Coup de pouce inattendu à la Marche pour la Vie :-)

C’est par mail que j’ai appris qu’une contremanifestation pour défendre le « droit des femmes à l’avortement » se tiendrait ce dimanche, même jour (27 mars) et même heure (15h), à quelques encablure de la place royale, lieu de départ de la «Marche pour la Vie ». Au programme des contremanifestants : échassiers, fanfare, château gonflable, goûter (offert) et discours politiques. Le motif ? « Montrons-leur que nous sommes nombreux-ses à être pour le choix ! »
Je tiens à rassurer les organisateurs de cette contremanifestation: Nos concitoyens sont en effet nombreux à être favorable au droit à l’avortement. Beaucoup ne souhaitent d’ailleurs pas que cette question éthique de premier plan vienne à nouveau chatouiller leur conscience. Je me rappelle un débat à ce sujet, l’année dernière sur les plateaux TV de la VRT. Dans l’émission « Fara », je me trouvais face à la sénatrice Marleen Temmerman, gynécologue, connue au nord du pays pour sa défense du droit à l’avortement. Le débat était franc, mais serein. A un moment donné, il y eut l’intervention d’un autre invité, venu sur le plateau pour parler de tout autre chose. Il représentait le monde de l’entreprise et était étiqueté comme proche d’un parti flamand aux idéaux démocrates et chrétiens. Cet invité me lança, avec une infinie condescendance dans le regard : « Enfin, il faut un peu vivre avec son temps. J’ai une fille de 17 ans. Je sais de quoi je parle ». Voilà pour moi l’argument-roi qui érige la paresse intellectuelle au rang de dogme social : « Il faut vivre avec son temps ». Je m’imagine fort bien quelque docte maître-esclavagiste des colonies, lançant en plein 18e siècle au jeune idéaliste, venu lui reprocher de réduire des hommes au rang d’animal domestique : « Il faut bien vivre avec son temps ». Non, Monsieur. La démocratie mérite d’autres arguments que celui de la poussive convenance aux mœurs du moment. Evidemment, qu’il s’agit de tenir compte de la culture dans laquelle nous vivons. Mais pas pour tout subir. La force des démocraties est de parfois forcer le destin. Quand Mitterrand et Badinter firent abolir la peine de mort contre la majorité de l’opinion publique française, ils en savaient quelque chose.
C’est là que la démarche des organisateurs de la « Marche pour la Vie » me bluffe. Ces jeunes universitaires – ils pourraient être mes enfants – sont « bien de leur temps ». Ils sont parfois fougueux – privilège de l’âge – mais nullement extrémistes et certainement pas fachos. Leur appel citoyen veut réveiller les consciences endormies par cette simple vérité : nous avons tous été un embryon. Une société qui ne reconnaît pas la dignité et le caractère inviolable de toute vie humaine à naître, ébranle le socle humaniste sur lequel elle est fondée.
Ces jeunes ne sont pas des agitateurs. Ils veulent propager leur message en invitant à une paisible marche. Pour attirer du monde, ils ne font pas appel à des échassiers, ou à une fanfare. Ils n’installeront pas de château gonflable et n’offriront pas le goûter. Et puis surtout : il n’y aura pas de discours politiques. Je leur avais prédit que cette seconde marche pour la vie ne recueillerait sans doute pas une grande attention de la part des médias. En effet, ce n’est plus la première du genre et la presse se lasse vite. De plus, avec l’actualité internationale dramatique du moment, les rédactions ont d’autres priorités un dimanche après-midi de printemps. Grâce à cette contremanifestation, je pense maintenant qu’il en sera autrement. La polémique est médiatique. Les organisateurs de la contremanifestation ont donc donné un sympathique coup de pouce à l’initiative courageuse des jeunes organisateurs de la « Marche pour la Vie ». Ce n’était sans doute pas leur but, mais ça – il fallait y penser avant.

8 réflexions sur « Coup de pouce inattendu à la Marche pour la Vie :-) »

  1. Bonjour Monsieur L’Abbé de Beukelaer,

    Je suis heureux d’apprendre la sortie de « Credo politique » j’ai hâte de me le procurer avec votre dédicace et ce sera un plaisir le lire.

    Amitié,
    votre dévoué Marc
    (qui n’oubliera que vous étiez là quand il vous demandé de l’aide)

  2. Merci, cher Éric, pour ces propos clairs et convaincants.
    Merci pour cette courageuse intervention et pour la référence fort juste à des hommes politiques français qui ont bravé la pensée unique de l’époque sur la peine de mort.
    Que réserve-t-on d’ailleurs à ces enfants qui ne demandent qu’à vivre. Notre monde aura fait de grands progrès en humanité lorsqu’il acceptera enfin de protéger les plus faibles !
    bien fraternellement
    père Hervé Soubias

  3. Quelle merveille cette petite fille de 12 ans qui parle de l’avortement.
    Je voudrais juste dire mon émotion.j’ai 4 enfants et les 2 derniers sont des jumeaux et bien quand on m’a fait la première échographie des jumeaux vers 1 mois, 1 mois et demi et que j’ai vu sur l’écran 2 petits points clignotants qui étaient, DEJA , les 2 petits coeurs , vous ne pouvez imaginer ma joie !
    N’oublions jamais que nous sommes tous des anciens foetus.
    Merci à toi Eric et merci à tous ces jeunes qui vont marcher pour tous les  » petits coeurs » qui deviendront grands si on les laisse vivre.

  4. Je suis tout à fait d’accord avec vous. « Il faut bien vivre avec son temps », démontre une totale alienation de soi-même. Malheuresement, c’est un mal du siècle, mais il faut le dénoncer. La thése: Je peux faire quelque chose avec mon corps, parce qu’il appartient seulement à moi – fondement de la justification de l’avortement -, a une réponse: « Mais pourquoi faire des bêtises? » se demandais Françoise Dolto, à propos des repercussions psychologiques sur la femme. C’est une question souvent oubliée, même pour ceux qui défends la vie d’un foetus. Les femmes doivent savoir ce qu’elles font et ne pas être tellement convaincues que l’avortement es un « droit » qui les (leurs?) protègent. Excusez-moi pour le mauvais français, je vous parle dès Brésil, je suis une ancienne élève de l’ISP (philosophie) de Louvain. Evangelina.

  5. Bravo pour votre dynamique de bon sens – même si je ne me positionne pas par rapport à ce droit ou non – je pense qu’il s’agit de la conscience de chacun en fonction de ses connaissances et/ou croyances et qu’il faut laisser le choix aux personnes. Or donc, pour celles qui font le choix « oui », il faut une législation qui empêche les abus de ces situations de toute façon malheureuses.

    Je relève surtout cette phrase de votre texte très bien écrit (!!), phrase que je trouve magnifique parce qu’elle résume sans doute qui vous êtes philosophiquement : en réponse à cet argument –> « Il faut bien vivre avec son temps ». –> « Non, Monsieur. La démocratie mérite d’autres arguments que celui de la poussive convenance aux mœurs du moment. Evidemment, qu’il s’agit de tenir compte de la culture dans laquelle nous vivons. Mais pas pour tout subir. La force des démocraties est de parfois forcer le destin. »

    On reconnaît bien là la fibre d’un idéaliste/réaliste des golden sixties ! ;-)
    (ou d’un libertaire civilisé…^^)

    Bravo et bonne continuation sur votre chemin !

    « Si l’on y réfléchit bien, le Christ est le seul anarchiste qui ait vraiment réussi. »

    [André Malraux]
    Extrait de L’Espoir

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