Pourquoi je récuse le débat en gants de boxe

Je me souviens… C’était le soir du décès de Jean-Paul II, sur le plateau de la RTBF. Quand le présentateur demanda au président du Centre d’Action Laïque de l’époque, si le pape défunt était un homme de gauche ou de droite, sa réponse fusa : d’extrême-droite ! « Cet homme est fou », pensai-je. (Nous sommes pourtant devenus copains par la suite). Mais pas du tout. Il marquait les esprits par son outrance, afin de faire bouger le curseur médiatique dans le sens souhaité. Tels ces avocats (il en était) qui demandent 1 million de dédommagement pour leur client en espérant en obtenir 100 000.

De nos jours, le débat en gants de boxe a le vent en poupe, grâce aux réseaux sociaux. Dans un monde de surinformation, seule la punchline – la formule-choc – se fait entendre. Le brave gars qui tente : « je pense qu’il faut prendre du recul pour analyser les choses avec sérénité » est inaudible. Ou alors, son approché sera disqualifiée comme « discours d’équilibriste », voire « chèvrechoutiste ». Pour passer dans les médias, il s’agit au contraire de s’époumoner en hurlant : « Scandaaaallll ! Inacceptable ! Pire qu’Hitler ! »

L’avenir appartiendrait donc à ceux qui s’expriment en 140 caractères, sans s’encombrer du fardeau des nuances… voire de l’exactitude. Il y a pourtant là un péril mortel pour la démocratie. La majorité n’y gouverne légitimement, que si la minorité jouit du droit de cité. La décision politique arbitre, en effet, entre des valeurs concurrentes. Lorsque la balance penche d’un côté, l’autre point de vue n’en devient pas risible pour la cause. Réfugiés ? Arbitrage entre la sauvegarde de vies en danger, d’une part et la capacité d’accueil d’une société, de l’autre. Avortement ? Arbitrage entre la fragile dignité d’une vie humaine à naître, d’une part et la détresse d’une grossesse non-désirée, de l’autre. Abattage ? Arbitrage entre la condition animale, d’une part et les besoins alimentaires – ainsi que les prescrits religieux – de l’autre. Sur ces différents sujets, les avis peuvent diverger, mais éliminer comme non-pertinent le point de vue minoritaire – alors que celui-ci ne contrevient ni à l’ordre public, ni aux bonnes mœurs – équivaut à nier la pleine citoyenneté de ceux qui l’expriment. Bref, c’est une façon de les reléguer à une forme de dhimmitude.

Il est donc heureux que des citoyens rappellent le droit des immigrés face aux politiques migratoires plus restrictives. Il est donc important que des « Marches pour la vie » sensibilisent à la dignité de toute vie humaine naissante, devant le risque de banalisation de l’avortement. Il est, enfin, utile que le point de vue de minorités religieuses soit entendu, dans le salutaire débat sur un plus grand respect de la condition animale. Car sans une véritable écoute du contradicteur, tout engagement social devient violence. Chèvrechoutiste d’affirmer cela ? J’assume.

 

12 pensées sur “Pourquoi je récuse le débat en gants de boxe”

  1. Et je me fais encore plus de souci pour les parents qui choisissent de garder ( càd de ne pas faire avorter) leur enfant handicapé . Statistiquement, ils sont une petite minorité.
    Qui va parler pour eux ? Comment se fait il que  » l’avortement pour handicap grave et incurable  » soit devenu  » l’avortement pour handicap grave OU incurable  » . Quel silence hypocrite autour de ce tour de passe passe ….. Que de consciences endormies.
     » Famille chrétienne  » reconnait que Constance du Bus, porte parole de la marche pour la vie, a une présence , une conviction qui  » crèvent l’ écran « . Impossible de l’ accuser d’être caricaturale.
    Mais les consciences restent endormies .
    Faudra t il recourrir aux gants de boxe ?

    1. Les avis péremptoires selon lesquels l’avortement serait préférable au fait de mettre au monde un enfant handicapé me heurtent toujours… Est-ce que les gens qui disent cela ont seulement fréquenté un enfant handicapé ou vécu avec lui ? Sans doute pas et chaque fois que je lis cela, j’ai mal parce que j’ai vécu cette situation et je peux dire : ce n’est pas ce que vous imaginez, les relations peuvent être tout à fait normales et l’enfant peut être heureux; nous pouvons construire une vie agréable pour nos enfants handicapés car il existe de très nombreux spécialistes, éducateurs, écoles parfois, qui sont là pour nous aider (je salue ici l’ANAHM et je la remercie). L’enfant que nous mettons au monde n’est peut-être pas celui que nous attendions mais il est là, il attend tout de nous, nous sommes ses protecteurs naturels et son amour nous est acquis sans réserve ! J’aimerais dire aux défenseurs de l’avortement que leurs paroles sur nos enfants nous blessent, nous font du mal et qu’un peu de respect serait souhaitable !

      1. Merci Marie Madeleine pour votre témoignage . Il y a , en effet, beaucoup d’ignorance dans ce domaine . Moi même , pendant ma petite formation comme famille d’ accueil j ‘ai failli refuser d’ accueillir certains handicaps mais mon mari comme kinesiste avait appris à les aimer dans leur différence et nous avons dit oui …..en demandant l’ aide de Dieu . Sans Lui …….
        A Pâques, nous recevrons la visite de deux d’entr’eux que nous avions accueillis de l’ adolescence à l’ âge adulte (ils ont une certaine autonomie maintenant grâce à  » begeleid wonen » ) …….Je penserai alors à votre témoignage.
        encore merci….

  2. chère Muriel
    pourquoi n’écouterions-nous pas d’abord ce que nous disent nos évêques . Ils ne disent pas n’importe quoi, au contraire
    Ils réagissent en « pères » avec une grande sagesse et pour cela je me réjouis .
    La marche pour la vie ne rassemble pas de multitude, je ne pense pas non plus qu’ils soient les seuls à penser que la vie est sacrée et digne du plus grand respect,
    n’oublions-pas d’où nous venons , n’idéalisons pas l’histoire de notre civilisation, elle a engendré des souffrances sans nombres tant sont fortes les pulsions qui habitaient nos ancêtres et nous habitent toujours,
    il me semble que nous nous sommes pas si mal débrouillés avec elles, simplement parce que les sourires comme les pleurs du petit enfant, éveillent la responsabilité de l’adulte, heureusement…..
    J’espère aussi que Stéphane Mercier comprendra en se penchant sur les mots qu’il a prononcé ce en quoi son cours a eu les conséquences que nous connaissons : pour lui un vrai défi à relever
    Que les émotions très fortes que font naitre ces débats , s’apaisent jusqu’à ouvrir les coeurs aux chemins très différents que nous empruntons de bonne foi mais aussi de mauvaise foi : c’était il y a très longtemps Sara a chassé le fils de la servante, Hagar et plus tard Rebecca, le femme d’Isaac, a ordonné au fils qu’elle préférait de tromper son mari, le père du garçon : j’en ai encore le coeur tout retourné (Gn 27) je ne savais pas qu’il nous arrive d’agir de la même manière, sans en être conscients

  3. chère Godelieve,
    Merci de me répondre . Je ferai de mon mieux pour écouter nos évêques , malgré mes déceptions :
    – leur silence pendant les 6 semaines de grèves de prison- un fait exceptionnel. Et actuellement la prison de saint Gilles est à nouveau surpeuplée : sa capacité maximale est de 850 détenus : elle en compte 900 ).
    – leur difficulté à se mettre à l’écoute de jeunes qui refusent notre culture de mort. (  » la marche pour la vie  » vise essentiellement à faire baisser le taux d’avortements en Belgique . Résultat déjà obtenu dans d’autres pays occidentaux . Le Professeur Mercier est encore plus modeste : si son argumentaire pouvait faire pencher la balance du côté de la vie d’un seul bébé, son but serait atteint (je résume- mal – le dernier paragraphe du cours. Ce paragraphe est impressionnant : soudain, la vraie vie, sous d’humbles apparences, fait irrruption dans un amphitheatre . C’est rare )
    -leurs décisions politiques plutôt que pastorales : Saints Apôtres, Fraternités monastiques de Jerusalem ,UCL.
    Je ferai néanmoins de mon mieux pour les écouter …..

    1. Et, étonemment, ce qui m’ a le plus déçu chez nos évêques, c’est qu’ils n ‘ont rien trouvé de bien à dire de la FSA, des Fraternités Monastiques de Jerusalem , d’ Arnaud Dumouch, des porte parole de la Marche pour la Vie, de Stephane Mercier etc ….
      Pourtant ces jeunes ont beaucoup de qualités à mettre au service de l’ Evangile.
      Je rêve encore du temps où les patrons avaient  » la politesse du coeur  » . ils vous disaient , après la période d’essai, que vous ne conveniez pas mais vous énuméraient des qualités qui dans d’ autres domaines peut être ….Ca m’ est arrivé .

  4. chère Muriel
    merci de votre réponse
    pour continuer le dialogue, il faudrait que je reprenne le cours de St. Mercier, il est à coté de moi, le temps pourtant me manque, aujourd’hui et les jours qui viennent, un peu plus tard sera plus propice, si vous le voulez bien. Amicalement en vous souhaitant à vous , à Eric et à ceux qui parcourent le blog de belles et bonnes fêtes de Pâques

  5. chère Godelieve, à vous aussi de belles et bonnes fêtes de Pâques
    Et vous savez , pour ma part vous n’êtes pas obligée de lire l’ argumentaire . Je me faisais simplement un peu l’ avocat de la défense, l’ avocat de la pensée non dominante. Personnellement je suis plus touchée par ce que dit Constance du Bus – porte parole de la marche- et sa manière de le dire .
    Mais qu’est ce que je n’aime pas cette manière de faire taire des jeunes qui disent des choses justes mais n’ont peut être pas encore acquis la manière de les dire.
    Ca y est voilà que je recommence . C’est vous qui m’inspirez ;-)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *