Mgr Léonard entarté : le grand courage citoyen…

Le débat « Concilier science et foi : est-ce bien raisonnable ? » de hier soir méritait le détour, comme le soulignait l’assistance fournie. Face à l’archevêque se trouvait le professeur Jean Bricmont, auquel il faut reconnaître le courage de ses opinions. Loin de faire partie des nombreux « agnostiques anonymes », le physicien de l’UCL revendique et assume un athéisme paisible et radical. C’est donc l’occasion choisie par des ( ?) étudiants pour entarter Mgr Léonard. Raison de ce vengeur « attentat pâtissier » ? « Franchement, pour tous les homosexuels qui n’osent pas le dire à leurs parents, pour toutes les jeunes filles qui veulent avorter, il le méritait amplement », a déclaré un des entarteurs. Edifiante justification. Comme prêtre, je pense avoir recueilli les confidences de pas mal de jeunes homosexuel(le)s ou filles vivant une grossesse non-désirée. Comme André-Joseph Léonard, jamais je n’ai transigé sur mes convictions, mais toujours dans le respect intégral des personnes, quelques soient leurs choix. En effet, le premier commandement du Christ est celui de l’amour inconditionnel, sans oublier aussi la phrase que le Seigneur lança aux bienpensants de son époque: « que celui d’entre vous qui est sans péché, jette la première pierre » (Jean 8,7). Certains ou certaines des jeunes ainsi rencontrés, vivaient les choses sereinement. D’autres beaucoup moins : blocage dans la famille, peur de l’environnement, questions de conscience,… Souvent, un peu de tout à la fois. Jamais pourtant, je ne perçus que la cause profonde de leur mal-être était… Mgr Léonard. Mais sans doute est-ce parce que comme prêtre « je ne suis pas assez en phase avec mon époque » (soupir). Plus sérieusement, autant j’avais prévenu l’archevêque – alors que j’étais encore en fonction comme porte-parole – qu’il se ferait un jour entarter… ce qu’il prit avec bonhommie ; autant je suis consterné d’entendre ces mêmes « justiciers » déclarer « qu’il pouvait à tout moment être à nouveau la cible de tartes à la crème ». Cela me fait penser à ces gamins de rue qui sonnent aux portes et puis s’enfuient. Une fois, ça va, mais à la longue… Evidemment, si à chaque reprise, pareil non-événement – signe d’un très grand courage citoyen – va jusqu’à faire la première page d’un de nos principaux quotidiens, il y a, comme qui dirait, une petite prime d’encouragement. La presse flamande s’était ainsi jadis distinguée en soulignant, l’une après l’autre, les nombreuses « frasques citoyennes » de Jean-Pierre Van Rossem. Puis, les rédactions décidèrent que cela devenait ridicule et que le meilleur service à rendre à l’information, était de ne plus en parler. En quelques semaines, Van Rossem disparut des écrans. Une même sagesse va-t-elle ici prévaloir ?

12 réflexions sur « Mgr Léonard entarté : le grand courage citoyen… »

  1. Plus qu’une « bêtise de gamins », est-ce que ce n’est pas plutôt de la franche intolérance, qui s’assume tellement mal qu’elle doit se justifier par une très réthorique défense de tiers (jeunes homosexuels, femmes enceintes) ?

    Qui est le plus intolérant ? Celui qui défend ses convictions religieuses sur la place publique ou celui qui entarte à répétition tout personnage n’étant pas en phase avec une certaine ligne idéologique ?
    Cela montre l’état du débat public en Belgique ! … et qui plus est sur un campus se prétendant foyer de discussion !

  2. Merci pour cette relecture de la conférence animée d’hier soir. Il est vrai que les média en ont fait tout un « plat »! Si nous pouvons regretter la violence de l’entartrage pour Monseigneur Léonard, et les frais de teinturie que ce lancé aura entraîné, l’Institut Sophia est aujourd’hui mentionnée dans la presse.
    Que les lecteurs n’hésitent pas à venir découvrir la formation qui s’y donne et qui est destinée aux jeunes! A bon entartreur, salut!

  3. Je crois personnellement qu’au-delà du geste un peu trop leste de cet entartreur, et de tous ceux qui sont derrière lui, ce « fait divers » est tout de même significatif d’une évolution dans le rappport des jeunes à l’autorité, et qui plus est à l’autorité religieuse.
    Bien sûr, on pourrait regretter que de nos jours un minimum de respect ne prévalle plus face à la robe pourpre. Mais regretter le passé ne mènera nulle part, l’important n’est-il pas d’essayer de comprendre comment et pourquoi les écclésiastiques, y compris les Evêques, sont perçus par ces jeunes comme peu dignes de respect.
    Nombre de ces « religieux » n’ont-ils pas noircis l’image qu’ils sont censés donner en se rendant coupables de crimes abominables aux yeux de tous sappant ainsi la confiance de beaucoup de chrétiens dans le caractère sacré de leur ministère.
    Et puis, indépendamment de ces faits préjudiciables à l’institution, qu’il me soit permi de constater combien les mentalités changent profondément ( et pas nécessairement pour un mal ), et que peut-être les écclésiatiques de haut « rangs » rejoindront un peu ceux ( les rangs ) de leurs « fidèles », gagnant aini en simplicité et en proximité, je dirais même en humanité.
    J’ose croire que André-Mutien Léonard ( oublions le Monseigneur, s’il vous plait )
    a pu sourire de se voir entartré. Cela le raprocherait certainement davantage du commun des mortels comme Pierre et Paul le furent avant lui, toujours prêt à s’exposer auprès des frères et des soeurs qui leur étaient confiés.
    Alors, peut-être que les jeunes, comme les moins jeunes, réapprendront à aimer une Eglise qui ne s’arrête pas aux « faits divers », quelle que soit la personne concernée. Car, avec cette crème lancée au visage, combien de questions non résolues ne sont elles pas balancées à l’homme d’Eglise ? Combien de rancoeurs, mais aussi d’espoirs fous
    restés sans réponse ? Au-delà des gestes et des cris, sommes-nous prêts à accueillir
    les appels de plus en plus nombreux à entendre un message d’amour et de compassion
    envers tous les blessés de la vie.
    Comment aurait réagit Jésus si, venant parmi nous, il devenait soudain la cible d’un fieffé entartreur. Crierait-il au sacrilège ? Se mettrait-il en colère ? Sévirait-il ?
    Je vous laisse imaginer son attitude…

  4. Je partage entièrement ton analyse.

    Maintenant l’ayant faite ; ayant aussi clairement exposé la simplicité du langage que proposent ces entarteurs – simple et lassant, presqu’aussi monocorde qu’une touche de piano que l’on répète indéfiniment – peut-être convient-il tout de même d’en décrypter quelque peu le contenu.

    La rhétorique est simple, exclusivement dans l’ordre de la sexualité et, comme un cri de libération de leur point de vue. Un slogan soixante-huitard presque …

    L’acte en lui-même est tout aussi simple de signification : il est – tu l’as dit – intellectuellement violent puisqu’il s’agit de ridiculiser un homme qui prétend à la Vérité. On se propose en plus de l’asséner. Jusqu’à l’abrutissement peut-être. Simpliste donc comme méthode.

    De tant de simplicité – d’un langage aux formes aussi étroites – nous pouvons conclure qu’il ne peut qu’être que reflet ; qu’il se trouve incapable de proposer des idées propres. Une forme de tac-au-tac.

    Ainsi, ce langage violent et simpliste est-il peut-être le reflet – véridique pour le coup – d’une manière quelque peu violente et simpliste qu’à l’Archevêque de proposer la morale sexuelle de l’Église ?

    N’y a-t-il tout de même pas des pastorales, des interventions médiatiques qui sont lassantes ; comme autant de coups de sonnette toujours donnés à la porte des mêmes ? Et finalement, n’en arriverions-nous pas à quelque peu comprendre la personne qui en arrive à entarter le ketje qui vient inlassablement sonner à sa porte pour l’embêter … Parce qu’il est gay, parce qu’elle est enceinte, parce qu’ils ont le sida.

  5. Il y a beaucoup de demeures dans la maison du père du mensonge : démons lubriques, démons assassins, démons cupides, démons farceurs…

  6. Ne les jugeons pas svp, je sais que leur réaction n’était pas la bonne.
    Mais non ne savons pas d’où vient leurs souffrances, leurs raisons personnelles.
    Au lieu de les juger et de condamner leurs actes; prions pour eux Jésus n’a-t-il pas dit dans Jean 8: 11 « Je ne te condamne pas; va, et ne pèche plus. » et nous notre jugement n’est pas un jugement qui vient du ciel et nous aussi nous serons juger essayons plutôt de les comprendre de leurs parler, je pense que nous devrions avoir un début avec des ados, jeunes, prètres et adultes croyant ET non croyantpour s’expliquer sans l’intervention des médias (veut dire qu’ils ne sont pas tous fiables et certains pourraient prendre parti).

  7. En tant qu’étudiant à l’UCL, j’ai honte de mes condisciples. Agresser ainsi un homme invité à une conférence est révoltant, écoeurant. Je suis loin d’approuver les récentes prises de position de Mgr Léonard, et il semble facile de dire qu’il « l’a bien mérité ». Reste que l’Université doit être un lieu de paix, de dialogue, de débat certes, mais pas… ça.

    Les applaudissements lancés par certains spectateurs étudiants après le second entartrage me couvrent de honte. Voilà bien le sens politique actuel des étudiants de l’UCL : s’engager, c’est apparemment pour eux tenir des révolutions des frites, passer à la télévision, et entartrer (avant de se « carapater » en vitesse) ceux avec qui on est en désaccord. J’espère sincèrement me tromper et assister rapidement à une prise de conscience de la communauté étudiante que leur poids politique ne devrait pas être dépensé à des actes de ce genre.

    1. Prendre des positions, être entendu, tout cela est effectivement bien légitime et nécessaire. Mais attendre en embuscade « l’adversaire » et contester son argumentation de cette manière n’est pas ce qu’on peut attendre d’universitaires…

  8. Peut-être serait-il plus sage de continuer à dessiner sur le sable … plutôt que de réagir encore à ces actes agressifs et faciles à répétition …

    Une fois, d’accord ; et Monseigneur Léonard, qui a bon caractère, a d’ailleurs certainement du sourire. C’est le lot des personnalités qui se retrouvent à l’avant plan de la scène médiatique. Mais 2 ou 3 fois, cela devient bête et méchant et ne sert pas la cause des personnes vivant l’homosexualité ni les jeunes mères confrontées à la question de l’avortement. Loin de là, tout comme une gay pride ou une petite contre-manif prônant l’avortement sont loin d’être représentatives des ces personnes.
    Monseigneur Léonard et de nombreux autres prêtres ou personnes engagées ont pu s’approcher et rencontrer, comprendre et soutenir toutes ces personnes vivant de grandes souffrances. Avec discrétion et compassion, apportant plus de réconfort que n’importe quel « coup » médiatique.

    Mais cela n’attire pas les caméras. Par contre 5 à 6 entartreurs idéologues et professionnels, cela vaut bien un scoop et la publication d’une vidéo amateur, ainsi que l’a recherché dès l’aube un de nos « grands » médias ! « Le poids des mots et le choc des photos » hier recette à succès commercial d’un magasine, devenue aujourd’hui le pain quotidien de médias électroniques et visuels se nourrissant davantage de « la violence de phrases assassines et de vidéos chocs » que d’analyses journalistiques approfondies.

    Merci à l’Abbé Eric de Beukelaer pour sa réaction et son appel aux médias à prendre davantage de recul.

  9. Merci pour ce billet, et je partage aussi une bonne part des commentaires laissés jusqu’ici sur le blog.
    Peu avant de découvrir l’article, je venais de laisser un commentaire sur le site d’un media : « Que celui qui est irréprochable…lui jette la première tarte ».
    Je suis désolé de lire (pas ici, mais en commentaire des articles des média traditionnels) le déferlement de rage et d’exaltation de certaines personnes à l’occasion de ce fait. Derrière un clavier, certains s’expriment comme ils ne le feraient probablement pas en face de la personne elle-même… et je trouve dès lors le titre « le grand courage citoyen » particulièrement pertinent.

  10. Cessez d’être carrieriste Monsieur petit beurre.
    cirer les pompes devient aussi exaspérant à la longue
    Léonard est assez grand pour parler lui même

    1. Mgr Léonard est, de fait, assez grand pour parler lui-même et le petit beurre assez libre pour s’exprimer sans penser à sa petite carrière (de quelle « carrière » parle-t-on, d’ailleurs?). Vous voyez, Benoît, dans le débat, il est tentant de disqualifier l’autre en lui prêtant les intentions les plus basses, mais il est plus courageux de répondre à ses arguments. C’est ce que ne comprennent pas certains entarteurs à répétition…

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