Carême en confinement – Jour 18 – Une Semaine Sainte au goût de Samedi Saint

En néerlandais, « Samedi Saint » se dit « Stille Zaterdag »« Samedi Silencieux ». En effet, en attente de la Résurrection, il n’y a que le silence de la mort qui,occiupe cette journée dans Eucharistie.  

L’évêque de Hasselt, Mgr Patrick Hoogmartens, expliquait ce jour dans le quotidien « Belang van Limburg » que toute cette Semaine Sainte était vécue cette année comme un grand Samedi Silencieux. Pas d’offices publics, peu de monde dans les rues, pas de vacances… Le silence qui plombe tout, mais peut aussi être un chemin vers l’intériorité, dans un monde qui en a tant besoin.

A chacun, je souhaite une fructueuse entrée en cette Semaine Sainte, si pleine de silence…   

Carême en confinement – Jour 17 – Administration et confinement…

Ce matin, je téléphone à l’ONEM pour cette amie sans trop de ressources (cf. mon récit de hier), qui n’avait pas touché son chômage. Au bout du fil, un monsieur bien aimable, m’explique qu’il y a du retard, car les services sont débordés. Fort bien… Mais je me dis: cette amie n’a pas internet pour joindre l’ONEM et ne pouvait donc pas envoyer un mail (d’ailleurs, j’avais essayé et le système était bloqué) et elle n’avait pas suffisamment de crédits de téléphone pour passer le coup de fil que j’ai pu donner. Heureusement, elle a quelques connaissances pour passer le cap difficile des jours maigres. Mais comment donc, font les personnes sans familles ou amis, qui sont dans sa situation? Et je ne vous parle pas de quelqu’un sans-papier ou au chômage. Non, elle a un travail régulier de technicienne de surface, mais son salaire habituel suffit tout juste à couvrir ses frais et ceux de son fils. Et ici, avec le chômage technique, tout est chamboulé… Je crains que la grave récession économique qui s’annonce, va multiplier ce genre de complication. Il nous faudra être doublement solidaires. 

Moins dramatique et même comique: afin que le travail de tutelle sur les fabriques d’église puisse se continuer dans le service que je dirige et où mes collaborateurs travaillent en télé-working, je dépose en personne une série de documents aux communes concernées. Dans une première commune, je téléphone et on me dit à qui les remettre. Je le fais, reçois mon reçu et m’en vais… Cela a pris 5 minutes et toutes les règles de confinement furent respectées. Dans une seconde commune, la, réceptionme dit de téléphoner à tel n° le vendredi matin, ce que je fis… sans réponse. Retéléphonant à la centrale, on me répond qu’on ne peut me passer la personne et que je dois réessayer au n° de téléphone en question. Je l’ai fait et refait une dizaine de fois… en vain. Je me doute bien que les équipes sont restreintes, vu les consignes de téléworking…  Mais tout de même, je n’ai pas trouvé que ma tâche fut facilitée par l’administration de cette commune… Je suis donc rentré chez moi, avec mes dossiers sous le bras 😉. Je râlais un peu, mais c’est une mésaventure risible par rapport aux drames causés par la pandémie. 

« Eli, Eli, lama sabactani ?» – Dimanche des Rameaux et de la Passion, Année A

« Mais Jésus, poussant à nouveau un grand cri, rendit l’Esprit. Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas. » (Matthieu 26 et 27, 14-66 et 11-54)

Avec le dimanche des Rameaux débute la « Semaine Sainte », c’est-à-dire la sainte semaine des chrétiens. La semaine qui résume notre foi en un Dieu qui aime l’humanité de façon déraisonnable. Un Dieu crucifié par amour, qui pardonne les péchés jusqu’à son dernier souffle, car « ils ne savent pas ce qu’ils font ». De cet Amour fou, les rameaux qui orneront les crucifix de nos maisons, sont le rappel tout au long de l’année. 

Ne vivons pas cette semaine de façon distraite, malgré les mesures de confinement. Vivons dans la mesure du possible les offices de la semaine sainte et le chemin de croix que KTO, RCF, RTBF ou d’autres diffuserons. Ainsi, pourrons-nous vivre – même au coeur de cette terrible pandémie – la Pâques du Christ avec un cœur de ressuscité.   

Carême en confinement – Jour 16 – Les pauvres et les morts…

Coup de téléphone paniqué d’une amie, qui travaille comme technicienne de surface. Sans beaucoup de  moyens économiques, elle est entrée en chômage technique depuis deux semaines, confinement oblige. Mais voilà -elle n’a pas perçu son chômage, alors que les factures continuent à tomber. Comme elle n’a pas internet, je lui promet d’envoyer un message à l’ONEM, ce que je fais. Mais – problème technique? – mon email refuse de se laisser envoyer. Je téléphonerai donc demain à l’ONEM, en espérant ne pas attendre trop longtemps. Je me dis que pour des personnes comme elles, ce temps de confinement est vraiment une épreuve. Et ce n’est pas fini.

Toute autre est la situation de cette autre amie, qui a accompagné sa maman en fin de vie. Celle-ci est décédée ce jour et l’amie me téléphone pour les funérailles. Je lui explique que ce sera au cimetière. Elle me recontacte pour le dire que la cérémonie ne peut dépasser 20 minutes, pour des raisons sanitaires. Compréhensible, mais difficile de faire son deuil dans de telles circonstances…

Carême en confinement – Jour 15 – Maigres poissons…

J’aime bien la culture des poissons d’avril. Comme chaque année, j’en fait un sur mon blog. 

Pourtant, cette année, j’ai bien senti que le coeur n’y était pas. Alors que vos proches passent leurs journées à vous envoyer des vidéo rigolotes (ou presque…), c’est comme si une pudeur s’était emparée de nous.Pudeur face aux défunts, morts souvent de façon confinée. Pudeur envers leur famille qui vit des funérailles réduites au plus stricte minimum. Pudeur envers les malades. Pudeur par crainte d’attraper le virus, ou d l’avoir attrapé sans le savoir. Pudeur envers les soignants qui n’arrêt pas. Envers tous les autres qui se démènent durant cette crise et tous ceux qui ne peuvent plus guère sortir de chez eux. Pudeur, enfin, face à la récession économique dure et profonde qui s’annonce.

Oui – cette année, ce furent de maigres poissons. Des poissons de temps de carême…    

Ceci n’est pas un poisson d’avril: Léviathan, sors de ton confinement ! – La Libre pp.32-33

Ce mercredi 1er avril est parue dans les colonnes du quotidien La Libre, une chronique conjointe de Bruno Colmant (économiste UCLouvain), Baudouin Decharneux (philosophe des religions ULB) et votre serviteur.

Outre que les deux co-auteurs sont des amis et des personnes d’une grande stature intellectuelle, j’apprécie le regard complémentaire posé sur la crise actuelle. 

Pour lire la chronique, cliquez sur « Leviathan, sors de ton confinement! » 

Merci à La Libre de nous offrir cet espace de réflexion.  

Confinement – Office du jeudi Saint en Radio ou en TV – Consignes liturgiques concernant le geste du lavement des pieds

Confinement oblige, nombre d’offices du triduum pascal seront cette année célébrés en studio d’enregistrement, afin d’être diffusés via la Radio (RCF…),  la TV (KTO…), ou encore plus simplement via FaceBook pour nombre d’offices en paroisse. 

Pour l’office du jeudi saint, se pose la question du lavement des pieds. Comme reproduire un geste si fort, alors qu’il n’y a guère d’assistants à l’office diffusé depuis le studio et que tout contact direct est prohibé pour raisons sanitaires?

C’est à cela qu’un écrit de la Congrégation du culte divin a cherché à répondre.  Par lettre circulaire, datée de ce mercredi 1er avril, Mgr Sardynalwill,  deuxième sous-secrétaire à la Congrégation du culte divin, propose d’adapter la liturgie du jeudi saint aux circonstances pastorales. « Nous préconisons de garder le beau geste du lavement des pieds lors des célébrations en studio, mais de le faire sous une forme particulière, soit le lavement des pieds de micro », écrit le prélat. «  Le micro représente, en effet, en l’occurence, l’accès à la communauté des fidèles absents à l’office. Il est donc liturgiquement indiqué d’en faire le réceptacle théologique d’un geste de service pastoral ». 

Une preuve supplémentaire, qu’à l’ère du pape François, Rome veille à s’adapter aux réalités du terrain dans un monde médiatique. 

Carême en confinement – Jour 14 – Les élèves et leurs parents…

Ce jour, c’était l’anniversaire de mon neveu et filleul. Je téléphone donc au jeune adolescent et nous parlons de choses et d’autres. Il me dit qu’il a du travail scolaire, car chaque jour, les professeurs lui envoient des devoirs. « Cela fait plus ou moins de boulot que quand tu es en classe ? », lui demande-je. « Plus » me répond-il. Je souris, et lui raconte que les séminaristes à Namur font exactement la même récrimination. Comme quoi…

Plus tard dans la journée, je parle avec son père, qui est mon frère cadet. « Je vois que l’école suit les choses avec lui », lui dis-je. « Tu ne crois pas si bien dire », me répond-il. « Sa mère et moi passons des soirées entières à l’aider. J’ai dû signaler à l’école que, vu nos emplois du temps professionnels, nous ne savions plus suivre. » 

Bref, pour élèves comme parents… vivement le retour à l’école 😉. 

Carême en confinement – Jour 13 – Le vrai poids des choses


S’il y a un truc qu’une crise majeure comme celle que nous traversons nous apprend, c’est le vrai poids des choses.

Tant d’événements, qui ordinairement nous occuperaient le coeur et l’esprit, sont remis sans effort à leur juste place. Ainsi, je suis honoré par la confiance de mon évêque, qui m’a confié une nouvelle mission. Et pourtant, ma tête est ailleurs. Auprès de ceux que j’aime et pour lesquels je ne puis m’empêcher de m’inquiéter. 

Par contre, il suffit d’un rien pour émouvoir. Un chat dans un arbre, un lapin dans un fossé, un corbeau dans un parc, le reflet d’un pont dans la Meuse… Et je me surprends à sourire comme le gosse que je n’ai jamais tout à fait cessé d’être. 

Comment sortirons-nous de tout ceci? Recentré sur l’Essentiel ou renvoyé au monde des apparences et du superficiel? Seul l’avenir nous le dira. 

Carême en confinement – Jour 12 – Mais il y a l’humour…


Depuis les origines de l’humanité, trois démarches permettent à l’humain de prendre recul par rapport à la réalité qui s’impose à lui: la religion, qui creuse et célèbre le sens du réel ; l’art, qui vise à saisir et reproduire la beauté du réel ; et l’humour, qui s’amuse face aux paradoxes et impasses du réel.

Au coeur de cette terrible pandémie, l’humour vit bien. Comme tant d’autres, je reçois chaque jour sur mon smartphone, des dizaines de vidéos cherchant à faire sourire en ce temps sombre. Ce matin, une des étudiantes siciliennes qui loge dans le bâtiment où je me trouve, racontait en riant que dans son village, il y a des drones avec caméra et haut-parleur, pilotées par le maire du lieu. Ceci lui permet, dans son accent rocailleux de rappeler ses concitoyens à l’ordre quand ils ne respectaient pas le confinement, en les appelant chacun par leur prénom. Don Camillo et Peppone, à l’heure du Covid, en quelque sorte… 

Oui, cette pandémie fait peur. Mais tant que les hommes trouveront l’énergie d’en rire, ils tiendront debout.