Président Macron – « Le Roy te touche, Dieu te guérit »

La longue interview que donna en 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, à l’Hebdo, mérite d’être lue. Il en ressort que le nouveau président de la République française est – et la chose est assez rare pour être soulignée – un homme formé en philosophie. Je ne crois pas en « l’homme politique providentiel » et la page de son action au sommet de l’Etat reste à écrire. Cependant, il n’est pas ce jeune homme post-moderne, simplement issu de l’air du temps, que certains ont décrit. Il y a chez Macron une perception de la complexité du monde et du rôle de l’action politique en son sein. J’en cite quelques extraits :

« Toute la difficulté du politique aujourd’hui réside dans ce paradoxe entre la demande permanente de délibération, qui s’inscrit dans un temps long, et l’urgence de la décision. La seule façon de s’en sortir consiste à articuler une très grande transparence horizontale, nécessaire à la délibération, et à recourir à des rapports plus verticaux, nécessaires à la décision. Sinon, c’est soit l’autoritarisme, soit l’inaction politique. »

« On a énormément de mal à rehausser le politique au niveau de la pensée. Il est saisissant de voir que, dans le moment que nous vivons, on pense si peu l’État. Nous restons dans une approche très régalienne. Le réduire à cette dimension régalienne n’est pas suffisant. Il faut élargir la réflexion sur le rôle que doit avoir l’État dans le temps, dans ses territoires, dans la régulation sociale. Comment reconstruire notre imaginaire politique et notre régulation sociale à la lumière de ce qu’est notre économie et notre société ? Le travail reste à faire. »

« Je pense qu’il doit exister plus d’échanges, de passages, de traduction entre la philosophie et la politique. L’idéologie, c’est exactement cela : un travail de traduction, né de la nécessité de transmettre et de faire circuler d’un espace à l’autre. Il faut donc des concepts de passage. Ce n’est jamais parfait. C’est comme la lecture de la traduction française d’un texte anglais : ce n’est pas exactement l’original, mais un travail intellectuel a été accompli, qui permet de comprendre et fait toucher du doigt cet autre espace imaginaire et esthétique. C’est la même chose en politique : si on laisse les philosophes dans leur espace et les politiques dans le leur, on manque cette interface de traduction qu’est l’idéologie. »

« Les gens protestent car il y a un vide. La démocratie s’incarne toujours de manière imparfaite, à des moments historiques, dans des formes plus ou moins violentes et antagonistes. La République française est une forme d’incarnation démocratique avec un contenu, une représentation symbolique et imaginaire qui crée une adhésion collective. Or, on peut adhérer à la République. Mais personne n’adhère à la démocratie. Sauf ceux qui ne l’ont pas. La vraie difficulté aujourd’hui, c’est que le concept est vide et laisse place à des prurits identitaires toujours plus forts : les Bonnets Rouges en Bretagne, les zadistes à Notre-Dame-des-Landes ou ailleurs. Ce sont des mouvements d’identification. »

« La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la norma­lisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce ­malentendu. »

Son discours d’investiture l’illustre. Emmanuel Macron se veut un président « royal », qui rassemble la nation et donne sens et direction au vivre-ensemble. Jamais élu avant le mandat suprême et figure publique se démarquant de toutes les tendances politiques, l’ancien assistant de Paul Ricoeur a le profil adéquat pour y parvenir. « Le Roy te touche, Dieu te guérit » disait-on dans l’Ancien Régime. Quelque chose de cela, semble en train de renaître sous les ors de la République. Pour quel résultat ? « Wait and see », disent les voisins d’Outre-Channel. Je souhaite bonne chance au nouveau président. Vive la France et… vive l’Europe.

 

 

5 pensées sur “Président Macron – « Le Roy te touche, Dieu te guérit »”

  1. Brigitte Macron à l’ adresse du Grand Rabin Korsia et de Mgr Pontier :  » Priez pour mon mari, priez beaucoup « . J’ aime beaucoup les gens qui ( comme notre Pape ) osent faire cette demande en public :
    toute ma vie de prière , ma vie tout court prend du sens et, peut être passerai je moins de temps à bla bla bla et blog blog blog…..

  2. L’ expression  » prurit identaire  » en parlant des zadistes est très malheureuse. Les nuisances, pollutions, laideurs dues au  » progrès technologique  » ou à une mauvaise gestion politique peuvent s’ abattre sur n’importe qui sans crier gare. N’importe qui ? il y a beaucoup d’injustices dans ce domaine et on ne se donne pas la peine de les éviter .. En outre, tout le monde n’ a pas la possibilité de déménager . Alors si quelques uns deviennent identitaires ou plus précisément regrettent le passé ….. il faudrait quand même les entendre et aprofondir l’ analyse .

  3. Début 2016, on estimait à 15- 20 le nombre zad ( zones à défendre ) en France .
    Ce n’est pas un simple prurit c’est une maladie de peau qui nécessite l’ avis d’un dermatologue .
    Et un traitement.

  4. merci, père Eric, de vos citations de votre article
    nous avons à nous adapter à un nouveau monde, il est bon que nous nous donnions quelques atouts pour y réussir
    déjà nous réapprenons à respirer, à vivre de temps en temps le moment présent
    sans oublier que les relations entre humains sont régies par des lois internes à chacun que nous ne maitrisons pas vraiment
    en attendant dites, si vous le voulez bien, quelques prières pour les projets de fusion de l’université de LLN et Saint Louis à Brx, bénéfiques, me semble-t-il au paysage universitaire de la Belgique,(malgré le décret paysage) que notre petit pays, nos universités soient plate-forme ouverte, européenne pour nos jeunes avides d’inventer un monde passionnant à vivre

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