Le CAL promeut la famille moderne : La riposte des laïques au Synode (le Soir 7 octobre p.13)

Ci-dessous l’article paru ce jour en p.13 du Soir. Il y a une semaine, je débattais dans une maison de la laïcité avec le président du CAL (= »Centre d’Action Laïque » – pour les non-Belges: organe de la libre-pensée de tendance anticléricale) et mes relations avec cet homme intelligent et spirituel – sont excellentes. Mais en lisant la littérature ci-dessous, je ne puis m’empêcher de sourire. Pas pour le fond du débat – je n’ai pas envie de rentrer dans le sujet, car il y a déjà assez de débats comme ça au synode (J’y reviendrai dans un article). Mais pour la forme… Ah, si l’Eglise catho n’existait pas – que ferait donc le CAL ? Tel Peppone sans Don Camillo, il serait tout perdu. La journaliste semble l’avoir bien compris, quand elle compare, dans sa conclusion, le silence du CAL concernant la famille musulmane à sa hargne contre le synode catho. Avec en arrière-fond la crainte que le pape François ne soit plus assez « Don Camillo » pour leur donner du travail. Un peu comme ce vieux militant laïque liégeois qui me déclara il y a quinze ans : « J’aime bien l’intransigeance de Jean-Paul II. Au moins, je puis m’y opposer ». Pauvre Peppone…    

(Article) En Belgique, un enfant sur deux naît désormais hors mariage. Une famille sur quatre est monoparentale, une sur sept est recomposée. Chaque année, 1.300 couples de personnes de même sexe officialisent leur union via une cohabitation légale, tandis qu’un millier de ceux-ci opte pour le mariage. Et une centaine d’enfants naissent au sein de couples lesbiens. Quelle place pour toutes ces familles dans l’Eglise catholique ? Aucune. C’est en substance la question (et la réponse) que se propose de susciter la nouvelle publication du Centre d’action laïque, intitulée « Familles, qui êtes-vous ? ».

L’idée de cet ouvrage collectif est bien partie du premier synode sur la famille, qui a eu lieu à Rome en octobre 2014, confirme Henri Bartholomeeusen, président du CAL : « Nous étions très intéressés par ce qui allait suivre. Or, nous constatons dans le document de travail qui doit servir ce second synode – appelé instrumentum laboris – que la référence à la loi naturelle, que nous avions vivement critiquée, a un peu évolué. Le document abandonne cette notion, mais en précisant l’intention de ce changement, à savoir une prise en compte d’un besoin de communication. »

En clair, l’Eglise cherche avant tout à lisser son discours, mais ne compte pas pour autant évoluer, sur le fond. Et l’équipe du Centre d’action laïque de lister les principaux objets d’inquiétude que ce document préparatoire laisse poindre. Un : les libertés individuelles sont acceptées… pour autant qu’elles sont conformes aux valeurs de l’Eglise. Deux : selon le CAL, on « instrumentalise l’empathie en affirmant qu’il n’y a pas de brebis définitivement égarée, à partir du moment où elle passe par un “chemin pénitentiel”, ce qui est une manière d’exploiter les peurs et la culpabilité des gens et dénote un prosélytisme bien plus brutal qu’il n’y paraît », s’insurge le président du CAL. Trois : et c’est sans doute le point sur lequel les laïques insistent le plus, l’instrumentum laboris inciterait au détournement de la clause de conscience. Le texte stipule en effet : « Dans certains pays, on signale la présence de projets de formation imposés par l’autorité publique et dont les contenus contrastent avec la vision vraiment humaine et chrétienne : par rapport à ceux-ci, les éducateurs doivent affirmer fermement leur droit à l’objection de conscience. » L’éducation à la vie sexuelle et affective dans les écoles est donc clairement visée.

La riposte ? Une publication collective, qui, à travers 10 articles de 10 auteurs différents (dont des experts d’autres associations, comme la Ligue des familles ou le lobby européen des femmes), dépeint tous les visages des familles d’aujourd’hui. « L’Eglise revendique la famille comme sa propriété, mais elle n’en a pas le monopole !, conteste Henri Bartholomeeusen. Les familles d’aujourd’hui sont beaucoup plus diverses que cette famille traditionnelle qu’elle entend imposer comme modèle unique. Il est nécessaire de rééquilibrer le débat et de donner une place à toutes ces familles qui n’ont ici pas voix au chapitre. Alors qu’elles sont par contre reconnues par la loi aujourd’hui : l’Eglise est donc en opposition avec les lois civiles. » Alors que le synode sur la famille – et la vision qu’il en véhicule – va monopoliser les médias pendant les trois semaines à venir, les laïques entendent donc faire contrepoids, notamment à l’opération séduction du pape François qui «s’invite tous les jours dans le salon des gens et paraît progressiste aux oreilles distraites», dénonce Sylvie Lausberg, chargée de mission au sein de la cellule « Etude et Stratégie » du CAL.

Mais les catholiques, directement visés ici, sont-ils pour autant les seuls à participer à cette « recrudescence des revendications religieuses et identitaires, lesquelles […] tentent de resservir de vieux concepts dogmatiques repeints dans les tons à la mode – la famille traditionnelle est l’un de ceux-là », comme on peut le lire dans l’introduction de l’ouvrage ? Sur la question de l’islam en tout cas, les laïques restent particulièrement prudents : «C’est très compliqué, il y a tellement de courants dans l’islam qu’on doit se garder d’idées préconçues. Tandis qu’avec l’Eglise catholique, on a affaire à une organisation structurée, avec des moyens énormes.» ÉLODIE BLOGIE

 

6 pensées sur “Le CAL promeut la famille moderne : La riposte des laïques au Synode (le Soir 7 octobre p.13)”

  1. « Mais pour qui ces gens se prennent-ils », telle était ma réaction à la lecture de cette prise de position du CAL.

    En effet, de quoi s’agit-il ici?

    D’un synode réunissant des prélats venus du monde entier pour réfléchir ensemble sur la nature et le sens de l’apostolat de l’Eglise dans un monde où les structures familiales ont été radicalement bouleversées, le mot n’est pas trop fort.
    L’Eglise manquerait gravement à sa mission si elle ne faisait pas cet effort. Et contrairement à ce que ces gens du CAL prétendent, il ne s’agira pas de proposer une structure familiale unique, qu’en exerçant Dieu sait quelles pressions, l’Eglise chercherait à imposer à la société démocratique.
    Il est intéressant de remarquer d’ailleurs que sur des thèmes de famille tels que: familles traditionnelles, familles mono-parentales, partenariats de même sexe, les opinions sont très diverses, y compris dans les échelons les plus élevés de la hiérarchie de l’Eglise. Donc, le résultat du synode pourrait surprendre.

    Ceci étant dit, le rôle de la famille dans l’épanouissement de la personne humaine et -partant de là – de la société dans son ensemble – est indéniable.
    Il l’est à tel point que les régimes totalitaires du vingtième siècle ont tout fait (avec un succès limité) pour faire éclater la cellule familiale dans un effort global de manipulation et de prise en charge de la jeunesse.
    Les Bolchéviques de 1917 avec leurs Jeunesses Communistes, L’Allemagne Nazie avec sa Hitlerjugend, la DDR avec sa Freie Deutsche Jugend….tous ont vu la cellule familiale comme un obstacle sur le chemin vers le pouvoir absolu. Qu’est-ce que cela prouve? Simplement que l’importance de la famille va bien au-delà du bonheur individuel des personnes. C’est un concept à la portée de tout le monde, même du CAL.

    Mais cette moquerie que le CAL fait d’un effort de réflexion interne de l’Eglise fait sans doute partie d’une vague de fond anti-cléricale qui déferle sur la Belgique depuis une vingtaine d’années, voire plus (apologies if I sound out of touch, I live in England)
    Bien sûr, après les fautes très graves commises par certains membres du clergé, l’Eglise saigne de ses plaies ouvertes, en Belgique comme en beaucoup d’autres pays.
    C’est donc le bon moment pour donner du cor dans la chasse anti-cléricale…Mais tout de même.

    1. C’est bien là l’idéal du laïcisme : un individu Roi, auto-créé, auto-défini, « self-made man », arraché à tout déterminisme social, familial, culturel, religieux, et dont le seul idéal de vie morale est de « pouvoir s’occuper de ses affaires sans avoir à s’occuper de celles d’autrui » (cf. propos d’un laïque philosophie d’une émission En quête de sens).
      Vidéo supprimée, malheureusement.
      http://www.rtbf.be/video/detail_en-quete-de-sens?id=1937152

      C’est une croyance comme une autre, mais de fait fort pauvre, et à mon avis dans l’erreur.

  2. Vaste question, si l’église catholique n’existait pas…Mais voilà elle existe et elle a organisé ce synode sur la famille. Normal dès lors que l’on aborde cette question. Normal aussi que l’on entende la voix de l’évêque Bonny. Normal que l’on discute. Normal que l’on évoque les transformations de la famille qui s’éloigne de plus en plus du modèle du XIX ème siècle. Normal que l’on évoque les familles monoparentales, les familles homosexuelles, les transformations de la parentalité. Est-ce une manifestation d’anticléricalisme? A ce sujet, je me réfère à un homme que j’ai eu la chance de rencontrer quand j’étais gamine: le chanoine Jacques Leclercq, grand anticlérical. Et oui, il était opposé à ce que les clercs, ceux qui savent, les maîtres imposent leur magister, leurs dictats aux autres. En ce sens, je me proclame anticléricale. Mais non, je me lève pas chaque matin en me disant je vais « bouffer du curé ». Et ce n’est certainement pas une obsession de la part de la très grande majorité des laïques.
    Cela étant, il y a une réalité dont on ne peut faire l’économie. La famille du XIX ème siècle consacrée par le droit positif de l’époque, le code Napoléon, était le reflet des valeurs catholiques. Time are changing, Eric. Le droit positif n’est plus un copier-coller des valeurs de l’église catholique.
    A part cela, que le synode soit riche! Et en conclusion, j’ai également eu un sourire lorsque j’ai lu le coming-out de ce prélat polonais: avec son compagnon, il forme un bien joli couple!

    .

    1. Il est bien clair que dans la pratique, la famille d’aujourd’hui n’est plus celle du XIXème, à savoir celle d’un mariage-prison dont l’individu ne pouvait s’échapper, par pure pression sociale.
      Cela dit, cette définition n’est pas et n’a jamais été celle de l’Eglise, qui a su voir dans cette insitution un lieu de sanctification, car l’individu y est contraint de vivre et d’apprendre à vivre et à aimer avec d’autres personnes qu’il n’a pas choisi (ce non-choix, que la modernité a en sainte horreur).
      Si je comprend que l’approche pastorale doive être étudiée, la doctrine, elle, ne me semble pas pouvoir être « adaptée » à la mode contemporaine.
      Par ailleurs, il faut noter que le mariage « indissoluble » suggéré par le Christ était tout sauf en vogue à l’époque.
      Quand à cette idée que la Vérité peut être malléable selon les époques, Chersterton disait : « une chose peut-elle être intrinsèquement vraie le mardi, et intrinsèquement fausse le jeudi? ».
      Quant à ce prêtre en couple, il s’agit moins de discussion autour de son orientation que de constater qu’il a trahi son engagement, qui comprenait le voeu de célibat.Mais il est vrai, la notion d’engagement n’est pas vraiment dans l’air temps…
      Pour le reste, la pensée chrétienne (pour ne pas utiliser le vilain mot de dogmatique) a dépeint ET la notion de péché propre à la condition humaine (notion essentielle dans la philosophie chrétienne, car sans cela, le concept de rédemption n’a aucun sens), ET la notion d’infinie miséricorde pour quiconque se tourne vers Dieu.
      Bonne nouvelle, donc ^^

    2. Curieux, ce lien que vous voyez entre « valeurs catholiques » et le code Napoleon.

      Napoleon était tout sauf un « catholique ».
      Il se voyait lui-même comme un champion de la modernité, en lutte presque permanente avec l’Eglise sur tous les fronts.
      Ce-ci étant dit, la société post-révolutionnaire qu’il prônait pour la France était fondée sur le développement de la bourgeoisie, pour laquelle il était essentiel d’établir sur un socle solide les droits et les obligations, patrimoniales et autres, découlant de la famille.
      Le code a remarquablement réussi dans ce projet sans devoir référer à des valeurs spécifiquement « catholiques »

  3. Je crois que le CAL se soucie bien plus, paradoxalement, de l’Eglise catholique en général, que les cathos ne se soucient des idées ou écrits du CAL !

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