Cours de religion à l’école – un cours résiduel ?

J’apprécie la qualité journalistique d’Eddy Caekelberghs et ses connaissances en matière religieuse. D’où ma totale surprise en écoutant son émission « Au bout du jour », hier soir dans ma voiture. Le sujet était le nouveau cours de « philosophie et de citoyenneté » face au cours de religion. Dans un domaine aussi sensible, je me serais attendu à un peu de retenue et à des points de vue diversifiés. Mais non – en fermant les yeux (ce qui n’est pas chose à faire au volant) – je me serai cru dans une émission concédée du Centre d’Action Laïque. Je résume ce que j’ai entendu (à chacun de vérifier en réécoutant le podcast) : La voie pédagogique à proposer par l’école, ce sont les deux heures de philosophie et citoyenneté. L’heure de religion doit devenir un choix explicite des parents, que l’on ne peut que regretter mais qu’il s’agit de tolérer, vu la constitution.

Il y a un aveuglement chez ceux qui portent pareil combat. Il consiste à oublier que l’humain possède deux partie de cerveaux : un rationnel et un émotionnel. « Scientia vicere tenebras »… Bien sûr – mais pas exclusivement. A côté de la science, il faut aussi la littérature, la poésie, la danse, le sport et… la spiritualité pour vaincre les ténèbres. Oui – il faut de la philosophie pour développer la question du sens de façon rationnelle. Mais tout autant de spiritualité, pour développer cette même question avec notre puissance émotionnelle. Et cela, un cours « neutre », ne pourra le faire. Pas plus qu’un cours de musique sans pratique musicale ne formera des musiciens. Des musicologues, peut-être. Pas des musiciens.

Pareil aveuglement enlèvera à l’école un outil de poids pour lutter contre le radicalisme et toutes les formes de fondamentalismes. La France laïque n’a pas de cours de religion à l’école. Trouve-t-on ce pays tellement mieux armé contre l’intolérance religieuse ? Chacun sait bien que « non », mais nos militants laïques éludent le sujet. D’origine française, le jeune professeur de religion musulmane Hicham Abdel Gawad ne dit pas autre chose. Celui qui fut dans sa jeunesse tenté par le salafisme, s’est remis en question quand il a commencé à étudier la théologie à l’université en Belgique. Depuis, il est devenu prof de religion musulmane et passe son temps à contextualiser le texte coranique.

Mesdames et Messieurs les zélateurs des Lumières, ne l’oubliez pas : l’Etat est neutre, mais non ses citoyens ; l’école est neutre, mais non ses élèves. Ne pas les éduquer à creuser concrètement leurs identités spirituelles et à les travailler, tant rationnellement que spirituellement, pour devenir pleinement citoyens de notre société multiculturelle démocratique, c’est laisser leur héritage religieux entre d’autres mains. Pas forcément les plus recommandables.

Je m’arrête ici, car je pense perdre mon temps. Ou plutôt, ne parler qu’aux convaincus. La suppression à terme des cours de religion à l’école, est un trophée idéologique. Il sera poursuivi, quels que soient les arguments déployés pour inviter à une remise en question.

 

 

 

5 pensées sur “Cours de religion à l’école – un cours résiduel ?”

  1.  » laisser leur héritage religieux entre d’autres mains », c’est le risque évidemment et si nous sommes assez tranquilles en confiant l’enseignement catholique aux paroisses, par exemple, nous sommes moins sûrs du résultat concernant l’instruction en mosquées, alors qu’on parle de lieux « non reconnus » ou « extrémistes » ! mais si les décideurs ne voient pas ce qui se profile … que faire ?

  2. L’exemple de la musicologie est parlant vu que en réalité, l’école ne forme pas de musiciens, ni de peintres, ni d’écrivains. Cela ne veut pas dire qu’on ne veut pas de formation d’artistes dans notre société, ni même qu’il ne peut y avoir de subsides publiques dans ce domaine. Cela veut uniquement dire que l’école obligatoire n’est pas le lieu choisi pour ces formations.

    Encore moins y a-t-il des cours confessionnels de Rock’n Roll qui sont séparés d’autres cours confessionnels de musique classique ou électronique.

  3. Je partage votre avis, Eric. Et plus encore quand je lis le programme du pacte d’excellence, le programme du cours de citoyenneté ou celui des classes citoyennes que l’on commence à mettre à pied.
    Tous ces programmes n’ont rien inventé. Ils pensent apporter un plus, une nouveauté à l’enseignement, aux jeunes mais il y a 150 ans que la pédagogie salésienne propose exactement la même chose. Que les élèves sont accueillis tels qu’ils sont, comme ils sont et amenés le plus loin possible. Que les jeunes sont acceptés dans leurs différences et éduquer dans la bienveillance, l’ouverture aux autres et le respect de chacun. Que les professeurs laïcs de ces écoles sont formés à l’autorité bienveillante, à la pédagogie active, refusent le rejet qui favorise l’émergence de la haine ou la victimisation qui enferment.
    La neutralité où les choix mis en œuvre sont copiés sur le monde chrétien, elle me fait rire. Il est temps d’oser appeler un chat un chat et de reconnaître ce que les deux parties du tout ont à apporter de positif et de constructif pour tous.

  4.  » copiés sur le monde chrétien …. »
    C’est vrai. D’abord ils nous copient, nous imitent ( baptême, communion, mariage etc …. laïques . Rituels maçonniques où nous reconnaissons :  » Frappez on vous ouvrira …. » etc …. etc …. nous n’avons pas pris de copyright donc ….)
    Et puis ils nous disent de dégager de l’ espace public.
    Bizarre….

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