toute l’humanité. Les bougies que nous portons en procession en cette fête, célèbrent l’Enfant qui illumine le monde : « lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël ». Au temple, ce sont deux vieillards qui jubilent en annonçant l’accomplissement de la promesse. Tout en avertissant que l’aube nouvelle passera par la nuit du Golgotha : « Vois, ton Fils qui est là, provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Et, toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. »     

#Brexit- Quand Winston #Churchill répond à @Nigel_Farage

« Nous aimons l’Europe, mais haïssons l’Union européenne ». Ainsi, scanda Nigel Farage avec toute sa gouaille, lors de son discours d’adieu au parlement européen« Et nous lancerons un débat à travers le continent, pour que d’autres pays suivent le Brexit… C’est la lutte du populisme contre le globalisme »….  Voilà un langage qui doit faire rougir de plaisir tous les empires – déclinants ou émergeants – qui rêvent de diviser l’Europe pour mieux y régner. 

Qu’il me soit permis de lui répondre avec les mots de la figure tutélaire de tant de Brexiters, soit Winston Churchill himself. Car – oui – le grand homme fut le père du rêve européen. Sans cependant jamais y inclure le Royaume-Uni. 

Le 19 septembre 1946, c’est dans un continent en ruines qu’il prononça à Zurich un discours, traçant les lignes du destin européen : « Ce continent magnifique, qui comprend les parties les plus belles et les plus civilisées de la terre, qui a un climat tempéré et agréable et qui est la patrie de tous les grands peuples apparentés du monde occidental. L’Europe est aussi le berceau du christianisme et de la morale chrétienne. Elle est à l’origine de la plus grande partie de la culture, des arts, de la philosophie et de la science du passé et du présent. Si l’Europe pouvait s’unir pour jouir de cet héritage commun, il n’y aurait pas de limite à son bonheur, à sa prospérité, à sa gloire, dont jouiraient ses 300 ou 400 millions d’habitants. En revanche, c’est aussi d’Europe qu’est partie cette série de guerres nationalistes épouvantables (…) Ces horreurs, Messieurs, peuvent encore se répéter. Mais il y a un remède (…) Il consiste à reconstituer la famille européenne, ou tout au moins la plus grande partie possible de la famille européenne,  puis de dresser un cadre de telle manière qu’elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté. Nous devons ériger quelque chose comme les États-Unis d’Europe. (…) J’en viens maintenant à une déclaration qui va vous étonner. Le premier pas vers une nouvelle formation de la famille européenne doit consister à faire de la France et de l’Allemagne des partenaires. (…) Mais j’aimerais lancer un avertissement. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous. Nous vivons aujourd’hui un moment de répit. Les canons ont cessé de cracher la mitraille et le combat a pris fin, mais les dangers n’ont pas disparu. Si nous voulons créer les États-Unis d’Europe, ou quelque nom qu’on leur donne, il nous faut commencer maintenant. »  

En ce Brexit Day, je souhaite sincèrement good luck à ce Royaume-Uni, dont je suis si proche de coeur. Dans une précédente chronique, j’ai expliqué pourquoi l’Union doit tout faire pour ne pas couper les amarres avec Albion. Cependant, je demande également aux Britanniques de ne pas chercher à saborder l’Union. Ils torpilleraient le rêve de Churchill, qui avait compris mieux que quiconque, que – sans un tel projet – le Continent retrouverait le chemin de la division et – je ne l’exclus nullement – de la guerre. 

Les « nonnes » et les machos – réponse amicale à un billet d’humeur

Voici le billet d’humeur de Marc Metdepenningen, paru en p.8 du quotidien « le Soir » de ce 29 janvier. Ma réponse lui fait suite:

Le burn-out des nonnes, témoin du machisme d’une Eglise hors des temps modernes

Les 649.000 religieuses de l’Eglise catholique qui travaillent dans des couvents ou des institutions à travers le monde sont des esclaves de prêtres et d’évêques pour lesquels elles effectuent des prestations ménagères non rémunérées et sans contrat d’emploi. Elles sont aussi parfois victimes d’abus sexuels que la honte leur impose de ne pas révéler.

Le magazine Femmes Eglises du monde , inséré dans L’Osservatore romano , l’organe officiel du Saint-Siège, rendait compte récemment de la situation dégradée et anachronique des nonnes, réputées être chacune épouse de Jésus (qui n’est pourtant pas réputé polygame). Elles sont aussi victimes de burn-out lié à l’amplification des tâches qui leur sont imposées. Les travaux ménagers dans les couvents ou au bénéfice des desservants mâles de l’Eglise se sont accrus en parallèle de la décroissance de leurs effectifs (-10 % au cours de la décennie écoulée et jusqu’à -21 % aux Etats-Unis). La distribution des tâches dévolues aux religieuses s’est amplifiée, à raison de l’appauvrissement des vocations. Elles sont en outre assumées par des nonnes de plus en plus âgées qui n’ont plus le même rendement.

Cette situation de burn-out et de stress amplifié, constatée récemment par l’Union internationale des supérieures générales qui chapeaute plus de 1.900 congrégations, réduit aussi à peau de chagrin la finalité des nonnes dont la vocation, certes volontaire, est celle de la prière ou de la médiation, supplantée de plus en plus par les services à rendre aux « hommes de l’Eglise », qui leur refusent par ailleurs l’accès à la plénitude de leur engagement religieux en leur refusant l’accès à la prêtrise.

Les « femmes de l’Eglise » sont des « sous-hommes ». Les vœux de pauvreté qu’elles formulent à leur entrée dans les congrégations les privent de salaire, de droits sociaux. Rome a pris conscience du problème. L’abandon de la vie religieuse laisse ces femmes sans droits à une existence sans ressources. Une maison pour religieuses défroquées a été ouverte par le Vatican. Des ex-nonnes ont été contraintes à des pratiques de « prostitution de survie », selon le cardinal Joao Braz de Aviz.

Le burn-out des nonnes révèle une fois de plus le déphasage total de l’Eglise en regard du siècle dans lequel elle se doit d’évoluer. Leur cause est aussi un défi social, comme un cri contre le machisme structurel qui persiste au sein d’une Eglise vieillotte et devenue incompréhensible dans son respect des droits fondamentaux.

Marc Metdepenningen

Ma réponse à ce billet d’humeur:

J’ai de la sympathie pour Marc Metdepenningen, bon journaliste et intervenant régulier sur ma page FaceBook. Cependant – comme je le lui ai écrit – son billet d’humeur du jour dans le quotidien « le Soir » est tellement caricatural, qu’il en devient insignifiant. Et manque donc sa cible.  

Que l’Eglise – comme tant d’autres pans de la société – doive continuer à se guérir du patriarcat, je ne puis le contester. Que le statut des religieuses mérite une actualisation, est une réalité, régulièrement discutée dans le monde du droit canonique, auquel j’appartiens. Il s’agit, en effet, de traiter sur un total pied d’égalité, les consacrés masculins et féminins, sans que ces dernières vivent une forme de tutelle des premiers. Que via un mouvement #Meetoo dans l’Eglise, des religieuses commencent à secouer le cocotier de prélats dominants et indignes, est salutaire et à encourager. Que la précarité économique de certaines religieuses soit dénoncée, toujours d’accord. 

Cependant, parler de « déphasage total » de l’Eglise, est injuste. Il existe une évolution dans l’Eglise, quant à la place des femmes en général et des religieuses, en particulier. Exemple:  comme Vicaire épiscopal, membre du conseil de l’évêque, j’ai plusieurs collègues féminines. Impensable, il y a 25 ans.  Le chemin à parcourir est encore long – je suis d’accord… Mais cela ne vaut pas que pour l’Eglise. Le patriarcat a-t-il complètement disparu du monde de l’entreprise, de la politique, voire même de la presse? Le burn-out est-il propres aux religieuses? Ne le rencontre-t-on pas tout autant chez des prêtres, évêques, businessmen, journalistes, etc.  

Mais surtout – décrire les religieuses du monde entier comme des « esclaves de prêtres ou d’évêques etc. etc », est une insulte à toutes ces femmes consacrées, dont beaucoup vivent une vocation solaires et inspirantes, dignes héritières en cela des Hildegard von Bingen, Thérèse d’Avila, mère Theresa et soeur Emmanuelle. Réduire a priori toutes les « nonnes » au rang de victimes sans aucune prise sur leur choix de vie et épanouissement, me semble de la part de l’auteur de ce billet d’humeur, une attitude paradoxalement fort… machiste.  

« Hors-piste » – 3e dimanche de l’Année, Année A

« Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » (Matthieu 4, 12-23)

Dès le début de sa mission publique, Jésus quitte Nazareth et choisit de s’installer dans un lieu exposé à l’incroyance. Proche de régions non-juives et lieu d’échange commerciaux, la Galilée était taxée par l’élite religieuse de Jérusalem de « carrefour des païens ». A la suite de Jésus, les chrétiens sont invités à « sortir » de leurs églises. C’est ce que rappela le pape François lors de sa toute première audience générale : « Il faut  sortir à la rencontre des autres, nous rendre proches pour porter la lumière et la joie de notre foi . Toujours sortir!»

C’est en Galilée que Jésus appelle ses premiers disciples. Pour ce faire, il ne fréquente pas les écoles théologiques. C’est de quelques pécheurs du lac de Tibériade, qu’il fait des « pêcheurs d’hommes ». A sa manière, chaque baptisé – même sans formation religieuse particulière – est appelé à être un « pêcheur d’homme ». Cela signifie, comme le rappelle notre Pape, de sortir des églises pour annoncer l’Evangile sans avoir peur de notre société sécularisée – « carrefour des païens ».   

« Vue d’Esprit » – 2e dimanche de l’Année, Année A

« L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer (…) C’est Lui le Fils de Dieu. » (Jean 1, 29-34)

Le temps de la Nativité se termine. Jusqu’au début du carême, nous entrons dans le cycle des dimanches, dits « ordinaires ». Les prêtres et diacres portent à cette occasion des vêtements liturgiques verts – couleur de l’espérance. 

L’Evangile de ce dimanche part de l’expérience du baptême de Jésus avec le témoignage de Jean : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel (…) et demeurer sur Lui ». Ce passage nous invite à redécouvrir nos propre baptême. Vivre son baptême, c’est laisser l’Esprit demeurer concrètement au cœur de nos vies. Il s’agit donc de vivre nos joies et nos peines sous le regard de Dieu. Face à une épreuve, combien de fois ne nous enfermons-nous pas dans une réaction purement « mondaine » – avec colère, frustration, jalousie, orgueil… ? Quand cela nous arrive, arrêtons-nous un moment et prions l’Esprit. Il ne réglera pas notre problème, mais nous aidera à le vivre comme le Christ nous y invite – c’est-à-dire dans la paix intérieure et l’amour du prochain.  

En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, souvenons-nous que ce qui rassemble catholiques, orientaux, orthodoxes, anglicans et protestants, est bien plus puissant que ce qui nous sépare : le Christ, notre Unité – dans la vie, la mort et la résurrection duquel nous sommes baptisés par la puissance de l’unique Esprit, pour vivre le Royaume en enfant du Père.